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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:59

 

Le monsieur derrière moi dans la file d’attente au cinéma se posait une question à laquelle je savais répondre, alors j’ai engagé la conversation assez naturellement. Il allait voir un film avec ses enfants, moi un autre film avec ma fille, nous avons échangé quelques mots aimablement et nous sommes souhaité une bonne séance avant de nous séparer.

A la fin du film, j’ai emmené ma fille déjeuner au Mac Do et, alors que nous cherchions une table où nous installer, mon plateau a rencontré celui du même monsieur que dans la file d’attente, au moment où nous les posions ensemble sur la même table. Compte tenu de la foule et du temps que nous avions déjà tous perdu à chercher cette table, nous avons rapidement convenu que nous pouvions la partager.

Et tout aussi rapidement, nous avons repris la conversation précédemment entamée.

Nous avons passé un excellent moment. Les enfants ont eu l’air de bien s’entendre, le papa et moi-même aussi, tout le monde semble s’être amusé et nous avons passé ensemble beaucoup plus de temps qu’il n’en faut pour manger un Big Mac.

Au bout d’un moment, nous avons tout de même quitté les lieux et, très naturellement, nous avons fait une sympathique balade dans le parc voisin. C’était comme dans un de ces films que les femmes qui n’ont plus vingt aiment bien parce qu’elles se disent que ça pourrait leur arriver. Simple, évident, agréable.

Ce n’était pas Robert Downey Jr ou Georges Clooney, mais je me dois en toute honnêteté d’avouer que je ne suis pas non plus Julian Moore ou Catherine Zeta-Jones. C’était un homme exactement comme on ne rêve pas d’en rencontrer, mais dont on sait quand on le rencontre que c’est bien lui et pas un quelconque bellâtre hollywoodien qu’on devait rencontrer. Ce genre d’homme qui vous fait dire instantanément : c’est possible.

Et oui : au cours de ces quelques heures, avec nos enfants qui s’égayaient pendant que le papa et moi nous découvrions de plus en plus d’affinités, je me suis dit que c’était possible. Je me le disais encore bien après que nous nous sommes séparés en nous donnant rendez-vous le dimanche suivant. Oui, c’était possible.

Ce n’est qu’une fois arrivée à la maison, dans l’ascenseur, que j’ai aperçu un affreux, épouvantable et répugnant morceau de salade coincé bien visible entre mes deux dents de devant.

Aller bouffer au Mac Do et risquer quand même de se retrouver avec un bout de verdure dans les dents, c’est un comble. Même au cinéma, il n’y a guère qu’une Cameron Diaz pour se tirer d’une situation pareille et… non, je ne suis pas non plus Cameron Diaz.

Autant dire que je n’ai jamais remis les pieds ni dans ce cinéma, ni dans ce Mac Do, et que je contourne désormais soigneusement le parc quand il m’arrive de passer dans le quartier.

Ce n’est pas parce que je ne suis pas une bombe hollywoodienne que je n’ai pas ma fierté.



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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 10:28

 

Il y a des tas de beaufs différents. Ils sont plus ou moins bruyants, plus ou moins dérangeants, plus ou moins nuisibles… Là, c’était la catégorie des inacceptables. Selon mes critères personnels.

Déjà, ils étaient nombreux. J’ai compté au moins une grand-mère, deux parents, un tonton sans doute et trois ou quatre gamins. Dans un château médiéval de dimensions modestes (pour un château) dont les pièces aménagées pour la visite étaient, elles, franchement petites (pour un château toujours) la beaufitude de masse était d’autant plus gênante.

Et bien sûr, la petite famille Grobeauf faisait du bruit. Les gens bruyants m’énervent, quand ils sont bruyants au mépris de la tranquillité du reste du monde. Me trouver presque obligée de crier pour expliquer à ma fille que dans ce joli château se sont mariés en secret la toute jeune Anne de Bretagne et l’à peine moins jeune roi Charles VIII (chose que j’ignorais bien entendu avant de visiter ce château et que j’oublierai d’ici 5, 4, 3… N’allez pas imaginer que j’aie ce genre de culture !), être obligée, donc, de hausser le ton pour me faire entendre malgré la tribu Grobeauf, ça a commencé à m’agacer dès le début de la visite.

Voir ensuite les gosses, avec leur petit carnet de jeu, en train de griffonner leurs réponses confortablement installés sur la table de banquet du XVème siècle, ça n’a pas favorisé mon apaisement.

Mais alors quand maman Grobeauf a carrément couché son bébé baveux et crotté sur le lit de la reine parce que « Ha ha ha c’est trop mignon ! », là, j’étais à deux doigts de m’énerver pour de bon. Mais j’ai pris sur moi. Une colère saine est une colère maîtrisée.

Une fois dans la salle des chevaliers, j’ai choppé l’aîné des gamins et je lui ai collé dans les mains l’épée qui allait avec l’armure exposée.

Rien que ses parents ne lui auraient pas autorisé, en somme.

Le gamin suivant, je lui ai collé le casque sur la tête et je leur ai dit de s’amuser un peu, que ça ne risquait rien.

Evidemment, ce qui devait arriver arriva.

C’est que ça rigolait pas en ce temps-là : les épées, c’était pas que pour le décor, hein !

 

J’ose espérer que la famille Grobeauf en aura tiré une leçon et aura appris à respecter et faire respecter le patrimoine historique.

 

 


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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 17:02

 

C’était un conteneur à vêtements, un de ces gros cubes gris, qui s’ouvrent un peu comme un vide-ordure, et dans lesquels on dépose les vêtements que l’on souhaite donner.

Quand j’ai vu monsieur crier sur madame qui tenait encore la poignée du conteneur dans la main, j’ai pensé qu’elle avait dû jeter sa chemise préférée ou son caleçon porte-bonheur. Mais quand ils ont commencé à cogner dans le conteneur, à l’ouvrir et le fermer frénétiquement en criant de plus en plus fort, je me suis dit qu’elle avait dû au moins laisser le portefeuille de monsieur dans la poche de la chemise avant de la jeter. Ce n’est qu’en m’approchant que je me suis aperçue que l’ouverture du conteneur était maculée de sang.

Je trouvais assez audacieuse l’idée de se débarrasser d’un corps en morceaux dans un conteneur dont l’ouverture permettait de le remplir, mais pas de le vider ou de voir à l’intérieur, mais en plein jour ? Et à quoi bon rester sur les lieux à s’engueuler et attirer l’attention ? Ils avaient peut-être laissé leur carte de visite sur le corps… Je ne voyais pas d’autre explication.

