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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 20:44

 

C’était la première fois que j’allais chez elle. Elle avait invité le petit groupe de mamans de l’école qui s’entendaient bien, avec les enfants, et l’initiative me faisait d’autant plus plaisir que c’était vraiment quelqu’un que j’aimais bien. Sous des allures un brin sévères, j’avais découvert une femme sensible et intelligente et j’étais ravie qu’elle m’ait conviée à cette petite après-midi papotage entre copines. Même si quelques indices m’avaient laissé supposer que nous n’étions sans doute pas tout à fait issues du même milieu, ou du moins que nous n’avions probablement pas reçu exactement la même éducation, j’avais accepté l’invitation sans éprouver le besoin de réfléchir pendant des heures à ce qu’il conviendrait de porter, d’apporter, de dire et de ne pas dire… J’y suis allée en toute décontraction.

Je suis arrivée en même temps que deux autres copines et leurs filles. Dès l’entrée, il était facile de se rendre compte que l’appartement était chic et propre. Pas débordant d’un luxe exagéré, mais chic. Et, donc, propre. Pas seulement au sens où il n’y avait pas des troupeaux de moutons en embuscade dans les coins, prêts à vous bondir dessus sitôt le seuil franchi, mais plus largement parce que rien ne dépassait, si vous voyez ce que je veux dire. Certes, tout le monde n’est pas obligé d’avoir plus de paires de chaussures que d’habitants qui s’entassent derrière la porte (c’est un exemple au hasard, n’allez pas imaginer qu’on bute sur des pompes si on ouvre trop grand la porte chez moi), mais s’il y a des intérieurs qui dès le premier regard donnent l’impression d’être habités par des hordes d’enfants pas sages et de parents négligents (encore une fois, ce n’est qu’un exemple), ce n’était pas le cas du tout de celui-ci, qui ressemblait plutôt à une maison témoin que personne n’aurait encore visitée. Le genre d’intérieur qui ne me met pas précisément à l’aise. Qu’importe que j’aie bien essuyé mes pieds, lavé mes mains ou que sais-je : quand j’arrive dans un endroit comme ça, je suis sale. Je le sens. Je sais que ma seule présence est une souillure infâme dans un environnement aseptisé. Je sais que si je croise un tapis je le contournerai, que je ne poserai qu’une fesse dans le canapé pour ne pas risquer d’y renverser mon verre et que je ne mangerai que si je peux me pencher suffisamment au-dessus de la table pour ne pas risquer de mettre des miettes sur le tapis. Sur lequel je ne poserai pas vraiment mes pieds, sollicitant ainsi jusqu’à m’en faire mal mes abdominaux.

La maîtresse de maison a tout de suite demandé aux enfants d’enlever leurs chaussures. Je n’avais pas d’objection. Moi-même, dans mon chez moi bordélique et à la propreté manifestement plus discutable qu’ici, j’aime autant que les chérubins se déchaussent, parce qu’il n’y a apparemment pas de jeu plus drôle, dès que les enfants sont plus de deux, que sauter sur les lits et essuyer ses pieds sur les fauteuils. Et s’il y a bien une chose que je redoute quand je suis reçue dans un endroit aussi propre, c’est que l’analyse des empreintes relevées dans la boue étalée sur le papier peint blanc révèle que la chaussure responsable est celle de ma fille…

Ce qui m’a semblé plus inattendu en revanche, c’est qu’au terme d’un bref moment de silence un peu gêné, une des copines avec qui j’étais arrivée propose que les mamans aussi retirent leurs chaussures – proposition que notre hôtesse a accueillie avec un évident soulagement. Dans certains polars nordiques, j’ai lu que ça se fait apparemment naturellement, d’enlever ses chaussures quand on arrive chez quelqu’un – que ce soit chez sa mère, son directeur ou un parfait inconnu. C’est d’ailleurs souvent à ça qu’on sait si on a affaire à un tueur organisé ou impulsif : le premier a pensé à ôter ses chaussures avant de commettre son forfait, tandis que l’autre a laissé des traces de neige boueuse partout. Mais on n’est pas dans un polar nordique, alors vous, je ne sais pas, mais moi je n’ai pas le réflexe, à chaque fois que je vais chez quelqu’un, de réfléchir à la paire de chaussettes que je vais mettre. Pendant que j’essayais de me souvenir quelle paire je portais justement et dans quel état elle était, la copine avait fini de se déchausser et mon hésitation passait nécessairement pour un aveu qu’a minima mes chaussettes étaient trouées, voire sales et malodorantes. Alors que pas du tout ! On était dimanche, jour de lessive. Ce qui ne veut pas dire que le linge est tout propre, mais qu’il est tout mouillé. Alors mes seules chaussettes disponibles étaient les grosses Hello Kitty que je portais tout le week-end à la maison. Parce que oui, chez moi, je reste en chaussettes. Mais comme le dimanche est, donc, déjà jour de lessive, ce n’est pas, en plus, jour de ménage – faut pas exagérer quand même – si bien qu’au terme de presque quarante huit heures passées à arpenter mon appartement non fraîchement récuré, mes chaussettes traînaient probablement bien plus de poussière que les semelles de mes chaussures vigoureusement essuyées sur le paillasson.

Autant dire qu’il était hors de question que je m’exhibe ainsi, au milieu des jolis bas fins tout juste sortis de jolis escarpins pour venir se poser joliment sur le joli tapis du salon. Je m’en suis voulu un instant de n’avoir aucune paire de chaussettes qui ne soit affublée d’un chaton rigolo, d’un ourson mignon ou de fleurettes ridicules, avant de me souvenir que ce qui était vraiment déplacé, c’était de faire déchausser ses invités adultes comme de vulgaires morveux malpropres ! N’empêche que c’était moi qui étais plantée là, dans cette entrée rutilante, à essayer de trouver une excuse acceptable pour ne pas quitter mes pompes, autre que « j’ai des chaussettes Hello Kitty poussiéreuses ».

- Non, mais si ça t’embête, c’est pas grave, hein ?

Je lui étais reconnaissante de me tirer de cette situation de gêne insoutenable, mais comment ne pas lui en vouloir de m’y avoir mise ? Maintenant, tout le monde allait me prendre pour une pue-des-pieds aux chaussettes même pas reprisées… Je me suis vengée gentiment en écrasant un gros morceau de frangipane sur le tapis – sans salir ma chaussette, du coup, ha ha ha ! – mais j’ai pensé que ce faisant, je risquais surtout d’aggraver mon cas (« en plus elle mange comme un goret ») alors je me suis arrêtée là.

Pourtant, à la vue de la petite serviette blanche immaculée accrochée à côté du petit lavabo brillant dans les toilettes impeccables, vous n’imaginez pas à quel point j’ai eu envie de me torcher dedans.

