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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 00:40

 

Je déteste les vieux.

Je sais, ça peut sembler un peu abrupt, mais avant que ceux d’entre vous dont le cheveu a déjà blanchi et qui ont passé l’âge de se soucier de leur bedaine ne me laissent un commentaire injurieux ou ne me dénoncent aux autorités compétentes, laissez-moi expliquer.

Déjà, vous qui êtes là, en présence d’un ordinateur que vous savez, ne serait-ce qu’un tout petit peu, utiliser, vous qui, à la lecture de cette entrée en matière, l’avez comprise, vous, enfin, qui vous tenez en position assise ou debout sans assistance ou, même, couchée sans baver, quel que soit votre âge, vous n’êtes pas l’objet de ma détestation.

Je ne déteste même pas les vieux cons, les vieux qui puent, les vieux qui piquent… tous ces vieux qui vivent leur vie de vieux, aussi emmerdants puissent-ils être, ne me posent fondamentalement pas de problème.

La catégorie de vieux que je ne supporte pas est plutôt discrète, quoique nombreuse, et pourrit mon quotidien plus sûrement que les photos de chiens abandonnés dans le métro : les vieux tristes.

Et je ne parle pas de leur tristesse à eux : la plupart ne se rendent d’ailleurs même pas compte du désespoir de leur situation, ce qui les rend encore plus tristes… Non, je parle de cette tristesse qu’ils infligent aux autres.

C’est ce vieux, à l’air hagard et au cheveu hirsute, qui fait quelques pas pressés avant de s’arrêter brusquement, en n’ayant de toute évidence pas la moindre idée d’où il se trouve, qui reste planté là ce qui paraît une éternité, dans une immobilité impressionnante, avant de refaire quelques pas pour s’arrêter encore et qui, chaque jour, arpente ce même bout de trottoir et semble de plus en plus perdu.

C’est la vieille au caddie, dont on ne sait plus qui de la vieille ou du caddie permet à l’autre de se mouvoir et qui, dans un geste immuable, avec une lenteur désespérante, un tout petit pas tremblant et hésitant après l’autre, avance malgré tout, allez savoir pourquoi, le sait-elle seulement elle-même, personne ne l’a jamais vue arriver à destination.

C’est cette toute frêle petite personne fripée et fragile qui accomplit avec une précision d’horloger un rituel compliqué afin d’atteindre le banc et de s’y asseoir sans encombre et qui, alors qu’elle est sur le point de poser son menu fessier, laisse malencontreusement tomber son journal et comprend instantanément que le moment de détente qu’elle espérait voler entre deux maux de son âge sera finalement consacré à d’impossibles et douloureuses contorsions en vue de remettre la main sur ce foutu journal, qu’elle ne pourra même pas lire, épuisée par l’effort.

C’est le joli vieux au regard doux qui essaie encore et toujours de donner le change, mais qui a oublié de troquer ses pantoufles contre des chaussures, qui s’est barbouillé de mousse et a oublié de se raser et de se rincer, qui arrive dignement jusqu’à la boulangerie, mais ne sait plus ce qu’il doit y acheter ou pire : qui se rend compte qu’il est sorti en pyjama et n’a pas la force et l’énergie qu’il voudrait pouvoir déployer pour aller se mettre à l’abri des regards.

Tous ces vieux me collent un bourdon inimaginable. Je vous jure, il y en a, ils me dépriment tellement que si ça n’était pas contraire à l’ordre naturel des choses, je pourrais en mourir de chagrin. Mais il paraît plus juste qu’ils meurent avant moi, alors plutôt que de me laisser abattre, dès que j’en vois un, je le balance sous un bus, un métro, une poussette ou quoi que ce soit qui passe : de toute façon, bien souvent, la chute est suffisante et croyez-moi, on se sent infiniment mieux après.

 

 

 

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 01:28

 

A un seul chiffre près, mon numéro de téléphone est exactement le même que celui du service réclamation d’une compagnie d’assurances. Il n’est donc pas rare que je reçoive des appels qui ne me sont pas adressés.

D’ailleurs, soit dit en passant, je suis toujours étonnée du comportement des gens qui appellent, donc, pour se plaindre. Je suis prête à leur accorder, à tous sans exception, le bénéfice du doute et à présupposer qu’ils sont dans leur bon droit et que leur plainte est justifiée (quiconque souhaitant s’en prendre à son banquier ou à son assureur ayant, par défaut, mon soutien), mais franchement : comment peuvent-ils sincèrement penser qu’agonir leur interlocuteur – qui n’est, rappelons-le, a priori jamais le responsable de leurs maux et très rarement susceptible de pouvoir les apaiser lui-même – comment peuvent-ils croire, donc, que hurler des injures à un quasi-innocent pourra d’une quelconque manière leur permettre d’obtenir satisfaction ? Au mieux, ils auront braqué la personne qui doit transmettre leur demande à « qui de droit » (lequel « qui de droit » a bon dos, mais n’a jamais de nom) et ça ne favorisera certainement pas l’efficacité de traitement de leur dossier et au pire, ils se feront insulter en retour et raccrocher au nez. Alors oui, bien sûr, ça défoule, mais c’est à peu près aussi utile que d’insulter la caissière du supermarché à cause du paquet de nouilles qui a encore augmenté… Mais entendons-nous bien : je ne dis pas que l’assureur est au-dessus de tout soupçon. Je pense même au contraire que les assureurs et, plus encore, les banquiers, méritent bien plus que la moyenne qu’on leur pisse à la raie. Il n’en reste pas moins que l’employé lambda qui répond au téléphone pour se faire insulter à la place de son patron n’est en général pas coupable de grand-chose et je suis prête à parier qu’en plus, il ne transmet jamais les insultes à « qui de droit ».

Bref : tout ça pour dire que souvent je me fais insulter par erreur. Et ce qui est marrant, c’est que je peux rarement en placer une avec les plus énervés avant de m’être fait traiter de tellement de noms qu’il y en a parfois que je ne connais même pas et, quand je finis par les aviser (poliment) de leur erreur de numéro, la plupart ne s’excusent même pas avant de me raccrocher au nez. Le truc qui me console dans ces cas-là, c’est de me dire qu’une fois qu’ils se sont bien défoulés contre moi, ils doivent être en mesure de s’adresser plus calmement à leur assureur et obtiennent sans doute plus facilement satisfaction… Mais fermons la parenthèse – oui, c’était une parenthèse – ce n’était pas ça que je voulais raconter.

Il y a quelque temps, en rentrant de vacances, j’avais trois messages sur mon répondeur. Qui n’étaient pas pour moi : le premier, il s’agissait a priori d’une vieille dame à la voix chevrotante qui, dans un souffle, posait une question inaudible sur son contrat d’assurance. Le deuxième message avait été laissé par la même vieille dame, qui semblait avoir vieilli d’un siècle depuis son premier appel. Au troisième message, elle paraissait mourante. Voire carrément morte à la fin.

