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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 10:13

 

Hier, j’ai fait un caramel et, à un moment, j’ai voulu le goûter.

Une chose à savoir – et c’est assez intuitif, quand on y pense – c’est que le caramel bouillonnant dans sa gamelle est chaud. Très chaud. Alors il vaut mieux éviter d’y plonger une quelconque extrémité pour goûter. Je le sais d’expérience.

Du coup, j’ai eu super mal quand j’ai quand même mis le doigt dedans. Et j’ai eu le réflexe de vite mettre mon doigt dans la bouche pour soulager l’horrible douleur, alors ça m’a brûlé aussi la langue.

 

Et le pire, c’est qu’une fois mon doigt et ma langue légèrement apaisés par de longues minutes passées sous le jet d’eau froide du robinet, mon caramel avait carrément cramé dans la casserole. Irrécupérable.

 

Alors non seulement je souffre, mais en plus j’ai pas de dessert. Autant dire que ça va pas être le jour à me contrarier.

 

 

 

 

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 23:32

 

La fille qui marchait devant moi, haut perchée sur des talons vertigineux, se regardait dans absolument tout ce qui lui renvoyait un vague reflet d’elle-même depuis que je la suivais.

Nombreuses sont les filles qui jettent un œil discret dans les vitrines, pour vérifier leur mise, et je suis sûre que des tas de mecs dont personne ne songerait à remettre en question la virilité le font aussi à l’occasion. Moi-même je confesse qu’il peut m’arriver, parfois, de m’assurer que ma jupe cache bien toujours mes fesses, ou que mes cheveux tombent plus ou moins bien dans le sens souhaité, quand je croise mon reflet dans une vitre de voiture. Y a pas de mal à ça. Mais outre le fait que cette fille arborait fièrement sa parfaite panoplie de parfaite pétasse, sa façon de ne pas se quitter des yeux dans la rue, en cherchant son reflet dans n’importe quelle surface qui pouvait lui renvoyer une image, même approximative, de son petit cul à peine couvert et de ses petits seins arrogants, m’agaçait un brin.

Du coup, je me suis imaginée me faisant platane ou poteau et surgissant sous le nez de la donzelle, qu’elle avait incontestablement trop tourné vers son nombril pour pouvoir éviter une collision fatale à son joli minois prétentieux… Je riais déjà intérieurement de cette impayable scène – je pratique beaucoup le rire intérieur, qui a l’avantage de défouler autant qu’un rire bruyant, mais sans qu’il soit besoin de l’assumer – quand soudain l’objet de ma discrète hilarité a brutalement disparu de mon champ de vision. Très brutalement.

Cette gourde, à trop se reluquer, avait loupé le trottoir et venait de s’affaler comme une merde dans le caniveau. J’ai regretté un instant de n’être pour rien dans sa déconfiture, mais comme je ne suis pas du genre à bouder mon plaisir j’ai vite repris le dessus et ri de bon cœur. D’un bon gros rire extérieur et sonore, cette fois.

 

Je trouve que la vie est parfois tout à fait délicieuse.


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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 20:22

 

Aujourd’hui j’ai emmené ma fille au théâtre voir « Aladin ». On avait des places en corbeille. Comme a dit ma fille, « on dirait qu’on est dans un placard » : quatre chaises serrées dans un tout petit espace, fermé par d’étroites portes battantes. Il y avait déjà un monsieur et son fils quand on est arrivées et l’ouvreuse nous a dit que nous avions les deux chaises de devant. Ma fille est donc allée s’asseoir sur l’une des deux et, comme je ne suis pas chienne, j’ai proposé au garçon de prendre l’autre place devant pour mieux voir. C’était certes assez naturel de laisser la meilleure place à un petit garçon à un spectacle pour enfants, surtout que celle de derrière restait une très bonne place pour un adulte, mais ça n’aurait pas dû empêcher ni le père, ni le fils de dire merci. Le grand n’a pas moufté, quant au petit, il a à peine levé les yeux de son téléphone (ou quoi que ce fut d’autre sur quoi toute son attention était concentrée) et il a vaguement marmonné un « non » sans me regarder. J’ai insisté gentiment (« Tu es sûr ? Tu verrais mieux… »), d’avantage pour donner aux deux malpolis une chance de se comporter en être civilisés que pour vraiment être charitable, mais cette fois aucun des deux n’a répondu. J’ai donc pris place devant à côté de ma fille en me disant que je n’allais pas me fâcher pour si peu, mais qu’il y avait quand même des baffes qui se perdaient.

