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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 00:13
 
Ça m’a fait tellement plaisir de te voir hier, mon chéri !
Oui, je t’appelle « mon chéri », parce qu’après tout, je suis tombée amoureuse de toi il y a environ vingt-cinq ans – c’était à Tours, sous un chapiteau, j’avais quinze ans et je m’en souviens comme si c’était hier, même si mes quinze ans, eux, datent d’au moins avant-hier – je suis tombée amoureuse, donc, il y a bien longtemps, bien plus longtemps que je n’ai jamais aimé un autre homme, et – la soirée d’hier me permet de le confirmer sans la moindre hésitation – je t’aime toujours exactement comme au premier jour, alors ça m’autorise bien quelques familiarités, non ?
Familière ou pas, quel bonheur de te voir aussi éclatant, aussi beau, aussi… toi, en fait. Pourquoi aurais-tu été différent ? Apparemment, l’âge n’a pas vraiment prise sur toi… Mais même jeune et virevoltant, il est possible de faire un mauvais concert, alors que là… les mots me manqueraient presque, dis donc !
Pour n’en citer que quelques-uns, ton « irradié » était magistral, ton « mort » (qui dit mieux ?) m’a réjouie et ton « Nascimo » était un final parfait ! Quant au final du final, la cerise sur un gâteau déjà étonnamment gros, riche et savoureux, à la fin de la fin, donc, je ne saurais même pas te dire l’effet que m’a fait ton « aviateur dans un ascenseur »… Je revois encore le mur de ma chambre d’adolescente, où étaient punaisées ces paroles au-dessus de mon lit… Point de nostalgie, mais qu’est-ce que je l’aimée, cette chanson, hier comme il y a vingt ans !
Je ne sais pas combien de fois je t’ai vu sur scène et combien de fois j’en ai été émerveillée, je ne sais pas non plus si ce concert était le meilleur ou seulement l’un des meilleurs, ce qui est certain en tout cas c’est que ça a été presque quatre heures (quatre heures, putain !!) de pure joie, comme toi seul sais si bien en donner.
 
Depuis l’époque lointaine où j’étais groupie (ou quasi), j’ai bien grandi, toi aussi, mais nous deux, ce n’est pas fini pour autant. Tu as été une fois encore totalement incroyable hier, moi je me suis sentie comme à vingt ans – beaucoup mieux, même – alors je te le dis une bonne fois pour toutes, parce que certaines choses se doivent d’être dites : Jacques, je t’aime.
 
(Et si des fois tu te demandes : j’étais au fond à droite, je portais mes lunettes bleues – oui, j’ai vieilli, maintenant j’ai des lunettes – et à un moment t’as fait une blague et j’ai ri un peu fort avant tout le monde. Tu m’as forcément remarquée.)
 
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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 11:01

 

Les gamins étaient toute une tripotée à chahuter sur le trottoir avec un ballon. Passons sur le fait qu’ils n’étaient guère attentifs aux autres piétons et, donc, gravement susceptibles de bousculer une vieille ou, disons, moi. Le pire – et je le sais d’autant mieux qu’on était justement en plein apprentissage des règles de bonne conduite du piéton avec ma fille – le pire, donc, c’est qu’ils auraient pu retarder un automobiliste, voire lui saloper son pare-choc en courant sous ses roues au milieu de la rue pour rattraper leur ballon.

Alors quand je suis passée à leur hauteur, j’ai bien songé les réprimander légèrement, ou au moins leur faire un peu les gros yeux, mais je ne transpire pas exactement l’autorité et j’hésitais à en faire une piètre démonstration devant autant de jeunes témoins (on sait comme le jeune peut être moqueur) et, en plus, devant ma fille. Sur les terrains difficiles, j’essaie de limiter mes tentatives.

Je ne sais pas à quoi ça tient, l’autorité. Une grosse voix ? Des sourcils broussailleux ? Une carrure hors norme ? Comme la classe, certains l’ont et d’autres pas ? Elle est naturelle ? On peut l’acquérir ? Une chose dont je suis sûre, c’est qu’elle n’est en aucun cas conférée par la fonction : j’en veux pour preuve que bien qu’étant devenue mère, je n’ai toujours pas d’autorité sur les enfants en général et sur la mienne en particulier. Et je suis prête à parier que si je devenais chef, je n’aurais pas la moindre autorité sur mes troupes non plus. Alors ces gosses qui jouaient dangereusement sur le bord du trottoir avaient-ils la moindre chance d’être un tant soit peu réceptifs à mon courroux ? Peut-être que si j’en balançais un sous les roues du bus pour capter l’attention des autres…

J’en étais là de mes réflexions quand un type, qui passait un peu plus loin, s’est tourné vers les mômes. Il a légèrement élevé la voix pour leur lancer un « Hé ! » destiné à attirer leur attention et il a eu un geste aussi simple qu’efficace en montrant aux gosses le petit square tout proche. A ma grande surprise – et, je l’avoue aussi, ma grande admiration – les gamins ont instantanément cessé leur chahut pour filer sans moufeter vers le square. S’en est fallu de peu que j’obéisse moi aussi. A ce moment-là, le type m’aurait dit de me déshabiller et de courir après une voiture, je l’aurais sans doute fait. Au lieu de ça, il a continué sa route et c’est là que je me suis aperçue que ma fille, elle, avait obtempéré et jouait maintenant au square avec les autres enfants. Elle a hyper bien fait semblant de ne pas me voir quand je faisais les gros yeux pour qu’elle revienne, et de ne pas m’entendre quand je faisais la grosse voix pour la menacer des pires punitions du monde si elle n’obéissait pas.

Mais j’ai finalement réussi à la faire fléchir au bout de trente-six minutes, en lui offrant une glace, un sachet de bonbons et un tour de manège.

L’autorité, tu l’as, ou alors t’as du temps et de l’argent…



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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 09:21

 

J’ai dû faire une IRM.

Je ne sais pas si vous avez déjà fait ça, mais je suis sûre que cette chose a été conçue pour mettre les gens mal à l’aise.

Déjà, comme pour une radio, ça commence par la personne qui fait marcher l’engin : elle te fait entrer dans une cabine et te dit un peu vite tout ce que tu dois faire avant qu’elle revienne te chercher. En général, ça se résume à « mettez-vous à poil je vous reprends de l’autre côté » (en tout bien tout honneur), mais comme souvent elle précise ce que « à poil » recouvre exactement comme trucs à enlever (« vous pouvez gardez vos chaussettes ») et qu’il peut lui arriver de glisser des questions saugrenues (« vous n’êtes pas enceinte ? vous ne portez pas de pile cardiaque ? ») au milieu de sa litanie, il y a toujours ce moment de doute, quand tu te retrouves seule dans ta cabine, où tu demandes si tu aurais l’air plus con en ayant enlevé ta culotte alors qu’il fallait la garder, ou au contraire en l’ayant gardée alors que « à poil », c’est pourtant clair, non ? Et, pendant que tu doutes, tu essaies quand même de te désaper assez rapidement, parce que tu sais que la personne qui t’a donné les consignes et qui va incessamment te reprendre de l’autre côté aura sûrement ce petit sourire légèrement agacé si tu n’es pas exactement comme tu dois être au moment où elle ouvre la porte. Pire : elle pourrait ouvrir au moment où, une jambe en l’air et en appui instable contre le mur, tu te bats avec ce foutu pantalon trop serré pour essayer de lui faire passer le talon sans te vautrer et là, au doute s’ajoute immanquablement la gêne d’avoir été vue non seulement dans une position forcément pas avantageuse, mais en plus à moitié nue – voire plus qu’à moitié si t’étais déjà bien avancée par ailleurs dans l’application des consignes.

Faire une radio, une IRM ou quoi que ce soit de la famille des images incompréhensibles que les médecins regardent d’un air pénétré en disant des trucs comme « ah oui, là, on voit bien gnin gnin gnin » alors que toi tu ne vois strictement rien du tout, c’est avant tout une négation de ton intimité et souvent, en plus, le bon moment pour t’asseoir sur ton amour propre.

Il suffit de le savoir avant d’y aller… histoire de ne pas tomber de trop haut.