Je me suis immédiatement imaginé une pauvre vieille esseulée et finissante qui, au prix d’un effort surhumain épuisant ses dernières ressources, tentait désespérément de joindre son assureur, pour demander si elle ne pouvait pas, par hasard, récupérer les trois francs six sous de sa maigre assurance vie pour se payer une fin de vie décente, plutôt que de crever seule comme un rat et que son modeste pécule finisse dans la poche de ses rejetons ingrats, qui l’avaient pour ainsi dire abandonnée depuis des années dans ce foutu deux pièces au cinquième étage sans ascenseur où elle n’aurait bientôt même plus le téléphone, vu qu’elle ne pouvait plus descendre chercher son courrier et donc ses factures et quand bien même : avec quoi elle les paierait, hein ?

Bref. Ses messages m’ont collé un bourdon monstrueux et je me suis sentie investie d’une mission : sauver la vieille. J’ai réécouté ses messages encore et encore dans l’espoir d’y découvrir des indices – un peu comme dans les films, tu sais, quand le mec il reconnaît le bruit que fait le métro en arrivant dans telle station et la cloche de telle église et qu’il peut en déduire à douze mètres près, treize maximum, la localisation et l’heure exactes de l’appel – mais ça n’a rien donné, à part peut-être un son qui m’évoquait vaguement une cafetière, ou une tronçonneuse (de loin), à moins que la vieille ait simplement lâché un vent… Du coup je me suis concentrée sur les quelques informations qu’elle donnait : son nom (dont je ne comprenais que « Madame gnin-gnin-tin » ou « gnin-gnin-din »), le nom de son produit d’assurance (à mi-chemin entre le nom d’une fleur et celui d’un dieu grec : mais à quoi pensent donc les assureurs quand ils inventent des conneries pareilles ?!), son numéro de contrat (du moins le début et la fin du numéro, je crois qu’elle a dû perdre connaissance au milieu un moment, moi-même je me demande si je ne me suis pas assoupie tellement c’était long) et, enfin, son numéro de téléphone, dont je n’ai pas pu comprendre deux des dix chiffres, mais j’avais les huit autres et surtout les deux premiers, qui me permettaient de la situer en région parisienne.

Forte de ces précieux renseignements, j’ai appelé l’assureur pour lui expliquer la situation et lui demander de m’aider à identifier la pauvre vieille, et le connard qui m’a répondu m’a ri au nez avant de raccrocher. Du coup, j’ai rappelé et je l’ai insulté copieusement, même si ce n’était sans doute pas le même mec, vu que cette fois c’est une fille qui m’avait répondu, mais dans ce cas précis j’avais le droit puisque l’objet de mon appel était uniquement de me défouler. Voyant que, comme de bien entendu, je n’obtiendrais rien de l’assureur, je me suis rabattue, dans l’ordre, sur la police, les pompiers, les services sociaux et les pages blanches, et c’est finalement dans ces dernières qu’au bout d’un nombre d’heures et d’appels infructueux incalculable, j’ai fini par trouver avec quasi-certitude le nom et l’adresse de ma vieille. Et j’ai foncé chez elle sur le champ pour voler à son secours. Je vous passe le détail de mes déconvenues avec le premier digicode, la gardienne, le second digicode et le voisin acariâtre, et je ne m’étendrai pas non plus sur mon obstination à vouloir aider une pauvre âme en détresse coincée dans son taudis, malgré le luxe évident de l’immeuble où elle vivait.

J’ai fini par arriver devant sa porte. J’ai frappé. Pas de réponse. Je me suis annoncée (« Madame gnin-gnin-tin ? -din ? Je suis la personne que vous avez appelée par erreur en pensant appeler votre assureur le mois dernier… ») : toujours pas de réponse, mais là, je ne pouvais pas lui en vouloir, moi-même je n’aurais pas eu envie de me répondre avec une annonce pareille… Alors j’ai frappé un peu plus fort et la porte s’est ouverte. Du coup je suis entrée et j’ai vu la vieille, debout droit devant moi. Avant que j’aie vraiment pu réaliser que c’était un fusil qu’elle avait dans les mains, elle m’avait déjà logé une balle dans la poitrine.

 

En commençant à retrouver mes esprits, ma première pensée a été pour la vieille. J’imaginais qu’elle avait dû se laisser gagner par le désespoir et rendre responsable de son insondable malheur cet assureur qui refusait de lui rendre son argent, quitte à la laisser crever de faim et de solitude. Le fusil était sans doute pour elle, pour mettre fin à son calvaire, et elle avait dû le retourner contre moi en me prenant pour l’assureur qui lui avait fait tant de mal. C’est en m’accrochant à l’idée qu’au moins cet incident avait sans doute permis de la sortir de son isolement fatal que j’ai réussi à reprendre vraiment connaissance et à revenir à la vie.

Pour apprendre qu’en fait, la vieille avait appelé l’assureur pour tenter de spolier sa belle-fille et se rendre seule bénéficiaire de l’assurance vie de son ex-mari mourant. N’ayant pas réussi, elle avait simulé une effraction à son domicile pour pouvoir descendre, en pseudo légitime défense, la fille que son mari avait eue d’un premier mariage et qui devait hériter de tout. J’avais eu le malheur d’arriver au moment ou la vieille s’attendait à voir débarquer sa belle-fille.

 

Si je m’en sors, je jure de téléphoner au moins une fois par jour à un assureur, un banquier ou une vieille pour l’insulter.

 

 

 

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 01:10

 

Chaque départ en colo de ma fille est l’occasion pour moi de (re)découvrir à quel point tout le monde ne vit pas son rôle de parent comme moi. Et encore : je n’assiste qu’aux départs et aux retours, je ne veux pas savoir à quoi les animateurs peuvent être confrontés avant, pendant et après les séjours.

 

Il convient de préciser sans doute avant d’aller plus loin que je suis une extrémiste de la ponctualité et championne du monde de la culpabilité, ce qui, j’en conviens, peut créer quelques décalages entre moi et d’autres, sans que cela fasse de ces autres de mauvais parents pour autant. Toujours est-il que je suis quand même à chaque fois étonnée de voir des parents arriver avec leurs gosses en courant et quasiment jeter valises et mômes dans le train, sans prendre le temps (encore heureux !) d’un dernier bisou. Le plus surprenant, c’est que ce sont toujours ces derniers arrivés qui sont les premiers repartis sans, non plus, faire coucou à leurs enfants. Je ne dis pas qu’il est impératif de passer une demi-heure à secouer la main en attendant le départ et de continuer encore un peu en courant un cent mètres quand le train commence à partir – d’ailleurs les retardataires n’ont pas une demi-heure à consacrer à ça, ce joyeux plaisir est réservé aux gens comme moi – mais de là à larguer ses mômes sans un regard après leur avoir collé un bon coup de stress en arrivant in extremis, personnellement, je n’oserais pas.