 

 

 

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 23:25

  

J’avais épuisé la totalité de mes ressources pour passer le temps intelligemment, alors j’enchaînais les parties de solitaire depuis un bon moment déjà. Malgré le côté un brin hypnotique et décérébrant de la chose, je faisais de mon mieux pour me donner l’air d’être bien concentrée et même un peu soucieuse, parce qu’on n’est jamais à l’abri d’un client qui débarque à l’improviste et c’est mieux d’avoir l’air occupé. Ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça. Les gens semblent trouver vraiment important que tu n’aies surtout pas l’air de ne rien faire, même quand tu ne fais rien, alors je fais semblant. Le dernier client qui a franchi cette porte sans s’annoncer m’a surprise en train d’enlever les peluches sur mon pull et j’ai eu toutes les peines du monde à le convaincre que c’était plutôt une bonne chose pour lui que je ne sois pas débordée. D’ailleurs, c’était il y a trois jours, il devait revenir avec le chéquier qu’il avait oublié la première fois et… bon : je crois que je ne l’ai pas convaincu, en fait. Alors ça fait trois jours que je reste assise devant mon ordinateur à faire comme si je travaillais. C’est insupportable. Surtout que comme les affaires vont mal, j’ai dû me séparer de la femme de ménage et franchement, je préfèrerais faire les carreaux et la poussière maintenant, plutôt que de devoir attendre une heure indue pour m’y mettre en toute discrétion et limiter les risques d’être prise en flagrant délit d’une activité qui n’est pas celle pour laquelle les gens font appel à moi…

En parlant des carreaux, mon attention avait été détournée de ma nième partie de solitaire par une chiure de pigeon fraîchement atterrie sur la fenêtre et ça commençait à me démanger d’aller l’enlever, si bien que mon air soucieux devenait tout à fait authentique à mesure que j’échafaudais un plan pour nettoyer cette souillure qui perturbait ma concentration, sans risquer de me faire surprendre par un client potentiel. J’étais sur le point de jaillir de mon siège pour mettre mon plan à exécution, quand le bruit caractéristique de l’avant-dernière marche de l’escalier m’a alertée : quelqu’un arrivait. Alors je suis restée en place et j’ai remplacé sur l’ordinateur ma partie de solitaire par mon fond d’écran : une savante compilation de divers fichiers, qui fait beaucoup d’effet quand on n’y jette qu’un coup d’œil rapide, parce que ça donne vraiment l’impression que je bosse sur des tas de trucs en même temps et ça, les gens adorent.

On a frappé doucement à la porte. J’ai attendu un peu, mais pas trop parce que si le visiteur n’avait pas l’intention de renouveler ses coups ou de patienter un peu, ce serait fâcheux que je rate un client, juste pour avoir fait semblant de ne pas être à l’affût et d’être trop occupée pour répondre immédiatement.

 

- Entrez !

 

Rien. J’espérais qu’il ou elle n’était pas déjà reparti, j’avais cruellement besoin d’un client et fallait quand même pas exagérer, je ne l’avais pas non plus faire poireauter deux heures !

 

- Oui, entrez !

 

La porte s’est ouverte doucement (ouf !) et une femme a timidement passé la tête dans l’entrebâillement.

 

- Euh… Bonjour. Monsieur Castaing, c’est ici ?

- Oui, c’est moi.

 

Elle m’a regardée de l’air de celle qui ne trouve pas ça drôle du tout.

 

- Je suis Madame Castaing.

- Ah, d’accord… Votre mari est là ?

- Je ne suis pas mariée !

- Monsieur Castaing est votre frère ?

- Non plus, non. Il n’y a pas de Monsieur Castaing. Pas ici en tout cas !

 

Cette fois, elle s’est montrée carrément suspicieuse :

 

- Mais… ce n’est pas ici, l’agence du détective ?

- Si, si ! C’est moi. Mais asseyez-vous, je vous en prie. Que puis-je pour vous, Madame… ?

- Josse. Madame Josse.

- Bien, Madame Josse. Je vous écoute.

- Vous êtes… l’assistante ?

 

Bon. J’avais gentiment fait semblant de ne pas comprendre qu’elle avait été surprise que je sois une femme, mais ce qui pouvait passer pour un étonnement acceptable au départ (mon annonce disait simplement « M. Castaing – détective », histoire de ne pas rebuter les misogynes et d’éviter une exposition trop grande aux préjugés), mais là, sa persistance à ne pas vouloir admettre que c’était moi et moi seule « M. Castaing – détective » frôlait l’impolitesse. Pour autant, je ne pouvais pas faire la fine bouche si elle avait de quoi payer…

 

- Je n’ai pas d’assistante. Je suis Marie Castaing, enquêtrice privée. C’est mon agence.

 

Elle est partie d’un rire bien pire que méprisant : parfaitement spontané. Elle pensait sincèrement que c’était une blague. Mais elle s’est ravisée en voyant ma tête.

 

- Vous plaisantez, n’est-ce pas ?

- J’ai l’air ?

- Non. C’est ce qui m’inquiète…

 

Carrément ! J’avais bien envie de l’envoyer s’inquiéter ailleurs, mais j’avais besoin d’argent, j’avais besoin d’argent, j’avais besoin d’argent, j’avais besoin… j’ai souri.

 

- Allons bon ! Je n’ai pas l’air d’un détective ? Vous vous attendiez à un type un peu rustre, mal rasé et en imperméable froissé ?

- Qu’est-ce que c’est que ce cliché idiot ? Je n’ai pas dit ça ! Mais de là à tomber sur une femme…

- Et bien ?

- Enfin ! Détective ! Ce n’est pas un métier pour une femme, quand même !

 

Quand ça vient d’un homme c’est déjà insupportable, mais alors venant d’une femme ça me donne carrément des envies de meurtres. Des années de thérapie pour apprendre à gérer ma colère, mais elle risquait bien de lui péter à la gueule, à cette conne, si elle continuait ! Elle a dû le sentir, parce qu’elle a semblé légèrement mal à l’aise. Mais j’avais toujours besoin de son argent, alors je ne lui ai pas planté mon coupe-papier dans l’œil.

 

- Madame Josse, tout de même… Vous imaginez si vous… que faites-vous dans la vie ?

- Je suis sage-femme, pourquoi ?

- Ah. Je suppose que ça n’arrive pas souvent qu’on vous préfère un homme ?

- Non.

- Alors imaginez que vous soyez cardiologue…

- Je ne vois pas le rapport.

- C’est un exemple…

- Un exemple de quoi ?

- De métier proche du vôtre pour lequel…

- Ah non ! La cardio c’est au 7ème étage du bâtiment F, alors que la maternité c’est à l’autre bout de…

- Mais c’est pas ce que je voulais dire !