Après, il y a l’examen lui-même. Une radio, déjà, c’est super sympa : tu es là, à poil ou quasi, avec quelqu’un caché derrière une vitre qui te donne des consignes que tu entends mal puisque, donc, il y a une vitre, mais en plus les machines font du bruit, alors tu sais jamais trop si tu dois respirer ou pas, tourner à droite – la sienne ou la tienne ? – ou à gauche – même question – bref : c’est pas le truc qui met le plus à l’aise au monde. Quant à l’IRM… Bon : on te demande avant si tu n’es pas claustrophobe. C’est sage. Mais j’imagine assez facilement que des tas de gens peuvent très bien découvrir justement à cette occasion qu’ils le sont, parce que bon : dans la vie de tous les jours, à part dans un cercueil, t’es quand même rarement confiné dans un si petit espace… Et soyons clair : s’il n’y avait que le manque d’espace ! Mais non : on t’allonge là, dans une position pas nécessairement confortable – et tu as très bien vu à la télé dans « Docteur House » qu’il ne faut AB-SO-LU-MENT pas bouger dans la machine à IRM – et te voilà figée dans un tuyau, avec comme un genre de marteau piqueur dans les oreilles pendant un bon quart d’heure ! Et quand je dis marteau piqueur, c’est pour donner une idée du volume, mais c’est bien plus inquiétant que ça : tantôt tu as l’impression d’être effectivement sur un chantier, tantôt tu as l’impression que l’alarme incendie est branchée directement dans tes tympans… mais il NE FAUT PAS BOUGER, alors tu ne bouges pas, en espérant que s’ils évacuent les lieux ils penseront à te sortir du tuyau avant que la machine elle-même soit dévorée par les feux de l’enfer.

Bref : l’IRM est somme toute assez anxiogène. Moi-même qui suis d’une sérénité à toute épreuve, j’ai trouvé ça un tout petit peu inconfortable, alors j’imagine assez bien de grandes scènes truculentes : des femmes se lacérant le visage, des hommes essayant de creuser un tunnel, les uns ou les autres s’extirpant du bidule en se tortillant et se carapatant, à poil, hurlant dans les couloirs… Moi, je me suis plutôt bien tenue et, à la fin, la personne qui m’a libérée m’a dit d’aller me rhabiller et que le médecin viendrait me voir.

Bon.

Retour dans ma petite cabine, rhabillage ultra-rapide (je ne me fais jamais surprendre une patte en l’air deux fois dans la même journée) et là, de nouveau, le doute : le médecin, je l’attends dans ma petite cabine, ou je sors et je l’attends… ailleurs ? Pour de ne pas prendre de décision trop hâtive, j’ai un peu lambiné, histoire de laisser au médecin le temps d’arriver s’il devait venir dans la cabine et, je n’aurai pas tout raté, c’est bien dans la cabine qu’il est venu ! Là au moins, j’avais bon. En plus j’étais habillée, debout, je n’avais ni patte ni fesse en l’air, rien, j’étais carrément présentable ! Et cerise sur le gâteau : il a frappé avant d’ouvrir. Bon : il n’a pas attendu que je lui dise d’entrer – d’ailleurs, c’eut été un peu osé de ma part de l’y inviter, la cabine étant un peu trop exigüe pour recevoir sans fatalement créer un malaise immédiat – mais quand même : il avait frappé ! Je l’aimais déjà. Et encore plus quand il a ouvert la porte. Il était beau. Beau comme un médecin de série américaine. Presque trop pour être crédible en tant que médecin, mais au diable les préjugés : j’étais conquise et s’il avait voulu m’opérer là, dans la cabine, sans anesthésie, je l’aurais probablement laissé faire… Mais je me suis vite reprise : vous, je ne sais pas, mais il se trouve que moi, généralement, quand je fais ce type d’examens, je n’ai rien. Et je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les radiologues, quand vous n’avez rien, ils vous le disent toujours un peu sur un air de reproche, comme si c’était pas une bonne nouvelle que tout aille bien et que ce qui les aurait vraiment réjouis aurait été que t’aies un truc tellement énorme que ta vie peut commencer à défiler devant tes yeux, là, dans ta petite cabine… J’imagine que leur boulot est évidemment plus intéressant quand ils trouvent un truc totalement fou à l’intérieur des gens que quand ils n’y trouvent rien, mais cette impression qu’il faudrait m’excuser d’aller bien me fait toujours un effet… mitigé. Alors j’ai cessé de fantasmer sur le beau docteur (même pas en blouse : il était tout cool, genre je fais un bien beau métier mais je reste simple), et j’ai attendu de me faire engueuler de pas devoir repartir en fauteuil roulant, mais noooooon !!!!!! J’avais quelque chose ! Pour la première fois de ma vie, et c’est tombé sur LE beau docteur trop cool ! Elle est pas belle la vie ? Pour parfaire le tableau, il m’a expliqué tout ça avec un sourire craquant et un brin d’humour, alors ni une ni deux, je suis tombée amoureuse !

Quelques secondes.

Avant de repenser à la position dans laquelle je me trouvais quelques instants auparavant.

Certes, la grosse machine stressante permet de voir à travers la peau, la chair, la cellulite et les vingt ans de plus que quand j’avais vingt ans, et j’imagine qu’ainsi vues de l’intérieur, sauf à être toute de traviole, on est toutes à peu près aussi jolies (ou moches, question de point de vue), mais s’il m’avait vue aussi à la sortie de l’engin ? A ce moment magique où, étourdie par la machine, mes cuisses – pourvues cette fois de leur peau, leur chair, leur cellulite et leur vingt ans de plus que quand j’avais vingt ans – écrasées mollement sur le cousin qu’on m’avait collé dessous, paraissaient plus grosses encore que d’habitude, ce moment où, d’un geste forcément malgracieux je suis descendue, à moitié à poil dans ma culotte ridicule (oui : il se trouve que je n’ai pour ainsi que des culottes ridicules, ne me demandez pas pourquoi, ce point mériterait peut-être qu’on s’y attarde, mais… non, en fait, on s’en fout) et si, donc, le joli médecin souriant et drôle m’avait vue à ce moment fâcheux où je devais être la personnification du ridicule et du laid réuni ? Si ce sourire charmeur n’était en fait qu’un sourire moqueur ? A quoi bon ses politesses et ses traits d’esprit s’il avait effectivement vue cette foutue culotte que même ma fille n’accepterait pas de porter, sur mes fesses que ma fille n’aurait sûrement pas la force de porter ? Pourquoi ce numéro de charme, sinon pour se gausser et ajouter l’humiliation au doute et à la gêne ? Si ça se trouve, en vrai je n’avais rien, il avait tout inventé juste pour pouvoir venir me narguer un peu, avec son petit regard narquois de « celui qui a vu » et qui fait le beau en se donnant l’air de rien, pendant que ses copains se tordent de rire planqués dans la cabine d’à côté, en voyant la grosse dame à la culotte la plus risible du monde se laisser séduire par cet enculé qui devait juste essayer de gagner un pari…

Les hommes peuvent être tellement mesquins quelquefois !

Et ne venez pas me dire « meeeeeu non, penses-tu, c’est un médecin ! Il ne voit pas des gros culs, des gros seins ou des culottes moches ! Il voit des patients ! Que vas-tu imaginer ?! », parce que moi aussi j’ai un métier ! Certes il n’y défile pas de gens à poil – ou alors j’étais absente ce jour-là – mais il s’y passe aussi des choses ordinaires de mon quotidien à moi, dont je vous assure que je pourrais faire un roman, voire une encyclopédie à la fois poilante et d’un cynisme mordant, si je n’étais pas farouchement opposée à l’idée de ramener du boulot à la maison… Alors ne venez pas m’endormir avec vos histoires de médecins qui ne remarqueraient soit disant même pas la culotte affreuse sur la culotte de cheval, sous prétexte que la fonction dépasse l’homme ! Même le docteur Green – vous vous souvenez du docteur Green ? – même lui, donc, aurait ri de me voir dans l’état et la tenue où j’étais dans cette foutue machine. Et ne parlons pas du docteur House ! Lui et sa clique, d’ailleurs, je serais prête à parier qu’ils ne sont même devenus médecins que pour ça et OUI, JE SAIS, c’est pas des vrais médecins, mais j’illustre mon propos, ok ?