Une fois, il est arrivé que je ne puisse pas voir ma fille au moment du départ du train – un importun ayant fait écran pile au moment fatidique – et, même si ça faisait vingt bonnes minutes au moins que je lui envoyais des bisous, j’ai culpabilisé quasiment jusqu’à son retour pour ce dernier coucou raté.

 

Après, il y a les parents qui ont oublié le pique-nique. Le truc qu’est marqué en gras et en rouge sur ta convocation, presque plus visible que l’heure de rendez-vous, mais la paperasse, c’est connu, ça ne sert à rien. Bon, là, ce qui est drôle, c’est de voir les papas oublieux (ceux qui ne sont pas, aussi, retardataires et qui peuvent donc tenter de se rattraper) se taper un sprint jusqu’à la boulangerie la plus proche pour trouver de quoi sustenter leur progéniture… mais ça, c’est pour ceux qu’une âme charitable aura rappelés à l’ordre à temps. Les autres laissent leurs gamins partir sans rien à manger que ce que les autres voudront bien leur donner. Ou leur vendre, si par chance leurs parents n’ont pas oublié l’argent de poche. Allez, bonnes vacances fiston.

Moi, une fois, j’ai oublié de donner un goûter à ma fille – et encore : ce n’était pas vraiment un oubli, je ne savais pas qu’il fallait que j’en donne un et ce n’était écrit nulle part – c’était il y a deux ans, et je m’en veux toujours un peu. Franchement, être attentif à ces petites choses, ça ne coûte pas grand-chose et c’est infiniment plus confortable pour les parents… si je ne le faisais pas pour ma fille, je le ferais pour moi.

 

Dans un autre genre, il y a les mamans qui pleurent. Franchement ? Entre celles qui partent avant le train sans vraiment dire au revoir et celles qui ponctuent leurs dernières recommandations de déchirants sanglots, je ne sais pas lesquelles sont les pires pour les enfants… Peut-être celles qui se trompent de jour ? Passe encore pour les parents qui sont déjà venus la veille et reviennent le jour J (avec un pique-nique rassis pour ceux qui ne l’ont pas oublié), mais ceux qui débarquent avec un jour de retard… ou ceux qui disparaissent avec leurs gosses entre le « pointage » et la montée dans le train : c’est pas étonnant, ça ?

Evidemment, au retour, les parents qui oublient de venir chercher leurs enfants méritent la palme, même si je ne suis généralement plus là pour la leur décerner : vu que j’arrive – pour le retour aussi – avec au moins ma traditionnelle demi-heure d’avance, je n’ai guère plus que la patience d’attendre que ma fille sorte du train et je ne fais pas de vieux os une fois que je l’ai récupérée.

 

Toutefois, le type de ce matin mérite le prix spécial du jury. Comme l’école, les colonies de vacances permettent de comprendre à quel point ce sont essentiellement les parents qui rendent certains métiers vraiment difficiles, et la démonstration du jour était édifiante.

Ce merveilleux papa, qui se montrait bruyamment très soucieux du bien-être de sa fille chérie, n’avait de toute évidence pas pris la peine de s’intéresser de près ou de loin aux vacances de sa descendance avant cette heure délicieuse qui précède le départ en colo, au cours de laquelle les animateurs doivent s’assurer que tous les gamins sont bien là, commencer à les mettre à l’aise tout en rassurant les parents et donner les indications nécessaires pour que la troupe au complet se retrouve dans le bon train au bon moment, le tout dans le joyeux bordel qu’on imagine au milieu d’une foule de gosses entourée d’une double foule de parents. Et c’est justement ce moment que le connard du jour a choisi pour (se) poser toutes les questions auxquelles tous les autres parents – s’ils en avaient eu besoin – avaient fait en sorte d’obtenir des réponses depuis belle lurette.

Mais le merveilleux papa avait sans doute été trop occupé et il harcelait donc au dernier moment, un à un, tous les animateurs : « Mais vous avez quel âge ? Il y aura des responsables plus âgés ? » - « Euh… je sais pas, demandez à la directrice. » - « C’est qui la directrice ? Elle ?! Mais elle est encore plus jeune que vous !... Et vous avez quelle formation ? Et des diplômes, vous avez des diplômes ? »… etc.

Et le tout, non pas simplement sur le ton de l’angoisse tardive, mais bien avec mépris et le message implicite « Mais qui êtes-vous pour prétendre veiller sur ma fille à ma place ? ». Bref : le type infect et, surtout, le stéréotype du mec qui a laissé sa femme s’occuper des vacances de la petite parce qu’il a mieux à faire que perdre son temps sur des questions aussi triviales, mais qui fait semblant d’être hyper concerné, le papa-poule de l’année, quand il a un public. Déjà ce genre d’attitude m’insupporte, mais alors assortie d’une telle condescendance, ça me fout hors de moi.

Malgré la gêne évidente de sa femme, la honte qu’aurait forcément ressentie sa fille si elle avait été un peu plus âgée, l’agacement grandissant des animateurs et les gros yeux des autres parents, il continuait, en rajoutant même avec maintenant des interrogations quant à la salubrité des locaux qui allaient accueillir son enfant. Il aurait probablement poursuivi en exigeant un contrôle technique du train, mais son téléphone a sonné et le bien-être de sa fille avant tout, mais c’est un appel important, je dois le prendre.

(Un dimanche matin. Sans déconner : qui reçoit des appels importants le dimanche matin ?!) 
Il s’est écarté, à peine, pas assez pour que l’excitation des gosses et le bruit des trains ne couvrent sa conversation, qu’il tenait, évidemment, à un volume suffisant pour que tout le monde en profite bien. Il était juste au bord de la voie d’à côté. Totalement absorbé par son appel. Tellement qu’il ne faisait attention ni à moi, ni au train qui entrait en gare.

 Mais pas un témoin ne pourra jurer m’avoir vue le pousser.

Non.

Il aura glissé, sans doute.

 

 

 

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 23:40

 

Je ne suis pas un modèle en matière de gestion budgétaire et de tenue des comptes. Pour tout dire, je suis plutôt du genre panier percé. A la fin du mois, s’il reste de l’argent, je me dis que j’ai loupé une occasion de me faire plaisir… D’ailleurs, quand je parle de « faire mes comptes », ça veut dire que je jette un œil au solde de mon compte pour voir combien je peux encore dépenser avant que mon salaire ne vienne remonter le compteur.

Pour autant, j’ai une notion relativement précise de ce que sont mes moyens et si je ne suis pas économe pour deux sous, je ne suis pas totalement déraisonnable pour autant et je n’ai que très exceptionnellement des fins de mois vraiment difficiles. Du moins, avant, ça allait.

