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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 21:46

 

hirsuteC’était un personnage bien connu du quartier. Un homme sans âge, le cheveu de paille en pagaille sur un visage qui amusait les enfants. De longs sourcils dressés en pointes. Il portait ses pantalons trop haut sur la taille, donnant à voir ses chaussettes dépareillées. Il observait très exactement le même rituel depuis que le quartier avait une mémoire : chaque matin, sauf le dimanche, à 8h30 précises, il sortait à petits pas de son immeuble du n° 129, saluait le boucher qui préparait son étal, donnait une pièce au clochard du n° 113, traversait la rue, adressait un signe de la main au livreur de la brasserie qui fait l’angle, passait devant l’école où se précipitaient les retardataires qu’il houspillait en riant et entrait dans la boulangerie en lançant son « M’sieurs dames ! » fluet, reconnaissable entre tous.

La boulangère, moins habituée de l’endroit que lui, puisqu’elle et son mari n’avaient repris la boutique que depuis deux ans, l’accueillait invariablement en lui adressant un aimable « Ah ! Il est 8h35 ! Comment on va aujourd’hui ? », auquel il répondait chaque matin, sauf le dimanche : « Bah ! Ça irait mieux qu’ce s’rait pas t’nable ! »

S’ensuivait le rire poli de la boulangère « Hi Hi Hi ! Trois baguettes, comme d’habitude ? » Il arborait alors ce sourire satisfait de l’homme qui vient de prouver au monde que ce ne serait pas encore aujourd’hui que la terre s’arrêterait de tourner et il répondait « Comme d’habitude, pas trop cuites. » Il payait en pièces jaunes ; il avait toujours l’appoint.

Personne ne l’avait jamais vu faire d’autres courses ailleurs. De même personne ne l’avait jamais vu sortir de chez lui à un autre moment de la journée. Et personne ne l’avait jamais vu un dimanche. La boulangerie était fermée, le dimanche. Pour dire le vrai, personne ne s’était jamais vraiment posé la question de ce qu’il pouvait bien faire d’autre qu’aller à la boulangerie à 8h30 tous les matins, sauf le dimanche.

Il est mort un dimanche.

De la même façon qu’on peut ne pas remarquer immédiatement la disparition d’une moustache sur un visage familier, il a fallu à la boulangère toute une semaine pour s’apercevoir qu’il ne venait plus chaque matin, sauf le dimanche. Et ce qui est amusant, c’est que c’est justement un dimanche, en sortant de la messe, alors qu’elle donnait au clochard de l’église une pièce qu’elle tenait probablement du monsieur aux trois baguettes, qu’elle s’est fait la réflexion qu’il n’était pas venu de toute la semaine.

Elle a attendu quelques jours encore avant de prévenir les pompiers. Il avait fallu faire intervenir la police, afin de retrouver son adresse en remontant la piste depuis la boulangerie. C’est par élimination, après avoir identifié tous les autres occupants de l’immeuble, que son appartement avait été retrouvé. Les policiers n’ont pas tout de suite compris ce qu’ils voyaient quand ils ont ouvert la porte. Un grand mur blanc, où était creusée une cavité, dans laquelle il reposait. Ce n’est que plus tard que l’on apprit de quoi il s’agissait : depuis que le quartier avait une mémoire, chaque matin, sauf le dimanche, il rentrait de la boulangerie avec ses baguettes, en mangeait la croûte, mastiquait la mie et en remplissait consciencieusement, une à une, les pièces de son appartement. Pas un centimètre-cube qui ne fut rempli de mie prémâchée. Trois pièces, salle de bain, WC et cuisine, entièrement remplis de mie. Sauf cette cavité dans laquelle il s’était laissé mourir.

On en parla quelques temps, à la boulangerie, tous les matins sauf le dimanche.

Et puis on oublia.



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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 00:51

 

Le vol était annoncé à l’heure. Les hommes étaient en place.

On tenait le tuyau d’une pute que j’avais sauvée presque malgré moi d’une surdose de crack ; depuis elle me balançait tout ce qu’elle savait, sans mesurer les risques qu’elle prenait. J’étais partagée entre sa protection à elle et celle de tous ceux qui crèveraient pas grâce à ses infos, mais je crois pas qu’elle se souciait vraiment de sa survie. Et j’avoue qu’à sa place je ne m’en serais pas souciée non plus.

Si notre gars était effectivement là, ce serait une prise de premier ordre. On connaissait sa tronche et on avait tout mis en place pour qu’il soit repéré dès sa sortie de l’avion. On le perdrait pas de vue jusqu’à la douane. Et on le cueillerait immédiatement après. S’il était bien dans l’avion, il ne pourrait pas nous échapper.

En revanche, l’indic n’avait rien pu dire du complice. Notre gars, connu dans le milieu sous le sobriquet de Stan La Murène, était un gros bonnet de la drogue, entre autres trafics, trop bien connu de tous les services de police du monde. Mais le complice… Une ombre. Un fantôme. Certains pensaient que c’était une invention, d’autres que c’était un haut gradé de la maison. La plupart pensaient rien. Moi je croyais pas aux fantômes : indices, preuves et témoignages tendaient à confirmer son existence, alors il existait. L’exécuteur des basses œuvres a priori. Mon informatrice n’avait rien pu m’en dire de plus, sinon qu’il était supposé être avec La Murène dans cet avion. Double objectif de l’opération : arrêter La Murène et, si possible, son complice. Avec un peu de chance il essaierait d’intervenir pendant l’interpellation. A défaut je misais sur mon intuition.