 

J’avais crié un poil trop fort. Elle me regardait maintenant avec un mélange de surprise et de crainte. Il fallait que je me reprenne avant qu’elle parte en courant. Factures. Courses. Loyer. Le client est roi. L’argent n’a pas d’odeur. J’ai pris une grande inspiration avant de poursuivre presque calmement :

 

- Ce que je voulais dire, c’est que vous devez bien vous rendre compte que c’est assez désagréable de ne pas être prise au sérieux sous prétexte que je ne suis pas un homme. Vous imaginez si les femmes arrivaient pour accoucher en vous demandant où est le sage… euh… le sage-homme ?

- C’est idiot ce que vous dites.

- C’est pour ça que je préférais l’exemple avec le cardiologue…

- Je ne vois pas le rapport.

- Ah ! C’est bon ! J’ai compris !

 

Elle le faisait forcément exprès. Une façon de me tester, peut-être ? A moins qu’il y ait une caméra… Non. Le plus probable était sans doute qu’elle était stupide et bourrée de préjugés sexistes.

 

- Faut pas vous fâcher comme ça…

 

Ben voyons. Je m’attendais presque à ce qu’elle me demande si j’avais mes règles et si c’était ça qui me rendait irritable.

 

- Je ne me fâche pas. Je trouve simplement pénible de devoir m’entendre dire dans mon propre bureau qu’une femme ne peut pas faire le métier avec lequel je gagne ma vie.

  

Il ne me paraissait pas nécessaire de préciser que je la gagnais particulièrement mal et que c’était pour ça que je ne l’avais pas encore foutue dehors.

 

- Parce que vous croyez que ce n’est pas pénible pour moi, d’avoir fait le déplacement jusqu’ici pour rien ?

 

Et allons donc ! Non seulement elle m’avait foutue en rogne, mais pour rien, en plus ? Qu’est-ce qu’elle foutait encore là, alors ?!

 

- Vous n’allez donc pas avoir recours à mes services ?

- Ah ben non… Une femme détective, enfin ! Et pourquoi pas pompier, tant que vous y êtes ?

- Mais enfin ! Vous vous entendez ? De la part d’une femme, ce sexisme est encore plus inacceptable !

 

Elle m’a regardée un instant, interloquée. Choquée, même. Et elle m’a répondu, avec un petit sourire en coin parfaitement agaçant :

 

- Et donc… parce que je suis une femme, je ne peux pas me permettre d’émettre un avis qu’un homme, lui, pourrait défendre ? Et c’est moi qui suis sexiste ?

 

Alors là j’étais sans voix. Que répondre à ça de toute façon ? Elle me regardait, apparemment satisfaite de son implacable raisonnement. Quant à moi j’étais convaincue que je ne trouverais rien à dire qui puisse être d’une quelconque utilité, que ce soit pour alimenter le débat sur l’égalité des sexes, ou pour gagner une cliente. Alors j’ai abandonné la partie :

 

- Vous savez quoi ? Vous avez raison, je vous fais marcher : je suis la femme de ménage.

 

Elle a eu un soupir de contentement, comme une maman qui vient de faire avouer à son gosse une faute qu’il n’a même pas commise, et qui s’apprête à lui asséner l’immanquable « tu vois, c’était pas si compliqué… et tu te sens mieux maintenant, n’est-ce pas ? », puis elle a secoué la tête avec indulgence et elle est partie, manifestement ravie de m’avoir fait entendre raison.

Comme il était peu probable qu’un deuxième client potentiel débarque tout de suite, je suis allée m’occuper de cette chiure de pigeon sur ma fenêtre. Elle était encore bien fraîche, alors je l’ai allongée un peu en crachant dedans, avant de la laisser tomber tout droit sur la tête de l’emmerdeuse qui quittait mon bureau. J’espère que c’était un pigeon mâle.

 

 

 

 

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 22:30

 

Voilà un projet qui me plaît tout particulièrement et qui, après bien des péripéties, voit enfin le jour pour mon plus grand plaisir !

 

Il s’agit de l’excellente adaptation audio de deux de mes nouvelles – par des professionnels : ce n’est pas moi qui cause dans le micro de mon ordi !(1) – et personnellement, j’ai adoré le résultat… Je ne dis pas ça pour vous donner envie, hein, mais à votre place j’aurais envie quand même !  

 

Alors hop ! On clique :

 

 

   

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Et comme je ne suis pas du genre à tirer la couverture à moi, dans l’hypothèse (farfelue) où vous auriez super envie d’écouter des histoires, mais surtout pas les miennes, réjouissez-vous : il y a d’autres auteurs à découvrir !

 

 

 

 

 

(1) pour ceux qui doutent, allez-y voir (et entendre) quand même : vous pourrez écouter un extrait d’abord...



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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 00:33

 

Bien qu’étant une mère exemplaire, totalement dévouée à ma progéniture et prête à me saigner aux quatre veines pour faire de la chair de ma chair une personne incroyablement merveilleuse, je n’en reste pas moins humaine et surtout, surtout, ma délicieuse descendance ne peut pas (encore) prétendre tout à fait au même degré de perfection que sa divine maman et malgré tous mes efforts et son patrimoine génétique prometteur et avantageux, elle n’a pas été foutue de m’éviter la convocation par la maîtresse à l’école.

Bon.

On ne peut jamais totalement exclure qu’une maîtresse prenne le temps de convoquer les parents des enfants les plus formidables pour leur dire toute son admiration, mais dans l’hypothèse probable où ce ne serait pas le cas, je m’étais plutôt préparée à m’entendre reprocher quelques manquements de ma fille aux attentes certainement exagérées de sa maîtresse. Je m’étais également entraînée à ne pas me départir de mon sourire quoi qu’elle dise, comme si rien de ce qu’elle pourrait m’annoncer n’était susceptible de m’atteindre.

Mais bien sûr, que je peux tout entendre. C’est pas comme si j’étais prête à mourir pour cette enfant, hein ? C’est pas comme si j’avais placé tous mes espoirs, mes rêves, mes ambitions les plus folles et toute la force de mon amour insensé dans ce petit corps sorti du mien et nourri à mon sein, hein ? Oui, bon, d’accord, je l’ai nourrie au biberon, mais est-ce que ça change vraiment, fondamentalement quoi que ce soit, hein ? Est-ce qu’avec tout le mal qu’on se donne on n’a pas droit à un peu de considération de la part de la maîtresse qui, quand on y pense, n’a pas lourd de légitimité pour asséner ses bonnes paroles et ses reproches, parce que franchement, si les maîtresses étaient vraiment bonnes à autre chose qu’à faire garderie, elles seraient mieux payées, non ? Non… je sais, je m’égare, ça va, c’est bon… allez : je m’excuse, pardon. J’ai beaucoup de respect pour le travail des maîtresses en générale et celle de ma fille en particulier. Promis. Mais ça fait quand même mal au cul que la première pétasse venue vienne t’apprendre comment élever tes gosses, bordel !... Pardon. Je m’emporte, mais vous me comprenez, non ? Si vous n’êtes pas vous-même un bon parent, peut-être pas, mais les autres… non ?