Il y a trois mois, j’ai commencé à travailler à temps partiel. Il va sans dire que le travail partiel n’est pas le problème : on ne chôme jamais trop. Non, le vrai problème, c’est le salaire partiel qui, soit dit en passant, est assez injuste parce que ce que mon employeur ne me donne plus, il ne le donne à personne d’autre, aussi bien pour ce qui est du salaire que du travail, mais c’est une autre histoire. Toujours est-il que qui dit moins d’argent dit moins de dépenses (normalement), mais, étant donné que je n’ai pas l’habitude de me miner le moral en faisant mes comptes, il faut encore que j’affine mon évaluation pifométrique de budget. En attendant, ces trois premiers mois avec moins d’argent qu’avant ont immanquablement donné lieu à des découverts, pas tout à fait vertigineux, mais suffisants pour me faire renoncer à tout un tas de dépenses parfaitement inutiles et donc totalement indispensables.

Pour résumer cette brève, mais instructive entrée en matière, j’ai donc eu, trois mois de suite, un découvert sur mon compte, certes pas vraiment négligeable, mais très loin de mon découvert autorisé. Il n’y a donc pas péril en la demeure. Du tout.

Et bien malgré ça, je viens de recevoir de ma banque un courrier, me signalant gentiment que compte tenu de l’usage que je semble faire de mon découvert, il leur paraît judicieux, pertinent et, pour tout dire, probablement salutaire de m’orienter vers le crédit à la consommation. Ma première réaction a été de me dire « ils me prennent vraiment pour une conne », avant de jeter leur lettre sans y prêter plus d’attention. Mais à la réflexion, même si c’est devenu une ritournelle populaire concernant les banquiers aujourd’hui, je me dis que ce sont vraiment de gros enculés.

Je ne vais pas faire ici une analyse pointue de ce qu’est un crédit à la consommation, rappelons simplement que c’est un outil diabolique d’enrichissement des banques et des établissements de crédit, entre autres grâce à des taux d’intérêt qui atteignent des niveaux comparables à ce que l’on peut raisonnablement qualifier de vol, et à une déontologie à la souplesse remarquable, qui permet aux banques de faire sans scrupules du crédit à la consommation l’un des grands responsables du surendettement des ménages.

Et le fait qu’il m’en soit proposé un à moi, qui ai tout sauf besoin d’un crédit de ce type, au premier frémissement de mon compte du mauvais côté du zéro, prouve à quel point ces putain de voleurs sont à l’affut du moindre signe de pauvreté potentielle de leurs clients pour venir ratisser au fond du fond de leurs poches le moindre sou qui pourrait s’être coincé dans la doublure. Bref : ce courrier m’a passablement agacée. Et je gère mal l’agacement. Je ne sais pas pourquoi, quand je commence comme ça à me laisser gagner par ce genre d’irritation, c’est plus fort que moi, il faut que je trouve un moyen de passer mes nerfs sinon je deviens folle.

Je cherchais donc un défouloir quand mon regard est tombé, par la fenêtre, sur la devanture d’une agence bancaire, là, juste en bas de chez moi. C’était pas ma banque, mais il n’était pas question de justice, seulement de vengeance aveugle, au nom de tous ceux qui, naïvement, pensant qu’un banquier ne peut pas les voler, vu que les voleurs, on les met en prison, se laisseraient encore spolier et mettre sur la paille par ces vautours en cravate.

Je suis donc descendue, après avoir attrapé au passage un balai – que j’ai rapidement débarrassé de sa brosse, histoire de ne pas avoir l’air d’une ménagère en colère, mais bien d’une justicière du peuple. En arrivant devant la banque, je n’avais pas de plan précis, alors j’ai agi d’instinct : j’ai méthodiquement fait exploser toutes les vitres extérieures, les distributeurs, puis à l’intérieur je m’en suis prise aux ordinateurs.

Les clients se sont vite carapatés – sans dire merci, mais je ne leur en veux même pas – et le type sorti d’un bureau qui a tenté d’intervenir pourra témoigner que mon manche était plus solide que ses dents. J’espère que c’était au moins un conseiller financier. J’aurais préféré un trader ou mieux : le connard qui a eu cette idée géniale de déclencher l’envoi automatique d’un courrier au troisième découvert pour fourguer ses crédits de merde, mais cette engeance-là, ça ne vient pas se frotter aux pigeons que ça entube… Du coup j’étais un tout petit peu déçue en rentrant chez moi.

J’ai remis la brosse du balai sur son manche et, tant que j’y étais, j’en ai profité pour faire le ménage. Et ben contre toute attente, ça, ça m’a fait un bien fou et je me suis sentie beaucoup plus détendue quand j’ai eu terminé. Comme quoi, hein…

 

 

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 14:41

 

Les jeux olympiques ont commencé.

A une époque, je pouvais suivre à peu de choses près l’intégralité des épreuves diffusées à la télévision. Tous les sports, du plus spectaculaire au plus incongru, pouvaient me captiver (en exagérant un tout petit peu) du simple fait de l’enjeu. Le bel enjeu olympique, le fameux, paix et amour entre les peuples, de la piscine au vélodrome en passant par la piste d’athlétisme et le gymnase, les performances d’autant plus belles qu’elles étaient « gratuites »… Bon, et puis j’avais le temps, aussi, plus que maintenant sans doute. Je suis en revanche passée complètement à côté des dernières olympiades, d’été comme d’hiver, et pas seulement les toutes dernières… et non, ça ne me manque pas particulièrement. Mais cette année, il se trouve que ces jeux commencent pile un jour où je n’ai strictement rien d’autre à faire que rester vautrée dans mon canapé devant la télé toute la journée et toute la nuit si ça me chante. Certes je pourrais faire le rangement que je devais faire la semaine dernière – à moins que ce ne fût le mois dernier ? – ou encore le ménage, qui attend depuis au moins aussi longtemps, mais vous conviendrez que le ménage sans le rangement, c’est comme la charrue avant les bœufs, l’omelette sans casser les œufs, l’ours sans la tuerie… bref, c’est un peu vain et comme, donc, je n’ai pas rangé, autant caler mon fessier, lui-même gravement en manque de sport, bien confortable au fond des coussins du canapé et me gaver de ces images si belles, si pures, si fortes… (pour les autres qualificatifs, allumez votre poste et écoutez n’importe quel commentateur sportif, de préférence pendant la médiocre performance d’un athlète invité parce que ressortissant d’un pays minuscule et inconnu, si possible encouragé par une star de la discipline, ou alors au moment de l’éclat de joie du coureur de fond arrachant sa victoire au sprint).