L’avion s’est posé. On avait réussi pour l’occasion à se faire équiper de micros et d’oreillettes et j’ai tout de suite eu la confirmation que La Murène était à bord. Faudrait que je pense à récompenser ma pute, pour un coup pareil. Et à lui demander son nom.

Les premiers voyageurs arrivaient. On n’avait pas pu tout maîtriser et les derniers du vol précédent étaient encore là. J’espérais qu’on n’aurait pas trois autres avions qui déverseraient leurs passagers en même temps. J’ai tout de suite repéré La Murène quand il est arrivé : grand, maigre et le visage émacié, fidèle à sa photo. D’un coup d’œil j’ai eu confirmation par les collègues qu’ils l’avaient repéré aussi. On n’avait tellement pas l’habitude qu’on n’avait pas pensé à se servir des micros.

L’arrestation ne devrait être qu’une formalité, dès lors que personne ne déconnait avant qu’il ait passé le contrôle. Et il n’y avait que de bons éléments, alors je m’inquiétais pas. Chacun savait ce qu’il avait à faire et, moi, je devais repérer ce putain de complice.

La Murène avait l’air seul. Evidemment. Il allait pas se balader bras dessus bras dessous avec le seul membre de sa clique pas encore identifié chez nous. On devient pas un truand de son envergure en étant le dernier des crétins. Le complice serait pas trop près de lui, mais pas trop loin non plus. Pas un gamin. Les gamins, ils deviennent pas bras droits insaisissables, ils font leurs preuves – ou se font trouer la peau – dans la rue.

Le grand type, là-bas ? L’air sombre, carrure imposante, mais sans excès, le regard fixe, la… ah, non. La gamine à couettes qui lui prend la main, ça cadre pas.

La sorcière, derrière ? Maquillage outrancier, air mauvais, longue robe noire sous une longue veste noire, cheveux tout aussi longs et noirs... Non plus. Un petit copain attifé pareil. Un couple gothique.

Ah, le mec à la veste grise. Bon candidat.

La Murène était sur le point de passer du bon côté. Pour nous. Raclements de gorges et reniflements dans l’oreillette. La tension montait d’un cran. Un coup d’œil aux gars pour confirmation. Tendus. C’était une bonne chose. Des bons éléments. Savaient tirer parti d’une bonne montée d’adrénaline.

Le complice serait en arrière, mais pas trop. Deux têtes tournaient pas mal d’un de mes gars à l’autre. Deux têtes semblaient nous avoir repérés. Merde. Deux complices ? Veste grise et… une vieille ? Pas de doute : elle regardait mes gars. La Murène. Mes gars. Veste grise aussi. A moins que… la pendule. Une pendule derrière un des collègues. Merde. Veste grise a l’air plus discret. Et la vieille trop vieille.

Les gars attendraient mon signal pour arrêter La Murène. Jusqu’à un certain point. Ils interviendraient avec ou sans mon accord avant qu’il ne quitte le seul endroit de l’aéroport qui ne grouillait pas de monde, à savoir ici-même : juste après la douane et juste avant la zone des bagages. Hors de question de l’appréhender dans la foule. Il avait embarqué à Tijuana où il avait à peu près toute la police à sa botte via ses fournisseurs locaux, alors il pourrait très bien être armé. On l’arrêterait donc très vite après son passage en douane. Mais je voulais avoir une chance de repérer le complice. Et de lui laisser à lui aussi le temps de passer le contrôle.

La vieille continuait de reluquer dans tous les sens. Veste grise semblait… se faire chier. Merde. Veste grise ? La vieille ? Y a un âge limite pour le crime ?

La Murène tendait son passeport. Les deux autres étaient pas loin derrière. Un collègue a changé de position, Veste grise l’a regardé. Pas la vieille, qui regarde La Murène. Merde. La Murène récupère son passeport. La vieille porte son regard sur un de mes gars. Veste grise paraît nerveux. Dans l’oreillette : « On y va ? » Dans ma tête : « Non ! »

Le dispositif se met en branle. Veste grise est au contrôle. La vieille y arrive aussi. Les gars s’approchent de La Murène. Qui comprend que quelque chose cloche et se retourne vers… merde, vers qui ? Premier plan, la vieille, second plan Veste grise. Qui range son passeport.

La vieille attend le sien. La Murène sort une arme.

Coups de feu.

Panique.

Veste grise se couche.

La vieille met la main sous son manteau.

Je tire.

Cohue.

Un flic abattu.

La Murène maîtrisé.

Veste grise introuvable.

La vieille morte sur le coup.

Pas armée.

Merde.

Une balle perdue.