Et puis le spectacle a commencé et il n’a pas fallu cinq minutes pour que le gosse derrière se mette à gigoter. A geindre. A se plaindre qu’il ne voyait rien. Et son père de souffler, ronchonner, soupirer. Outre le fait que ça ne se fait pas d’emmerder tout le monde pendant un spectacle parce que t’es mal placé, franchement, c’était carrément déplacé de me faire chier moi à ce spectacle-là, non ? Ça n’a pas mis longtemps à m’agacer. Puis à m’excéder carrément. Si bien qu’à la scène du tapis volant, j’ai chopé le gosse et je l’ai fait voler aussi. Hop, à l’orchestre, le petit con. On n’a plus entendu grogner, ni le grand, ni le petit.

Non mais… on n’a pas idée d’être aussi mal élevé !

 

 

 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 11:03

 

Pour mener à bien une sombre tâche ménagère, j’avais besoin d’acide chlorhydrique. Je suis donc allée chez le marchand de couleurs pour en faire l’acquisition, mais, ne trouvant pas mon bonheur, j’ai dû demander de l’aide à un vendeur :

-         Excusez-moi, je cherche de l’acide chlorhydrique s’il vous plaît…


Sans vraiment se retourner, il a marmonné :

-         Hm… pour quoi faire ?


Je n’ai pas résisté :

-         Pour dissoudre un cadavre.


Cette fois, il s’est retourné et, à la façon bizarre dont il m’a regardée, j’ai pensé qu’il n’avait pas saisi mon trait d’humour. J’ai eu peur qu’il appelle la police ou qu’il se mette à courir en tous sens en hurlant, mais au lieu de ça, avec un sourire désarmant, il s’est contenté de me demander :

-         Combien vous en faut-il ?

-         Oh… juste une bouteille.

-         Ah, c’est pour un cadavre de souris, alors ?


Il avait de l’humour, finalement. Il m’a accompagnée à la caisse et quand il m’a demandé s’il pouvait m’inviter à dîner, j’ai compris que son regard bizarre était en fait un regard de mec qui drague et, sensible à ses charmes, j’ai accepté.

Le dîner s’est plutôt bien passé et, comme j’avais pensé à mettre de jolis sous-vêtements au cas où, j’ai accepté également d’aller prendre un dernier verre chez lui. Et c’est une fois dans son antre que j’ai compris que ce que j’avais pris pour de l’humour n’en était pas, alors que ce que j’avais pris pour de la bizarrerie en était bel et bien, mais à un niveau très supérieur à tout ce que j’aurais pu imaginer. Il a apparemment compris en même temps que moi sa méprise à mon sujet, mais il a été beaucoup plus rapide et, saucissonnée comme je le suis maintenant au milieu de ses autres victimes, à côté de sa cuve d’acide, je me rends compte que c’était un peu présomptueux de ma part de croire qu’un beau gosse pareil m’avait draguée.

 

 

 

 