J’allais m’en mettre plein les mirettes de la sacro-sainte beauté du sport. Les corps, souvent difformes – franchement, vous avez bien regardé les champions d’haltérophilie ? – plus encore déformés par l’effort, Les visages suant et écumant sous un masque de douleur, compagne fidèle de la performance sportive, et enfin, parfois, au bout de l’effort, un sourire, une larme, un vomi (regardez donc l’arrivée du marathon !) : l’accomplissement, le dépassement de soi, en trois mots comme en cent, donc, la beauté du sport.

Si je ne suis pas exactement sensible à la quête de l’exploit à tout prix, au sacrifice pour la performance ou à la joie dans la douleur (l’une et l’autre évidemment saines puisque sportives), j’arrive toutefois encore à m’enthousiasmer occasionnellement pour le sport. Voire à m’émouvoir. Si si. M’émouvoir. Il peut m’arriver, la faute à mon côté fleur bleue, d’être touchée par la joie, la fierté ou au contraire la déception d’un judoka géorgien ou d’une plongeuse taïwanaise.

Tout ça pour dire qu’au lieu de mettre à profit mon temps libre pour m’adonner aux joies des tâches ménagères, lire un livre intelligent ou m’aérer tout en profitant du charme estival de ma ville, j’ai opté pour le gavage télévisuel – niveau olympique, donc.

Ce n’est pas sans un soupçon de satisfaction coupable que j’ai exhumé la télécommande et allumé la télé. J’ai d’abord cru m’être trompé de chaine. J’ai zappé, vérifié, mais non : ce que j’avais pris pour une série américaine à base de pin-up sur la plage était en fait un match de beach-volley. Sérieusement. Non, je veux dire : sérieusement ?

Bon : je veux bien croire que courir et sauter dans le sable puisse être fatigant. Moi, rien que bouquiner sur la plage en plein cagnard, ça m’épuise. Mais ça ne viendrait à l’idée de personne d’en faire une discipline olympique, si ? « Victoire de la russe avec Guerre et paix par 34°C, malgré sa pénalité pour écran total, devant la française qui a fourni pourtant un bel effort avec Les Misérables, préface et notes comprises, mais a perdu un temps précieux lors de son assoupissement en début du troisième tome. »

Allons…

Le volley-ball existe, c’est un sport, c’est même un sport impressionnant et télégénique, alors pourquoi hisser au rang de discipline olympique sa pratique entre potes en maillot de bain sur les plages de camping ? C’est comme s’il y avait cyclisme et course de vélib’. Ou de pédalos. Boxe et crêpage de chignon. Tennis et jokari. Sans compter que depuis quand y a des plages de sable fin à Londres, hein ?

Bon. Je n’ai pas éteint la télé pour autant, parce que je suis une incorrigible optimiste : je ne désespérais pas de voir quelque chose d’intéressant arriver, mais j’ai vite réalisé qu’il n’y avait pas la moindre chance qu’une joueuse se lacère le pied sur un tesson de bouteille oublié de l’orgie autour du feu de la veille, ou au moins tombe le cul sur une merde de chien ou une plaque de mazout. Par chance, je n’étais pas la seule à me faire chier devant cet ersatz de sport et ils ont fini par diffuser à la place les surhumaines (inhumaines ?) et impressionnantes épaules de l’incroyable Michael Phelps, en pleine démonstration de puissance et de déploiement maximal au papillon et je me suis dit qu’au pire, je n’aurais pas complètement perdu ma journée.

 

Sinon, pour ceux qui se demanderaient : oui, j’avoue, je suis quelque peu désœuvrée et cruellement en manque d’inspiration. Et oui, si ça continue, après le sport, il n’est pas impossible que je vous parle du divorce de Johnny et Vanessa.

 

 

 

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 00:01

 

Il paraît qu’on se voit toujours plus grosse qu’on est.

Bon, moi, je ne peux pas vraiment dire, ça fait trop longtemps que je ne peux plus me voir en entier dans un miroir… ou alors de bien trop loin pour pouvoir juger. Mais t’as remarqué ? Les filles qui te disent ça sont toujours des poids plumes. C’est généralement des gonzesses qu’ont jamais eu un pet de graisse en trop, ou carrément des maigrichonnes qui te font pitié et à qui tu filerais bien la moitié de ta barre chocolatée hyper-protéinée de quatre heures pour qu’elles se remplument un peu… Çà, j’ai jamais entendu une grosse me servir le beau discours des rondeurs pleines de charme et des formes à assumer ! C’est toujours des sacs d’os, qu’en ont plein la bouche de la beauté des rondes. Alors que t’en vois jamais une manger normalement à table ou se jeter sur les chocolats à Noël ! Ça aime les grosses, mais ça veut surtout pas prendre trois grammes et risquer d’être serré dans son 36 en mettant une noisette de beurre dans ses haricots verts… Et c’est toujours ces nanas-là, nourries à la laitue (sans vinaigrette) et à la tisane (sans sucre ou alors une sucrette merci ça ira) qui t’expliquent que non, vraiment, t’as pas besoin de régime, sans déconner, c’est joli les bourrelets…

Bon, moi, je ne te cache pas que les maigres, j’aime pas. Si on avait été faites pour avoir les os apparents, ben on n’aurait pas tant de trucs entre le squelette et la peau. Et puis une femme avec des formes de femme, je trouve ça plus joli qu’une femme avec des formes de porte-manteau. Mais y a formes et formes. Quand tes formes débordent du miroir et que t’as jamais assez de recul pour voir les deux bords de ta culotte de cheval, c’est que c’est plus des formes : t’es devenue difforme. Et je me bats royalement les miches de savoir qu’une pétasse qui n’a jamais atteint et n’atteindra jamais cinquante kilos trouve que je devrais assumer mes rondeurs.

Moi, je me vois peut-être plus grosse que je suis, n’empêche que s’il y a bien avant tout un regard qui compte, c’est le mien ! Et puis je ne me vois pas toujours si grosse… Parfois je me trouve presque baisable et quand je suis amoureuse, il m’arrive même de me voir jolie. Pas mince non plus, hein, même si l’amour me fait toujours perdre du poids, c’est pas à ce point quand même, mais jolie… Le seul problème, c’est qu’après la modeste perte de poids due à mes histoires d’amour foireuses, il y a toujours l’énorme prise de poids due à la déprime consécutive et au final, j’ai rien gagné. A part une surcharge pondérale que des connasses filiformes vont prétendre trouver pleine de charme.