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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 13:59

 

J’aime pas les aéroports. Je suis un casanier, moi. Rien que la banlieue, ça me file des crises d’angoisse, alors les voyages… Mais même si je pars pas, j’aime pas les aéroports. J’ai peur de l’avion. C’est con, vu que je l’ai jamais pris et que je le prendrai sûrement jamais, mais c’est comme ça. L’avion, ça me fout la trouille. Ça doit être le côté pas naturel d’un énorme truc lourd qui vole, j’imagine… Rien que de les entendre atterrir et décoller, ça me stresse. Je l’avais dit, au patron, que c’était pas pour moi, ce coup-là, mais soi-disant qu’il lui fallait quelqu’un de confiance et qu’il me le demandait comme un service et mon cul, oui ! Il avait pété une main à Franckie qu’avait essayé de piquer de la dope, Fabio s’était fait serrer le mois dernier et sa Lulu, le patron l’utilisait que quand il avait besoin de son décolleté.

Alors y avait plus que moi et je me retrouvais comme un con à poireauter dans ce hall immense, bondé et bruyant, à essayer de maîtriser le tremblement de mes mains, alors qu’il ne s’agissait que d’un simple échange. Le type arrivait par le vol de 11h45, il devait sortir par le hall B où je l’attendais, poser sa mallette près de la mienne et attendre son vol retour de 13h50. Moi j’avais qu’à repartir avec sa mallette et laisser la mienne. Si tout allait bien, à midi je serais dans le taxi et, à 13 heures, loin de ce foutu aéroport et de ces satanés avions. Le patron aurait pu envoyer n’importe quel môme faire ça, mais soi-disant que c’était des cailloux et qu’on déconne pas avec les cailloux. Moi je vois pas bien la différence entre les diamants, la poudre ou les armes. Une histoire de clientèle sans doute.

J’avais fait en sorte de surtout pas arriver en avance, mais j’avais déjà commencé à m’angoisser dans le taxi. 11h48. L’avion du diamantaire s’était toujours pas posé, mais y en avait déjà eu au moins une centaine d’autres. Je commençais à avoir une jambe qui tremblait. Trois minutes, c’est pas vraiment du retard, pour un avion, mais pour un phobique en crise c’est pas rien. Pour calmer le tremblement, j’ai serré la mallette entre mes jambes.

CLIC-CLIC-CLIC-CLIC

Mauvaise idée. C’est quoi ? La poignée ? Peu importe. Le bruit des avions et le cliquetis, c’était au moins un bruit de trop. J’ai remis la mallette à côté de moi. J’essayais de me concentrer sur quelque chose qui soit sans rapport avec des trucs qui volent, mais rien à faire. J’ai essuyé mes mains sur mon pantalon, sorti une cigarette, rangé ma cigarette, regardé l’heure, vérifié le tableau des arrivées. Toujours rien. J’ai commencé à avoir mal au bide. Ça devait être environ mon deux ou trois-centième échange du genre, tous trafics confondus. J’avais mené à bien des opérations autrement plus difficiles et dangereuses. Mais là il y avait ces putain d’avions et j’avais le ventre en vrac.

11h57. Il y avait des toilettes au bout du hall. Est-ce que j’avais le temps ? Au pire, de toute façon, le type repartirait pas avant son avion, hein. Je sentais naître cette petite goutte de sueur au-dessus de ma lèvre, seul truc qui peut éventuellement me trahir au poker et encore, quand j’ai hypothéqué ma maison et ma femme. Et uniquement parce que je n’ai ni l’une ni l’autre.

Merde… J’avais découpé un mec pour transporter son corps et passer un barrage de flics avec ses morceaux dans mon coffre sans sourciller, mais le bruit d’un avion me tordait le bide. J’avais pas trop le choix. 12h00. J’ai attrapé la mallette, qui m’a glissé des mains. Je les ai de nouveau frottées sur mon pantalon, avant de reprendre la poignée et de foncer aux toilettes.

12h04. Retour en position. La mallette, là.

CLIC-CLIC-CLIC

C’est pas moi cette fois.

CLIC-CLIC-CLIC

Le mec à droite avec son stylo.

CLIC-CLIC-CLIC

Putain s’il a pas arrêté dans deux avions je lui plante son stylo dans le cou !

Bon. 12h05. En position. Mallette en place. Tremblement jambe droite. Mains moites.

12h06. Atterrissage. Allez, c’est presque fini. J’ai chaud, puis froid.

-          Pardon monsieur.

Hein ? Quoi, quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Elle veut quoi, elle ? C’est qui ?

-          Pardon !

Embrouille. Pendant 20 minutes il se passe rien que ces putains d’avions qui vont et viennent et me vrillent la tête et d’un coup l’autre il atterrit et la fille au balai me demande… La fille au balai ? Blouse, balai, charriot… femme de ménage ? Ma jambe tremble. Un avion décolle. Ou atterrit. La fille au balai me regarde l’air agacée. Je m’écarte et je pousse la mallette de son chemin en frottant mes mains sur mon pantalon. Elle passe avec son charriot qui couine et cliquète, mais j’entends surtout encore un avion qui atterrit. Ou qui décolle. Putain j’en peux plus de ces avions !