Bref. Là n’est pas vraiment le propos.

Le propos, c’est que la maîtresse qui convoque un parent le reçoit dans sa salle de classe. Pourquoi pas. Sauf que dans les petites classes – qui doivent leur nom à la taille des enfants qu’elles accueillent et non au fait qu’elles sont de dimensions réduites elles-mêmes – dans les petites classes, donc, le mobilier est lui aussi petit – petites chaises, petites tables – à l’exception de la chaise et du bureau de la maîtresse. Mais pour une raison qui m’échappe (budgétaire ?) les salles de classe ne sont pas pourvues d’une deuxième chaise de taille normale, si bien que la maîtresse qui, donc, reçoit un parent non nain (le problème prend une dimension toute différente avec un nain) (ha ha) la maîtresse, donc, propose invariablement de s’installer à la place des enfants.

- C’est la place de votre fille, tiens, on va se mettre là…

Ben oui, tiens, quelle bonne idée.

La place de ma fille est, comme toutes les autres places de tous les autres élèves et comme on l’imagine, coincée entre un bureau (le sien) devant, un autre derrière et des chaises de part et d’autre. L’étape 1 de la convocation par la maîtresse consiste donc à se glisser entre le bureau de derrière et celui de devant, sans qu’un pan du manteau, le sac à main ou un coup de genou malencontreux ne foute par terre la trousse du petit voisin de derrière ou le cahier de la petite voisine d’à côté. Si ce miracle se réalise, il faut alors réussir le double exploit de plier suffisamment les genoux et de garder le buste suffisamment droit, afin de pouvoir atteindre l’assise de la toute petite chaise sans que les fesses ne heurtent préalablement le bureau de derrière et sans qu’un sein ne vienne buter sur celui de devant. Et à l’instant précis où la fesse (oui : je n’en ai qu’une qui tient, moi, sur une chaise d’enfant) à l’instant, donc, où la fesse atteint enfin la chaise, il faut surmonter encore l’immanquable bouffée d’angoisse à l’idée qu’une si petite chaise sous un si gros cul pourrait très bien rendre l’âme et ajouter à l’humiliation d’être le parent dont l’enfant nécessite une attention particulière, celle de se retrouver le cul par terre coincée entre deux tout petits bureaux d’écolier.

Autant dire que quand, au terme de nombreuses contorsions et d’aussi nombreuses sueurs froides, je me suis finalement retrouvée assez stable sur ma fesse, bien calée sur la chaise de ma fille, sans avoir cassé ni fait tomber quoi que ce soit, j’étais tellement soulagée que j’étais presque prête à entendre que ma fille était une délinquante juvénile. Sauf que la maîtresse, qui affiche bien dix ans de moins que moi et autant… disons le double de kilos en moins n’était, elle, pas encore assise. Elle s’est faufilée entre les bureaux et les chaises comme s’il n’y avait ni bureau ni chaise et elle a voulu en tirer une, de chaise, pour s’y asseoir, mais je la bloquais avec mon pied. La chaise. Bien involontairement, cela va sans dire, n’empêche que mon pied empêchait la maîtresse de poser son délicat petit fessier léger sur la chaise. Et c’est pas que je voulais pas bouger mon pied et libérer la chaise, hein, attention, faut pas croire ! Je ne demandais que ça, moi… mais coincée comme je l’étais déjà avec ma fesse sur la chaise, un genou dans le casier du bureau et l’autre dans le nez, je ne pouvais pas.

- Oh, excusez-moi, je suis sotte ! On ne peut pas tenir là toutes les deux, bien sûr : vous êtes grosse ! Où avais-je la tête ? Restez là, vous, puisque vous êtes encastrée, moi je vais me mettre plus loin.

Bon, elle n’a pas vraiment dit ça, mais c’est exactement ce que j’ai entendu. Ce que j’ai vu dans son petit sourire supérieur en tout cas. Et dans ses yeux narquois. Finalement, je n’étais plus du tout disposée à l’entendre me dire quoi que ce soit sur ma fille, mais j’étais coincée. Au sens propre, je veux dire. Alors j’ai souri exactement comme j’avais prévu de le faire, en opinant de temps à autres et, surtout, en réfléchissant au moyen de m’extraire de ce piège sans embarquer avec moi la moitié du mobilier de la classe quand elle aurait fini. J’ai opté pour une stratégie à base de stylo prétendument tombé par terre, ce qui m’a permis de relever les fesses avant tout le reste en m’assurant un appui discret, mais solide, d’une main au sol tandis que, de l’autre, j’anticipais le second mouvement, relever le buste, en m’appuyant cette fois sur le bureau. Franchement, je m’en suis super bien sortie. Ma fesse n’est pas restée coincée dans la chaise, je n’ai pas fait basculer le bureau, je n’ai rien cassé… Non, vraiment, j’ai fait une belle sortie.

Je ne sais pas trop bien ce qu’elle me voulait, finalement, miss monde, avec sa silhouette de brindille, mais en tout cas ça s’est plutôt bien passé. Je suis contente.

 

 

 

 

 

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 23:55

 

J’ai emmené ma fille et sa copine à la piscine. Dimanche, comme tout le monde, si bien que le bassin grouillait de mômes déchaînés, de parents fatigués et de vieilles qui ne trouvent rien de mieux à faire que de venir simuler leurs exercices d’aquagym en même temps que la horde des mômes et parents précédemment évoqués, ce qui leur permet peut-être d’avoir l’impression d’appartenir toujours au monde des vivants mais leur assure, surtout, la possibilité de pester contre cette marmaille qui ne respecte plus rien je vous jure tout fout le camp.

Mais les gamins s’en foutent : ils barbotent joyeusement et ne semblent gênés ni par la foule, ni par le bruit, ni par quoi que ce soit d’ailleurs qui rend pourtant leurs parents dingues et prêts à butter un gosse au prochain coup de pied ou à la prochaine éclaboussure. Privilège du jeune âge. Ils riront moins dans quelques années quand ils emmèneront leurs propres gosses faire trempette le dimanche.

Pour ma part je vis plutôt bien la sortie dominicale à la piscine : j’aime l’eau et les enfants – pas tous, mais dans l’ensemble et de prime abord disons que je leur accorde le bénéfice du doute – alors c’est une corvée que j’aborde plutôt sereinement.