Je saurais pas t’expliquer dans quel état d’énervement ça me met, d’entendre des brindilles me donner des leçons sur la façon dont je devrais accepter mes formes ! Cela dit, tu commences à comprendre, non ? Tu vois, je doute pas une seconde que vous vous attendiez vraiment à ce qu’on vous trouve gentilles quand vous faites l’éloge des grosses, en revanche, ce que je ne comprends pas, c’est comment vous pouvez nous croire assez stupides pour imaginer qu’on vous croie sincères. Franchement ? Regarde-toi ! Non, là, tu peux pas te voir, je suis devant… Tiens, rien que ça : je te cache tout entière, au point que même en te penchant t’arrives pas à t’apercevoir, tellement je le remplis avec mes si jolies rondeurs, le miroir ! Mais crois-moi sur parole : un seul coup d’œil à ta carcasse suffit amplement pour comprendre qu’une silhouette pareille, c’est du boulot… tu ne trompes personne. Tu t’acharnes à rester squelettique, quitte à t’affamer que c’en est honteux, et tu viens m’asséner tes belles paroles, dégoulinantes d’une condescendance qui voudrait se faire passer pour de la compassion, pour m’expliquer que l’important, c’est de se sentir bien dans son corps et de s’accepter comme on est ? Mais moi je t’emmerde, miss monde ! Et puis si je te dis que je suis au régime, c’est sûrement pas pour avoir ton avis sur la question, c’est juste pour que t’arrêtes d’essayer de me fourguer systématiquement tous les bonbons, chocolats et autres sucreries qu’on t’offre et que t’as même pas la politesse de goûter, tellement t’as peur de devenir moi. Non, viens pas me dire le contraire…

Regarde à quoi je ressemble et ose me dire que c’est joli. Allez, regarde ! T’aimerais te voir comme ça tous les matins dans ton miroir ? Ah, tu passerais peut-être un peu moins de temps à t’admirer, hein, si t’en avais, de ces fameuses rondeurs pleines de charme, non ? Mais tu sais quoi ? Il ne sera pas dit que je t’aurai jugée sans savoir… On va tranquillement prendre le temps de vérifier… Tu vas voir, ce sera pas si long : je sais y faire, depuis le temps ! Tu veux encore du soda, pour faire couler ta dernière barquette de frites ? Vas-y, c’est bien… voilà. Après tu reprendras un peu de pizza, avant le dessert, hein ? Si si… je la mouline, si tu veux. On va pas lésiner non plus, hein, c’est que j’ai pas l’intention de te garder en pension à vie ! Mais regarde : quelques jours à peine et t’as déjà un joli petit bidon plein de charme… t’es contente ? Tu l’assumes, ta rondeur naissante ? Tu te sens prête à t’accepter comme tu seras quand j’en aurai fini avec toi ? Non, réponds pas ! C’était purement rhétorique. Et on parle pas la bouche pleine.

Je vais te laisser attachée là pendant le gavage, hein ? Bien face au miroir, que tu ne puisses pas fuir ton reflet… c’est qu’il va falloir t’habituer, hein ? Et tu sais ce qu’on fera, toi et moi, quand t’auras assez enflé et que tu te seras assez vue ? Du shoping. Des essayages, du moins. Que tu voies à quel point c’est charmant, les rondeurs qu’aucun putain de pantalon ne met jamais en valeur et qu’aucune foutue robe n’atténue jamais ! On choisira des boutiques où t’es obligée de sortir de la cabine d’essayage pour te regarder, tu sais ? Tu verras comme c’est plaisant de devoir toujours demander la taille au-dessus de la plus grande taille exposée en rayon, et qu’une pétasse de vendeuse te réponde du même air que toutes les poufs de moins de cinquante kilos que non, on ne fait pas plus grand, non, désolée…

A ce moment-là, on reparlera de cette histoire des formes à assumer, d’accord ? Et quand on sera tombées d’accord, histoire d’amortir mon investissement et de te faire payer la leçon, je te mangerai.

Ben quoi ? Vous, les femmes minces qui êtes de si bon conseil pour les grosses, vous savez bien que si on est si grosses, c’est forcément qu’on bouffe tout ce qui nous tombe sous la main, non ? Mais t’en fais pas : avant de t’entamer, je te détacherai et je te laisserai seule quelques jours avec ton joli reflet rondouillard… et si tu ne te trouves pas si appétissante, tu pourras toujours casser le miroir et te saigner toi-même avant que je le fasse…

Mais allez : en attendant, mange-moi ce kouign amann, tu m’en diras des nouvelles.

 

 

 

 

Ecrit pour le défi du samedi.

 

 

 

 

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 17:25

 

Ma fille voulait goûter des sushis.

Je crois que les (super)héroïnes d’une de ses séries télé en mangent, ceci expliquant sans doute cela, parce que je ne peux pas croire qu’une enfant de sept ans puisse spontanément avoir envie de poisson cru sans motivation d’ordre futile.

Quoi qu’il en soit, comme je ne recule devant aucune occasion de plaire à ma fille, je l’ai emmenée manger des sushis. Elle n’a voulu que des trucs roses – makis et sushis au saumon, donc – mais par prudence autant que parce que je ne suis pas, moi-même, grand amateur de choses froides et crues, je nous ai commandé également quelques brochettes et un bol de riz.

Quand les trucs sont arrivés, elle m’a immédiatement laissé entrevoir qui allait se taper les sushis en la regardant manger les brochettes :

 

-          Quoi ?! C’est froid ??

 

Elle a bien voulu goûter quand même, mais je la sentais déjà moins motivée que quand il ne s’agissait que d’images dans un dessin animé… Et elle a vite émis une réserve :

 

-          J’aime pas le riz froid, alors je mange que le jambon.

-          C’est du saumon.

-          Ah bon ?

 

Je voyais s’éloigner encore mes brochettes… j’attendais la grimace sur le saumon, mais rien ne vint, alors, confiante, j’ai demandé :

 

-          Tu aimes ? C’est bon, hein ?

-          Non, ça a pas d’goût. T’as qu’à les manger, moi je mange les brochettes et le riz chaud.

 

Et voilà comment je me suis retrouvée à ingurgiter une dizaine de boules de riz froides garnies de poisson cru, le tout n’étant effectivement pas très goûteux, il faut bien le reconnaître… C’est d’ailleurs sûrement pour ça qu’ils les servent avec du wasabi (« c’est quoi la pâte à modeler verte ? ») et du gingembre frais (« ça aussi c’est du jambon ? ») : les gens croient que c’est ça qui couvre le goût (en te faisant pleurer ta mère au passage) alors qu’en fait, il n’y a pas grand-chose à couvrir.

La dernière fois que ma fille avait voulu faire une expérience culinaire, elle avait demandé un crabe. Pas du crabe : un crabe. La bête entière. J’ai dû être ferme pour qu’elle ne m’oblige pas à l’acheter vivant et, même mort, j’ai eu du mal à en extraire de quoi se réjouir les papilles… Avant ça, elle voulait manger du rat… Alors oui, les sushis, c’est un moindre mal, bien sûr… Mais j’appréhende quand même un peu sa prochaine lubie.

 

 

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 01:12

 

J’ai commandé un panier bio.

