Quantcast
Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 19:59

 

Le monsieur derrière moi dans la file d’attente au cinéma se posait une question à laquelle je savais répondre, alors j’ai engagé la conversation assez naturellement. Il allait voir un film avec ses enfants, moi un autre film avec ma fille, nous avons échangé quelques mots aimablement et nous sommes souhaité une bonne séance avant de nous séparer.

A la fin du film, j’ai emmené ma fille déjeuner au Mac Do et, alors que nous cherchions une table où nous installer, mon plateau a rencontré celui du même monsieur que dans la file d’attente, au moment où nous les posions ensemble sur la même table. Compte tenu de la foule et du temps que nous avions déjà tous perdu à chercher cette table, nous avons rapidement convenu que nous pouvions la partager.

Et tout aussi rapidement, nous avons repris la conversation précédemment entamée.

Nous avons passé un excellent moment. Les enfants ont eu l’air de bien s’entendre, le papa et moi-même aussi, tout le monde semble s’être amusé et nous avons passé ensemble beaucoup plus de temps qu’il n’en faut pour manger un Big Mac.

Au bout d’un moment, nous avons tout de même quitté les lieux et, très naturellement, nous avons fait une sympathique balade dans le parc voisin. C’était comme dans un de ces films que les femmes qui n’ont plus vingt aiment bien parce qu’elles se disent que ça pourrait leur arriver. Simple, évident, agréable.

Ce n’était pas Robert Downey Jr ou Georges Clooney, mais je me dois en toute honnêteté d’avouer que je ne suis pas non plus Julian Moore ou Catherine Zeta-Jones. C’était un homme exactement comme on ne rêve pas d’en rencontrer, mais dont on sait quand on le rencontre que c’est bien lui et pas un quelconque bellâtre hollywoodien qu’on devait rencontrer. Ce genre d’homme qui vous fait dire instantanément : c’est possible.

Et oui : au cours de ces quelques heures, avec nos enfants qui s’égayaient pendant que le papa et moi nous découvrions de plus en plus d’affinités, je me suis dit que c’était possible. Je me le disais encore bien après que nous nous sommes séparés en nous donnant rendez-vous le dimanche suivant. Oui, c’était possible.

Ce n’est qu’une fois arrivée à la maison, dans l’ascenseur, que j’ai aperçu un affreux, épouvantable et répugnant morceau de salade coincé bien visible entre mes deux dents de devant.

Aller bouffer au Mac Do et risquer quand même de se retrouver avec un bout de verdure dans les dents, c’est un comble. Même au cinéma, il n’y a guère qu’une Cameron Diaz pour se tirer d’une situation pareille et… non, je ne suis pas non plus Cameron Diaz.

Autant dire que je n’ai jamais remis les pieds ni dans ce cinéma, ni dans ce Mac Do, et que je contourne désormais soigneusement le parc quand il m’arrive de passer dans le quartier.

Ce n’est pas parce que je ne suis pas une bombe hollywoodienne que je n’ai pas ma fierté.



Par poupoune - Publié dans : inspirationS - Communauté : L'Essaim d'Esprits
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 10:28

 

Il y a des tas de beaufs différents. Ils sont plus ou moins bruyants, plus ou moins dérangeants, plus ou moins nuisibles… Là, c’était la catégorie des inacceptables. Selon mes critères personnels.

Déjà, ils étaient nombreux. J’ai compté au moins une grand-mère, deux parents, un tonton sans doute et trois ou quatre gamins. Dans un château médiéval de dimensions modestes (pour un château) dont les pièces aménagées pour la visite étaient, elles, franchement petites (pour un château toujours) la beaufitude de masse était d’autant plus gênante.

Et bien sûr, la petite famille Grobeauf faisait du bruit. Les gens bruyants m’énervent, quand ils sont bruyants au mépris de la tranquillité du reste du monde. Me trouver presque obligée de crier pour expliquer à ma fille que dans ce joli château se sont mariés en secret la toute jeune Anne de Bretagne et l’à peine moins jeune roi Charles VIII (chose que j’ignorais bien entendu avant de visiter ce château et que j’oublierai d’ici 5, 4, 3… N’allez pas imaginer que j’aie ce genre de culture !), être obligée, donc, de hausser le ton pour me faire entendre malgré la tribu Grobeauf, ça a commencé à m’agacer dès le début de la visite.

Voir ensuite les gosses, avec leur petit carnet de jeu, en train de griffonner leurs réponses confortablement installés sur la table de banquet du XVème siècle, ça n’a pas favorisé mon apaisement.