Allez. C’est fini. La fille au balai est passée. Bruits d’eau. Son balai dans le seau. Je repousse la mallette à sa place. Y en a deux. Bordel. Le gars est arrivé. Deux mallettes. Des milliers d’avions. Ils sont carrément dans ma tête, c’est pas possible autrement. Deux mallettes. La mienne. Le fric. La sienne. Les diamants. Le principe de l’échange discret, c’est de pas marquer dessus ce qu’il y a dedans. La mienne. La sienne. Putain… Et la fille au balai qui revient. Pourquoi elle revient ? Et va y en avoir encore beaucoup de ces putains d’avions ?!!!

-          Pardon.

Le diamantaire s’écarte de son chemin. Deux mallettes. Une fille avec un balai. Et ces avions qui me cassent la tête. Je peux pas revenir sans au moins une mallette. Et si je ramène pas la bonne, vu ce qu’est arrivé à la main de Franckie pour un sachet de came, j’imagine d’ici le sort de mes genoux. Les mallettes empêchent la fille de passer son balai. Je sors mon surin, je la plante, la pousse sur le diamantaire dont je crois voir le visage se tordre et j’attrape les mallettes. Je fonce. Le taxi m’attend.

-          On y va !

Il démarre. J’ai les diamants.

Et le fric.

Et une durée de vie de dix minutes quand le patron l’apprendra.

Les diamants. Le fric. Je vais peut-être prendre l’avion, finalement.



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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 19:46

Et s’il revient ?

Il ne reviendra pas.

Qu’en sais-tu ?

Je le sens.

Et ça suffit ?

Non.

Alors… s’il revient ?

Il ne reviendra pas.

Mais si jamais ?

Il ne m’aimera plus.

Et pourquoi ?

Il me désaime un peu plus chaque jour.

Il te l’a dit ?

Non ?

Alors ?

Je le sais.

Comment ?

Entre les lignes.

Les lignes ?

Les lignes de fuite.

Mais c’est toi qui fuis !

Oui, c’est mieux.

Pourquoi ?

Pour ne pas savoir qu’il ne serait pas revenu.

Mais s’il revient ?

Hein, s’il revient ?

Je suis sûre qu’il est de ceux qui savent entendre les regrets des anges.

 



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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 22:54
fillélectrique




Il était une fois une petite fille électrique.


Ses cheveux se dressaient tout droit en l’air sur sa tête et ses doigts faisaient des étincelles.

 

Quand elle faisait des bisous CLAC !

Quand elle faisait des caresses CLAC !

Quand elle faisait des câlins CLAC !

 

Même son doudou était tout carbonisé…

 

Plus personne ne voulait qu’elle s’approche trop près et tout le monde moquait ses cheveux hirsutes.

 

La pauvre petite fille électrique était vraiment très malheureuse.

 

 







Un jour qu’elle jouait tranquillement à griller des fourmis du bout des doigts dans la cour de récréation, Jojo La Teigne, le plus affreux garçon de l’école, s’approcha pour lui faire une vilaine farce. En l’entendant elle sursauta, eut peur et tendit ses mains vers lui : Jojo La Teigne devint tout raide et ses cheveux se dressèrent encore plus haut sur sa tête que ceux de la petite fille électrique ! Tous les enfants de l’école se mirent à rigoler de Jojo La Teigne et l’on félicita chaudement (mais de loin) la petite fille électrique.

 

Dès lors, sa vie changea. Pour s’amuser, les enfants se mirent à lui demander de faire dresser leurs cheveux en l’air. Ils l’invitaient à dormir chez eux et la nuit, elle faisait de la lumière avec ses doigts pour chahuter. Mais par-dessus tout, ils adoraient la voir faire peur à Jojo La Teigne, qui n’osait plus embêter personne !


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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 23:32

 

-          Chef ! Chef ! Chef !

-          Hm… ?

-          Un nouveau macchabée !

-          Ah ! Enfin !

-         

-          Oui, non… enfin… c’est que je commençais à trouver le temps un peu long, quoi…

-         

-          Non… c’que j’veux dire… comment… c’est que…

-         

-          Ouais. Bon. On patauge, de toute façon, dans cette saloperie d’enquête… alors un mort de plus ce sera peut-être des indices nouveaux, une piste… et bon, d’un certain point de vue, si on réfléchit bien, c’est pas QUE une mauvaise nouvelle. Enfin pas pour tout le monde, disons. Enfin… vous voyez, quoi… Non ?

-          Non.

-         

-         

-          OK. Bon, allons-y.

Je m’appelle Olivier. Commissaire Octave Olivier. Tout le monde croit qu’Octave c’est mon nom de famille, mais en fait non. J’enquête depuis deux mois maintenant sur celui que la presse nomme déjà « le tueur au chapeau melon ». Putain d’journaleux… Je leur avais bien dit, de pas le répéter, le truc du chapeau… c’était le « détail secret » qui devait nous permettre de trier le bon grain et l’ivraie, les torchons et les serviettes, la confiture et les cochons, les affabulateurs et le tueur… Mais fort heureusement j’avais pas mis tous mes œufs dans le même panier et j’avais encore des cordes à mon arc ! Et cette fois, c’est pas avec un coup à boire et une promesse de rancard avec la fille de la météo que j’allais leur redonner du grain à moudre, à ses charognes !