Bref. Le joli médecin souriant avait réussi à me mettre dans une colère noire et je commençais déjà à imaginer les sévices qui me rendraient mon calme… je le voyais, nu comme un ver, ligoté à son affreuse machine, photographié sous toutes les coutures intérieures, ma culotte tellement risible profondément enfoncée dans son gosier… Mais au lieu de ça, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai confronté l’image de ce bellâtre humilié qui me trottait dans la tête à celle de ce bel homme, définitivement charmant, qui me parlait gentiment et avec drôlerie, et ma soif de vengeance a fondu comme neige au soleil – ou comme midinette devant un sourire trop craquant – et au lieu d’attraper la chaise et d’essayer de l’assommer avec, je me suis approchée de lui pour l’embrasser. Une impulsion. Mais comme je ne m’étais pas préalablement armée de la chaise et que la cabine était toujours aussi étroite, je me suis pris les pieds dans ceux de la chaise et je me suis rétamée comme une bouse, même pas de façon assez spectaculaire pour finir dans les bras du joli docteur, juste assez pour me retrouver dans la position du scarabée – celui qui, sur le dos, ne peut que battre des pattes en l’air en espérant qu’une main secourable ou un coup de vent viendra le remettre dans le bon sens, pas celui des arts martiaux… Et cette fois, je suis sûre qu’il a ri, ce connard de toubib prétentieux ! Alors j’ai dédaigné la main qu’il me tendait pour me relever et je suis partie avant que la situation ne dégénère plus encore.

 

Je ne sais toujours pas ce que j’ai, mais je sais comment démarrer le traitement : acheter une ou deux culottes correctes et trouver un docteur moche.

 

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 21:49

 

J’ai récemment pris l’avion pour l’étranger et, fatalement, j’en suis revenue, en avion également. Qui dit « avion pour l’étranger » dit évidemment aéroport, douane et contrôles de sécurité.

Alors pour qu’on ne se méprenne pas sur la teneur de mon propos, je tiens à préciser avant d’aller plus loin que je suis une personne très disciplinée et respectueuse des lois et règlements. Presque à l’excès. Je suis de cette catégorie de personnes qui tendent à penser que si une règle existe, ce n’est peut-être pas uniquement pour me faire chier et que le fait que je n’en comprenne pas exactement la justification précise ne veut pas nécessairement dire qu’il n’y en a pas. Ainsi, lorsque l’on me dit que je n’ai pas le droit d’embarquer avec du liquide dans un avion, sauf si c’est du liquide acheté très cher entre le contrôle de sécurité et l’avion, et bien j’obéis et je me déleste de la bouteille d’eau encore à moitié pleine qui lestait mon sac à main, sans avoir besoin qu’on m’y invite. Je n’essaie même pas de la passer discrètement en faisant semblant d’avoir oublié que je l’avais. Je me dis que si tout le monde essaie de passer sa bouteille d’eau discrètement en faisant semblant de l’avoir oubliée, plus un seul avion ne partira à l’heure vu que les passagers seront en train de perdre du temps à la sécurité en camouflant des bouteilles au fond de leurs sacs. Alors je n’ai jamais de liquide sur moi quand je passe la sécurité des aéroports. Ne me remerciez pas, mais oui, c’est moi cette fille qui passe tellement vite les contrôles qu’on croit toujours qu’elle est copine avec le responsable, alors que non : je ne suis qu’une citoyenne exemplaire.

 

Cela étant dit, revenons-en à l’anecdote qui nous intéresse – que dis-je : qui va nous passionner.

L’autre jour, donc, je rentrais en France après un séjour à Londres – et je précise que les faits qui suivent se sont donc déroulés à Londres, parce que les londoniens – ceux qui sévissent aux contrôles de sécurité des aéroports en tout cas – sont particulièrement chiants et tatillons même si, est-il besoin que je le rappelle déjà, je suis totalement respectueuses des règles, si subtiles et imbitables soient-elles. Me voilà donc à l’approche du contrôle de sécurité, débarrassée de toute substance liquide illicite à la dangerosité indiscutable (puisque, je l’ai déjà dit, je ne discute pas), sereine comme il se doit quand on sait qu’on est blanche comme l’oie du même nom et là, première contrariété : voilà qu’on me fait ranger mon stick à lèvres dans une pochette à part pour contrôle spécifique. Mon stick à lèvres. Celui de ma fille, même, pour être exacte. Moi qui me fais fort d’être la passeuse de contrôle de sécurité la plus rapide du monde, voilà qu’on m’oblige à faire attendre les gens derrière moi parce que je suis en possession d’un dangereux stick à lèvres camouflé au fond de mon sac avec mes kleenex et ma pochette à trucs. (Oui, j’ai une pochette à trucs, mais rien que la morale ou la loi réprouve. D’ailleurs, aucun contrôle de sécurité au monde n’a à ce jour trouvé à redire à ma pochette à trucs. Passons.) Ma légendaire sérénité au passage de contrôle de sécurité s’en est, je l’avoue, trouvée quelque peu éreintée. Mais j’ai fait comme on m’a dit sans broncher : j’ai mis mon stick – le stick de ma fille – dans une pochette que j’ai placée dans un petit panier que j’ai lui-même déposé sur le tapis roulant prévu à cet effet, afin que le préposé aux sticks à lèvres puisse procéder aux contrôles nécessaires, à savoir je suppose vérifier que ledit stick ne contenait aucune arme de poing, aucun explosif et, surtout, pas une quantité supérieur à 100ml d’eau.

J’ai également déposé pour contrôle par qui de droit sac, manteau, clés, montre, ceinture et toutes ces choses qui, à l’occasion, peuvent exciter la machine qui fait bip quand tu passes dessous, et j’ai fait passer ma fille.

 

Bip.

 

A part son appareil dentaire, elle n’était munie d’aucun objet métallique dangereux – et encore : l’appareil dentaire n’est dangereux qu’en des circonstances très spécifiques, peu probables dans le cadre d’un court vol entre Londres et Paris. Quoi qu’il en soit, ces messieurs-dames de la sécurité ont fait repasser ma fille plusieurs fois sous la machine qui fait bip, avant de la mettre dans un genre de gros appareil de radio et de lui faire lever les bras. Ouais : on n’est jamais trop prudent face à une dangereuse fillette de huit ans, intimidée par les uniformes et qui ne comprend rien à ce qu’on lui dit.

Autant dire que mon record de vitesse au passage du contrôle de sécurité, c’était pas pour cette fois et, outre ma belle sérénité, c’est aussi ma patience compréhensive qui commençait à s’émousser un brin. Mais ma fille a été relaxée, alors j’ai passé à mon tour la machine qui fait bip et, cela va sans dire, j’ai fait bip. Une fois, deux fois, haut les mains dans la machine et vas-y qu’en plus une dame te tripote des fois que ton arme secrète aurait déjoué la vigilance des deux machines, mais passons. On a fini par avoir le droit d’aller récupérer sacs et stick à lèvres. Du moins c’est ce que j’ai cru. On n’a récupéré que le stick (qui l’eut cru ?), tandis que mon sac était retenu en otage dans la pile des sacs louches mis de côté par le préposé aux sacs louches. J’essayais de trouver ce qui pouvait bien poser problème, vu le mal que je me donne pour me montrer docile et RESPECTUEUSE DES REGLES, aussi cons soient-elles, bordel de merde, mais je ne voyais pas.

J’attendais avec toute ma sérénité résiduelle que le préposé aux sacs louches veuille bien se donner la peine de faire ce qu’il avait à faire avec mon sac louche à moi, mais vu la quantité de sacs louches identifiés, ça risquait de prendre un peu de temps. Une chance : entre autres qualités j’aie aussi celle de la ponctualité excessive, qui me pousse à être plutôt en avance que juste à l’heure quand les circonstances l’exigent. J’avais donc le temps. Largement. Tranquille. Ce qui n’est pas une garantie de patience et de compréhension de ma part, au bout d’un moment faut pas pousser non plus, mais disons qu’au moins, à l’agacement ne s’ajoutait pas le stress de devoir courir jusqu’à l’avion après que ton nom a été répété vingt fois dans la phrase « dernier appel avant annulation », parce que ça c’est grave la honte.

Bref.

 

Je fulminais donc relativement calmement dans ma barbe (c’est une image), quand une dame est venue devant moi avec mon sac louche en me demandant si elle pouvait le vider. A la réflexion, tant qu’on y était, j’aurais dû dire non, pour voir, mais sur le coup j’ai persisté dans mon attitude docile et j’ai dit oui. J’ai approché une main de mon sac – pardon : de MON SAC – pour contribuer à l’effort et là, je me suis vu refuser sèchement l’accès à MES AFFAIRES dans MON SAC (« No ! Don’t touch ! »), alors j’ai laissé l’autre connasse se démerder avec mon bordel. Oui : à ce moment-là, j’avais un tout petit peu commencé à perdre patience.

Bref. La voilà qui commence à sortir mes trucs. Et là, j’ai compris.

D’une part, que j’allais avoir un peu la honte, d’autre part ce qui avait fait de mon sac éminemment respectueux des règles un sac louche.