Ils criaient toujours, s’acharnant de plus belle sur l’ouverture du conteneur qui semblait désormais résister, mais à force de tirer ils ont fini par en venir à bout et c’est là qu’une troisième voix s’est mêlée à leurs cris. La petite voix de la petite fille qu’ils venaient de sortir du conteneur.

Son front n’était plus qu’une large plaie, une de ses mains était bleue et son bras était plié selon un angle incongru. A peine délivrée du conteneur, elle a levé un regard honteux vers ses parents avant de baisser les yeux.

Et elle a pris une baffe magistrale quand ils se sont aperçus qu’elle n’avait pas été foutue de sortir la moindre fringue de ce fichu conteneur.

 

 

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 18:11

 

Quand j’attends à l’aéroport – ce qui dure souvent assez longtemps, parce que je déteste être en retard, alors je suis toujours exagérément en avance, étant donné que je prévois généralement la panne de métro, l’accident de bus, l’effondrement d’un pont et la chute de météorites pour calculer mon temps de trajet – quand je poireaute, donc, j’aime bien jouer à un jeu. Le jeu du témoin. J’observe les gens, pas quelqu’un en particulier, mais un peu tous ceux qui passent dans mon champ de vision et, au bout d’un moment, j’essaie de donner une description de chacune des personnes que j’ai aperçues, pour m’entraîner à être un bon témoin. C’est pas que je rêve de devoir être témoin un jour de quoi que ce soit qui nécessiterait mon témoignage précis, mais… c’est un jeu, c’est tout. Et donc, je jouais depuis un moment déjà, quand le type au visage de portrait-robot a fait son apparition. Il a tout de suite attiré mon attention, parce qu’il avait exactement la tête du mec qui ressemble à tout le monde. Le mec dont je n’aurais rien à dire si on me demandait. Le mec que tu as l’impression de reconnaître chaque fois qu’un portrait-robot est diffusé. Alors j’ai triché un peu – j’ai le droit, c’est mon jeu – et je l’ai regardé plus longtemps, en cherchant les détails qui le distingueraient d’un autre homme à tête de portrait-robot, mais non, rien. Alors j’ai fini par abandonner mon observation définitivement inutile dans son cas et, dépitée par cet échec, je suis allée prendre mon avion.

Ce n’est que bien plus tard qu’il y a eu cet appel à témoins. Le créneau horaire et le lieu correspondaient exactement à ceux de ma dernière partie du jeu du témoin, aucun doute, et comme le suspect était recherché pour un crime odieux, je suis allée témoigner.

J’ai décrit toutes les personnes dont je me souvenais avec le maximum de détails possible. Les portraits qui en ont résulté ont ravi le dessinateur de la police qui, pour la première fois en vingt ans de carrière, avait l’impression de changer de modèle. Tout le commissariat a défilé pour assister à ma grande démonstration de témoignage parfait. A mesure qu’ils identifiaient et retrouvaient les personnes que j’avais décrites, leur incroyable ressemblance avec les portraits me valait encore des hourras. Certaines personnes ont même été étonnées de se découvrir des signes particuliers qu’elles n’avaient jamais remarqués. D’autres ont même demandé à acheter leur portrait-robot tellement il était réussi. Un grand succès.

Sauf qu’au bout d’un moment, toutes les personnes que j’avais permis de retrouver ont été innocentées et il ne restait finalement plus qu’un espoir : l’homme à tête de portrait-robot.

« Bon… alors il n’était pas très grand… mais pas petit non plus, vous voyez ? Taille moyenne. Ni gros ni maigre… stature moyenne, quoi. Brun… et euh… yeux marrons, je dirais. »

Je me concentrais à mort, vraiment, et pour ainsi dire je le voyais comme s’il était là, devant mes yeux, ce type à tête de portrait-robot, mais ça ne changeait rien au problème : je n’avais rien à en dire. J’ai réussi à ajouter qu’il était peut-être un peu mat de peau, ou alors seulement mal rasé, mais à la façon dont on me regardait maintenant, j’ai bien senti que je m’enfonçais.

A tel point que les flics ont commencé à me soupçonner, moi, leur témoin vedette ! D’un seul coup, leurs regards admiratifs sont devenus carrément suspicieux, voire accusateurs. J’étais finalement bien présente sur les lieux et à part – je cite – « ce prétendu suspect que j’y aurais vu mais que je n’étais pas foutue de leur décrire », j’étais la seule qu’ils n’avaient pas encore innocentée.

Ils m’ont gardée aussi longtemps qu’ils ont pu jusqu’à être obligés de me relâcher faute de preuve, et j’ai fini par quitter le commissariat tête basse, sous les huées de flics persuadés non seulement de ma culpabilité, mais aussi que je m’étais bien payé leur tête.

On m’y reprendra à vouloir rendre service, tiens !




Ecrit pour les Impromptus littéraires



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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 19:47

 

Ma fille, alors qu’elle n’avait rien à se faire pardonner, m’a écrit un poème adorable qu’elle est venue me lire, toute fiérote. Elle y disait qu’elle m’aimait et qu’elle me remerciait de lui avoir montré tous ces pays qu’elle ne connaissait pas… Au-delà du fait qu’un parent est probablement toujours touché par ce genre de témoignage d’affection, j’ai été émue qu’elle exprime ainsi le plaisir qu’elle avait pu prendre à voyager avec moi… Je me suis dit avec une mièvrerie inhabituelle que pour voyager désormais, je n’avais besoin pour tout bagage que de ce poème et de la compagnie de ma fille. Que le poids de ses mots rendrait à jamais légère ma valise enchantée. J’ai eu envie de réserver immédiatement un billet pour n’importe où, du moment que c’était un pays qu’elle ne connaissait pas !

Et puis elle m’a donné son poème, que je me suis empressée de relire.

Bon.

Passe encore qu’elle fasse rimer « je t’aime » avec « pareil », mais… « je t’écrit se poéme » ? « Sais presque pareil » ? « J’ai toujours voulus te remmairsier » ? « Tous c’est pays » ? Franchement ?

Alors le seul voyage qu’elle a fait, c’est un aller simple pour la cave avec un dictionnaire, un Bescherelle et un stylo rouge. Elle aura le droit de sortir quand elle m’aura remis une copie corrigée.

 

 

 

 

 

Ecrit pour le Défi du samedi

 

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 18:25

 

La planque était sans doute déjà cernée, impossible de se tailler. Les flics donneraient l’assaut d’une minute à l’autre. Il fallait que j’agisse vite.