C’est que notre meurtrier se contentait pas de poser un chapeau melon sur le sexe de ses victimes préalablement dénudées… Ah ça, non… un vrai détraqué ! Il leur coupait une main, qu’il remettait ensuite soigneusement en place. Tellement soigneusement, d’ailleurs, que la première fois on n’avait pas remarqué… C’est sur la table d’autopsie que le légiste s’est aperçu qu’il manquait un bout à son cadavre. Pour pas avoir d’emmerdes on a prétendu que notre tueur avait dû l’emporter comme trophée, mais du coup les criminologues se sont arrachés les cheveux sur leur profil quand on a fait gaffe et signalé la bizarrerie de la main « recollée » dès la deuxième victime.

Bref. Un drôle de gars, notre tueur… Ah, oui ! Et aussi il éventrait ses victimes. Un détail qui a son importance, si l’on considère que contrairement à la main, qu’il remettait précautionneusement à sa place, il laissait les poitrails de ses victimes grand ouverts et tout en vrac dedans.

Ce nouveau corps qui venait d’être découvert serait sa cinquième victime. En arrivant sur les lieux, un de mes inspecteurs est venu à ma rencontre :

-          Ah, commissaire… c’est pas joli-joli !

-          C’est jamais joli-joli, la mort, Truche.

J’aime bien faire ce genre de réponses sur un ton un peu sombre, qui pose bien le personnage : j’en ai vu d’autres, je suis blindé, mais pour autant pas indifférent… Bon, bien sûr, ce con de Truche aurait pu choisir mieux que « joli-joli », mais que peut-on vraiment attendre d’un gars qui s’appelle Milo Truche, hm ?

-          C’est encore un coup du tueur au chapon rond.

-          Melon.

-          Hein ?

-          Deux…

-          Quoi ?

-          Rien. C’est pas « rond » mais « melon », le chapeau.

-          Ah, pardonnez-moi commissaire, mais mon beau-frère est chapelier à Rennes et il m’a très bien expliqué la différence entre le chapeau rond et le chapeau melon et là…

Pendant ce temps on était arrivés près du corps. Nu, éventré, main coupée et repositionnée, sexe recouvert d’un…

-          Merde ! C’est un chapeau rond !

-          Oui, vous voyez commissaire, c’est…

-          Truche, pourquoi vous m’avez fait venir ?

-          Hein ?

-          Deux…

-          Quoi ?

J’ai pas pris la peine de répondre. J’ai tourné les talons et quitté cette scène de crime sur laquelle je n’avais rien à faire. Cette affaire ne dépendait pas de moi : il s’agissait de toute évidence d’un nouveau meurtre du tueur breton, pas de mon tueur au chapeau melon.


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Ecrit pour le Défi du samedi : "écriture sur image" - collage de Thiphaine





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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 23:07

Bon.

Allez.

Incliner… là, voilà.

Pousser. Le plus… loin… possi… ble.

Pas trop… que je puisse encore… là.

Le remettre d’aplomb. Prendre appui… dessus. Et…

Pied… gauche. Là.

Pied… droit. Voi…là.

Souffler.

ffffffff…

Et…

fffff…

… incliner.

Pou…sser. Là…

On dit qu’on a l’âge de ses artères… je sais pas… moi j’ai plutôt l’âge de mon caddie.

Vieille

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 01:28

 

La foule était massée devant la vitrine et les gendarmes manifestement débordés. Il faut dire qu’à deux contre au moins la moitié du patelin, y avait de quoi perdre la maîtrise de la situation. C’est moi qu’on avait envoyé, parce que c’est toujours moi qu’on envoie quand c’est pas en ville et qu’il y a un cadavre.

J’avais quitté Paris, où j’étais inspecteur à la criminelle, parce que j’en avais marre du bitume, pas des morts. Alors le commissaire pensait me faire plaisir en m’envoyant dans tous les villages du secteur où on trouvait un corps. Il avait pas tort, en fait. J’avais choisi la Bourgogne parce que j’en aimais le vin et qu’il y avait eu ce poste, à Sens. Avant de venir y bosser j’en avais même jamais entendu parler. Exactement ce qu’il me fallait pour faire une croix sur ce qu’il convient d’appeler maintenant mon passé.

Tout le monde m’avait dit que je trouverais vite le temps long, mais les putes décharnées qu’on ramassait au petit jour dans les poubelles, les clochards congelés ou battus à mort dans l’indifférence et les corps éparpillés sur les murs par le métro ne m’ont encore pas manqué. J’irais pas jusqu’à dire que la mort pue moins dans la verdure que sur le macadam, mais… si, en fait. En quelque sorte.

Les agents qui nous accompagnaient ont dispersé la grappe de curieux pour qu’on puisse entrer, le maire, le médecin du bled et moi.

-          Elle est où ?

-          Là-bas, au fond de la boutique.