Pour le premier point, je transportais – et je ne pensais sûrement pas avoir à justifier ce détail d’une quelconque manière – je transportais, donc, deux tubes en carton de rouleaux de papier toilette. Au regard interrogatif de la préposée à mon sac louche, j’ai répondu par un regard totalement innocent et très légèrement surpris (« ben quoi ? ») (c’était très spontané et très réussi, j’étais contente de moi) et dans ma tête je me disais : « et ben vas-y, tiens, trouve donc quelque chose à redire à ça, connasse, essaie donc de dénicher un truc interdit dans mes cartons de PQ, tiens, qu’on rigole ! », mais en dehors de ma tête je n’ai rien dit, parce que je sentais bien que je n’avais pas affaire à une rigolote et je ne la sentais pas hyper détendue, alors je l’ai laissée décider seule de la dangerosité de mes cartons et non : je n’expliquerai pas ici non plus ce que je faisais avec ça dans mon bagage à main.

Le problème était ailleurs et il était double : je transportais également une boule à neige (oui, une boule à neige, avec Big Ben sous la neige quand tu secoues, c’est pour la collection de ma fille : des commentaires ?) et dans une boule à neige, qu’est-ce qu’il y a, en plus de Big Ben et de la neige ? Du liquide, oui. Et le liquide, les avions, ça les rend fous et après ils font des trucs de guedins que t’imagines même pas.

Par chance, les lubies de ma fille sont assez faciles à canaliser et j’avais réussi à lui faire choisir une toute petite boule à neige, si bien qu’après un contrôle spécifique de la boule à neige par le préposé aux boules à neige, j’ai pu remballer le souvenir de ma fille, qui se voyait déjà dépossédée de ses biens par une affreuse représentante de la loi et de l’ordre et des règles QUE SA MAMAN RESPECTE TOUJOURS, j’ai bien cru qu’elle allait pleurer, c’était horrible, mais le pire était à venir.

Parce que je transportais également un pot de quelque chose que je peux pas dire ce que c’est parce que c’est pour offrir à quelqu’un qui lit souvent ce blog, et que si je le dis elle saura que c’est pour elle ou pire : quelqu’un d’autre croira que c’était pour lui alors que non et après c’est quiproquo et malentendus et rupture familiale tragique et… bref : disons que la substance contenue dans le pot était de type courant, genre Nutella, tu vois ? et surtout, SURTOUT : pas liquide. Je vous ai dit : je suis comme une machine à respecter les règles, moi, et si on me dit pas de liquide, et ben je ne transporte pas de liquide. Pas chiante. Donc, j’avais ce pot de quelque chose de pas liquide, de pas louche du tout non plus vu que l’aspect du contenu était parfaitement conforme à ce que stipulait l’étiquette du contenant et, quoique suffisamment gros pour que j’aie pas l’air de faire un cadeau de rat, mon pot était toutefois de taille parfaitement raisonnable et suffisamment modeste pour ne pas générer d’excédent de poids ou paraître forcément louche. J’imagine que si tu passes la douane avec un pot de quarante-deux kilos de Nutella, y a peut-être éventuellement matière à te poser deux-trois questions… Mais ce n’était donc pas le cas et j’étais confiante : la préposée à mon sac louche allait faire contrôler spécifiquement mon pot de truc par le préposé aux pots de truc et on n’en parlerait plus. Sauf que cette salope est revenue en me disant que mon pot de truc, confisqué.

Alors j’ai repris ma tête d’innocente étonnée pour la gratifier d’un so british « I beg your pardon ? », mais j’avais évidemment bien compris et elle a confirmé qu’elle me chourait mon pot de truc. Alors j’ai demandé sous quel prétexte (même si en vrai j’ai juste dit « why ? ») et elle m’a dit que c’était liquide.

 

- Et ben c’est ça, tiens ! Vas-y, alors, toi qu’es si fortiche, montre-moi comment tu bois ça à la paille, connasse, puisque c’est si liquide !

 

Bon : en vrai, j’ai dit « It’s not liquide ! » sur le ton de celle qui est vraiment un peu surprise, mais aussi un brin moqueuse, tu vois, genre « allez, tu me fais marcher, on sait bien toi et moi que si ça, c’est liquide, moi je suis la reine d’Angleterre ! » mais elle a un peu rougi (sans que je sache si c’était d’agacement ou de confusion) avant de répéter que si, c’était liquide. Bon : je peux pas vous dire ce que c’était, donc, mais je vous jure que je ne connais personne capable de boire mon truc à la paille sans le diluer avant dans du vrai liquide – et en quantité, encore. Alors pour le coup, là, j’étais passablement énervée et, moi qui suis un modèle d’honnêteté et de conformation aux lois même les plus débiles, j’ai carrément traité la meuf de voleuse. Bim. Comme ça. En anglais, même. J’ai pas peur, moi.

Je suis très disciplinée, mais là, l’heure de la révolte avait sonné. J’attendais donc les arguments de la défense, mais mon attaque n’a fait ni chaud ni froid à la préposée à mon sac louche. Elle s’est contentée de me dire que si je voulais, je pouvais retourner à l’enregistrement demander à récupérer ma valise pour y mettre mon pot de truc. Genre. J’allais me cogner une heure de palabre avec le préposé aux valises pour qu’il ressorte la mienne de va savoir où elle pouvait bien être depuis le temps qu’elle avait été transportée par le tapis magique aux pays des valises voyageuses, y ranger mon pot de truc (qui serait sans doute cassé à un moment ou un autre une fois loin du soin attentif et protecteur que je porte à mon bagage à main – c’est d’ailleurs pour ça que le pot était dans mon bagage à main et non dans le bagage de soute), me retaper le sketch du passage du contrôle de sécurité, tout ça pour que la préposée à mon sac louche, de mèche avec le préposé aux pots de truc, ne me cravate pas mon cadeau que j’avais choisi avec amour, emballé avec soin et rangé avec attention pour l’acheminer en toute sécurité jusqu’à son heureux destinataire ? J’étais prête à parier que là, pour le coup, j’y aurais droit, à l’appel nominatif honteux, réservé aux emmerdeurs qui ne respectent rien et qui font on se demande bien quoi pendant des plombes au duty free au lieu d’aller gentiment comme tout le monde prendre leur avion…

Alors après l’avoir traitée de voleuse, j’ai gratifié la préposée à mon sac louche d’un rire moqueur, presque méprisant, avant de lui dire : « Ouais, c’est ça… Allez, ben garde-le, mon pot de truc, va ! Et bon appétit, hein ! ». Je l’ai dit en français et, bon, pour être tout à fait honnête, je ne suis pas certaine qu’elle m’ait entendue… Mais ce dont je suis certaine, en tout cas, c’est que s’en prendre physiquement à l’un ou l’autre des préposés aux trucs dangereux à un poste de contrôle de sécurité dans un aéroport n’est pas du tout une chose à faire pour prendre son avion tranquillement et à l’heure. Sinon je vous jure que je lui aurais fait bouffer sur place, mon pot de truc, et avec le pot, encore ! N’allez surtout pas croire que j’aie fait preuve de faiblesse… Et avec le temps que je n’ai ainsi pas perdu en violences diverses, j’ai eu le temps d’aller racheter un pot de truc. Qui, lui, n’était plus dangereux puisque, quoiqu’identique en tous points à celui qu’on venait de me piquer, euh… et bien il n’était pas dangereux. Voilà.

Moralité, qu’on se le dise : à mon prochain voyage, le cadeau, c’est boule à neige pour tout le monde.

 

 

 

 

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 11:51

 

J’ai eu la chance – mais était-ce vraiment de la chance ? peut-être aurais-je été mieux préparée à ce que me réservait l’avenir si les choses en avaient été autrement ? – disons que j’avais jusque là toujours pensé que j’avais eu la chance de ne devoir affronter que relativement tardivement l’impitoyable univers de la cantine. Qu’elle soit scolaire ou d’entreprise n’y change rien, ou si peu… les pâtes y sont trop cuites, froides et souvent graisseuses (dans le meilleur des cas, parce qu’elles forment un bloc compact quand elles ne le sont pas et c’est bien pire), les légumes ont tous le même goût insipide qui s’apparente plutôt à une absence de goût – sauf les brocolis qui ont un goût… de brocolis, et il est pas né celui qui m’en fera remanger un jour et… bref : la cantine c’est pas bon. Sauf, parfois, les frites. Mais pas toujours. Et encore faut-il qu’il y en ait. Et puis il y a tout ce monde… Ceux qui font du bruit, ceux qui piquent dans ton assiette, ceux qui mangent des trucs pas bons qui puent, genre brocolis, juste là sous ton nez, ceux qui prennent le dernier Kiri au moment même où, l’ayant repéré, tu te disais que bon, tout n’était pas perdu, le Kiri au moins serait bon… Non, vraiment, la cantine, ça craint.