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 23:38
  
La voisine qui avait appelé attendait en trépignant devant l’immeuble. Quand elle nous a vus arriver, elle a fondu sur nous en criant :
-          Venez vite ! Vite !
-          Calmez-vous madame… que s’est-il passé ?
-          J’ai entendu des cris, une dispute et… et…
Elle haletait. J’ai cru qu’elle allait tomber dans les pommes.
-          Doucement… respirez, madame… voilà. Il y a eu une dispute et… ?
-          Boum !
-          Boum ?
-          On aurait dit un coup de feu !
-          Vous êtes sûre ?
-          Mais non ! Je ne suis pas spécialiste, moi ! Mais je connais le bruit d’une porte qui claque ou d’un ballon qui éclate et là, c’était pas ça.
-          Bon, vous restez là.
Elle s’agitait en triturant ses doigts nerveusement, pendant qu’on se dirigeait vers l’appartement d’où provenaient encore des cris. On a porté la main à nos armes et on a fait signe à la voisine de sortir avant de frapper. J’ai annoncé haut et fort que c’était la police. Deux fois. Les cris continuaient. Et la voisine gueulait dans notre dos :
-          Mais qu’est-ce que vous attendez ? Qu’il tue encore quelqu’un ?
J’aimais pas ça. On s’est regardés, j’ai crié « police ! » encore une fois et, sans réponse, on a fini par défoncer la porte pour entrer. Le mec se tenait là, nu, juste en face de la porte, et il s’est tourné quand on est entrés, en pointant son arme sur nous. La voisine a hurlé, le mec a hurlé, j’ai tiré, la fille qui était dans l’appartement s’est mise à hurler. Beaucoup plus fort que les cris qu’on entendait à travers la porte.
Avant que le calme revienne, on avait déjà pu constater que l’arme était en fait une petite caméra. Qui tournait toujours. Et les cris n’étaient pas une dispute : ils étaient en train de tourner un porno amateur. Bruyamment, mais ce n’était pas un crime. Sauf si « l’actrice » était mineure, mais elle n’avait pas l’air.
Quel merdier… J’en revenais pas d’avoir buté ce mec. Sans raison. Putain ! Mais qu’est-ce qui s’était passé ? J’étais tétanisée par l’ampleur du désastre quand mon regard s’est posé sur une photo encadrée au mur. Un homme – le queutard que je venais d’abattre a priori – tenant une femme dans ses bras. Pas celle qui sanglotait à poil sur le lit, mais la voisine. J’aimais de moins en moins ça. J’ai montré la photo à la fille :
-          Vous savez qui c’est, ça ?
-          Sa… sa… femme.
-          La femme de qui ?
Elle a montré le type à terre. Bordel de merde.
Je me suis précipitée dehors, mais la « voisine » s’était déjà volatilisée.
 
Grâce au film du macchabée et à l’appel paniqué de sa femme enregistré par Police-Secours, je n’ai été suspendue que le temps d’une brève enquête, au terme de laquelle j’ai été lavée de tout soupçon. La veuve bafouée, en revanche, avait vidé tous les comptes du couple la veille du drame. Elle n’a jamais été retrouvée.


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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 23:54

 

Il m’est arrivé un truc complètement dingue.

Enfin… pas un truc dingue comme gagner mon poids en sextoys ou me faire enlever par un lézard géant et poilu, hein, mais un truc dingue à ma mesure…

J’ai vécu, il y a de ça quelques années, une grande, intense et pourtant calamiteuse histoire d’amour dont j’avais relaté les faits marquants par ici. Tout ça ayant pris fin il y a plus de sept ans et sans drame, il va sans dire que l’affaire est classée depuis belle lurette…

Alors quand, en me baladant ce matin, je me suis retrouvée les yeux rivés à ce regard bleu et insistant qui, manifestement, était bien concentré sur moi et moi seule, je n’ai évidemment pas tout de suite repensé à cette vieille non histoire. D’ailleurs j’ai mis un moment avant de penser à quoi que ce soit. Je n’ai pas trop l’habitude qu’on me regarde dans la rue, du coup je ne suis pas vraiment à l’affût et s’il peut m’arriver parfois de remarquer un vague coup d’œil dans ma direction, il s’avère généralement que c’est parce qu’on m’a confondue.