Mais si, vous savez, ce truc très bobo qui consiste à se faire livrer des légumes cueillis avec amour par Roger et Fernande, agriculteurs à Je-ne-sais-où-en-Brie – ou ailleurs, de l’autre côté du périph’, en tout cas – pour un prix pas vraiment intéressant, mais c’est livré au bureau (j’te jure !) et avec un peu de chance ça aura même un peu de goût… Pourquoi j’ai fait ça ? Je ne sais pas. Une impulsion. Le même genre d’impulsion qui te fait prendre un abonnement pour la salle de sport alors que tu sais très bien que tu n’iras pas plus de deux fois – et encore, s’il ne pleut pas et si t’as pas oublié de ne pas mettre ton slip moche, parce que sinon même pas en rêve. Bref. J’ai donc reçu mon panier bio. Quatre kilos en tout : trois kilos de légumes et un kilo de terre, sinon ça fait pas terroir. J’ai déjà longuement hésité à les laver, de peur de boucher mon évier et d’y voir s’épanouir une colonie de vers de terre. Alors j’ai attendu et, à la faveur de la nuit, j’ai secoué mes légumes un par un à la fenêtre pour dégrossir avant de les passer sous l’eau. Après, j’ai essayé de les identifier… Les carottes, facile. J’ai eu un doute en voyant la quantité de verdure qu’elles avaient aux fesses (fallait-il en faire quelque chose ?) mais pour le côté orange j’étais au point : on épluche, on mange. Le reste du panier en revanche… Je n’avais pas eu affaire à une salade qui ne soit propre et ensachée depuis les années quatre-vingt-dix. J’avais du mal à savoir si la chose verte et longue qui en d’autres circonstances aurait pu me faire rêver était un concombre ou une courgette. Les tomates, quoique rouges et, pour cette raison, facilement identifiables, avaient une forme totalement inédite. Ma fille a reconnu un brocoli dont je me demande encore ce qu’il aurait fallu que j’en fasse si elle avait émis l’envie de le manger (le mettre dans l’eau ? le four ? une poêle ?) et je ne sais toujours pas ce qu’était le reste des légumes de mon panier bio. Autant dire que je n’ai pas su les préparer.

Oh, bien sûr, j’ai essayé, mais aucune de mes expériences ne m’a convaincue au point de renouveler ma commande. J’étais sincèrement désolée pour Lucien et Raymonde de Quelque-part-sur-Marne, mais on n’allait pas pouvoir faire affaire… Que je croyais du moins, jusqu’à ce que le chant des sirènes me souffle à l’oreille qu’il existait aussi des paniers de fruits. Je me suis laissée tenter, n’écoutant que mon grand cœur, ma soif de nature fondant sur mes papilles et mon amour bien connu pour le terroir et la préservation de l’espèce (des agriculteurs).

Ainsi donc, j’ai reçu mon deuxième panier bio, plein de bons fruits de producteurs locaux, respectueux de l’environnement, amoureux de la terre, joviaux et parfaitement pittoresques. Cette fois, j’ai tout reconnu. Pommes, fraises, melon, cerises, bananes… et je savais tout manger. Je savais très bien ce qui s’épluchait, ce qui se lavait, ce qui se dénoyautait, ce qui s’épépinait, ce qui… Bref. Jusqu’à ce que le doute m’étreigne. Des bananes ? Dans mon panier bio de Jean-Paul et Lucette agriculteurs à Trou-Du-Cul-Lès-Meaux ? Sans déconner ? Je ne suis pas spécialiste, mais je serais presque prête à parier que la banane ne se cultive pas en banlieue. Même en banlieue sud. Ni même, allez, soyons fous, dépassons les limites du RER, lançons-nous avec le TER voire, pourquoi mégoter ?, le TGV et allons jusqu’au Sud de la France ! et même là, au bout du bout de là où il fait chaud et où les gens parlent avec l’accent qui chante et les cigales qui font crrrrrri-crrrrrrri, même là, donc, je ne suis pas sûre qu’on cultive la banane.

De fait, après vérification, c’était marqué, les bananes venaient de République Dominicaine.

Alors que les choses soient claires : j’aime les bananes. Et j’aime aussi la République Dominicaine. Et les bananes (origine Rép. Dom.) de mon panier bio de Fernand et Paulette agriculteurs à Va-Savoir-Où-Sur-Seine étaient délicieuses. Mais franchement… Franchement ?! Pourquoi nous bassiner avec des « gnin gnin gnin fruits de saison » et des « blablablas producteurs locaux » si c’est pour coller un kilo de bananes dominicaines dans mon panier bio, alors que je visualisais déjà Robert et Monique, palpant et observant avec soin chaque fruit qu’ils choisiraient de cueillir – ou pas – pour le déposer ensuite avec émotion dans le petit panier qui ferait bientôt le bonheur d’une citadine attendrie à l’idée de ces paysans bourrus, mais chaleureux, tout entiers dévoués à cette noble tâche qu’est la sustentation de la parisienne bobo, hein, pourquoi ?!

Au lieu de cette belle image très « 13 heures de TF1 » pour accompagner ma dégustation, je me suis vue tenant le fouet pour faire trimer de jeunes haïtiens non déclarés sous le cagnard caribéen… Ça m’a presque gâché le banana split. Alors c’est décidé, la prochaine fois que je vais me dorer la pilule sur une plage (privée) en République Dominicaine, je ferai l’excursion « découverte d’un marché typique » et j’y achèterai des bananes au prix de celles de mon panier bio. Ou bien je les échangerai contre des fraises. De Leader Price. Pour ne pas mêler Roland et Josette à ma démarche contestataire.

 

 

 

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 15:03

 

L’idée devait avoir germé, sans que j’arrive à la saisir vraiment, lorsque j’avais dû me résoudre à m’attaquer moi-même au joint en silicone  de ma baignoire. Elle avait probablement commencé à mûrir lorsque, après avoir pris ma tringle à rideau sur le nez, je l’avais refixée au mur à coups de marteau et à l’aide de cure-dents judicieusement glissés entre les vis et le plâtre. Elle m’a forcément effleurée de nouveau lors de cet épisode fâcheux au cours duquel j’avais dû me battre, armée d’une pince à épiler et de la pointe d’un couteau, contre un diabolo (dynamo ? quelque chose en « o » en tout cas, j’en suis presque sûre… vous savez : ce petit bitoniot qui coince les fils du mur avec ceux de l’ampoule ?) pour que la lumière soit. J’ai fini par la saisir très clairement quand ma douche s’est mise à arroser le plafond et trois des quatre murs de la salle de bain…