Personne n'était resté près du corps. Un chat lapait le sang sur le visage de la victime, qui gisait sur le dos au milieu de livres éparpillés qu’elle avait dû faire tomber dans sa chute. J’ai sorti le chat de la mare de sang et observé la scène un moment en silence. Elle était entourée de Mankell, Ellroy, Connely, Burke, Lehanne et d’autres du même tonneau, dont les romans désormais tachés de sang lui faisaient comme un linceul de circonstance. Je comprenais mieux le nom de la librairie : « Le cépage noir ». Elle faisait pas dans le pinot, la libraire, mais dans le polar. J’espérais qu’elle avait eu le temps d’apprécier l’ironie de sa mort.

-          Aheum… Vous allez avoir encore besoin de moi ?

Le maire s’impatientait. Ou alors il n’aimait pas l’odeur du sang.

-          Juste une ou deux questions.

-          Ah…

-          Rapides.

-          Bon.

-          Elle avait un mari, des enfants… quelqu’un ?

-          Euh… non.

-          Des ennemis ?

-          Ennemis ?

-          Ouais… des gens avec qui elle avait des bisbilles, quoi.

-          Bisbilles ? Elle baigne dans son sang… des bisbilles ?

-          Hm… ouais, enfin vous voyez l’idée.

-         Oui. Et non, pas de bisbilles, non. Sa boutique marche bien, elle embête personne. Les gens l’aiment plutôt bien. L’aimaient. Oh la la !

Pâlichon, l’édile… L’allait pas falloir le retenir trop longtemps.

-          OK. Et des nouvelles têtes, dans le coin, ces derniers temps ?

-          Euh… non.

-          Des gens de passage ?

-          Non plus, non. Enfin je suis pas toujours à ma fenêtre à guetter ce qui se passe, hein ?

-          Bien sûr, non, mais au cas où… Bien, vous pouvez y aller.

-          Merci.

-          Et dites : si vous croisez un gars, la trentaine, l’air d’un bienheureux et une cravate criarde, vous me l’envoyez, s’il vous plaît. C’est mon collègue.

-          Ah. Bien. Au revoir.

J’ai retenu le toubib qui tentait de se carapater en même temps.

-          Alors, doc, c’est vous qui avez constaté le décès ?

-          Oui. Enfin j’ai pris son pouls, quoi.

-          Et ?

-          Ben y en avait pas.

-          A votre avis elle est morte depuis quand ?

-          J’en sais rien, moi ! Je soigne des vivants d’habitude, je m’occupe pas des morts !

-          Mais pourquoi vous êtes là ?

-          Ben c’est Jeannette qui m’a appelé.

-          Jeannette ?

-          La femme de ménage. Elle a cru qu’elle avait eu un malaise et elle m’a appelé.

-          Ah.

-          Ben oui.

-          Bon… pas d’observations particulières ?

-          Quel genre ?

-          Je sais pas, moi, un truc que vous auriez remarqué.

-          Euh… non. Mais c’est quand même bête d’avoir fait ça.

-          C’est généralement bête et méchant, le meurtre.

-          Oui, non, bien sûr… Mais c’était une de mes patientes…

-          Et ?

-          Ben il ne lui restait plus longtemps à vivre.

-          Ah ?

-          Non… Cancer. Elle donnait le change, mais je crois que la fin était proche.

-          Vous croyez ?

-          Ben c’est pas moi qui la suivais, elle voyait un spécialiste, mais je la visitais régulièrement quand même. C’est qu’elle l’avait dit à personne, alors… mais les dernières fois j’ai bien senti qu’elle abandonnait.

-          Bon… Merci. Si besoin, je reviendrai vous voir. Vous pouvez y aller.

Mourgin est arrivé au même moment. Cravate orange. Presque lumineuse. Sourire béat. Je ne sais pas ce qu’il aurait fallu pour qu’il s’en départe. Une fois, je lui avais collé mon poing dans le gueule et, le nez en sang, il s’était relevé avec toujours ce même sourire pour me dire que ça servait à rien de s’énerver. Un marrant, Mourgin. Et sous ses airs benêts, il avait pas un pet d’intuition, mais il raisonnait avec une logique implacable et à nous deux, contre toute attente, on faisait une paire efficace. Le bougon et le bienheureux. L’intuitif et le besogneux. Le méchant flic et le bon flic. Même physiquement on se complétait : il était pâle comme un cul, le cheveu rare et blond, la silhouette gracile et moi j’avais un cou de taureau surmonté d’un visage mat, assombri par le poil noir de mon menton et une lourde masse de cheveux bruns.

-          Salut Franckie !

-          Franck.

-          Ah non moi c’est Antoine !

-          Mourgin, c’est bon, là. On a du boulot.

-          Hm hm… alors alors, qu’est-ce qu’on a ? Ouah ! Une connaisseuse !

-          Hein ?

-          Ellroy, Bunker, Crais, Taibo, Lehanne, Meyer…

-          Tu lis ce genre de trucs, toi ?

-          Ah ouais ! Je veux ! Pas toi ?

J’aurais pas imaginé qu’il avait ce genre de lectures. Un bienheureux, j’aurais cru que ça lisait des livres… gentils. Comme quoi. C’est pourtant un des premiers trucs qu’on apprend dans le métier : ne jamais se fier aux apparences. Au temps pour moi. Il arpentait déjà les longs rayons de la librairie, ponctuant de « oh ! » et de « ah ! » agaçants ses découvertes. J’ai encore dû jouer le bougon :

-          Bon, Mourgin, tu voudrais pas t’intéresser au corps, là ?

