L’idée devait avoir germé, sans que j’arrive à la saisir vraiment, lorsque j’avais dû me résoudre à m’attaquer moi-même au joint en silicone de ma baignoire. Elle avait probablement commencé à mûrir lorsque, après avoir pris ma tringle à rideau sur le nez, je l’avais refixée au mur à coups de marteau et à l’aide de cure-dents judicieusement glissés entre les vis et le plâtre. Elle m’a forcément effleurée de nouveau lors de cet épisode fâcheux au cours duquel j’avais dû me battre, armée d’une pince à épiler et de la pointe d’un couteau, contre un diabolo (dynamo ? quelque chose en « o » en tout cas, j’en suis presque sûre… vous savez : ce petit bitoniot qui coince les fils du mur avec ceux de l’ampoule ?) pour que la lumière soit. J’ai fini par la saisir très clairement quand ma douche s’est mise à arroser le plafond et trois des quatre murs de la salle de bain…
Manifestement, la douchette était défectueuse. J’ai donc racheté une douchette. Facile. J’ai enlevé la vieille, mis la nouvelle en place et là… De l’eau s’est mise à couler d’à peu près partout, sauf des trous prévus à cet effet. Comme je ne suis plus une débutante en menus travaux domestiques, j’ai pensé « joint ». J’ai supposé qu’en dévissant / revissant la douchette, j’avais dû asséner le coup de grâce au joint du flexible et je suis allée en acheter de nouveaux. Trois types de joints en rayon, de formes et couleurs différentes. Forte de mon expérience en, donc, menus travaux domestiques, j’ai choisi ceux qui présentaient le rapport quantité / prix médian. J’ai mis le joint en place, ouvert l’eau et… l’eau coulait toujours n’importe où. Pour d’obscures raisons consécutives à un obscur raisonnement que je ne développerai pas ici, j’ai décrété qu’il me fallait d’autres joints. Je suis donc allée en racheter, j’en ai mis un en place et… pas d’amélioration. C’est là que j’ai eu l’idée de vérifier l’état de mon flexible et bien m’en a pris. Je suis allée en acheter un neuf. Je l’ai mis en place, mais à force de visser / dévisser / revisser avec plus ou moins de délicatesse, c’est la douchette neuve que j’ai fini par abîmer. Bon : l’eau de la douche coule désormais à peu près par les bons trous, à un petit filet près qui s’échappe pour ruisseler contre le mur, mais la situation est acceptable.
Bref. Tout ça pour dire qu’indépendamment du temps, de l’énergie et de l’argent dépensés, ce genre de conneries me fait toujours prodigieusement chier. Je n’aime pas grimper en équilibre précaire sur une pile de BD posée sur une chaise, pour atteindre l’ampoule à changer et m’apercevoir que j’ai pris une ampoule à baïonnette alors qu’il fallait une ampoule à vis. Je n’aime pas me plier en deux à croupetons sous l’évier pour dévisser le truc par lequel plein d’eau dégueulasse va couler directement dans mes casseroles que je ne pense jamais à sortir avant, pour tenter un débouchage « bio » alors qu’au final un bon litre de Destop fera aussi bien l’affaire. D’une manière générale, je n’aime rien de ce qui implique l’usage d’un tournevis, d’un escabeau, d’une pince, d’un marteau ou de tout autre objet disponible au rayon bricolage des magasins.
Alors j’ai eu cette grande idée de lancer une agence d’hommes à tout faire, pour intervenir chez tous les gens comme moi pour les menus travaux qui ne nécessitent en aucun cas de devoir vendre un rein pour pouvoir s’offrir les services d’un électricien, d’un plombier ou autre artisan, certes tous bien utiles, mais pas toujours indispensables.
J’ai fait ma petite étude de marché dans mon quartier, évalué les coûts et les bénéfices probables et, ma foi, ça semblait prometteur. J’ai passé une annonce pour recruter mes hommes à tout faire et pris les rendez-vous pour les entretiens d’embauche.
J’ai reçu sept candidats.
Et bien croyez-le ou non, les sept se sont présentés déguisés en Village People, poitrail à l’air et pantalon à pressions et tous ont mis de la musique et entamé un strip-tease à peine ma porte ouverte.
Mais pas un n’a été foutu de remplacer le néon de la cuisine.
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c'est pas moi qui le dis...