Donc oui, jusqu’alors j’avais toujours considéré comme une vraie chance d’avoir pu manger à la maison la bonne cuisine de maman jusqu’à un âge bien plus avancé que la plupart de mes petits camarades. Et ce, malgré l’insistance de ma mère pour nous imposer une cuisine variée et équilibrée. Et donc des brocolis. C’est d’ailleurs sans doute uniquement les jours de brocolis que j’enviais les copains, qui eux avaient la chance de manger… bon, j’ignorais totalement ce qu’ils mangeaient à la cantine – je pense que le plus souvent, eux aussi – mais je ne pouvais pas imaginer qu’un endroit où des enfants mangeaient sans maman était susceptible de proposer des brocolis. Ce n’est que bien plus tard que j’ai découvert les horreurs qu’on pouvait trouver dans une cantine.

Tout ça pour dire, donc, qu’aujourd’hui encore, je considère la cantine comme un lieu peu fréquentable, voire carrément dangereux – et qu’on l’appelle restaurant d’entreprise n’y change rien – mais il va sans dire qu’à l’âge que j’ai, je ne suis plus obligée d’y aller, à la cantine, et si je veux, je sèche. Je peux même aller manger dehors, j’ai carrément le droit de sortir même si ma mère m’a pas fait un mot et autant dire que je ne m’en prive pas ! J’ai ma carte de fidélité dans toutes les sandwicheries à proximité du bureau et je suis devenue pote avec les serveurs des trois brasseries et de la pizzeria du quartier. En revanche, j’ai résilié mon abonnement chez mon diététicien, mais là n’est pas le propos. Cette petite introduction (ha ha, oui, c’était juste la mise en bouche !) pour vous dire que je ne fréquente pas tout à fait assidument la cantine et que je ne suis pas exactement rompue aux pratiques qui y ont cours. Alors l’autre jour, quand, m’étant laissée convaincre par une copine que les frites ne seraient pas immangeables et que ce serait toujours moins cher qu’au restaurant (manquerait plus que ça !) je n’étais pas du tout préparée à ce qui allait m’arriver.

Il y avait cette queue gigantesque aux frites (et par « queue », je veux dire « file d’attente ») alors au lieu de manger vingt-cinq minutes après ma copine qui, elle, avait pris poisson et courgettes (vous savez que des adultes choisissent courgettes de leur plein gré alors que leur maman est même pas là pour les forcer ?!) (je ne sais pas comment je choisis mes copines mais je devrais me méfier), j’ai opté pour un compromis et j’ai pris nouilles : il y avait évidemment plus de monde qu’aux courgettes, mais bien moins qu’aux frites et j’ai pu m’asseoir à table avant que ma copine ait fini son plat. Mais bien entendu, à ce moment-là, mes nouilles étaient froides. Et le broc vide. Alors je suis allée mettre mon assiette dans le micro-onde et pendant qu’elle tournait j’ai rempli le broc. Mais à peine avais-je tourné le dos qu’un gros connard a viré mon assiette du four pour y mettre la sienne.

Alors, armée de mon broc (plein cette fois), je me suis postée devant lui, regardant tour à tour mon assiette (toujours froide, donc) et sa face de con, de l’air le plus menaçant que je pouvais, histoire de lui montrer que je l’avais vu piquer ma place avec une impolitesse rare et qu’il ne s’en tirerait pas comme ça! Mais lui, avec sa tronche de demeuré arrogant, n'a pas eu l'air gêné pour deux sous d'avoir été pris en flagrant délit de muflerie manifeste, pas plus d'ailleurs qu'il n'a fait mine de me narguer : il m'a purement et simplement ignorée. Comme si mon broc et moi n'étions pas là, prêts à l'arroser en représailles. Comme si mon assiette n'avait pas été délogée du micro-onde, bien avant d'avoir eu le temps de commencer à se réchauffer, par ce malappris minable et sans éducation. Comme si, dans le fond, il n'avait rien fait que de très naturel. A tel point que j'ai fini par douter du bien-fondé de mon indignation et qu'au lieu de lui vider mon broc sur la tronche, j'ai essayé d'imaginer les explications possibles et acceptables de sa goujaterie. Sans en trouver. Et il a fini par récupérer son assiette (chaude) et partir, toujours sans un mot et sans un regard pour moi, mon broc toujours plein et mon assiette toujours froide.

J'étais doublement énervée. Par son comportement d'une part, par le mien d'autre part. M'être laissée  ainsi flouer par un blaireau à tête de nœud sans réagir me mettait hors de moi et, tandis que mon assiette tournait (enfin) dans le four, j'étais assaillie d'images toutes plus réjouissantes les unes que les autres, à base de tête (de nœud) dans le four, de nouilles dans tous ses orifices et j’entrevoyais même quelques délicieux sévices à base de courgettes, mais j’avais, hélas, laissé passer le moment propice de la juste vengeance. Lui écraser mon assiette de pâtes dans sa face de rat après coup me ferait immanquablement passer pour une frapadingue hystérique et je n’aurais plus rien à y gagner, à part une déplorable réputation. En plus je déteste gaspiller des nouilles.

Alors je n’ai rien fait. Et comme souvent quand ma légitime indignation ne trouve pas réparation, j’ai vite commencé à déprimer. Mais comme toujours quand je déprime, j’ai finalement trouvé consolation dans les nouilles et… la courgette.

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 20:44

 

C’était la première fois que j’allais chez elle. Elle avait invité le petit groupe de mamans de l’école qui s’entendaient bien, avec les enfants, et l’initiative me faisait d’autant plus plaisir que c’était vraiment quelqu’un que j’aimais bien. Sous des allures un brin sévères, j’avais découvert une femme sensible et intelligente et j’étais ravie qu’elle m’ait conviée à cette petite après-midi papotage entre copines. Même si quelques indices m’avaient laissé supposer que nous n’étions sans doute pas tout à fait issues du même milieu, ou du moins que nous n’avions probablement pas reçu exactement la même éducation, j’avais accepté l’invitation sans éprouver le besoin de réfléchir pendant des heures à ce qu’il conviendrait de porter, d’apporter, de dire et de ne pas dire… J’y suis allée en toute décontraction.

Je suis arrivée en même temps que deux autres copines et leurs filles. Dès l’entrée, il était facile de se rendre compte que l’appartement était chic et propre. Pas débordant d’un luxe exagéré, mais chic. Et, donc, propre. Pas seulement au sens où il n’y avait pas des troupeaux de moutons en embuscade dans les coins, prêts à vous bondir dessus sitôt le seuil franchi, mais plus largement parce que rien ne dépassait, si vous voyez ce que je veux dire. Certes, tout le monde n’est pas obligé d’avoir plus de paires de chaussures que d’habitants qui s’entassent derrière la porte (c’est un exemple au hasard, n’allez pas imaginer qu’on bute sur des pompes si on ouvre trop grand la porte chez moi), mais s’il y a des intérieurs qui dès le premier regard donnent l’impression d’être habités par des hordes d’enfants pas sages et de parents négligents (encore une fois, ce n’est qu’un exemple), ce n’était pas le cas du tout de celui-ci, qui ressemblait plutôt à une maison témoin que personne n’aurait encore visitée. Le genre d’intérieur qui ne me met pas précisément à l’aise. Qu’importe que j’aie bien essuyé mes pieds, lavé mes mains ou que sais-je : quand j’arrive dans un endroit comme ça, je suis sale. Je le sens. Je sais que ma seule présence est une souillure infâme dans un environnement aseptisé. Je sais que si je croise un tapis je le contournerai, que je ne poserai qu’une fesse dans le canapé pour ne pas risquer d’y renverser mon verre et que je ne mangerai que si je peux me pencher suffisamment au-dessus de la table pour ne pas risquer de mettre des miettes sur le tapis. Sur lequel je ne poserai pas vraiment mes pieds, sollicitant ainsi jusqu’à m’en faire mal mes abdominaux.