Alors je ne sais pas exactement depuis combien de temps il avait ses beaux yeux bleus braqués sur moi quand j’ai fini par me rendre compte qu’il me regardait, mais ce que je sais, c’est qu’entre ce moment-là et le moment où j’ai fini par regarder ailleurs parce que ça devenait gênant, il ne m’a pas quittée des yeux. Moi. Des années et des kilos après, il me croise par hasard dans la rue et me regarde à nouveau comme dans une pub, quand le mec sait qu’il va serrer la meuf parce qu’il sent bon. Ou parce qu’il a une belle voiture. Ou… enfin vous voyez bien le genre de regard, hm ? Et ben aussi vrai que j’ai bien failli ne pas le voir, c’est exactement comme ça qu’il m’a regardée. Ça me faisait chabadabada dans la tête quand on s’est croisés, on s’est à moitié retournés tous les deux (pas l’un l’autre comme des sauvages, hein ? Tous les deux… chacun de son côté mais en même temps, pour pas se quitter des yeux) et j’avais l’impression d’être dans un film au ralenti, mais c’est là que j’ai trouvé ça un peu gênant, cette façon de dévisager cet inconnu qui me dévisageait lui aussi, alors j’ai tourné la tête et rompu le charme. Et c’est à cet instant précis que je me suis dit « mais… mais… mais meeeeeerde ! mais c’était mon libraire !?!!! »

Parce que… oui… non, je ne l’avais pas reconnu. Enfin si, mais disons pas au point de me souvenir immédiatement de qui il était et d’où je le connaissais… Alors une fois que j’ai mis le doigt dessus (c’est une image, il était déjà hors de portée de mes doigts) j’ai commencé à imaginer tous les scénarios qui auraient pu se jouer là, à cet instant, et surtout je me suis demandée s’il ne serait pas judicieux de faire demi-tour et de l’accoster, ou tout au moins de vérifier s’il ne s’était pas retourné, des fois, par hasard, hésitant lui aussi à venir me parler, ce qui nous aurait mis dans une situation certes un peu tarte, mais vu notre passif, franchement, on pouvait se permettre ce genre de niaiseries, non ?

Non.

Enfin, si, sans doute, mais je ne me suis pas donné la peine de vérifier et j’ai bêtement poursuivi mon chemin en me disant que de toute façon, il avait dû faire pareil.

Ce mec venait de me regarder comme personne ne l’avait plus fait depuis la dernière fois qu’il l’avait fait, lui, bientôt dix ans plus tôt, et moi je passais mon chemin. Comme ça. Genre indifférente, carrément. Le mec qui a nourri tous mes fantasmes pendant des années me fait le regard qui tue des années plus tard et moi, j’ignore…

Le pire, c’est que ce simple moment anecdotique et inutile est capable de me relancer pour quelques années de fantasmes.

Je vous avais bien dit que c’était dingue.

 

 


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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 09:00

 

Le gosse était pas là depuis trois jours qu’il parlait déjà de faire le mur. Il était pas fait pour la taule. Pas qu’y ait des mecs vraiment faits pour, mais disons qu’y en a qui supportent mieux. Lui, il supportait tellement pas qu’il grattait le mur avec ses doigts la moitié de la nuit, des fois qu’à force ça finirait par lui faire un tunnel, et l’autre moitié il pleurait. Du coup il dormait pour ainsi dire pas et je donnais pas cher de sa peau s’il faisait pas un peu plus gaffe à lui.

Depuis le temps que je moisissais entre ces murs, moi, j’en avais vu passer des jeunots que l’enfermement rendait dingues, mais lui… je sais pas. Il avait comme un truc un peu fou dans le regard qui faisait que quand il disait qu’il pouvait pas passer une minute de plus dans cette taule, non seulement je le croyais, mais en plus j’avais vraiment envie de l’aider à en sortir. Même si ça me plaisait pas plus que ça de m’attirer des emmerdes. J’étais peinard, moi, là. Contrairement au gosse, c’est la vie dehors qui me réussissait qu’à moitié. Alors tous ces marlous qui sont passés par ma cellule en jurant qu’ils se feraient la belle avant que j’aie eu le temps de m’habituer à leurs ronflements, je les écoutais poliment et je les laissais élaborer des stratagèmes tous plus foireux les uns que les autres pour faire le mur, mais je m’en mêlais pas. Et je me suis habitué non seulement à leurs ronflements, mais aussi à leurs flatulences et autres nuisances nocturnes. Mais ce gosse… c’était pitié de le regarder dépérir à vue d’œil. J’étais sûr qu’il crèverait en moins d’un mois si on faisait rien pour lui.