J’ai viré la latte du plancher sous laquelle était planquée l’héroïne, pour m’en débarrasser avant leur arrivée, mais Roger était aux toilettes et ne semblait pas en mesure d’en sortir rapidement : impossible de faire disparaître la came d’un coup de chasse d’eau. Il me fallait un plan B et, bien sûr, la cheminée offrait une très bonne alternative. J’ai allumé un feu n’importe comment, avec ce qui me tombait sous la main, et balancé toute la dope dans les flammes sans tarder.

Sauf que Roger ne débouchait pas plus les toilettes que la cheminée.

La fumée, au lieu de sortir joyeusement faire rire les oiseaux, a envahi d’abord le salon, puis toute la maison. Je nageais déjà en pleine euphorie quand les flics ont finalement débarqué. Entre le premier effet de la fumée, qui empêchait de voir à plus d’un mètre, et le deuxième effet – hin hin hin… le deuxième ! ha ha ! – la maison est vite devenue un gigantesque bordel.

Moi je riais comme une baleine, même si je me demandais si une baleine pouvait vraiment rire comme un junky défoncé, tandis que les flics se mettaient à tirer dans tous les sens en faisant la ronde autour de Roger qui, à peine sorti des toilettes, avait entonné l’hymne national tchèque. Ou angolais, je confonds toujours.

Tout ça m’a semblé durer des heures, sans doute parce que ça se passait au ralenti et à reculons, et je suis parti avant la fin parce qu’il fallait que je vérifie un truc sur les baleines.

Je n’ai pas revu Roger depuis, mais je crois qu’à sa sortie de prison il est devenu ramoneur.




Ecrit pour le défi du samedi



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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 11:01

 

Les gamins étaient toute une tripotée à chahuter sur le trottoir avec un ballon. Passons sur le fait qu’ils n’étaient guère attentifs aux autres piétons et, donc, gravement susceptibles de bousculer une vieille ou, disons, moi. Le pire – et je le sais d’autant mieux qu’on était justement en plein apprentissage des règles de bonne conduite du piéton avec ma fille – le pire, donc, c’est qu’ils auraient pu retarder un automobiliste, voire lui saloper son pare-choc en courant sous ses roues au milieu de la rue pour rattraper leur ballon.

Alors quand je suis passée à leur hauteur, j’ai bien songé les réprimander légèrement, ou au moins leur faire un peu les gros yeux, mais je ne transpire pas exactement l’autorité et j’hésitais à en faire une piètre démonstration devant autant de jeunes témoins (on sait comme le jeune peut être moqueur) et, en plus, devant ma fille. Sur les terrains difficiles, j’essaie de limiter mes tentatives.

Je ne sais pas à quoi ça tient, l’autorité. Une grosse voix ? Des sourcils broussailleux ? Une carrure hors norme ? Comme la classe, certains l’ont et d’autres pas ? Elle est naturelle ? On peut l’acquérir ? Une chose dont je suis sûre, c’est qu’elle n’est en aucun cas conférée par la fonction : j’en veux pour preuve que bien qu’étant devenue mère, je n’ai toujours pas d’autorité sur les enfants en général et sur la mienne en particulier. Et je suis prête à parier que si je devenais chef, je n’aurais pas la moindre autorité sur mes troupes non plus. Alors ces gosses qui jouaient dangereusement sur le bord du trottoir avaient-ils la moindre chance d’être un tant soit peu réceptifs à mon courroux ? Peut-être que si j’en balançais un sous les roues du bus pour capter l’attention des autres…

J’en étais là de mes réflexions quand un type, qui passait un peu plus loin, s’est tourné vers les mômes. Il a légèrement élevé la voix pour leur lancer un « Hé ! » destiné à attirer leur attention et il a eu un geste aussi simple qu’efficace en montrant aux gosses le petit square tout proche. A ma grande surprise – et, je l’avoue aussi, ma grande admiration – les gamins ont instantanément cessé leur chahut pour filer sans moufeter vers le square. S’en est fallu de peu que j’obéisse moi aussi. A ce moment-là, le type m’aurait dit de me déshabiller et de courir après une voiture, je l’aurais sans doute fait. Au lieu de ça, il a continué sa route et c’est là que je me suis aperçue que ma fille, elle, avait obtempéré et jouait maintenant au square avec les autres enfants. Elle a hyper bien fait semblant de ne pas me voir quand je faisais les gros yeux pour qu’elle revienne, et de ne pas m’entendre quand je faisais la grosse voix pour la menacer des pires punitions du monde si elle n’obéissait pas.

Mais j’ai finalement réussi à la faire fléchir au bout de trente-six minutes, en lui offrant une glace, un sachet de bonbons et un tour de manège.

L’autorité, tu l’as, ou alors t’as du temps et de l’argent…



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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 09:21

 

J’ai dû faire une IRM.

Je ne sais pas si vous avez déjà fait ça, mais je suis sûre que cette chose a été conçue pour mettre les gens mal à l’aise.

Déjà, comme pour une radio, ça commence par la personne qui fait marcher l’engin : elle te fait entrer dans une cabine et te dit un peu vite tout ce que tu dois faire avant qu’elle revienne te chercher. En général, ça se résume à « mettez-vous à poil je vous reprends de l’autre côté » (en tout bien tout honneur), mais comme souvent elle précise ce que « à poil » recouvre exactement comme trucs à enlever (« vous pouvez gardez vos chaussettes ») et qu’il peut lui arriver de glisser des questions saugrenues (« vous n’êtes pas enceinte ? vous ne portez pas de pile cardiaque ? ») au milieu de sa litanie, il y a toujours ce moment de doute, quand tu te retrouves seule dans ta cabine, où tu demandes si tu aurais l’air plus con en ayant enlevé ta culotte alors qu’il fallait la garder, ou au contraire en l’ayant gardée alors que « à poil », c’est pourtant clair, non ? Et, pendant que tu doutes, tu essaies quand même de te désaper assez rapidement, parce que tu sais que la personne qui t’a donné les consignes et qui va incessamment te reprendre de l’autre côté aura sûrement ce petit sourire légèrement agacé si tu n’es pas exactement comme tu dois être au moment où elle ouvre la porte. Pire : elle pourrait ouvrir au moment où, une jambe en l’air et en appui instable contre le mur, tu te bats avec ce foutu pantalon trop serré pour essayer de lui faire passer le talon sans te vautrer et là, au doute s’ajoute immanquablement la gêne d’avoir été vue non seulement dans une position forcément pas avantageuse, mais en plus à moitié nue – voire plus qu’à moitié si t’étais déjà bien avancée par ailleurs dans l’application des consignes.