Avec deux gamines à surveiller au lieu d’une, j’étais peut-être un tout petit peu moins zen, mais ça allait. Elles ont passé au moins tout le premier quart d’heure à arpenter le bassin en long, en large et en travers par le fond, à la recherche d’un précieux anneau : en plastique, un peu lestés, ces anneaux font la joie des gamins qui les lancent et plongent les rattraper vite avant que le requin les attrape, mais s’ils sont mis à disposition de tous – les anneaux, pas les gamins – ils le sont bien entendu selon le principe du premier arrivé, premier servi, et il va sans dire que je ne fais jamais partie des premiers arrivés le dimanche matin, que ce soit à la piscine ou ailleurs. Les filles ont donc dû faire preuve de vigilance et de persévérance, mais elles ont fini par en récupérer un. Joie. Fierté. Mais dès leur second lancé, elles se le sont fait piquer par une vieille. Pas un gosse : une vieille. Qui avait déjà un autre anneau pour faire plonger son gamin, mais apparemment il lui en fallait deux. J’ai cru que les filles allaient pleurer. Alors je suis allée voir la vieille :

 

- Excusez-moi, les petites jouaient avec cet anneau, si vous vouliez bien leur rendre…

- Y a leur nom dessus ?

- Pardon ?

- C’est à tout le monde que j’sache !

- Oui, mais là en l’occurrence…

- Viens Kevin, on va jouer plus loin.

 

Et la vieille m’a plantée là, emportant son gamin et ses deux anneaux à l’autre bout du bassin. J’ai hésité un instant à aller sournoisement baisser son maillot pour faire diversion et lui reprendre non pas un, mais les deux anneaux, mais les gamines qui avaient assisté à la scène paraissaient plutôt amusées et, finalement, pas si perturbées que ça par la perte – que dis-je : le vol ! – de leur précieux anneau, alors j’ai laissé tomber. Privées d’anneaux, les petites sont rapidement allées chahuter dans les bulles – l’autre truc trop génial à faire à la piscine quand t’as pas d’anneaux et moins de dix ans. Elles riaient comme des petites folles quand la vieille conne est venue poser son Kevin au milieu du bouillon, dégageant les gamines par la même occasion. Elles ont eu un instant de joie en se disant que c’était le moment de récupérer les anneaux, mais elles ont déchanté en s’apercevant que pendant que Kevin buvait la tasse dans leurs bulles, sa mère tenait bien fermement leur anneau dans sa grosse paluche, dans l’hypothèse où à un moment ou un autre de leur matinée ludique il reprendrait à son rejeton l’envie de jouer avec. Cette fois, j’ai bien senti dans le regard qu’elles m’ont adressé qu’il fallait que j’intervienne. Je me suis approchée lentement de la vieille, histoire de me donner le temps de réfléchir à la meilleure stratégie à adopter avec cette conne. Inutile de faire valoir le droit de tous les enfants à une part de bulles, j’entendais déjà le « Vous avez réservé peut-être ? » qu’éructerait la mégère, alors je cherchais quelque chose de plus fin pour venger mes petites protégées… et l’idée est venue d’elle-même, lumineuse. Je me suis postée près du gosse avec ma plus belle tête d’innocente et mon air de rien, j’ai attendu quelques secondes que les choses se fassent, et j’ai joué ma scène avec toute la force de conviction que seuls les gens de mauvaise foi savent déployer :

 

- Ah ! Mais c’est dégoûtant ! (regard accusateur à Kevin) C’est TOI qui a fait ÇA ?! (doigt pointé sur l’objet du délit : une jolie petite selle bien moulée, de taille suffisante pour être bien visible, sans être trop grosse pour rester crédible… j’aurais voulu le faire exprès que je n’aurais sans doute pas mieux fait).

 

Regard mortifié du gosse, cris et panique dans le bassin. Comme le petit n’était pas directement responsable de mon agacement et que je ne suis pas totalement favorable à l’humiliation gratuite d’un enfant, j’ai vite rectifié le tir :

 

- A qui est cet enfant ? Qui sont les parents ?

 

Visage cramoisi de la vieille que je sentais sur le point de renier sa progéniture, alors j’ai pris les devants avant qu’elle se carapate :

 

- C’est le vôtre, Madame ? Ah ben bravo ! A l’âge qu’il a, on voit le genre d’éducation qu’il a dû avoir, je vous félicite !

 

Le bassin était presque vide. J’avais lâché Kevin qui, lui, n’avait eu aucun remords à abandonner sa mère. Ne restaient plus que la vieille, au bord des larmes, incapable du moindre geste et de la moindre parole sous le regard réprobateur des parents et maître-nageur qui l’attendaient de pied ferme sur le bord du bassin, moi, et mes deux gamines pétées de rire.

Je les ai sorties de l’eau de mon plus bel air offusqué en fulminant :

 

- Venez les filles, à cause de la dame on est obligées de sortir ! Ah je vous jure ! Mes pauvres chéries…

 

Je ne me suis pas éternisée pour assister à la sortie honteuse de la vieille, j’étais déjà pleinement satisfaite de ma revanche et les filles aussi, toujours mortes de rire.

Celle-là au moins, sans mauvais jeu de mots, elle ne risquait pas de me refaire chier de sitôt.

 

Ah si, finalement, c’est un mauvais jeu de mots…

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 16:21

 

Je suis munie d’une enfant d’un âge que l’on peut encore qualifier de bas. Ce qui signifie qu’il ne m’est pas arrivé de dormir plus de huit heures d’affilé depuis très longtemps, mais je n’ai pas renoncé pour autant à bien dormir et même, dans le but de dormir mieux, j’ai changé de matelas. J’en ai commandé un tout beau tout neuf et plein de belles promesses de nuits de bonheur (bien que fourni sans accessoires) et je me le suis fait livrer un matin, à une heure raisonnable, c’est-à-dire une bonne heure après celle à laquelle ma fille sonne. Se réveille, je veux dire. Et me réveille, donc.

Comme nous nous étions couchées un peu tard la veille, j’avais mis mon réveil au cas où, pour la première fois de sa vie, ma fille aurait eu l’idée lumineuse de se lever et de vivre sa vie sans éprouver le besoin de me le faire savoir. Ce n’est pas parce que cela fait bientôt trois mille matins qu’elle préfère me réveiller avant toute chose que je ne garde pas espoir. Et je ris d’avance de tous ces matins à venir où c’est moi qui la réveillerai… Mais dans l’attente de ces jours heureux, j’avais donc, pour réceptionner ma livraison, réglé le réveil au cas où.