J’ai profité de mon ancienneté et de certains rapports privilégiés que j’avais avec les matons pour essayer de l’aider sans me compromettre, mais ça changeait pas grand-chose : d’heure en heure il paraissait plus maigre, plus malade, plus triste, plus proche de la fin. Alors j’ai fini par lui dire que j’allais l’aider à faire le mur. Ça a suffi à lui redonner un peu la santé. Chaque jour, je dévoilais des bribes d’un plan qui pourrait peut-être marcher… Lui y croyait à fond et il semblait revivre. Je m’en voulais un peu de faire traîner les choses, j’avais l’impression de le faire marcher, mais plus tard on devrait mettre le plan à exécution, plus tard je m’exposerais à des emmerdements qui ne manqueraient pas de me pourrir le quotidien.

En attendant, il grattait toujours le mur la nuit et il avait toujours pas l’air bien vaillant, mais il allait quand même mieux. C’est l’impression que j’avais en tout cas, jusqu’au jour où on l’a retrouvé pendu avec la corde qu’on avait commencé à tisser pour notre évasion. On n’en avait pas vraiment besoin, je lui avais seulement fait faire pour concrétiser un peu le projet. Pour l’aider à tenir.

Je m’en suis voulu à mort.

Alors pour honorer sa mémoire, j’ai décidé de faire le mur conformément au plan qu’on avait élaboré ensemble. Quoi qu’il arrive. Tant pis. Il me semblait que je lui devais bien ça.

 

Depuis, certains matins, quand je me réveille au son des vagues et que le soleil illumine déjà le petit intérieur coquet que je partage avec un genre de déesse des îles, j’ai besoin d’aller vérifier que la porte n’est pas verrouillée et de faire quelques pas sur la plage pour m’assurer que je ne rêve pas. Mais la plupart du temps je m’aperçois que j’ai quasiment oublié cette foutue vie entre quatre murs et que finalement, j’étais plutôt fait pour vivre libre.


 

 

Ecrit pour le Défi du samedi sur le thème « Le(s) mur(s) ».

 

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 09:23

 

J’en pouvais plus de ce paysage à la con. Du bleu à perte de vue, que tu sais plus trop à la fin où finit la mer et où commence le ciel, pas un nuage pour t’aider à y voir plus clair, un cagnard à pas foutre un vieux dehors et moi, j’étais là comme un con dans mon calebar à fleurs, à suer comme un bœuf sur ce fichu transat en sirotant des cocktails débiles avec des parapluies dedans pour essayer d’étancher ma soif, alors que j’aurais pu tuer ma mère pour une bière fraîche. Sauf qu’elle était pas tout à fait assez folle pour venir cramer sa vieille peau dans ce prétendu décor paradisiaque, ma mère.

Déjà, j’aime pas l’eau. Je sais pas vraiment nager. Alors les vacances coincé entre trois piscines et la plage et rien d’autre, ça me colle des angoisses rien que d’y penser. Et puis j’aime pas la chaleur, non plus. J’ai la peau qui cloque en moins d’une heure si je me tartine pas suffisamment de crème pour plus pouvoir bouger un cil.

Mais je l’aime elle.

J’ai cru que ça suffirait.

Quand elle m’a fait ses yeux de chat affamé, avec cette une moue aussi sexy que boudeuse dont elle a le secret en disant « s’il te plaît s’il te plaît mon minou-chou, ça me ferait tellement plaisir », j’ai pas pu résister. Et pourtant, je déteste qu’elle m’appelle son minou-chou, mais je l’aime.

Je l’aimais.

Je me suis mis à l’aimer un peu moins quand je l’ai vue s’esclaffer au jeu apéro avec une horde de beaufs déchaînés prêts à s’étriller pour un verre de sangria gratuit. Je l’ai désaimée encore un peu quand elle a couru en hurlant comme une adolescente hystérique jusqu’à la piscine pour faire la « danse du club » au milieu d’une bande d’animateurs braillards. Je crois que j’ai définitivement cessé de l’aimer quand elle s’est ridiculisée, avec un groupe de midinettes grassouillettes qui se prenaient pour des bombes sexuelles, au karaoké sur la plage.