Faire une radio, une IRM ou quoi que ce soit de la famille des images incompréhensibles que les médecins regardent d’un air pénétré en disant des trucs comme « ah oui, là, on voit bien gnin gnin gnin » alors que toi tu ne vois strictement rien du tout, c’est avant tout une négation de ton intimité et souvent, en plus, le bon moment pour t’asseoir sur ton amour propre.

Il suffit de le savoir avant d’y aller… histoire de ne pas tomber de trop haut.

Après, il y a l’examen lui-même. Une radio, déjà, c’est super sympa : tu es là, à poil ou quasi, avec quelqu’un caché derrière une vitre qui te donne des consignes que tu entends mal puisque, donc, il y a une vitre, mais en plus les machines font du bruit, alors tu sais jamais trop si tu dois respirer ou pas, tourner à droite – la sienne ou la tienne ? – ou à gauche – même question – bref : c’est pas le truc qui met le plus à l’aise au monde. Quant à l’IRM… Bon : on te demande avant si tu n’es pas claustrophobe. C’est sage. Mais j’imagine assez facilement que des tas de gens peuvent très bien découvrir justement à cette occasion qu’ils le sont, parce que bon : dans la vie de tous les jours, à part dans un cercueil, t’es quand même rarement confiné dans un si petit espace… Et soyons clair : s’il n’y avait que le manque d’espace ! Mais non : on t’allonge là, dans une position pas nécessairement confortable – et tu as très bien vu à la télé dans « Docteur House » qu’il ne faut AB-SO-LU-MENT pas bouger dans la machine à IRM – et te voilà figée dans un tuyau, avec comme un genre de marteau piqueur dans les oreilles pendant un bon quart d’heure ! Et quand je dis marteau piqueur, c’est pour donner une idée du volume, mais c’est bien plus inquiétant que ça : tantôt tu as l’impression d’être effectivement sur un chantier, tantôt tu as l’impression que l’alarme incendie est branchée directement dans tes tympans… mais il NE FAUT PAS BOUGER, alors tu ne bouges pas, en espérant que s’ils évacuent les lieux ils penseront à te sortir du tuyau avant que la machine elle-même soit dévorée par les feux de l’enfer.

Bref : l’IRM est somme toute assez anxiogène. Moi-même qui suis d’une sérénité à toute épreuve, j’ai trouvé ça un tout petit peu inconfortable, alors j’imagine assez bien de grandes scènes truculentes : des femmes se lacérant le visage, des hommes essayant de creuser un tunnel, les uns ou les autres s’extirpant du bidule en se tortillant et se carapatant, à poil, hurlant dans les couloirs… Moi, je me suis plutôt bien tenue et, à la fin, la personne qui m’a libérée m’a dit d’aller me rhabiller et que le médecin viendrait me voir.

Bon.

Retour dans ma petite cabine, rhabillage ultra-rapide (je ne me fais jamais surprendre une patte en l’air deux fois dans la même journée) et là, de nouveau, le doute : le médecin, je l’attends dans ma petite cabine, ou je sors et je l’attends… ailleurs ? Pour de ne pas prendre de décision trop hâtive, j’ai un peu lambiné, histoire de laisser au médecin le temps d’arriver s’il devait venir dans la cabine et, je n’aurai pas tout raté, c’est bien dans la cabine qu’il est venu ! Là au moins, j’avais bon. En plus j’étais habillée, debout, je n’avais ni patte ni fesse en l’air, rien, j’étais carrément présentable ! Et cerise sur le gâteau : il a frappé avant d’ouvrir. Bon : il n’a pas attendu que je lui dise d’entrer – d’ailleurs, c’eut été un peu osé de ma part de l’y inviter, la cabine étant un peu trop exigüe pour recevoir sans fatalement créer un malaise immédiat – mais quand même : il avait frappé ! Je l’aimais déjà. Et encore plus quand il a ouvert la porte. Il était beau. Beau comme un médecin de série américaine. Presque trop pour être crédible en tant que médecin, mais au diable les préjugés : j’étais conquise et s’il avait voulu m’opérer là, dans la cabine, sans anesthésie, je l’aurais probablement laissé faire… Mais je me suis vite reprise : vous, je ne sais pas, mais il se trouve que moi, généralement, quand je fais ce type d’examens, je n’ai rien. Et je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les radiologues, quand vous n’avez rien, ils vous le disent toujours un peu sur un air de reproche, comme si c’était pas une bonne nouvelle que tout aille bien et que ce qui les aurait vraiment réjouis aurait été que t’aies un truc tellement énorme que ta vie peut commencer à défiler devant tes yeux, là, dans ta petite cabine… J’imagine que leur boulot est évidemment plus intéressant quand ils trouvent un truc totalement fou à l’intérieur des gens que quand ils n’y trouvent rien, mais cette impression qu’il faudrait m’excuser d’aller bien me fait toujours un effet… mitigé. Alors j’ai cessé de fantasmer sur le beau docteur (même pas en blouse : il était tout cool, genre je fais un bien beau métier mais je reste simple), et j’ai attendu de me faire engueuler de pas devoir repartir en fauteuil roulant, mais noooooon !!!!!! J’avais quelque chose ! Pour la première fois de ma vie, et c’est tombé sur LE beau docteur trop cool ! Elle est pas belle la vie ? Pour parfaire le tableau, il m’a expliqué tout ça avec un sourire craquant et un brin d’humour, alors ni une ni deux, je suis tombée amoureuse !

Quelques secondes.

Avant de repenser à la position dans laquelle je me trouvais quelques instants auparavant.