La maîtresse de maison a tout de suite demandé aux enfants d’enlever leurs chaussures. Je n’avais pas d’objection. Moi-même, dans mon chez moi bordélique et à la propreté manifestement plus discutable qu’ici, j’aime autant que les chérubins se déchaussent, parce qu’il n’y a apparemment pas de jeu plus drôle, dès que les enfants sont plus de deux, que sauter sur les lits et essuyer ses pieds sur les fauteuils. Et s’il y a bien une chose que je redoute quand je suis reçue dans un endroit aussi propre, c’est que l’analyse des empreintes relevées dans la boue étalée sur le papier peint blanc révèle que la chaussure responsable est celle de ma fille…

Ce qui m’a semblé plus inattendu en revanche, c’est qu’au terme d’un bref moment de silence un peu gêné, une des copines avec qui j’étais arrivée propose que les mamans aussi retirent leurs chaussures – proposition que notre hôtesse a accueillie avec un évident soulagement. Dans certains polars nordiques, j’ai lu que ça se fait apparemment naturellement, d’enlever ses chaussures quand on arrive chez quelqu’un – que ce soit chez sa mère, son directeur ou un parfait inconnu. C’est d’ailleurs souvent à ça qu’on sait si on a affaire à un tueur organisé ou impulsif : le premier a pensé à ôter ses chaussures avant de commettre son forfait, tandis que l’autre a laissé des traces de neige boueuse partout. Mais on n’est pas dans un polar nordique, alors vous, je ne sais pas, mais moi je n’ai pas le réflexe, à chaque fois que je vais chez quelqu’un, de réfléchir à la paire de chaussettes que je vais mettre. Pendant que j’essayais de me souvenir quelle paire je portais justement et dans quel état elle était, la copine avait fini de se déchausser et mon hésitation passait nécessairement pour un aveu qu’a minima mes chaussettes étaient trouées, voire sales et malodorantes. Alors que pas du tout ! On était dimanche, jour de lessive. Ce qui ne veut pas dire que le linge est tout propre, mais qu’il est tout mouillé. Alors mes seules chaussettes disponibles étaient les grosses Hello Kitty que je portais tout le week-end à la maison. Parce que oui, chez moi, je reste en chaussettes. Mais comme le dimanche est, donc, déjà jour de lessive, ce n’est pas, en plus, jour de ménage – faut pas exagérer quand même – si bien qu’au terme de presque quarante huit heures passées à arpenter mon appartement non fraîchement récuré, mes chaussettes traînaient probablement bien plus de poussière que les semelles de mes chaussures vigoureusement essuyées sur le paillasson.

Autant dire qu’il était hors de question que je m’exhibe ainsi, au milieu des jolis bas fins tout juste sortis de jolis escarpins pour venir se poser joliment sur le joli tapis du salon. Je m’en suis voulu un instant de n’avoir aucune paire de chaussettes qui ne soit affublée d’un chaton rigolo, d’un ourson mignon ou de fleurettes ridicules, avant de me souvenir que ce qui était vraiment déplacé, c’était de faire déchausser ses invités adultes comme de vulgaires morveux malpropres ! N’empêche que c’était moi qui étais plantée là, dans cette entrée rutilante, à essayer de trouver une excuse acceptable pour ne pas quitter mes pompes, autre que « j’ai des chaussettes Hello Kitty poussiéreuses ».

- Non, mais si ça t’embête, c’est pas grave, hein ?

Je lui étais reconnaissante de me tirer de cette situation de gêne insoutenable, mais comment ne pas lui en vouloir de m’y avoir mise ? Maintenant, tout le monde allait me prendre pour une pue-des-pieds aux chaussettes même pas reprisées… Je me suis vengée gentiment en écrasant un gros morceau de frangipane sur le tapis – sans salir ma chaussette, du coup, ha ha ha ! – mais j’ai pensé que ce faisant, je risquais surtout d’aggraver mon cas (« en plus elle mange comme un goret ») alors je me suis arrêtée là.

Pourtant, à la vue de la petite serviette blanche immaculée accrochée à côté du petit lavabo brillant dans les toilettes impeccables, vous n’imaginez pas à quel point j’ai eu envie de me torcher dedans.

 

 

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 01:33
 
A l’heure radieuse du mariage pour tous, alors que tout le monde a un avis sur la question et le partage qu’on le veuille ou non – parce que soyons clairs : je ne souhaite aucunement entendre ce que le beauf de la table d’à côté à la cantine pense de deux mecs qui s’enculent, pas plus que je n’ai envie d’écouter la première pétasse venue vanter son incroyable ouverture d’esprit et son incommensurable tolérance parce que son chien est gay et qu’elle n’a pas d’objection à ce que des gens… comme ça se marient entre eux – à l’heure joyeuse, donc, du grand débat sur le thème « aimez-vous les uns les autres », je voudrais sensibiliser les foules bienveillantes de même que les masses bien-pensantes au fait qu’on n’est pas non plus obligé d’aimer qui que ce soit et encore moins d’épouser un homme, une femme, un chien ou un petit homme vert. Oui au célibat pour tous, bordel de merde !
Bon, avant la levée de boucliers je précise : je sais, oui, merci, que la question du « mariage pour tous » (tiens, d’ailleurs, pourquoi « mariage pour tous » ? On est bien d’accord qu’il n’est question que du mariage homosexuel, non ? A moins que j’aie raté un truc, on ne parle ni du mariage d’enfants mineurs, ni du mariage d’un homme et de sa chèvre, ni… rien de scabreux, n’est-ce pas ?) je sais, donc, que cette question va bien au-delà du droit au port de la robe blanche et au-delà également de la simple acceptation sociale et qu’il est aussi (et surtout) question de droits et d’obligations entre époux, de fiscalité, de succession, etc., et pour que les choses soient bien claires, je ne vais ni vous dire ce que j’en pense, ni chercher à ouvrir une discussion et encore moins faire un parallèle entre ma situation de célibataire QUI LE VIT BIEN MERCI et celle de toutes ses tarlouzes qui ne savent plus quoi faire pour se faire remarquer maintenant que la gay pride ne dérange plus personne. (Oh, ça va, rangez vos insultes et vos grands airs, je déconne…)
Bref. Non, je veux juste encore et toujours parler de moi et de mon nombril solitaire et libre de tout engagement marital et comme je ne recule devant rien pour attirer le lecteur dans les filets de ma prose égocentrique, j’ai trouvé que cette petite introduction sur le mariage gay était une idée lumineuse, même si le rapport n’est qu’indirect. Il n’empêche qu’on entend beaucoup dans les conversations du moment parler de tolérance et de chacun fait fait fait c’qui lui plaît plaît plaît (oui, j’ai vécu pleinement les années 80, ce qui fait de moi une célibataire même plus vraiment de première fraîcheur), alors je profite de cette ambiance débridée pour lancer un cri et demander à toutes les connasses du monde de me lâcher la grappe et de me laisser apprécier mon célibat en paix – ce qui inclut de me laisser apprécier un homme sans me soupçonner immédiatement de vouloir coucher avec ou pire, d’en être amoureuse.
Aux connasses* qui me lisent et qui se sentent peut-être visées parce qu’elles ont récemment adressé, à moi ou à une autre célibataire, un regard entendu souligné d’un « han han, tu le trouves sympa ?! » des fois que le regard n’aurait pas suffi à faire comprendre qu’on la leur fait pas à elles, sachez que je ne trouve peut-être pas que vous êtes des connasses dans l’absolu, mais sur ce point précis, sans déconner, vous méritez plus que largement l’insulte. Alors que je vous sens, pour certaines d’entre vous du moins, prêtes à accepter le plus naturellement du monde (et vous avez bien raison) le mariage gay, mais aussi le sexe en dehors du mariage, la partouze, l’amour platonique, les pratiques sexuelles déviantes (et je ne parle pas pour celles qui se croient dévergondées parce qu’elles ont lu « Fifty shades of Grey »), ou des choix de vie encore plus dingues comme la monogamie et la fidélité, pas une n’est capable de trouver normal que je sois célibataire, sans être pour autant à l’affût du moindre mâle prêt à me coller un coup de bite en passant.
Quand j’avais quelques années et quelques kilos de moins, il suffisait que je déjeune plus d’une fois avec un collègue masculin pour qu’on me prête une liaison ou – si le collègue en question était trop marié et supposé trop sage pour ça – une intention peu louable de briser son ménage. Parce qu’il va sans dire que la jeune célibataire est une chaudasse un peu salope sur les bords qui ne recule devant rien, et surtout pas devant les liens sacrés du mariage (homo ou hétéro, la célibataire fougueuse s’en cogne), pour un peu de sexe sur la photocopieuse.
Maintenant que j’ai vieilli et, donc, grossi, on ne m’accorde plus autant de succès, mais on ne me traite pour autant toujours pas tout à fait comme une femme normale. Mariée. Ou divorcée à la rigueur. Non, la célibataire qui l’a toujours été reste nécessairement une femme en manque, frustrée et désireuse de rencontrer l’amour à tout prix, ou au moins un bon coup. Et ses relations avec les hommes quels qu’ils soient sont nécessairement marquées par ce désir inavoué que la célibataire a FORCEMENT de le mettre dans son lit et/ou dans son cœur.
Allez, ne faites pas comme si vous ne voyiez pas à quoi je fais allusion… Au bureau, la chef annonce l’arrivée d’un collaborateur. A la cantonade, elle dira son âge, son profil, sa formation, son expérience. A la célibataire, elle précisera « mais il est marié » ou « et il est célibataire » avec le fameux regard entendu de celle à qui on ne la fait pas. Autre exemple : « Vous viendrez à la soirée ? Y aura (liste de ce qu’il y aura à manger, à boire, à faire…) et (avec le regard entendu adressé à qui de droit) y aura des mecs célibataires (clin d’œil) ».
Franchement, c’est lourd. C’est lourd parce que c’est même pas (toujours) méchant et pire, ça se veut même parfois gentil, et c’est tout le temps. Sans déconner. Presque tous les jours j’y ai droit. « Et Machin, il te plaît pas ? ». « Tu passes du temps avec Truc, hein ? (clin d’œil) ». « Tu sais, Bidule va venir et c’est bien ton genre ». « Tiens, faudrait que je te présente Untel, je suis sûre que vous pourriez vous entendre ». Etc.
Sachant que « le genre » d’une célibataire quelle qu’elle soit, c’est, bien entendu, je vous le donne en mille… un célibataire, bien sûr. Quel qu’il soit.  
Et si d’aventure il arrive qu’on oublie de me rappeler que c’est assez peu crédible d’être célibataire et prétendument pas malheureuse pour autant, la pub le fait partout en gigantesque affichage, à la télé et, évidemment, sur internet, avec toujours cette question comme argument de poids : pourquoi rester célibataire alors que c’est si facile de trouver l’amouuuuuuur ?!   
Alors que ce soit bien clair une fois pour toutes :
- Oui, je suis célibataire.
- Non, je n’en souffre pas.
- Oui, je préfère le rester qu’essayer de séduire TOUS les célibataires qui se présentent.
- Non, je n’exclus pas de tomber amoureuse et/ou de me faire sauter un jour, mais
- Oui, je refuse de ne vivre que dans cette attente parce que
- Non, je n’ai pas pour seul but et seul intérêt dans la vie de trouver un homme et faire du sexe.
 