Et quelle ne fut pas ma surprise quand c’est le son dudit réveil et non pas le traditionnel « on va déjeuner maman ? » qui m’a tirée du sommeil. J’étais acculée au bord du lit, le reste de l’espace étant entièrement occupé par ma fille en position étoile de mer. Evidemment. Elle ne m’avait pas réveillée à une heure scandaleuse, ça cachait forcément quelque chose… Je ne savais pas depuis combien de temps elle squattait MON lit, mais je n’ai pas eu le loisir d’approfondir la question : la sonnerie de l’interphone a retenti, mon matelas arrivait. J’ai ouvert et là, challenge, me rendre à peu près présentable en moins de temps que n’en prendrait le livreur pour monter. J’ai foncé à la salle de bain pour essayer en un temps record de me coiffer, me débarbouiller et m’habiller, mais je n’habite pas dans les hauteurs vertigineuses d’un immeuble sans ascenseur alors le livreur est arrivé bien trop vite pour que j’aie seulement le temps de penser à tout ça. J’ai enfilé un peignoir et passé mes doigts dans mes cheveux en prenant pleinement conscience que dans cet état, ce serait difficile de roucouler pour obtenir du gentil livreur qu’il reparte avec mon vieux matelas sous le bras… J’avais bien rodé le discours de la pauvre petite femme fragile, qui allait se ruiner le dos si elle descendait ça toute seule alors que, si c’est pas ironique, c’est justement pour son dos qu’elle s’était ruinée dans un matelas neuf, ha ha ! - et l’idée était d’assortir mon baratin de cette espèce d’insupportable petite moue que savent si bien faire ces filles qui ne paient jamais le restaurant et portent à peine leur sac à main, mais avec le visage chiffonné de sortie du lit, les cheveux en vrac et mon gros peignoir de mémère pour cacher la misère du vieux tee-shirt dans lequel j’avais dormi, ça s’annonçait moins évident.

- Bonjour Madame ! Je vous le mets où ?

- Si vous voulez bien le mettre dans ma…

Dans ma chambre ? A la place du vieux que vous voudrez bien emporter s’il vous plaît parce que…

- Ah ben non, ma fille dort sur le vieux. Laissez-le là, ça ira.

J’ai regardé partir mon livreur en sentant déjà tout le poids de mon vieux matelas sur mes épaules. Des années que ma fille me réveille trop tôt pour rien. Une occasion de la réveiller à mon tour, avec une vraie bonne raison de le faire, sachant qu’elle n’avait de toute façon rien à faire dans mon lit et qu’est-ce que je fais ? Je la laisse dormir.

Y a des jours, franchement, je me dis que je suis bien trop faible pour être mère.

Mais ce jour-là, je me suis dit qu’elle n’allait pas s’en tirer comme ça et c’est qu’elle qui l’a descendu, mon vieux matelas.

 

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 01:33
 
A l’heure radieuse du mariage pour tous, alors que tout le monde a un avis sur la question et le partage qu’on le veuille ou non – parce que soyons clairs : je ne souhaite aucunement entendre ce que le beauf de la table d’à côté à la cantine pense de deux mecs qui s’enculent, pas plus que je n’ai envie d’écouter la première pétasse venue vanter son incroyable ouverture d’esprit et son incommensurable tolérance parce que son chien est gay et qu’elle n’a pas d’objection à ce que des gens… comme ça se marient entre eux – à l’heure joyeuse, donc, du grand débat sur le thème « aimez-vous les uns les autres », je voudrais sensibiliser les foules bienveillantes de même que les masses bien-pensantes au fait qu’on n’est pas non plus obligé d’aimer qui que ce soit et encore moins d’épouser un homme, une femme, un chien ou un petit homme vert. Oui au célibat pour tous, bordel de merde !
Bon, avant la levée de boucliers je précise : je sais, oui, merci, que la question du « mariage pour tous » (tiens, d’ailleurs, pourquoi « mariage pour tous » ? On est bien d’accord qu’il n’est question que du mariage homosexuel, non ? A moins que j’aie raté un truc, on ne parle ni du mariage d’enfants mineurs, ni du mariage d’un homme et de sa chèvre, ni… rien de scabreux, n’est-ce pas ?) je sais, donc, que cette question va bien au-delà du droit au port de la robe blanche et au-delà également de la simple acceptation sociale et qu’il est aussi (et surtout) question de droits et d’obligations entre époux, de fiscalité, de succession, etc., et pour que les choses soient bien claires, je ne vais ni vous dire ce que j’en pense, ni chercher à ouvrir une discussion et encore moins faire un parallèle entre ma situation de célibataire QUI LE VIT BIEN MERCI et celle de toutes ses tarlouzes qui ne savent plus quoi faire pour se faire remarquer maintenant que la gay pride ne dérange plus personne. (Oh, ça va, rangez vos insultes et vos grands airs, je déconne…)
Bref. Non, je veux juste encore et toujours parler de moi et de mon nombril solitaire et libre de tout engagement marital et comme je ne recule devant rien pour attirer le lecteur dans les filets de ma prose égocentrique, j’ai trouvé que cette petite introduction sur le mariage gay était une idée lumineuse, même si le rapport n’est qu’indirect. Il n’empêche qu’on entend beaucoup dans les conversations du moment parler de tolérance et de chacun fait fait fait c’qui lui plaît plaît plaît (oui, j’ai vécu pleinement les années 80, ce qui fait de moi une célibataire même plus vraiment de première fraîcheur), alors je profite de cette ambiance débridée pour lancer un cri et demander à toutes les connasses du monde de me lâcher la grappe et de me laisser apprécier mon célibat en paix – ce qui inclut de me laisser apprécier un homme sans me soupçonner immédiatement de vouloir coucher avec ou pire, d’en être amoureuse.
Aux connasses* qui me lisent et qui se sentent peut-être visées parce qu’elles ont récemment adressé, à moi ou à une autre célibataire, un regard entendu souligné d’un « han han, tu le trouves sympa ?! » des fois que le regard n’aurait pas suffi à faire comprendre qu’on la leur fait pas à elles, sachez que je ne trouve peut-être pas que vous êtes des connasses dans l’absolu, mais sur ce point précis, sans déconner, vous méritez plus que largement l’insulte. Alors que je vous sens, pour certaines d’entre vous du moins, prêtes à accepter le plus naturellement du monde (et vous avez bien raison) le mariage gay, mais aussi le sexe en dehors du mariage, la partouze, l’amour platonique, les pratiques sexuelles déviantes (et je ne parle pas pour celles qui se croient dévergondées parce qu’elles ont lu « Fifty shades of Grey »), ou des choix de vie encore plus dingues comme la monogamie et la fidélité, pas une n’est capable de trouver normal que je sois célibataire, sans être pour autant à l’affût du moindre mâle prêt à me coller un coup de bite en passant.
Quand j’avais quelques années et quelques kilos de moins, il suffisait que je déjeune plus d’une fois avec un collègue masculin pour qu’on me prête une liaison ou – si le collègue en question était trop marié et supposé trop sage pour ça – une intention peu louable de briser son ménage. Parce qu’il va sans dire que la jeune célibataire est une chaudasse un peu salope sur les bords qui ne recule devant rien, et surtout pas devant les liens sacrés du mariage (homo ou hétéro, la célibataire fougueuse s’en cogne), pour un peu de sexe sur la photocopieuse.
Maintenant que j’ai vieilli et, donc, grossi, on ne m’accorde plus autant de succès, mais on ne me traite pour autant toujours pas tout à fait comme une femme normale. Mariée. Ou divorcée à la rigueur. Non, la célibataire qui l’a toujours été reste nécessairement une femme en manque, frustrée et désireuse de rencontrer l’amour à tout prix, ou au moins un bon coup. Et ses relations avec les hommes quels qu’ils soient sont nécessairement marquées par ce désir inavoué que la célibataire a FORCEMENT de le mettre dans son lit et/ou dans son cœur.
Allez, ne faites pas comme si vous ne voyiez pas à quoi je fais allusion… Au bureau, la chef annonce l’arrivée d’un collaborateur. A la cantonade, elle dira son âge, son profil, sa formation, son expérience. A la célibataire, elle précisera « mais il est marié » ou « et il est célibataire » avec le fameux regard entendu de celle à qui on ne la fait pas. Autre exemple : « Vous viendrez à la soirée ? Y aura (liste de ce qu’il y aura à manger, à boire, à faire…) et (avec le regard entendu adressé à qui de droit) y aura des mecs célibataires (clin d’œil) ».
Franchement, c’est lourd. C’est lourd parce que c’est même pas (toujours) méchant et pire, ça se veut même parfois gentil, et c’est tout le temps. Sans déconner. Presque tous les jours j’y ai droit. « Et Machin, il te plaît pas ? ». « Tu passes du temps avec Truc, hein ? (clin d’œil) ». « Tu sais, Bidule va venir et c’est bien ton genre ». « Tiens, faudrait que je te présente Untel, je suis sûre que vous pourriez vous entendre ». Etc.
Sachant que « le genre » d’une célibataire quelle qu’elle soit, c’est, bien entendu, je vous le donne en mille… un célibataire, bien sûr. Quel qu’il soit.  
Et si d’aventure il arrive qu’on oublie de me rappeler que c’est assez peu crédible d’être célibataire et prétendument pas malheureuse pour autant, la pub le fait partout en gigantesque affichage, à la télé et, évidemment, sur internet, avec toujours cette question comme argument de poids : pourquoi rester célibataire alors que c’est si facile de trouver l’amouuuuuuur ?!   
Alors que ce soit bien clair une fois pour toutes :
- Oui, je suis célibataire.
- Non, je n’en souffre pas.
- Oui, je préfère le rester qu’essayer de séduire TOUS les célibataires qui se présentent.
- Non, je n’exclus pas de tomber amoureuse et/ou de me faire sauter un jour, mais
- Oui, je refuse de ne vivre que dans cette attente parce que
- Non, je n’ai pas pour seul but et seul intérêt dans la vie de trouver un homme et faire du sexe.
 