Certes, la grosse machine stressante permet de voir à travers la peau, la chair, la cellulite et les vingt ans de plus que quand j’avais vingt ans, et j’imagine qu’ainsi vues de l’intérieur, sauf à être toute de traviole, on est toutes à peu près aussi jolies (ou moches, question de point de vue), mais s’il m’avait vue aussi à la sortie de l’engin ? A ce moment magique où, étourdie par la machine, mes cuisses – pourvues cette fois de leur peau, leur chair, leur cellulite et leur vingt ans de plus que quand j’avais vingt ans – écrasées mollement sur le cousin qu’on m’avait collé dessous, paraissaient plus grosses encore que d’habitude, ce moment où, d’un geste forcément malgracieux je suis descendue, à moitié à poil dans ma culotte ridicule (oui : il se trouve que je n’ai pour ainsi que des culottes ridicules, ne me demandez pas pourquoi, ce point mériterait peut-être qu’on s’y attarde, mais… non, en fait, on s’en fout) et si, donc, le joli médecin souriant et drôle m’avait vue à ce moment fâcheux où je devais être la personnification du ridicule et du laid réuni ? Si ce sourire charmeur n’était en fait qu’un sourire moqueur ? A quoi bon ses politesses et ses traits d’esprit s’il avait effectivement vue cette foutue culotte que même ma fille n’accepterait pas de porter, sur mes fesses que ma fille n’aurait sûrement pas la force de porter ? Pourquoi ce numéro de charme, sinon pour se gausser et ajouter l’humiliation au doute et à la gêne ? Si ça se trouve, en vrai je n’avais rien, il avait tout inventé juste pour pouvoir venir me narguer un peu, avec son petit regard narquois de « celui qui a vu » et qui fait le beau en se donnant l’air de rien, pendant que ses copains se tordent de rire planqués dans la cabine d’à côté, en voyant la grosse dame à la culotte la plus risible du monde se laisser séduire par cet enculé qui devait juste essayer de gagner un pari…

Les hommes peuvent être tellement mesquins quelquefois !

Et ne venez pas me dire « meeeeeu non, penses-tu, c’est un médecin ! Il ne voit pas des gros culs, des gros seins ou des culottes moches ! Il voit des patients ! Que vas-tu imaginer ?! », parce que moi aussi j’ai un métier ! Certes il n’y défile pas de gens à poil – ou alors j’étais absente ce jour-là – mais il s’y passe aussi des choses ordinaires de mon quotidien à moi, dont je vous assure que je pourrais faire un roman, voire une encyclopédie à la fois poilante et d’un cynisme mordant, si je n’étais pas farouchement opposée à l’idée de ramener du boulot à la maison… Alors ne venez pas m’endormir avec vos histoires de médecins qui ne remarqueraient soit disant même pas la culotte affreuse sur la culotte de cheval, sous prétexte que la fonction dépasse l’homme ! Même le docteur Green – vous vous souvenez du docteur Green ? – même lui, donc, aurait ri de me voir dans l’état et la tenue où j’étais dans cette foutue machine. Et ne parlons pas du docteur House ! Lui et sa clique, d’ailleurs, je serais prête à parier qu’ils ne sont même devenus médecins que pour ça et OUI, JE SAIS, c’est pas des vrais médecins, mais j’illustre mon propos, ok ?

Bref. Le joli médecin souriant avait réussi à me mettre dans une colère noire et je commençais déjà à imaginer les sévices qui me rendraient mon calme… je le voyais, nu comme un ver, ligoté à son affreuse machine, photographié sous toutes les coutures intérieures, ma culotte tellement risible profondément enfoncée dans son gosier… Mais au lieu de ça, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai confronté l’image de ce bellâtre humilié qui me trottait dans la tête à celle de ce bel homme, définitivement charmant, qui me parlait gentiment et avec drôlerie, et ma soif de vengeance a fondu comme neige au soleil – ou comme midinette devant un sourire trop craquant – et au lieu d’attraper la chaise et d’essayer de l’assommer avec, je me suis approchée de lui pour l’embrasser. Une impulsion. Mais comme je ne m’étais pas préalablement armée de la chaise et que la cabine était toujours aussi étroite, je me suis pris les pieds dans ceux de la chaise et je me suis rétamée comme une bouse, même pas de façon assez spectaculaire pour finir dans les bras du joli docteur, juste assez pour me retrouver dans la position du scarabée – celui qui, sur le dos, ne peut que battre des pattes en l’air en espérant qu’une main secourable ou un coup de vent viendra le remettre dans le bon sens, pas celui des arts martiaux… Et cette fois, je suis sûre qu’il a ri, ce connard de toubib prétentieux ! Alors j’ai dédaigné la main qu’il me tendait pour me relever et je suis partie avant que la situation ne dégénère plus encore.

 

Je ne sais toujours pas ce que j’ai, mais je sais comment démarrer le traitement : acheter une ou deux culottes correctes et trouver un docteur moche.

 

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 21:49

 

J’ai récemment pris l’avion pour l’étranger et, fatalement, j’en suis revenue, en avion également. Qui dit « avion pour l’étranger » dit évidemment aéroport, douane et contrôles de sécurité.

Alors pour qu’on ne se méprenne pas sur la teneur de mon propos, je tiens à préciser avant d’aller plus loin que je suis une personne très disciplinée et respectueuse des lois et règlements. Presque à l’excès. Je suis de cette catégorie de personnes qui tendent à penser que si une règle existe, ce n’est peut-être pas uniquement pour me faire chier et que le fait que je n’en comprenne pas exactement la justification précise ne veut pas nécessairement dire qu’il n’y en a pas. Ainsi, lorsque l’on me dit que je n’ai pas le droit d’embarquer avec du liquide dans un avion, sauf si c’est du liquide acheté très cher entre le contrôle de sécurité et l’avion, et bien j’obéis et je me déleste de la bouteille d’eau encore à moitié pleine qui lestait mon sac à main, sans avoir besoin qu’on m’y invite. Je n’essaie même pas de la passer discrètement en faisant semblant d’avoir oublié que je l’avais. Je me dis que si tout le monde essaie de passer sa bouteille d’eau discrètement en faisant semblant de l’avoir oubliée, plus un seul avion ne partira à l’heure vu que les passagers seront en train de perdre du temps à la sécurité en camouflant des bouteilles au fond de leurs sacs. Alors je n’ai jamais de liquide sur moi quand je passe la sécurité des aéroports. Ne me remerciez pas, mais oui, c’est moi cette fille qui passe tellement vite les contrôles qu’on croit toujours qu’elle est copine avec le responsable, alors que non : je ne suis qu’une citoyenne exemplaire.

 

Cela étant dit, revenons-en à l’anecdote qui nous intéresse – que dis-je : qui va nous passionner.