Donc lâchez-moi et cessez de vivre vos fantasmes de séduction et de sexe débridé à travers moi sous prétexte que vous vous êtes mal mariées, ou trop tôt, ou qu’importe je m’en fous : je ne viens pas vous proposer des plans à trois pour égayer votre vie de couple, gardez vos célibataires et vos sous-entendus dont je n’ai que faire pour pimenter ma vie de nonne. J’ai de bons sextoys et je vais très bien, merci.
 

 
 
* Connasses, oui, pas connards, parce que dans ce cas précis, le féminin l’emporte. Ne me demandez pas pourquoi, ce n’est qu’un constat, pas une théorie.
 
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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 01:12

 

J’ai commandé un panier bio.

Mais si, vous savez, ce truc très bobo qui consiste à se faire livrer des légumes cueillis avec amour par Roger et Fernande, agriculteurs à Je-ne-sais-où-en-Brie – ou ailleurs, de l’autre côté du périph’, en tout cas – pour un prix pas vraiment intéressant, mais c’est livré au bureau (j’te jure !) et avec un peu de chance ça aura même un peu de goût… Pourquoi j’ai fait ça ? Je ne sais pas. Une impulsion. Le même genre d’impulsion qui te fait prendre un abonnement pour la salle de sport alors que tu sais très bien que tu n’iras pas plus de deux fois – et encore, s’il ne pleut pas et si t’as pas oublié de ne pas mettre ton slip moche, parce que sinon même pas en rêve. Bref. J’ai donc reçu mon panier bio. Quatre kilos en tout : trois kilos de légumes et un kilo de terre, sinon ça fait pas terroir. J’ai déjà longuement hésité à les laver, de peur de boucher mon évier et d’y voir s’épanouir une colonie de vers de terre. Alors j’ai attendu et, à la faveur de la nuit, j’ai secoué mes légumes un par un à la fenêtre pour dégrossir avant de les passer sous l’eau. Après, j’ai essayé de les identifier… Les carottes, facile. J’ai eu un doute en voyant la quantité de verdure qu’elles avaient aux fesses (fallait-il en faire quelque chose ?) mais pour le côté orange j’étais au point : on épluche, on mange. Le reste du panier en revanche… Je n’avais pas eu affaire à une salade qui ne soit propre et ensachée depuis les années quatre-vingt-dix. J’avais du mal à savoir si la chose verte et longue qui en d’autres circonstances aurait pu me faire rêver était un concombre ou une courgette. Les tomates, quoique rouges et, pour cette raison, facilement identifiables, avaient une forme totalement inédite. Ma fille a reconnu un brocoli dont je me demande encore ce qu’il aurait fallu que j’en fasse si elle avait émis l’envie de le manger (le mettre dans l’eau ? le four ? une poêle ?) et je ne sais toujours pas ce qu’était le reste des légumes de mon panier bio. Autant dire que je n’ai pas su les préparer.

Oh, bien sûr, j’ai essayé, mais aucune de mes expériences ne m’a convaincue au point de renouveler ma commande. J’étais sincèrement désolée pour Lucien et Raymonde de Quelque-part-sur-Marne, mais on n’allait pas pouvoir faire affaire… Que je croyais du moins, jusqu’à ce que le chant des sirènes me souffle à l’oreille qu’il existait aussi des paniers de fruits. Je me suis laissée tenter, n’écoutant que mon grand cœur, ma soif de nature fondant sur mes papilles et mon amour bien connu pour le terroir et la préservation de l’espèce (des agriculteurs).

Ainsi donc, j’ai reçu mon deuxième panier bio, plein de bons fruits de producteurs locaux, respectueux de l’environnement, amoureux de la terre, joviaux et parfaitement pittoresques. Cette fois, j’ai tout reconnu. Pommes, fraises, melon, cerises, bananes… et je savais tout manger. Je savais très bien ce qui s’épluchait, ce qui se lavait, ce qui se dénoyautait, ce qui s’épépinait, ce qui… Bref. Jusqu’à ce que le doute m’étreigne. Des bananes ? Dans mon panier bio de Jean-Paul et Lucette agriculteurs à Trou-Du-Cul-Lès-Meaux ? Sans déconner ? Je ne suis pas spécialiste, mais je serais presque prête à parier que la banane ne se cultive pas en banlieue. Même en banlieue sud. Ni même, allez, soyons fous, dépassons les limites du RER, lançons-nous avec le TER voire, pourquoi mégoter ?, le TGV et allons jusqu’au Sud de la France ! et même là, au bout du bout de là où il fait chaud et où les gens parlent avec l’accent qui chante et les cigales qui font crrrrrri-crrrrrrri, même là, donc, je ne suis pas sûre qu’on cultive la banane.

De fait, après vérification, c’était marqué, les bananes venaient de République Dominicaine.

Alors que les choses soient claires : j’aime les bananes. Et j’aime aussi la République Dominicaine. Et les bananes (origine Rép. Dom.) de mon panier bio de Fernand et Paulette agriculteurs à Va-Savoir-Où-Sur-Seine étaient délicieuses. Mais franchement… Franchement ?! Pourquoi nous bassiner avec des « gnin gnin gnin fruits de saison » et des « blablablas producteurs locaux » si c’est pour coller un kilo de bananes dominicaines dans mon panier bio, alors que je visualisais déjà Robert et Monique, palpant et observant avec soin chaque fruit qu’ils choisiraient de cueillir – ou pas – pour le déposer ensuite avec émotion dans le petit panier qui ferait bientôt le bonheur d’une citadine attendrie à l’idée de ces paysans bourrus, mais chaleureux, tout entiers dévoués à cette noble tâche qu’est la sustentation de la parisienne bobo, hein, pourquoi ?!