Mais alors quand maman Grobeauf a carrément couché son bébé baveux et crotté sur le lit de la reine parce que « Ha ha ha c’est trop mignon ! », là, j’étais à deux doigts de m’énerver pour de bon. Mais j’ai pris sur moi. Une colère saine est une colère maîtrisée.

Une fois dans la salle des chevaliers, j’ai choppé l’aîné des gamins et je lui ai collé dans les mains l’épée qui allait avec l’armure exposée.

Rien que ses parents ne lui auraient pas autorisé, en somme.

Le gamin suivant, je lui ai collé le casque sur la tête et je leur ai dit de s’amuser un peu, que ça ne risquait rien.

Evidemment, ce qui devait arriver arriva.

C’est que ça rigolait pas en ce temps-là : les épées, c’était pas que pour le décor, hein !

 

J’ose espérer que la famille Grobeauf en aura tiré une leçon et aura appris à respecter et faire respecter le patrimoine historique.

 

 


Par poupoune - Publié dans : inspirationS - Communauté : L'Essaim d'Esprits
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Samedi 27 avril 2013 6 27 /04 /Avr /2013 17:02

 

C’était un conteneur à vêtements, un de ces gros cubes gris, qui s’ouvrent un peu comme un vide-ordure, et dans lesquels on dépose les vêtements que l’on souhaite donner.

Quand j’ai vu monsieur crier sur madame qui tenait encore la poignée du conteneur dans la main, j’ai pensé qu’elle avait dû jeter sa chemise préférée ou son caleçon porte-bonheur. Mais quand ils ont commencé à cogner dans le conteneur, à l’ouvrir et le fermer frénétiquement en criant de plus en plus fort, je me suis dit qu’elle avait dû au moins laisser le portefeuille de monsieur dans la poche de la chemise avant de la jeter. Ce n’est qu’en m’approchant que je me suis aperçue que l’ouverture du conteneur était maculée de sang.

Je trouvais assez audacieuse l’idée de se débarrasser d’un corps en morceaux dans un conteneur dont l’ouverture permettait de le remplir, mais pas de le vider ou de voir à l’intérieur, mais en plein jour ? Et à quoi bon rester sur les lieux à s’engueuler et attirer l’attention ? Ils avaient peut-être laissé leur carte de visite sur le corps… Je ne voyais pas d’autre explication.

Ils criaient toujours, s’acharnant de plus belle sur l’ouverture du conteneur qui semblait désormais résister, mais à force de tirer ils ont fini par en venir à bout et c’est là qu’une troisième voix s’est mêlée à leurs cris. La petite voix de la petite fille qu’ils venaient de sortir du conteneur.

Son front n’était plus qu’une large plaie, une de ses mains était bleue et son bras était plié selon un angle incongru. A peine délivrée du conteneur, elle a levé un regard honteux vers ses parents avant de baisser les yeux.

Et elle a pris une baffe magistrale quand ils se sont aperçus qu’elle n’avait pas été foutue de sortir la moindre fringue de ce fichu conteneur.

 

 

Par poupoune - Publié dans : inspirationS - Communauté : L'Essaim d'Esprits
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Samedi 6 avril 2013 6 06 /04 /Avr /2013 18:11

 

Quand j’attends à l’aéroport – ce qui dure souvent assez longtemps, parce que je déteste être en retard, alors je suis toujours exagérément en avance, étant donné que je prévois généralement la panne de métro, l’accident de bus, l’effondrement d’un pont et la chute de météorites pour calculer mon temps de trajet – quand je poireaute, donc, j’aime bien jouer à un jeu. Le jeu du témoin. J’observe les gens, pas quelqu’un en particulier, mais un peu tous ceux qui passent dans mon champ de vision et, au bout d’un moment, j’essaie de donner une description de chacune des personnes que j’ai aperçues, pour m’entraîner à être un bon témoin. C’est pas que je rêve de devoir être témoin un jour de quoi que ce soit qui nécessiterait mon témoignage précis, mais… c’est un jeu, c’est tout. Et donc, je jouais depuis un moment déjà, quand le type au visage de portrait-robot a fait son apparition. Il a tout de suite attiré mon attention, parce qu’il avait exactement la tête du mec qui ressemble à tout le monde. Le mec dont je n’aurais rien à dire si on me demandait. Le mec que tu as l’impression de reconnaître chaque fois qu’un portrait-robot est diffusé. Alors j’ai triché un peu – j’ai le droit, c’est mon jeu – et je l’ai regardé plus longtemps, en cherchant les détails qui le distingueraient d’un autre homme à tête de portrait-robot, mais non, rien. Alors j’ai fini par abandonner mon observation définitivement inutile dans son cas et, dépitée par cet échec, je suis allée prendre mon avion.