L’autre jour, donc, je rentrais en France après un séjour à Londres – et je précise que les faits qui suivent se sont donc déroulés à Londres, parce que les londoniens – ceux qui sévissent aux contrôles de sécurité des aéroports en tout cas – sont particulièrement chiants et tatillons même si, est-il besoin que je le rappelle déjà, je suis totalement respectueuses des règles, si subtiles et imbitables soient-elles. Me voilà donc à l’approche du contrôle de sécurité, débarrassée de toute substance liquide illicite à la dangerosité indiscutable (puisque, je l’ai déjà dit, je ne discute pas), sereine comme il se doit quand on sait qu’on est blanche comme l’oie du même nom et là, première contrariété : voilà qu’on me fait ranger mon stick à lèvres dans une pochette à part pour contrôle spécifique. Mon stick à lèvres. Celui de ma fille, même, pour être exacte. Moi qui me fais fort d’être la passeuse de contrôle de sécurité la plus rapide du monde, voilà qu’on m’oblige à faire attendre les gens derrière moi parce que je suis en possession d’un dangereux stick à lèvres camouflé au fond de mon sac avec mes kleenex et ma pochette à trucs. (Oui, j’ai une pochette à trucs, mais rien que la morale ou la loi réprouve. D’ailleurs, aucun contrôle de sécurité au monde n’a à ce jour trouvé à redire à ma pochette à trucs. Passons.) Ma légendaire sérénité au passage de contrôle de sécurité s’en est, je l’avoue, trouvée quelque peu éreintée. Mais j’ai fait comme on m’a dit sans broncher : j’ai mis mon stick – le stick de ma fille – dans une pochette que j’ai placée dans un petit panier que j’ai lui-même déposé sur le tapis roulant prévu à cet effet, afin que le préposé aux sticks à lèvres puisse procéder aux contrôles nécessaires, à savoir je suppose vérifier que ledit stick ne contenait aucune arme de poing, aucun explosif et, surtout, pas une quantité supérieur à 100ml d’eau.

J’ai également déposé pour contrôle par qui de droit sac, manteau, clés, montre, ceinture et toutes ces choses qui, à l’occasion, peuvent exciter la machine qui fait bip quand tu passes dessous, et j’ai fait passer ma fille.

 

Bip.

 

A part son appareil dentaire, elle n’était munie d’aucun objet métallique dangereux – et encore : l’appareil dentaire n’est dangereux qu’en des circonstances très spécifiques, peu probables dans le cadre d’un court vol entre Londres et Paris. Quoi qu’il en soit, ces messieurs-dames de la sécurité ont fait repasser ma fille plusieurs fois sous la machine qui fait bip, avant de la mettre dans un genre de gros appareil de radio et de lui faire lever les bras. Ouais : on n’est jamais trop prudent face à une dangereuse fillette de huit ans, intimidée par les uniformes et qui ne comprend rien à ce qu’on lui dit.

Autant dire que mon record de vitesse au passage du contrôle de sécurité, c’était pas pour cette fois et, outre ma belle sérénité, c’est aussi ma patience compréhensive qui commençait à s’émousser un brin. Mais ma fille a été relaxée, alors j’ai passé à mon tour la machine qui fait bip et, cela va sans dire, j’ai fait bip. Une fois, deux fois, haut les mains dans la machine et vas-y qu’en plus une dame te tripote des fois que ton arme secrète aurait déjoué la vigilance des deux machines, mais passons. On a fini par avoir le droit d’aller récupérer sacs et stick à lèvres. Du moins c’est ce que j’ai cru. On n’a récupéré que le stick (qui l’eut cru ?), tandis que mon sac était retenu en otage dans la pile des sacs louches mis de côté par le préposé aux sacs louches. J’essayais de trouver ce qui pouvait bien poser problème, vu le mal que je me donne pour me montrer docile et RESPECTUEUSE DES REGLES, aussi cons soient-elles, bordel de merde, mais je ne voyais pas.

J’attendais avec toute ma sérénité résiduelle que le préposé aux sacs louches veuille bien se donner la peine de faire ce qu’il avait à faire avec mon sac louche à moi, mais vu la quantité de sacs louches identifiés, ça risquait de prendre un peu de temps. Une chance : entre autres qualités j’aie aussi celle de la ponctualité excessive, qui me pousse à être plutôt en avance que juste à l’heure quand les circonstances l’exigent. J’avais donc le temps. Largement. Tranquille. Ce qui n’est pas une garantie de patience et de compréhension de ma part, au bout d’un moment faut pas pousser non plus, mais disons qu’au moins, à l’agacement ne s’ajoutait pas le stress de devoir courir jusqu’à l’avion après que ton nom a été répété vingt fois dans la phrase « dernier appel avant annulation », parce que ça c’est grave la honte.

Bref.

 

Je fulminais donc relativement calmement dans ma barbe (c’est une image), quand une dame est venue devant moi avec mon sac louche en me demandant si elle pouvait le vider. A la réflexion, tant qu’on y était, j’aurais dû dire non, pour voir, mais sur le coup j’ai persisté dans mon attitude docile et j’ai dit oui. J’ai approché une main de mon sac – pardon : de MON SAC – pour contribuer à l’effort et là, je me suis vu refuser sèchement l’accès à MES AFFAIRES dans MON SAC (« No ! Don’t touch ! »), alors j’ai laissé l’autre connasse se démerder avec mon bordel. Oui : à ce moment-là, j’avais un tout petit peu commencé à perdre patience.

Bref. La voilà qui commence à sortir mes trucs. Et là, j’ai compris.

D’une part, que j’allais avoir un peu la honte, d’autre part ce qui avait fait de mon sac éminemment respectueux des règles un sac louche.

Pour le premier point, je transportais – et je ne pensais sûrement pas avoir à justifier ce détail d’une quelconque manière – je transportais, donc, deux tubes en carton de rouleaux de papier toilette. Au regard interrogatif de la préposée à mon sac louche, j’ai répondu par un regard totalement innocent et très légèrement surpris (« ben quoi ? ») (c’était très spontané et très réussi, j’étais contente de moi) et dans ma tête je me disais : « et ben vas-y, tiens, trouve donc quelque chose à redire à ça, connasse, essaie donc de dénicher un truc interdit dans mes cartons de PQ, tiens, qu’on rigole ! », mais en dehors de ma tête je n’ai rien dit, parce que je sentais bien que je n’avais pas affaire à une rigolote et je ne la sentais pas hyper détendue, alors je l’ai laissée décider seule de la dangerosité de mes cartons et non : je n’expliquerai pas ici non plus ce que je faisais avec ça dans mon bagage à main.

Le problème était ailleurs et il était double : je transportais également une boule à neige (oui, une boule à neige, avec Big Ben sous la neige quand tu secoues, c’est pour la collection de ma fille : des commentaires ?) et dans une boule à neige, qu’est-ce qu’il y a, en plus de Big Ben et de la neige ? Du liquide, oui. Et le liquide, les avions, ça les rend fous et après ils font des trucs de guedins que t’imagines même pas.