-          Oui oui, j’arrive j’arrive ! Alors… Hm… Le légiste est en route ?

-          Hein ?

-         

-         

-          T’as oublié le légiste !

-          Non !

-          Franckie a oublié l’légiste ! Franckie a ou…

-          Ta gueule !

C’était sur un truc comme ça que je lui avais explosé le nez. Bourré, certes, mais il jouait quand même avec le feu. Et j’avais oublié le légiste. Quel con ! Y avait ce médecin qu’était là et… Bref.

-          J’ai oublié le légiste.

-          Je l’appelle.

-          Merci.

On aurait besoin de lui pour déterminer la cause du décès. La libraire était lacérée de la tête aux pieds. Mais en apparence aucune blessure profonde. Il y avait un cutter près du corps… Peut-on tuer à coups de cutter ?

-          Tu crois qu’on peut tuer à coups de cutter, Franck ?

Par moment, il me faisait flipper, Mourgin. Je sais pas si c’est lui qui se mettait à me ressembler ou le contraire. Putain, non ! Pas le contraire !

-          Sans doute. J’espère qu’elle s’est pas vidée de son sang doucement.

-          Non !

-          Non ?

-          Elle serait plus blanche. Enfin j’imagine. Non ?

Il avait peut-être bien raison. Je l’espérais en tout cas.

-          T’as peut-être bien raison. J’espère en tout cas.

 

On a fouillé les lieux, interrogé à peu près tout le village, fait tous les relevés d’empreintes, fibres, fluides et toutes ces conneries qu’on peut relever sur les lieux d’un crime, rien. C’est de l’analyse toxicologique faite par le légiste pour l’autopsie qu’est venue la solution. Dommage qu’il ait fallu l’attendre près d’une semaine. Elle n’avait pas été tuée à coups de cutter : elle était morte d’une surdose de médicaments. A priori personne ne l’avait obligée à les prendre. Et son médecin a été formel : elle savait très bien ce qu’elle faisait. Elle était sous traitement depuis trop longtemps pour faire une erreur si grossière.

Un suicide. 

Et les coups de cutter ? Portés après l’ingestion des médocs. Elle avait rien dû sentir.  On a eu le fin mot de l’histoire quelques jours plus tard par une lettre qu’elle avait laissée en guise de testament à notre attention :

 

J’ai voulu m’offrir une mort de polar plutôt que de mélo. J’espère que mon « meurtre » était presque parfait, mais que vous n’aurez pas perdu trop de temps quand même. Pardonnez-moi.



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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 23:45

 

Tout a commencé avec ce foutu chien.

Un vilain clébard en plastique qui ressemblait autant à un chien qu’à un lapin – disons aussi peu à l’un qu’à l’autre – et qu’elle adorait.

C’était pour ainsi dire devenu son animal de compagnie depuis qu’elle avait compris que tant qu’on vivrait sous le même toit, aucun être vivant non humain ne franchirait notre porte. Et voilà qu’un beau jour son chien – sa « reine des chiennes » pour reprendre ses termes – a disparu. J’ai dû la cuisiner un moment pour réussir à retracer le parcours de la bête et, finalement, découvrir qu’elle l’avait foutue à la poubelle. Une sombre histoire de désobéissance et de punition – je n’ai pas creusé. Les histoires de clebs m’ont toujours fait chier, alors un en plastique…

Bref. L’objet du désespoir de ma fille était donc à la poubelle. Bien que peu portée moi-même sur les amours canines, je n’en suis pas moins mère et sensible pour autant. J’ai donc entrepris la fouille de la poubelle que j’ai, par chance, volumineuse. Certes la fouille n’en serait que plus laborieuse, mais au moins ne l’avais-je pas descendue au cours des dernières 48 heures et j’étais donc sûre que le chien devait s’y trouver encore, puisque je l’avais personnellement vu pas plus tard que la veille au soir.

J’avais fini de vider l’intégralité de mes ordures des deux derniers jours, tout à mon étonnement de ne pas avoir retrouvé la bestiole, quand ma fille est apparue à la porte de la cuisine :

-          Qu’est-ce que tu fais dans la poubelle ?

-          Ben je cherche ton chien !

-          Il est revenu ?

-          Comment ça revenu ? D’où ?

-          Ben de là !

Et de me montrer le vide-ordure…

Rester calme, remettre les ordures dans la poubelle, ne pas y mettre l’enfant et la candeur de ses grands yeux avec et lui expliquer que non, il n’est pas revenu, non. Que ça ne revient pas, un chien en plastique. Surtout après une chute de cinq étages dans un vide-ordures.

Je l’ai également disputée comme il se doit pour le sort qu’elle avait fait subir à son jouet et je m’en suis tenue à cette position de juste sévérité pendant au moins deux jours avant de craquer et d’aller lui racheter une bête. Un chat cette fois, mais toujours en plastique moche. J’espérais qu’elle ne le proclamerait pas « reine des chattes » et je le lui ai offert en insistant bien sur le fait qu’il ne fallait plus mettre aucun jouet dans le vide-ordures, pas même animal puisque, en plastique, aucune bête ne pouvait remonter.