Ce n’est que bien plus tard qu’il y a eu cet appel à témoins. Le créneau horaire et le lieu correspondaient exactement à ceux de ma dernière partie du jeu du témoin, aucun doute, et comme le suspect était recherché pour un crime odieux, je suis allée témoigner.

J’ai décrit toutes les personnes dont je me souvenais avec le maximum de détails possible. Les portraits qui en ont résulté ont ravi le dessinateur de la police qui, pour la première fois en vingt ans de carrière, avait l’impression de changer de modèle. Tout le commissariat a défilé pour assister à ma grande démonstration de témoignage parfait. A mesure qu’ils identifiaient et retrouvaient les personnes que j’avais décrites, leur incroyable ressemblance avec les portraits me valait encore des hourras. Certaines personnes ont même été étonnées de se découvrir des signes particuliers qu’elles n’avaient jamais remarqués. D’autres ont même demandé à acheter leur portrait-robot tellement il était réussi. Un grand succès.

Sauf qu’au bout d’un moment, toutes les personnes que j’avais permis de retrouver ont été innocentées et il ne restait finalement plus qu’un espoir : l’homme à tête de portrait-robot.

« Bon… alors il n’était pas très grand… mais pas petit non plus, vous voyez ? Taille moyenne. Ni gros ni maigre… stature moyenne, quoi. Brun… et euh… yeux marrons, je dirais. »

Je me concentrais à mort, vraiment, et pour ainsi dire je le voyais comme s’il était là, devant mes yeux, ce type à tête de portrait-robot, mais ça ne changeait rien au problème : je n’avais rien à en dire. J’ai réussi à ajouter qu’il était peut-être un peu mat de peau, ou alors seulement mal rasé, mais à la façon dont on me regardait maintenant, j’ai bien senti que je m’enfonçais.

A tel point que les flics ont commencé à me soupçonner, moi, leur témoin vedette ! D’un seul coup, leurs regards admiratifs sont devenus carrément suspicieux, voire accusateurs. J’étais finalement bien présente sur les lieux et à part – je cite – « ce prétendu suspect que j’y aurais vu mais que je n’étais pas foutue de leur décrire », j’étais la seule qu’ils n’avaient pas encore innocentée.

Ils m’ont gardée aussi longtemps qu’ils ont pu jusqu’à être obligés de me relâcher faute de preuve, et j’ai fini par quitter le commissariat tête basse, sous les huées de flics persuadés non seulement de ma culpabilité, mais aussi que je m’étais bien payé leur tête.

On m’y reprendra à vouloir rendre service, tiens !




Ecrit pour les Impromptus littéraires



Par poupoune - Publié dans : Les impromptus - Communauté : L'Essaim d'Esprits
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Vendredi 5 avril 2013 5 05 /04 /Avr /2013 19:47

 

Ma fille, alors qu’elle n’avait rien à se faire pardonner, m’a écrit un poème adorable qu’elle est venue me lire, toute fiérote. Elle y disait qu’elle m’aimait et qu’elle me remerciait de lui avoir montré tous ces pays qu’elle ne connaissait pas… Au-delà du fait qu’un parent est probablement toujours touché par ce genre de témoignage d’affection, j’ai été émue qu’elle exprime ainsi le plaisir qu’elle avait pu prendre à voyager avec moi… Je me suis dit avec une mièvrerie inhabituelle que pour voyager désormais, je n’avais besoin pour tout bagage que de ce poème et de la compagnie de ma fille. Que le poids de ses mots rendrait à jamais légère ma valise enchantée. J’ai eu envie de réserver immédiatement un billet pour n’importe où, du moment que c’était un pays qu’elle ne connaissait pas !

Et puis elle m’a donné son poème, que je me suis empressée de relire.

Bon.

Passe encore qu’elle fasse rimer « je t’aime » avec « pareil », mais… « je t’écrit se poéme » ? « Sais presque pareil » ? « J’ai toujours voulus te remmairsier » ? « Tous c’est pays » ? Franchement ?

Alors le seul voyage qu’elle a fait, c’est un aller simple pour la cave avec un dictionnaire, un Bescherelle et un stylo rouge. Elle aura le droit de sortir quand elle m’aura remis une copie corrigée.

 

 

 

 

 

Ecrit pour le Défi du samedi

 

Par poupoune - Publié dans : Défi du samedi - Communauté : L'Essaim d'Esprits
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

c'est qui ?

En version longue

   couv3-copie-1

J'y passe du (bon) temps

c'est pas moi qui le dis...

Recherche

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés