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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 22:34

 

Suite de la suite de la suite de la… la première partie   est ici.   

 


En prétextant une envie irrépressible doublée d’une quasi-nécessité de bien comprendre son travail, mais surtout pour m’occuper tout en me rencardant sur lui, j’ai obtenu de Nicolas qu’il me laisse faire une de ses rondes avec lui. Pour une raison qui m’échappait un peu, mes deux collaborateurs semblaient beaucoup y tenir, à leurs rondes… Sans doute leur permettaient-elles de s’aérer tout en rencontrant du monde, peut-être même qu’ils en profitaient pour rouler un peu des mécaniques auprès des jeunes et jolies stagiaires du marketing. Quoi qu’il en soit, l’idée que je leur pique cette partie du boulot les paniquait et j’ai presque dû menacer Nicolas de renvoi pour qu’il finisse par accepter de me laisser l’accompagner.

En fouillant un peu dans sa vie, je n’avais rien trouvé de palpitant. Il était le plus jeune d’une relativement grande fratrie et aussi, apparemment, le moins brillant. Un de ses frères était médecin, l’autre chercheur et sa sœur était avocate. Peut-être n’était-il devenu vigile que pour faire chier son père, mais il était tout aussi probable qu’il n’ait pas réussi la carrière que ses parents rêvaient de le voir épouser. Sa façon de prendre Vincent toujours un peu de haut était peut-être une vague revanche…

-          Alors vous, votre ronde, c’est le bâtiment B ?

-          Les semaines paires.

-          Ah bon, vous alternez ?

-          Oui, pour éviter la routine.

J’ai failli rire avant de me dire qu’il ne plaisantait peut-être pas. Vu qu’il faisait déjà à moitié la tronche de m’avoir sur le dos, j’ai préféré éviter d’en rajouter.

-          Et vous faites tous les étages ?

-          Plus les sous-sols deux fois par jour.

-          Ah quand même…

Il m’a traînée derrière lui sur trois étages en ne répondant à mes questions que de façon évasive et sans ouvrir la bouche plus que nécessaire pour ne pas paraître incorrect. Il était temps que je le rassure :

-          Vous savez, je n’ai pas l’intention de me mettre à faire vos rondes à votre place, hein ? Ni même avec vous ! C’est juste… pour voir ce que vous faites.

-          Je fais ça depuis un moment maintenant. Je ne croyais pas avoir besoin de surveillance.

-          Ah mais je ne vous surveille pas non plus, non, je…

On arrivait au quatrième étage et, au lieu de prendre à droite en sortant de l’ascenseur, il est parti à gauche.

-          Ah tiens… vous ne faites pas comme pour les autres étages ?

Il s’est arrêté, m’a regardée avec ce que j’aurais juré être un sourire moqueur et m’a dit :

-          Où ai-je la tête ? Vous avez raison, par ici !

Il a ouvert la porte et, à peine avions-nous fait trois pas, dans le couloir qu’une petite bonne femme à visage de souris – ou de fouine, peut-être – nous est tombée dessus en criant d’une voix haut perchée :

-          Ah ! Vous voilà ! J’avais l’impression que vous ne veniez plus, ça fait longtemps que je ne vous avais pas vu, hein ?

J’ai tenté de placer un « bonjour », en vain. Nicolas considérait la petite bonne femme d’un air amusé. Elle a poursuivi :

-          Bon, y a eu cette histoire avec la photocopieuse, mais ça va, on a réglé ça sans vous, finalement c’était seulement Jeanine qui prenait des feuilles pour sa petite fille… par contre, cette fois, c’est sérieux, monsieur l’agent !

Je commençais à comprendre pourquoi Nicolas ne suivait pas le même itinéraire qu’aux autres étages. J’entrevoyais aussi une explication au fait qu’il m’ait finalement amenée ici. Il a confirmé :

-          Ah, ben écoutez, ça tombe bien, figurez-vous que ma chef est là, justement ! Dites-lui tout !

J’aurais aimé pouvoir le virer sur le champ. A défaut, j’ai tenté de lui faire ravaler son sourire d’un regard assassin, avant de reporter mon attention sur la petite bonne femme agitée.

-          C’est la femme de ménage ! Je lui trouvais bien l’air louche, mais là j’ai des preuves ! C’est une voleuse !

-          Ah oui ?

-          Mais oui ! Je pose tous les soirs, en partant, exprès, une pièce bien en évidence sur mon bureau pour qu’elle la vole, et ben ça n’a pas loupé ! Disparue, ma pièce !

-          Vous mettez une pièce pour que la femme de ménage la vole ?

-          Oui !

-          Et la femme de ménage a volé votre pièce ?

-          Oui !

-          Ben c’est ce que vous vouliez, non ?

-          Oui ! Mais non ! Enfin… vous voyez ! C’est une voleuse !

J’hésitais à déléguer officiellement l’affaire à Nicolas pour lui apprendre à se payer la tête de sa chef, mais j’avais aussi envie de m’amuser un peu…

-          Bien. Et donc, vous l’avez vue vous voler cette pièce ?

-          Pas exactement, non… mais vous savez bien comme elles font toutes, là, avec leurs chiffons…

-          La poussière, vous voulez dire ?

-          Ah ! À d’autres, hein ?

-          OK… Et vous pourriez me la décrire, cette femme de ménage ?

-          Oh lala… Ben c’est qu’elles se ressemblent toutes un peu, hein…

-          Oui, je vous comprends. J’ai le même problème avec les employées de bureau.

Nicolas a eu l’air de s’étouffer, avant de feindre une quinte de toux pour masquer son rire. La petite bonne femme énervante n’a pas semblé saisir ma pique. On allait pouvoir s’amuser encore un peu.

-          Bon… alors il faudra passer au bureau nous faire une déposition, hein, déjà…

-          Ah bon ?

-          Ah ben oui. Ensuite, on viendra faire un relevé d’empreintes. Et on prendra les vôtres et celles des collègues qui ont pu en laisser dans votre bureau… Après on fera une reconstitution et pour finir, une séance d’identification… ça vous embêterait de passer au commissariat, pour ça ? Parce qu’on n’a pas ce qu’il faut pour organiser ça ici…

-          Au commissariat ? C’est vraiment indispensable ?

-          C’est-à-dire que sans description plus précise…

-          Ben ça doit pas être si difficile de trouver cette femme de ménage, quand même !

-          Vous êtes sûr que c’est la femme de ménage ? Celle qui fait le ménage ici tous les soirs ?

-          Qui d’autre ?

-          C’est-à-dire qu’ici… c’est un homme qui fait le ménage.

Elle a eu l’air de vouloir dire quelque chose, mais s’en est finalement abstenue. À la place, elle a rosi et bafouillé :

-          Oui, bon… en même temps ce n’était qu’un euro, hein.

Et elle a disparu dans son bureau sans un mot de plus. Nicolas avait le visage fendu d’un large sourire :

-          Merde ! ça fait des mois qu’elle me rend dingue à chaque fois que je la croise et j’avais jamais pensé à la moucher !

-          Privilège de chef… vous, je vous virerais pour moins que ça.

-          Sans déconner ?

-          Mais bien sûr que je déconne ! C’est pas parce qu’on est à peine au-dessus de la femme de ménage dans l’estime de ce genre de mégère qu’il faut se laisser emmerder pour autant !

Ce petit épisode l’a détendu d’un coup et il avait l’air de beaucoup moins m’en vouloir pour la fin de sa ronde. A tel point qu’il est allé jusqu’à me proposer de faire le tour des sous-sols, alors que normalement, il n’aurait dû le faire qu’en fin de journée. Mais j’avais assez ri pour cette fois et je l’ai laissé aller vaquer à ses occupations pendant que je m’en retournais aux miennes. C’est-à-dire que j’ai regagné mon bureau pour écouter discrètement ce qui se disait dans la cour.

 

 

A suivre…

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Published by poupoune - dans nouvelles
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