C’est pendant le grand jeu du mangeage de beignet sans les mains sur le ventre de son partenaire que j’ai compris que je ne tiendrai pas jusqu’à la fin de la semaine à ce rythme.

J’ai volé un pédalo et j’ai pris le large.

Je sais pas quelle distance ça fait, Ibiza-Paris par la mer.



Ecrit pour les Impromptus littéraires.



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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 18:13

 

Je ne sais pas pourquoi ils ont changé cette cabine téléphonique en particulier.

Déjà, chose rare, il y en avait plein d’autres à ce coin de rue. Enfin, disons qu’il y en avait au moins une à l’angle opposé et je crois qu’il y en avais une autre un peu plus loin sur le même trottoir et, bien sûr, à peu près jamais personne qui téléphonait. Ni dans celle-là, ni dans les autres. C’est que c’est devenu rare, les gens qui ont besoin d’une cabine téléphonique, alors de trois cabines dans un si petit périmètre… Celle qu’ils ont changée, c’était celle du côté de la station service. C’était une vraie cabine, ils l’ont remplacée par un téléphone sur un poteau avec un genre de auvent rikiki qui doit à peine protéger l’appareil en cas de pluie et encore, à condition qu’il pleuve droit. Je ne sais pas pourquoi ils ont fait ça et surtout, pourquoi cette cabine-là ? Le type qui y avait élu domicile avait l’air bien, là. Déjà, ça le protégeait de la pluie et du vent, voire un peu du froid, aussi, et puis avec la station service, ça faisait du passage. Il était presque toujours en train de papoter avec quelqu’un. Et du coup ça devait faire des gens qui lui donnaient des sous. Je crois qu’il s’entendait bien avec le gars de la station service, aussi, qui le laissait utiliser la machine à café sans payer.

Il avait décoré la cabine téléphonique, il l’avait même complètement recouverte de cartons, sur lesquels il avait fait des dessins sympas. C’était joli et ça devait l’isoler un peu du froid. Et quand quelqu’un avait besoin de téléphoner, comme par hasard de sa cabine à lui et pas celle d’en face ou celle un peu plus loin, et ben il laissait la place avant même qu’on lui demande. Une fois, je l’ai même vu dépanner un mec qu’avait plus de batterie sur son portable. Il lui a prêté sa carte de téléphone à lui pour appeler de sa cabine. Le mec lui a même pas filé une pièce pour le remercier. Personnellement, je lui aurais bien carré son portable dans le cul pour lui apprendre les bonnes manières, mais lui, au lieu de ça, il lui a juste souhaité une bonne fin de journée. Un gars sympa.

Je ne sais pas pourquoi ils ont changé sa cabine.

Le nouveau téléphone a été vandalisé en moins d’une semaine et le clochard qui vivait dans la cabine est mort peu de temps après le téléphone. De froid, de faim, de dépit… allez savoir.

 



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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 10:34

 

Paradoxalement, quand il est entré dans mon bureau et s’est retrouvé nez à nez avec moi, c’est lui qui a eu l’air le plus surpris. Il a vite repris une contenance assurée et arrogante, mais j’ai bien vu le trouble dans son regard quand il a croisé le mien.

Pour ma part, même s’il détonnait un peu par rapport à ma clientèle usuelle, j’avais l’habitude de voir débarquer un peu n’importe qui, alors plus que la surprise, c’est ma curiosité qu’il a d’abord éveillée.

Mon quotidien, depuis bientôt dix ans, c’était plutôt des femmes, la quarantaine bien installée, le cheveu tiré autour d’une mine aussi sombre que leur tailleur, accrochées à leur sac à main comme si je risquais de leur voler et arborant cet air pincé de celle qui a laissé échapper un petit pet, mais veut à tout prix faire croire le contraire. Et à franchement parler, elles pouvaient bien se donner tous les airs qu’elles voulaient, du moment qu’elles payaient… La rombière pincée était mon fonds de commerce. C’était pas exactement ce dont je rêvais en me lançant dans le métier, mais ça payait les factures et c’était déjà pas mal.

Quand elles arrivaient, mes bourgeoises, elles portaient toujours le poids du monde et de ses misères sur leurs épaules et elles voulaient toutes exactement la même chose : savoir si leur cher époux sautait la secrétaire. Ou l’infirmière de bonne-maman. Ou la fille au pair. Ou la femme du boulanger. Elles savaient toutes très bien que oui, mais elles devaient secrètement espérer que je serais assez mauvais pour ne pas leur en apporter confirmation et pouvoir ainsi reprendre sereinement leur triste existence drapée de mensonges… J’étais ce genre de privé sans réputation qu’on trouve dans les pages jaunes, alors on ne s’attendait pas particulièrement à ce que je sois bon. Milieu de liste dans l’ordre alphabétique. Les têtes de liste n’inspirent pas confiance, ça sent le nom d’emprunt choisi à dessein, genre j’ai rien de mieux pour me faire remarquer. La fin de liste, c’est pas bon non plus, les gens se disent que si t’es même pas prêt à faire un effort pour arriver plus tôt dans l’annuaire, tu seras sans doute pas du genre à t’arracher pour résoudre leurs embrouilles. Alors milieu de liste, c’est pas mal. J’ai changé mon nom, d’ailleurs, vu que je suis né plutôt fin de liste.

A l’occasion, c’était le mari de la rombière qui m’engageait, à peu près pour les mêmes raisons que sa femme, sauf que les soupçons portaient cette fois sur le prof de fitness, l’associé de monsieur ou l’infirmier de beau-papa. Une fois, j’en ai eu un qui voulait juste savoir si sa femme avait engagé un privé pour savoir s’il la trompait. Je ne sais pas où mène un mariage d’amour, mais un mariage d’argent conduisait bien souvent chez moi.

Alors quand ce type est entré, avec sa gueule de loulou de banlieue vieillissant, ses tatouages et son air étonné, je me suis dit que pour une fois ce serait peut-être une affaire d’un autre genre qui allait m’échoir.

Le gars me fixait toujours comme s’il ne s’était pas attendu à me trouver là, dans mon bureau.

-         Bonjour, Monsieur… ?

Il n’a pas jugé utile de compléter, alors j’ai poursuivi :

-         Je peux vous aider ?

Son visage avait un petit quelque chose qui ne m’était pas totalement étranger. Pendant qu’il toussotait pour se donner un peu de temps avant de répondre, j’ai essayé de passer en revue la liste de mes vieilles connaissances perdues de vue, mais dès qu’il s’est mis à parler, j’ai su :

-         Ça fait un foutu bail, hein gamin !

Je n’en croyais pas mes yeux. C’était comme faire face à un fantôme qui se serait trompé d’enveloppe charnelle. C’était à mon tour de rester muet. Je me suis levé et j’ai contourné mon bureau pour venir me poster juste devant lui, mon visage si près du sien que nos nez auraient pu se toucher. J’essayais de retrouver les traits familiers derrière ce… masque, mais c’était troublant. Ça faisait douze ans. Je le croyais mort. Et qu’il soit là, debout devant moi, ne changeait rien au fait qu’à peu près tout le monde le croyait mort. Et pour cause… Sans doute avait-il trouvé cette seule échappatoire pour se tirer d’un mauvais pas. En le dévisageant toujours, je me demandais d’ailleurs s’il en avait jamais eu de bons. Tout gosse déjà, c’était une véritable machine à conneries et, pour autant que je savais, il n’avait jamais cessé d’en faire jusqu’à l’annonce de sa mort. Apparemment, donc, à tort. Son corps avait supposément été retrouvé, carbonisé, après l’explosion de la salle des coffres d’une banque qu’il essayait de cambrioler. Manifestement, il avait dû être identifié par déduction ou par élimination, mais avec une confortable marge d’erreur. Je m’étais ruiné pour son enterrement. J’avais pleuré. Connard.