Au lieu de cette belle image très « 13 heures de TF1 » pour accompagner ma dégustation, je me suis vue tenant le fouet pour faire trimer de jeunes haïtiens non déclarés sous le cagnard caribéen… Ça m’a presque gâché le banana split. Alors c’est décidé, la prochaine fois que je vais me dorer la pilule sur une plage (privée) en République Dominicaine, je ferai l’excursion « découverte d’un marché typique » et j’y achèterai des bananes au prix de celles de mon panier bio. Ou bien je les échangerai contre des fraises. De Leader Price. Pour ne pas mêler Roland et Josette à ma démarche contestataire.

 

 

 

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 15:03

 

L’idée devait avoir germé, sans que j’arrive à la saisir vraiment, lorsque j’avais dû me résoudre à m’attaquer moi-même au joint en silicone  de ma baignoire. Elle avait probablement commencé à mûrir lorsque, après avoir pris ma tringle à rideau sur le nez, je l’avais refixée au mur à coups de marteau et à l’aide de cure-dents judicieusement glissés entre les vis et le plâtre. Elle m’a forcément effleurée de nouveau lors de cet épisode fâcheux au cours duquel j’avais dû me battre, armée d’une pince à épiler et de la pointe d’un couteau, contre un diabolo (dynamo ? quelque chose en « o » en tout cas, j’en suis presque sûre… vous savez : ce petit bitoniot qui coince les fils du mur avec ceux de l’ampoule ?) pour que la lumière soit. J’ai fini par la saisir très clairement quand ma douche s’est mise à arroser le plafond et trois des quatre murs de la salle de bain…

Manifestement, la douchette était défectueuse. J’ai donc racheté une douchette. Facile. J’ai enlevé la vieille, mis la nouvelle en place et là… De l’eau s’est mise à couler d’à peu près partout, sauf des trous prévus à cet effet. Comme je ne suis plus une débutante en menus travaux domestiques, j’ai pensé « joint ». J’ai supposé qu’en dévissant / revissant la douchette, j’avais dû asséner le coup de grâce au joint du flexible et je suis allée en acheter de nouveaux. Trois types de joints en rayon, de formes et couleurs différentes. Forte de mon expérience en, donc, menus travaux domestiques, j’ai choisi ceux qui présentaient le rapport quantité / prix médian. J’ai mis le joint en place, ouvert l’eau et… l’eau coulait toujours n’importe où. Pour d’obscures raisons consécutives à un obscur raisonnement que je ne développerai pas ici, j’ai décrété qu’il me fallait d’autres joints. Je suis donc allée en racheter, j’en ai mis un en place et… pas d’amélioration. C’est là que j’ai eu l’idée de vérifier l’état de mon flexible et bien m’en a pris. Je suis allée en acheter un neuf. Je l’ai mis en place, mais à force de visser / dévisser / revisser avec plus ou moins de délicatesse, c’est la douchette neuve que j’ai fini par abîmer. Bon : l’eau de la douche coule désormais à peu près par les bons trous, à un petit filet près qui s’échappe pour ruisseler contre le mur, mais la situation est acceptable.

Bref. Tout ça pour dire qu’indépendamment du temps, de l’énergie et de l’argent dépensés, ce genre de conneries me fait toujours prodigieusement chier. Je n’aime pas grimper en équilibre précaire sur une pile de BD posée sur une chaise, pour atteindre l’ampoule à changer et m’apercevoir que j’ai pris une ampoule à baïonnette alors qu’il fallait une ampoule à vis. Je n’aime pas me plier en deux à croupetons sous l’évier pour dévisser le truc par lequel plein d’eau dégueulasse va couler directement dans mes casseroles que je ne pense jamais à sortir avant, pour tenter un débouchage « bio » alors qu’au final un bon litre de Destop fera aussi bien l’affaire. D’une manière générale, je n’aime rien de ce qui implique l’usage d’un tournevis, d’un escabeau, d’une pince, d’un marteau ou de tout autre objet disponible au rayon bricolage des magasins.

Alors j’ai eu cette grande idée de lancer une agence d’hommes à tout faire, pour intervenir chez tous les gens comme moi pour les menus travaux qui ne nécessitent en aucun cas de devoir vendre un rein pour pouvoir s’offrir les services d’un électricien, d’un plombier ou autre artisan, certes tous bien utiles, mais pas toujours indispensables.

J’ai fait ma petite étude de marché dans mon quartier, évalué les coûts et les bénéfices probables et, ma foi, ça semblait prometteur. J’ai passé une annonce pour recruter mes hommes à tout faire et pris les rendez-vous pour les entretiens d’embauche.

J’ai reçu sept candidats.

Et bien croyez-le ou non, les sept se sont présentés déguisés en Village People, poitrail à l’air et pantalon à pressions et tous ont mis de la musique et entamé un strip-tease à peine ma porte ouverte.

Mais pas un n’a été foutu de remplacer le néon de la cuisine.

 

 


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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 23:46

 

J’avais une course rapide à faire entre midi et deux et, alors que j’approchais d’un pas alerte de la sortie, il m’a fallu me prêter à cet exercice délicat et souvent fatal du choix de la caisse à laquelle faire la queue.

J’ai en général le chic pour me diriger spontanément vers celle que la caissière quittera pour aller au fond du magasin, tout au fond – en réserve, peut-être ? – vérifier un prix. Ou celle à laquelle un emmerdeur contestera le prix d’un article au prétexte que sur la brochure, dans sa boîte aux lettres, il était dit que c’était moins cher pour le modèle jaune, et qu’il ne voit pas pourquoi ça ne s’appliquerait pas au bleu. Ou celle à laquelle la dame au gros caddie a oublié sa carte bleue et ferait bien un chèque, mais elle n’a pas de pièce d’identité (en même temps, ça va, ça vous arrive jamais, à vous, de vous mélanger en changeant de sac à main ?). Bref : je vivais cet inévitable instant d’angoisse, au cours duquel j’ai beau essayer toutes les méthodes imaginables – compter les clients, repérer les vieux pour mieux les éviter, évaluer la vivacité apparente de la caissière, … – rien n’y fait : je choisis toujours la mauvaise caisse. Et si d’aventure il m’arrive de vouloir en changer, vous pouvez être sûr que c’est exactement au moment où c’est la caisse voisine qui devient la mauvaise tandis que celle que j’abandonne devient performante. Alors cette fois-ci, j’avais décidé de laisser faire le hasard et je me suis simplement dirigée vers la caisse la plus proche. Un seul client devant moi, pas un mauvais choix. Tout pouvait encore arriver, mais j’avais confiance, jusqu’à ce que j’entende la caissière s’exclamer :

 

-          Ah ! Mais je me disais bien que ta tête me disait quelque chose !

 

Et merde. J’avais la quasi-certitude que les retrouvailles entre vieilles connaissances n’étaient pas compatibles avec un passage rapide en caisse.

 

-          Dingue ! Qu’est-ce que tu deviens ?

 

Je ne prêtais qu’une oreille distraite à ces chaleureux échanges, mon attention tout entière tournée vers les autres caisses en quête de ma solution de repli, quand la suite du dialogue a réussi à me détourner de mon objectif :

 

-          Et comment va Machine ?

-          Elle est morte.

 

Blanc.

 

-          Ah ? Non mais tu déconnes ?

-          Non non, elle est morte y a deux ans.

-          Ah ben merde… désolée… je…

-          Non, c’est rien.

-          Mais… et… et la blonde, là… comment c’était déjà… tu sais, la fille rigolote, là ?

-          Bidule ?

-          C’est ça, Bidule ! Comment elle va ?

-          Ah ben elle est morte aussi.

 

Blanc. Evidemment. La caissière – tout comme moi – a cherché sur le visage de son interlocuteur un signe indiquant qu’il blaguait, mais non… S’en est suivi un bref échange sur les circonstances des décès en question (et je me dois de rendre justice à la caissière et de préciser que, pendant cet échange surréaliste, elle faisait efficacement son travail) et ils ont conclu, au moment de rendre la monnaie :

 

-          Ah ben c’était sympa de te revoir…

-          Oui, ça fait plaisir… à bientôt… et mes condoléances, alors.

 

J’ai tendu mes articles à la caissière avec une mine de circonstance, prête à l’assurer de ma plus sincère compréhension si d’aventure elle omettait de me sourire, mais, très professionnelle, elle m’a saluée poliment, avant de secouer la tête en déclarant, philosophe :

 

-          Le monde est petit, hein !

 

D’aucun l’aurait trouvé plutôt cruel ou injuste… quant à moi, je dois avouer qu’en cet instant précis, et bien que j’en ressente un léger soupçon de honte, je l’ai trouvé plutôt facétieux… mais c’est sans doute parce que ça ne m’a finalement pas fait perdre de temps, sans quoi j’aurais été moins coulante.





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