-          Maman j’t’aime trop, je peux pas arrêter d’le dire !

Si ça vaut pas une petite entorse aux grands principes d’éducation, ça…

J’ai surveillé un moment les (mauvais) traitements qu’elle faisait subir à sa ménagerie de plastique et peluche et à ses poupées, mais les nouvelles punitions qu’elle leur infligeait n’impliquaient plus de disparition. Je retrouvais des barbies ligotées, des playmobils enfermés dans des boîtes et des oursons pendus par les pieds, mais je faisais régulièrement l’inventaire et aucun jouet ne manquait. La leçon du chien, quoiqu’un peu laxiste, avait donc porté ses fruits. J’ai classé l’affaire avant de l’oublier.

Alors quand ces types ont débarqué avec tout leur matériel pour faire des prélèvements et des analyses, je les ai laissés faire sans poser de questions. Ce n’est qu’après que j’ai compris de quoi il retournait. Et je suis tombée de haut quand ils m’ont annoncé qu’ils avaient retrouvé chez moi, dans ma cuisine et mon vide-ordures, des poils et des traces de sang appartenant aux chiens, chats, hamsters, poissons rouges et autres saloperies qui pullulaient dans le quartier et dont les cadavres fleurissaient dans les poubelles de l’immeuble depuis quelques temps.

 

Je me demande ce que ça aurait changé si je ne lui avais pas offert ce foutu chat.




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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 23:51

 

Chaque matin, vers dix heures, je me levais. C’est pas tant que j’avais des trucs à faire, mais je trouvais que c’était une bonne heure, dix heures. Pas trop près de l’heure de pointe, mais assez loin du déjeuner pour pouvoir petit déjeuner quand même. Quand je pouvais. Une bonne heure. Et bon, faut dire aussi que c’est l’heure à laquelle la gardienne me virait pour serpiller, alors j’avais fini par en prendre mon parti. Je ramassais les quelques pièces qu’on m’avait balancées pendant la nuit et j’allais jusqu’à mon coin. Je bossais plus sur place depuis longtemps. Par principe d’abord, parce que bosser à domicile ça te tue une vie sociale en un rien de temps, et puis c’est bien de se dégourdir un peu les jambes aussi. Ensuite, faut bien avouer : je ramassais pas grand-chose sous mon porche, tandis que mon coin… une manne ! Mais je m’en faisais déloger à n’importe quelle heure et du coup j’avais le sommeil en vrac, alors ça m’a conforté dans l’idée de pas bosser à domicile - ou de pas dormir au boulot, c’est selon. Bref. A dix heures, donc, je rejoignais mon coin. Un bon coin, à l’abri du vent et de la pluie, à l’ombre aux heures les plus chaudes l’été, pas trop dans le passage parce que les gens aiment pas qu’on les oblige à faire un détour quand ils voudraient faire comme si on n’était pas là, pas trop à l’écart non plus parce que ceux qui veulent bien voir poussent pas quand même jusqu’à chercher, bref : un bon coin.

Mais j’entrais jamais dans la cathédrale. Déjà, même spacieux, les endroits clos c’est fatal pour les gens qui puent. Si tu mets le chaland mal à l’aise en l’obligeant à te fuir parce qu’on se pince pas le nez dans un lieu saint, il te le fait payer en mettant sa pièce dans le tronc au lieu de ta gamelle. En plus, à l’intérieur, tu te prives des badauds qui viennent voir les gargouilles, mais qu’entrent pas parce que dedans il fait froid, il faut pas être en tongs, il faut prier, ils disent dans le guide que… bref : je restais donc sur le parvis. Ça évitait en plus de me mettre les curetons à dos, ce qui est toujours mieux parce qu’ils te filent volontiers à bequeter pour peu que tu sois poli, alors ça servait à rien de leur polluer l’intérieur.

 Bizarrement, c’est aux heures de messes que je faisais le moins de chiffre. On croit que le dévot va forcément avoir l’aumône généreuse, mais elle est surtout symbolique. C’est le geste qui compte. Alors que le touriste, il est content, il a le temps, il a le budget de son séjour en liquide dans sa sacoche sous son pull, alors pour peu que ta tête lui revienne, vu que tu fais un peu partie des curiosités, du folklore local, il peut avoir des élans de générosité soudains et notables. L’euro a un peu sapé le marché, il y a de moins en moins de charité démesurée par erreur de conversion, mais on survit, on survit…

Le seul vrai problème, finalement, c’est de devoir me battre presque tous les jours pour le garder, mon coin. Enfin… Disons le seul vrai problème qui reste, abstraction faite de tous les autres, quoi. Evidemment, dans l’idéal, j’aurais pas eu ce problème de santé, cette dépression, ce divorce, ce licenciement, ces… bref. C’est vraiment un bon coin.

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires avec l’incipit « Chaque matin, vers dix heures, je me levais… » et les mots  « dans la cathédrale » à placer dans le texte.

 

 

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