Par chance, les lubies de ma fille sont assez faciles à canaliser et j’avais réussi à lui faire choisir une toute petite boule à neige, si bien qu’après un contrôle spécifique de la boule à neige par le préposé aux boules à neige, j’ai pu remballer le souvenir de ma fille, qui se voyait déjà dépossédée de ses biens par une affreuse représentante de la loi et de l’ordre et des règles QUE SA MAMAN RESPECTE TOUJOURS, j’ai bien cru qu’elle allait pleurer, c’était horrible, mais le pire était à venir.

Parce que je transportais également un pot de quelque chose que je peux pas dire ce que c’est parce que c’est pour offrir à quelqu’un qui lit souvent ce blog, et que si je le dis elle saura que c’est pour elle ou pire : quelqu’un d’autre croira que c’était pour lui alors que non et après c’est quiproquo et malentendus et rupture familiale tragique et… bref : disons que la substance contenue dans le pot était de type courant, genre Nutella, tu vois ? et surtout, SURTOUT : pas liquide. Je vous ai dit : je suis comme une machine à respecter les règles, moi, et si on me dit pas de liquide, et ben je ne transporte pas de liquide. Pas chiante. Donc, j’avais ce pot de quelque chose de pas liquide, de pas louche du tout non plus vu que l’aspect du contenu était parfaitement conforme à ce que stipulait l’étiquette du contenant et, quoique suffisamment gros pour que j’aie pas l’air de faire un cadeau de rat, mon pot était toutefois de taille parfaitement raisonnable et suffisamment modeste pour ne pas générer d’excédent de poids ou paraître forcément louche. J’imagine que si tu passes la douane avec un pot de quarante-deux kilos de Nutella, y a peut-être éventuellement matière à te poser deux-trois questions… Mais ce n’était donc pas le cas et j’étais confiante : la préposée à mon sac louche allait faire contrôler spécifiquement mon pot de truc par le préposé aux pots de truc et on n’en parlerait plus. Sauf que cette salope est revenue en me disant que mon pot de truc, confisqué.

Alors j’ai repris ma tête d’innocente étonnée pour la gratifier d’un so british « I beg your pardon ? », mais j’avais évidemment bien compris et elle a confirmé qu’elle me chourait mon pot de truc. Alors j’ai demandé sous quel prétexte (même si en vrai j’ai juste dit « why ? ») et elle m’a dit que c’était liquide.

 

- Et ben c’est ça, tiens ! Vas-y, alors, toi qu’es si fortiche, montre-moi comment tu bois ça à la paille, connasse, puisque c’est si liquide !

 

Bon : en vrai, j’ai dit « It’s not liquide ! » sur le ton de celle qui est vraiment un peu surprise, mais aussi un brin moqueuse, tu vois, genre « allez, tu me fais marcher, on sait bien toi et moi que si ça, c’est liquide, moi je suis la reine d’Angleterre ! » mais elle a un peu rougi (sans que je sache si c’était d’agacement ou de confusion) avant de répéter que si, c’était liquide. Bon : je peux pas vous dire ce que c’était, donc, mais je vous jure que je ne connais personne capable de boire mon truc à la paille sans le diluer avant dans du vrai liquide – et en quantité, encore. Alors pour le coup, là, j’étais passablement énervée et, moi qui suis un modèle d’honnêteté et de conformation aux lois même les plus débiles, j’ai carrément traité la meuf de voleuse. Bim. Comme ça. En anglais, même. J’ai pas peur, moi.

Je suis très disciplinée, mais là, l’heure de la révolte avait sonné. J’attendais donc les arguments de la défense, mais mon attaque n’a fait ni chaud ni froid à la préposée à mon sac louche. Elle s’est contentée de me dire que si je voulais, je pouvais retourner à l’enregistrement demander à récupérer ma valise pour y mettre mon pot de truc. Genre. J’allais me cogner une heure de palabre avec le préposé aux valises pour qu’il ressorte la mienne de va savoir où elle pouvait bien être depuis le temps qu’elle avait été transportée par le tapis magique aux pays des valises voyageuses, y ranger mon pot de truc (qui serait sans doute cassé à un moment ou un autre une fois loin du soin attentif et protecteur que je porte à mon bagage à main – c’est d’ailleurs pour ça que le pot était dans mon bagage à main et non dans le bagage de soute), me retaper le sketch du passage du contrôle de sécurité, tout ça pour que la préposée à mon sac louche, de mèche avec le préposé aux pots de truc, ne me cravate pas mon cadeau que j’avais choisi avec amour, emballé avec soin et rangé avec attention pour l’acheminer en toute sécurité jusqu’à son heureux destinataire ? J’étais prête à parier que là, pour le coup, j’y aurais droit, à l’appel nominatif honteux, réservé aux emmerdeurs qui ne respectent rien et qui font on se demande bien quoi pendant des plombes au duty free au lieu d’aller gentiment comme tout le monde prendre leur avion…

Alors après l’avoir traitée de voleuse, j’ai gratifié la préposée à mon sac louche d’un rire moqueur, presque méprisant, avant de lui dire : « Ouais, c’est ça… Allez, ben garde-le, mon pot de truc, va ! Et bon appétit, hein ! ». Je l’ai dit en français et, bon, pour être tout à fait honnête, je ne suis pas certaine qu’elle m’ait entendue… Mais ce dont je suis certaine, en tout cas, c’est que s’en prendre physiquement à l’un ou l’autre des préposés aux trucs dangereux à un poste de contrôle de sécurité dans un aéroport n’est pas du tout une chose à faire pour prendre son avion tranquillement et à l’heure. Sinon je vous jure que je lui aurais fait bouffer sur place, mon pot de truc, et avec le pot, encore ! N’allez surtout pas croire que j’aie fait preuve de faiblesse… Et avec le temps que je n’ai ainsi pas perdu en violences diverses, j’ai eu le temps d’aller racheter un pot de truc. Qui, lui, n’était plus dangereux puisque, quoiqu’identique en tous points à celui qu’on venait de me piquer, euh… et bien il n’était pas dangereux. Voilà.

Moralité, qu’on se le dise : à mon prochain voyage, le cadeau, c’est boule à neige pour tout le monde.

