Le monsieur derrière moi dans la file d’attente au cinéma se posait une question à laquelle je savais répondre, alors j’ai engagé la conversation assez naturellement. Il allait voir un film avec ses enfants, moi un autre film avec ma fille, nous avons échangé quelques mots aimablement et nous sommes souhaité une bonne séance avant de nous séparer.
A la fin du film, j’ai emmené ma fille déjeuner au Mac Do et, alors que nous cherchions une table où nous installer, mon plateau a rencontré celui du même monsieur que dans la file d’attente, au moment où nous les posions ensemble sur la même table. Compte tenu de la foule et du temps que nous avions déjà tous perdu à chercher cette table, nous avons rapidement convenu que nous pouvions la partager.
Et tout aussi rapidement, nous avons repris la conversation précédemment entamée.
Nous avons passé un excellent moment. Les enfants ont eu l’air de bien s’entendre, le papa et moi-même aussi, tout le monde semble s’être amusé et nous avons passé ensemble beaucoup plus de temps qu’il n’en faut pour manger un Big Mac.
Au bout d’un moment, nous avons tout de même quitté les lieux et, très naturellement, nous avons fait une sympathique balade dans le parc voisin. C’était comme dans un de ces films que les femmes qui n’ont plus vingt aiment bien parce qu’elles se disent que ça pourrait leur arriver. Simple, évident, agréable.
Ce n’était pas Robert Downey Jr ou Georges Clooney, mais je me dois en toute honnêteté d’avouer que je ne suis pas non plus Julian Moore ou Catherine Zeta-Jones. C’était un homme exactement comme on ne rêve pas d’en rencontrer, mais dont on sait quand on le rencontre que c’est bien lui et pas un quelconque bellâtre hollywoodien qu’on devait rencontrer. Ce genre d’homme qui vous fait dire instantanément : c’est possible.
Et oui : au cours de ces quelques heures, avec nos enfants qui s’égayaient pendant que le papa et moi nous découvrions de plus en plus d’affinités, je me suis dit que c’était possible. Je me le disais encore bien après que nous nous sommes séparés en nous donnant rendez-vous le dimanche suivant. Oui, c’était possible.
Ce n’est qu’une fois arrivée à la maison, dans l’ascenseur, que j’ai aperçu un affreux, épouvantable et répugnant morceau de salade coincé bien visible entre mes deux dents de devant.
Aller bouffer au Mac Do et risquer quand même de se retrouver avec un bout de verdure dans les dents, c’est un comble. Même au cinéma, il n’y a guère qu’une Cameron Diaz pour se tirer d’une situation pareille et… non, je ne suis pas non plus Cameron Diaz.
Autant dire que je n’ai jamais remis les pieds ni dans ce cinéma, ni dans ce Mac Do, et que je contourne désormais soigneusement le parc quand il m’arrive de passer dans le quartier.
Ce n’est pas parce que je ne suis pas une bombe hollywoodienne que je n’ai pas ma fierté.
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c'est pas moi qui le dis...