Donc lâchez-moi et cessez de vivre vos fantasmes de séduction et de sexe débridé à travers moi sous prétexte que vous vous êtes mal mariées, ou trop tôt, ou qu’importe je m’en fous : je ne viens pas vous proposer des plans à trois pour égayer votre vie de couple, gardez vos célibataires et vos sous-entendus dont je n’ai que faire pour pimenter ma vie de nonne. J’ai de bons sextoys et je vais très bien, merci.
 

 
 
* Connasses, oui, pas connards, parce que dans ce cas précis, le féminin l’emporte. Ne me demandez pas pourquoi, ce n’est qu’un constat, pas une théorie.
 
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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 01:35

 

Je ne suis pas une adepte des bonnes résolutions. Je déteste ça, même. On a déjà bien assez de pression comme ça sans s’en rajouter tout seul. Sans compter que c’est affreusement culpabilisant de ne pas tenir les résolutions que l’on prend soi-même. Alors par tradition, je ne prends aucune bonne résolution pour la nouvelle année. Ce qui ne m’empêche d’ailleurs pas de faire des trucs bien de temps en temps, soit dit en passant, mais pas forcément en janvier.

Quoi qu’il en soit, résolution ou non, le 1er janvier, j’ai décidé de faire le grand ménage.

 

- Ben maman, qu’est-ce que tu fais à la baignoire ?

- Je la lave, ma chérie.

- Ah bon ?

- Oui. Je fais le ménage à fond, aujourd’hui !

- OUAIS !

 

J’étais ravie de son enthousiasme, même si je ne voyais pas bien ce qui la mettait pareillement en joie : sans être une fée du logis, loin s’en faut, je ne suis pas un porc non plus et mon intérieur est d’une propreté à peu près acceptable pour qui n’est pas d’une maniaquerie excessive. Qui plus est, je suis à peu près certaine qu’une enfant de huit ans en général et la mienne, bordélique et volontiers cradingue, en particulier, ne fait pas la différence entre le ménage approximatif de d’habitude et le grand ménage.

J’ai compris quand elle est revenue vingt minutes plus tard – et oui : j’étais toujours dans la salle de bain. Pas qu’elle soit si grande, mais que de recoins poussiéreux on compte, entre une baignoire et un bidet ! Un truc de dingue… Bref, ma fille est revenue :

 

- TIN NIN !

 

Elle brandissait une banderole multicolore sur laquelle elle avait écrit « Bienvenue Mamy ! ».

 

- Qu’est-ce que c’est ?

- Ben c’est pour dire bienvenue à Mamy.

- Je vois bien, oui, mais…

- Je vais l’accrocher dans l’entrée !

- Maintenant ?

- Ben oui !

- Mais enfin ma chérie, on ne va pas vivre avec une banderole dans l’entrée à l’année !

- Mais non, c’est juste pour quand Mamy va arriver !

- Ben c’est que je sais pas quand elle va venir, moi.

- Quoi ? Elle vient pas ?

- Euh… non, là c’est pas prévu, non.

- Ah bon ? Ben pourquoi tu fais le ménage alors ?