Il semblait se remettre du trouble qui l’avait manifestement secoué en me voyant et moi j’hésitais entre le prendre dans mes bras et lui coller une droite. Quand on était mômes déjà c’était sans cesse le même dilemme. Une vie entière à lutter contre cette irrépressible envie de lui fracasser la gueule pour lui apprendre à me prendre pour un con. Probablement que j’aurais mieux fait de le cogner plus souvent. Pour son bien comme pour le mien. Mais je crois que j’avais toujours eu cette certitude qu’il mourrait trop jeune pour que je le prive de mon amour, ne serait-ce que le temps d’une peignée, et jusqu’à peu de temps avant son arrivée dans mon bureau, j’étais persuadé que j’avais eu raison. J’avais presque envie de le toucher pour m’assurer qu’il était bien là, mais avant que j’aie esquissé le moindre mouvement, il a souri, de ce sourire canaille qu’il avait toujours eu, qui faisait tomber les filles et me rendait dingue, et il m’a demandé :

-         Alors gamin ? T’es pas content de me voir ?

Je crois que dès qu’il a su parler, il m’a appelé gamin. Alors que techniquement, j’étais plus vieux que lui. J’étais aussi une classe au-dessus de lui dès l’école primaire, mais il ne m’a jamais appelé autrement. Et personne n’a jamais douté que ce soit justifié. Ce côté voyou qu’il entretenait savamment depuis tout minot lui conférait une espèce de charisme et d’autorité naturels qui me ramenaient, en sa présence, au rang de figurant insipide. Et douze ans après que je les avais enterrés, lui et les complexes qu’il m’avait toujours filés, voilà qu’il réapparaissait sans gêne et sans vergogne et que c’était de nouveau moi qui me sentais merdeux en face de lui. Mais douze ans avaient passé. Dont huit en analyse. J’étais capable de lui tenir tête :

-         Euh… Hum… Oui. Enfin… Surpris.

-         HA HA HA !

Ce foutu rire tonitruant qui me faisait rentrer les épaules, parce que je savais qu’il le ponctuerait d’une grande claque dans le dos… Malgré moi, j’avais presque fermé les yeux en attendant le coup, mais il ne vint pas. Je me suis détendu. Il a fait mine de lever la main et j’ai sursauté. Il est reparti d’un grand éclat de rire. Je crevais d’envie de le faire taire à grands coups de poings, mais il me faudrait sans doute encore des années de thérapie pour me remettre de ça, alors comme je l’avais toujours fait avec lui, j’ai pris sur moi.

-         Bon, mais… dis-moi… qu’est-ce qui s’est passé ? Je veux dire…

-         Ouais, ouais, je sais c’que tu veux dire, gamin… C’est une longue histoire.

Je sentais qu’il n’allait pas me la raconter. Et j’aimais autant ça. Les rares fois où j’avais eu les détails des conneries qu’il avait pu faire, j’en avais été horrifié. Parfois, c’est aussi bien de ne pas savoir. Et j’étais à peu près sûr qu’il n’était pas là pour me rembourser ses frais d’obsèques, alors à quoi bon ressasser le passé ?

Il m’a pris la main et la sienne était… poisseuse. J’ai baissé les yeux et découvert qu’elle était pleine de sang. Avant que j’aie pu dire un mot ou retirer ma main, il m’a griffé l’avant-bras jusqu’à l’entailler profondément, toujours sans relâcher sa prise. Puis il m’a attiré contre lui dans une espèce d’étreinte virile, son regard glacial planté dans le mien, et il a murmuré :

-         Faut pas m’en vouloir, tu sais, j’ai pas eu ta chance.

Je savais d’instinct que ce n’était pas pour la griffure qu’il craignait que je puisse lui en vouloir. D’ailleurs, il ne le craignait pas le moins du monde et se foutait pas mal que je lui en veuille, il avait plutôt dit ça en guise d’avertissement et je me demandais déjà ce qui allait me tomber sur le coin de la gueule cette fois-ci. Je lui aurais bien posé la question, mais il s’était évaporé. Je regardais ma main, pleine du sang qui coulait des entailles qu’il m’avait faites, mêlé à celui dont il m’avait badigeonné. J’étais à la fois abasourdi et soucieux.

 

 

 

 

A suivre... .

 

 

 

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