 

 

 

 

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 11:51

 

J’ai eu la chance – mais était-ce vraiment de la chance ? peut-être aurais-je été mieux préparée à ce que me réservait l’avenir si les choses en avaient été autrement ? – disons que j’avais jusque là toujours pensé que j’avais eu la chance de ne devoir affronter que relativement tardivement l’impitoyable univers de la cantine. Qu’elle soit scolaire ou d’entreprise n’y change rien, ou si peu… les pâtes y sont trop cuites, froides et souvent graisseuses (dans le meilleur des cas, parce qu’elles forment un bloc compact quand elles ne le sont pas et c’est bien pire), les légumes ont tous le même goût insipide qui s’apparente plutôt à une absence de goût – sauf les brocolis qui ont un goût… de brocolis, et il est pas né celui qui m’en fera remanger un jour et… bref : la cantine c’est pas bon. Sauf, parfois, les frites. Mais pas toujours. Et encore faut-il qu’il y en ait. Et puis il y a tout ce monde… Ceux qui font du bruit, ceux qui piquent dans ton assiette, ceux qui mangent des trucs pas bons qui puent, genre brocolis, juste là sous ton nez, ceux qui prennent le dernier Kiri au moment même où, l’ayant repéré, tu te disais que bon, tout n’était pas perdu, le Kiri au moins serait bon… Non, vraiment, la cantine, ça craint.

Donc oui, jusqu’alors j’avais toujours considéré comme une vraie chance d’avoir pu manger à la maison la bonne cuisine de maman jusqu’à un âge bien plus avancé que la plupart de mes petits camarades. Et ce, malgré l’insistance de ma mère pour nous imposer une cuisine variée et équilibrée. Et donc des brocolis. C’est d’ailleurs sans doute uniquement les jours de brocolis que j’enviais les copains, qui eux avaient la chance de manger… bon, j’ignorais totalement ce qu’ils mangeaient à la cantine – je pense que le plus souvent, eux aussi – mais je ne pouvais pas imaginer qu’un endroit où des enfants mangeaient sans maman était susceptible de proposer des brocolis. Ce n’est que bien plus tard que j’ai découvert les horreurs qu’on pouvait trouver dans une cantine.

Tout ça pour dire, donc, qu’aujourd’hui encore, je considère la cantine comme un lieu peu fréquentable, voire carrément dangereux – et qu’on l’appelle restaurant d’entreprise n’y change rien – mais il va sans dire qu’à l’âge que j’ai, je ne suis plus obligée d’y aller, à la cantine, et si je veux, je sèche. Je peux même aller manger dehors, j’ai carrément le droit de sortir même si ma mère m’a pas fait un mot et autant dire que je ne m’en prive pas ! J’ai ma carte de fidélité dans toutes les sandwicheries à proximité du bureau et je suis devenue pote avec les serveurs des trois brasseries et de la pizzeria du quartier. En revanche, j’ai résilié mon abonnement chez mon diététicien, mais là n’est pas le propos. Cette petite introduction (ha ha, oui, c’était juste la mise en bouche !) pour vous dire que je ne fréquente pas tout à fait assidument la cantine et que je ne suis pas exactement rompue aux pratiques qui y ont cours. Alors l’autre jour, quand, m’étant laissée convaincre par une copine que les frites ne seraient pas immangeables et que ce serait toujours moins cher qu’au restaurant (manquerait plus que ça !) je n’étais pas du tout préparée à ce qui allait m’arriver.

Il y avait cette queue gigantesque aux frites (et par « queue », je veux dire « file d’attente ») alors au lieu de manger vingt-cinq minutes après ma copine qui, elle, avait pris poisson et courgettes (vous savez que des adultes choisissent courgettes de leur plein gré alors que leur maman est même pas là pour les forcer ?!) (je ne sais pas comment je choisis mes copines mais je devrais me méfier), j’ai opté pour un compromis et j’ai pris nouilles : il y avait évidemment plus de monde qu’aux courgettes, mais bien moins qu’aux frites et j’ai pu m’asseoir à table avant que ma copine ait fini son plat. Mais bien entendu, à ce moment-là, mes nouilles étaient froides. Et le broc vide. Alors je suis allée mettre mon assiette dans le micro-onde et pendant qu’elle tournait j’ai rempli le broc. Mais à peine avais-je tourné le dos qu’un gros connard a viré mon assiette du four pour y mettre la sienne.

Alors, armée de mon broc (plein cette fois), je me suis postée devant lui, regardant tour à tour mon assiette (toujours froide, donc) et sa face de con, de l’air le plus menaçant que je pouvais, histoire de lui montrer que je l’avais vu piquer ma place avec une impolitesse rare et qu’il ne s’en tirerait pas comme ça! Mais lui, avec sa tronche de demeuré arrogant, n'a pas eu l'air gêné pour deux sous d'avoir été pris en flagrant délit de muflerie manifeste, pas plus d'ailleurs qu'il n'a fait mine de me narguer : il m'a purement et simplement ignorée. Comme si mon broc et moi n'étions pas là, prêts à l'arroser en représailles. Comme si mon assiette n'avait pas été délogée du micro-onde, bien avant d'avoir eu le temps de commencer à se réchauffer, par ce malappris minable et sans éducation. Comme si, dans le fond, il n'avait rien fait que de très naturel. A tel point que j'ai fini par douter du bien-fondé de mon indignation et qu'au lieu de lui vider mon broc sur la tronche, j'ai essayé d'imaginer les explications possibles et acceptables de sa goujaterie. Sans en trouver. Et il a fini par récupérer son assiette (chaude) et partir, toujours sans un mot et sans un regard pour moi, mon broc toujours plein et mon assiette toujours froide.

J'étais doublement énervée. Par son comportement d'une part, par le mien d'autre part. M'être laissée  ainsi flouer par un blaireau à tête de nœud sans réagir me mettait hors de moi et, tandis que mon assiette tournait (enfin) dans le four, j'étais assaillie d'images toutes plus réjouissantes les unes que les autres, à base de tête (de nœud) dans le four, de nouilles dans tous ses orifices et j’entrevoyais même quelques délicieux sévices à base de courgettes, mais j’avais, hélas, laissé passer le moment propice de la juste vengeance. Lui écraser mon assiette de pâtes dans sa face de rat après coup me ferait immanquablement passer pour une frapadingue hystérique et je n’aurais plus rien à y gagner, à part une déplorable réputation. En plus je déteste gaspiller des nouilles.

Alors je n’ai rien fait. Et comme souvent quand ma légitime indignation ne trouve pas réparation, j’ai vite commencé à déprimer. Mais comme toujours quand je déprime, j’ai finalement trouvé consolation dans les nouilles et… la courgette.

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