Manifestement, la douchette était défectueuse. J’ai donc racheté une douchette. Facile. J’ai enlevé la vieille, mis la nouvelle en place et là… De l’eau s’est mise à couler d’à peu près partout, sauf des trous prévus à cet effet. Comme je ne suis plus une débutante en menus travaux domestiques, j’ai pensé « joint ». J’ai supposé qu’en dévissant / revissant la douchette, j’avais dû asséner le coup de grâce au joint du flexible et je suis allée en acheter de nouveaux. Trois types de joints en rayon, de formes et couleurs différentes. Forte de mon expérience en, donc, menus travaux domestiques, j’ai choisi ceux qui présentaient le rapport quantité / prix médian. J’ai mis le joint en place, ouvert l’eau et… l’eau coulait toujours n’importe où. Pour d’obscures raisons consécutives à un obscur raisonnement que je ne développerai pas ici, j’ai décrété qu’il me fallait d’autres joints. Je suis donc allée en racheter, j’en ai mis un en place et… pas d’amélioration. C’est là que j’ai eu l’idée de vérifier l’état de mon flexible et bien m’en a pris. Je suis allée en acheter un neuf. Je l’ai mis en place, mais à force de visser / dévisser / revisser avec plus ou moins de délicatesse, c’est la douchette neuve que j’ai fini par abîmer. Bon : l’eau de la douche coule désormais à peu près par les bons trous, à un petit filet près qui s’échappe pour ruisseler contre le mur, mais la situation est acceptable.

Bref. Tout ça pour dire qu’indépendamment du temps, de l’énergie et de l’argent dépensés, ce genre de conneries me fait toujours prodigieusement chier. Je n’aime pas grimper en équilibre précaire sur une pile de BD posée sur une chaise, pour atteindre l’ampoule à changer et m’apercevoir que j’ai pris une ampoule à baïonnette alors qu’il fallait une ampoule à vis. Je n’aime pas me plier en deux à croupetons sous l’évier pour dévisser le truc par lequel plein d’eau dégueulasse va couler directement dans mes casseroles que je ne pense jamais à sortir avant, pour tenter un débouchage « bio » alors qu’au final un bon litre de Destop fera aussi bien l’affaire. D’une manière générale, je n’aime rien de ce qui implique l’usage d’un tournevis, d’un escabeau, d’une pince, d’un marteau ou de tout autre objet disponible au rayon bricolage des magasins.

Alors j’ai eu cette grande idée de lancer une agence d’hommes à tout faire, pour intervenir chez tous les gens comme moi pour les menus travaux qui ne nécessitent en aucun cas de devoir vendre un rein pour pouvoir s’offrir les services d’un électricien, d’un plombier ou autre artisan, certes tous bien utiles, mais pas toujours indispensables.

J’ai fait ma petite étude de marché dans mon quartier, évalué les coûts et les bénéfices probables et, ma foi, ça semblait prometteur. J’ai passé une annonce pour recruter mes hommes à tout faire et pris les rendez-vous pour les entretiens d’embauche.

J’ai reçu sept candidats.

Et bien croyez-le ou non, les sept se sont présentés déguisés en Village People, poitrail à l’air et pantalon à pressions et tous ont mis de la musique et entamé un strip-tease à peine ma porte ouverte.

Mais pas un n’a été foutu de remplacer le néon de la cuisine.

 

 


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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 23:46

 

J’avais une course rapide à faire entre midi et deux et, alors que j’approchais d’un pas alerte de la sortie, il m’a fallu me prêter à cet exercice délicat et souvent fatal du choix de la caisse à laquelle faire la queue.

J’ai en général le chic pour me diriger spontanément vers celle que la caissière quittera pour aller au fond du magasin, tout au fond – en réserve, peut-être ? – vérifier un prix. Ou celle à laquelle un emmerdeur contestera le prix d’un article au prétexte que sur la brochure, dans sa boîte aux lettres, il était dit que c’était moins cher pour le modèle jaune, et qu’il ne voit pas pourquoi ça ne s’appliquerait pas au bleu. Ou celle à laquelle la dame au gros caddie a oublié sa carte bleue et ferait bien un chèque, mais elle n’a pas de pièce d’identité (en même temps, ça va, ça vous arrive jamais, à vous, de vous mélanger en changeant de sac à main ?). Bref : je vivais cet inévitable instant d’angoisse, au cours duquel j’ai beau essayer toutes les méthodes imaginables – compter les clients, repérer les vieux pour mieux les éviter, évaluer la vivacité apparente de la caissière, … – rien n’y fait : je choisis toujours la mauvaise caisse. Et si d’aventure il m’arrive de vouloir en changer, vous pouvez être sûr que c’est exactement au moment où c’est la caisse voisine qui devient la mauvaise tandis que celle que j’abandonne devient performante. Alors cette fois-ci, j’avais décidé de laisser faire le hasard et je me suis simplement dirigée vers la caisse la plus proche. Un seul client devant moi, pas un mauvais choix. Tout pouvait encore arriver, mais j’avais confiance, jusqu’à ce que j’entende la caissière s’exclamer :

 

-          Ah ! Mais je me disais bien que ta tête me disait quelque chose !

 

Et merde. J’avais la quasi-certitude que les retrouvailles entre vieilles connaissances n’étaient pas compatibles avec un passage rapide en caisse.

 

-          Dingue ! Qu’est-ce que tu deviens ?

 

Je ne prêtais qu’une oreille distraite à ces chaleureux échanges, mon attention tout entière tournée vers les autres caisses en quête de ma solution de repli, quand la suite du dialogue a réussi à me détourner de mon objectif :

 

-          Et comment va Machine ?

-          Elle est morte.

 

Blanc.

 

-          Ah ? Non mais tu déconnes ?

-          Non non, elle est morte y a deux ans.

-          Ah ben merde… désolée… je…

-          Non, c’est rien.

-          Mais… et… et la blonde, là… comment c’était déjà… tu sais, la fille rigolote, là ?

-          Bidule ?

-          C’est ça, Bidule ! Comment elle va ?

-          Ah ben elle est morte aussi.

 

Blanc. Evidemment. La caissière – tout comme moi – a cherché sur le visage de son interlocuteur un signe indiquant qu’il blaguait, mais non… S’en est suivi un bref échange sur les circonstances des décès en question (et je me dois de rendre justice à la caissière et de préciser que, pendant cet échange surréaliste, elle faisait efficacement son travail) et ils ont conclu, au moment de rendre la monnaie :

 

-          Ah ben c’était sympa de te revoir…

-          Oui, ça fait plaisir… à bientôt… et mes condoléances, alors.

 

J’ai tendu mes articles à la caissière avec une mine de circonstance, prête à l’assurer de ma plus sincère compréhension si d’aventure elle omettait de me sourire, mais, très professionnelle, elle m’a saluée poliment, avant de secouer la tête en déclarant, philosophe :

 

-          Le monde est petit, hein !

 

D’aucun l’aurait trouvé plutôt cruel ou injuste… quant à moi, je dois avouer qu’en cet instant précis, et bien que j’en ressente un léger soupçon de honte, je l’ai trouvé plutôt facétieux… mais c’est sans doute parce que ça ne m’a finalement pas fait perdre de temps, sans quoi j’aurais été moins coulante.





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