 

Je n’ai pas su dire si elle se foutait ouvertement de moi, ou si elle était sincèrement surprise de me voir faire le ménage alors que Mamy ne venait même pas. Je n’ai pas cherché à savoir, peu convaincue qu’une réponse soit plus plaisante que l’autre. J’ai fait mine de désapprouver le bazar qu’elle avait sûrement mis en bricolant sa banderole et j’ai quitté la salle de bain pour m’attaquer à la cuisine, en commençant par faire la vaisselle. L’air toujours un peu étonnée de me voir m’affairer ainsi, elle est venue regarder dans l’évier désormais vide et propre :

 

- Oh lala ! D’habitude, y a tellement de trucs dedans que j’en avais jamais vu le fond !

- Bon, t’as pas autre chose à faire, toi ? Va donc ranger ta chambre, sinon je mets tout ce qui traîne à la poubelle pour pouvoir passer l’aspirateur !

- T’as un aspirateur, toi ?

- Va ranger ta chambre !

 

Faire le ménage, petit ou grand, ne favorise jamais ma bonne humeur, j’avais pas besoin en plus des réflexions de ma fille. Elle est partie et, sans que je sache bien ce qui m’a pris vu que je n’avais plus pratiqué la chose depuis… tellement longtemps que je n’avais aucun souvenir de la dernière fois que je l’avais fait, je me suis mis en tête de faire du repassage. J’ai eu du mal à exhumer la planche de derrière les autres objets oubliés qui la cachaient – un balai à franges, une pelle et une balayette, une raclette à vitres – et ma (sale) gosse a rappliqué quand j’ai fait dégringoler tout le bazar. Elle m’a regardée un moment me battre avec les pieds de la planche à repasser avant de demander, dubitative :

 

- Tu sais comment ça marche, ça, toi ?

- Bon, je t’ai prévenue : si quoi que ce soit me gêne pour passer l’aspirateur dans ta chambre, poubelle, t’as bien compris ?

 

Elle est repartie sans prendre la menace au sérieux, d’abord parce que je l’avais proférée souvent sans la mettre à exécution, ensuite parce qu’elle ne devait pas croire que j’allais vraiment sortir l’aspirateur. D’ailleurs, elle ne devait même pas savoir que j’en avais vraiment un.

Ça m’a pris encore un moment avec les pieds de cette foutue planche à repasser, que j’ai fini par poser (laisser tomber) au sol, avant de m’apercevoir que je n’avais aucune idée de l’endroit où pouvait bien se trouver le fer. J’étais passablement énervée, d’autant qu’avec tout ce que j’avais foutu par terre pour sortir cette planche, ça me faisait du bazar supplémentaire à ranger pour rien. J’étais prête à balancer planche, pelle, balayette et toutes ces merdes par la fenêtre, mais j’ai fait preuve de sang froid et à la place, je suis allée dans la chambre de ma fille, qui n’avait évidemment rien rangé. J’ai ramassé absolument tout ce qui traînait par terre sans un mot et j’ai tout jeté au vide-ordure, sous son regard totalement ébahi. Elle n’a pas moufeté. Pas protesté. Pas pleuré. Rien. Elle a stoïquement encaissé la sanction, certes sévère, mais pas totalement injuste si l’on considère toutes les fois où j’ai menacé sans agir.

Pour ma part, j’ai culpabilisé des semaines (je n’avais même pas passé l’aspirateur après avoir fait place nette…) et j’ai finalement remplacé l’intégralité des jouets jetés, avec un petit cadeau en prime pour me faire pardonner.

Il va sans dire que ma fille n’a plus jamais rangé et ne rangera probablement plus jamais sa chambre. Quant à moi, la prochaine fois qu’il me prendra l’envie de faire le ménage, j’inviterai Mamy.  

 

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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 19:05

 

 

oeuvre-d-art.JPGLe dessin représente une jeune femme en robe de mariée avec de grands yeux aux longs cils savamment recourbés. Elle porte un beau collier et un bouquet de fleurs, et elle a un grain de beauté au-dessus de la lèvre

 

C’est moi. Dessinée par ma fille quand elle était petite.

 

Je n’ai jamais porté et ne porterai certainement jamais de robe de mariée. D’ailleurs, je ne porte jamais de robe. Mes yeux sont plutôt petits et mes cils n’ont jamais été approchés suffisamment par un quelconque mascara pour avoir une courbure pareille. Je n’ai aucun bijou et je n’aime pas les fleurs.

 

- Ben oui mais ce serait quand même mieux que tu te maries, hein, et puis les dames ça se maquille et ça se fait belle !

- Hm… et mon grain de beauté, tu t’es trompée : il est sous mes lèvres, pas au-dessus.

- Ah non, je sais, mais c’est moche, dessous, alors je l’ai mis au-dessus.

 

Ce dessin n’est donc absolument pas moi. En revanche, il est totalement ma fille, alors je le garde très précieusement. D’autant plus que ma fille, elle, je n’ai pas pu la garder, au prétexte qu’une semaine toute nue dans une cave, ce serait trop sévère comme punition pour avoir vexé sa maman.

 

 

 

 

 

Ecrit pour le Défi du samedi : "Quelle oeuvre d'art vous tient particulièrement à coeur ?"

 

 

 

 

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 00:02

 

Quand les portes de l’ascenseur ont refusé de s’ouvrir à notre étage et qu’il a fallu se rendre à l’évidence et admettre que nous étions bel et bien coincées, ma fille a instantanément changé de couleur. Avant de fondre en larmes en criant.

Je n’étais pas non plus particulièrement sereine, confinée dans cet espace réduit, mais j’ai affiché un calme olympien en prenant ma fille dans mes bras pour apaiser ses craintes.

 

- Maman, si on meurt, je veux que tu saches que je t’aime ! Et si je meurs avant toi, tu diras à ma famille que je l’aime !

- Mais enfin ma chérie, pourquoi voudrais-tu qu’on meure ? Ils vont le dépanner, l’ascenseur !

- Mais ils mettent deux jours ! On va mourir de faim ! J’ai déjà faim !

 

Ma fille dans toute sa splendeur : tragédienne et vorace. Je n’avais rien pour calmer sa faim, mais j’ai réussi tant bien que mal à calmer ses angoisses. Elle a fini par s’asseoir, résignée, mais c’est moi qui n’ai pas tardé à m’agacer un peu.

On avait déjà parlé deux fois avec le monsieur qui répond quand on appuie sur le bouton avec la cloche, car oui, si comme moi vous vous posiez la question, il y a bien un monsieur qui répond quand on sonne. Il s’appelle Franck, il est sympa. Ma fille l’a remarqué aussi, au bout de notre troisième appel :

 

- Dis donc, à chaque fois, il est très poli, hein ?

- Putain, encore heureux ! On est coincées dans son ascenseur de merde depuis des plombes, manquerait plus qu’il soit pas aimable, ce con !

- …

- Pardon.

- Ça va maman ?

- Oui, oui… je commence juste à en avoir un peu marre.

- Hm… On serait mieux naufragées sur une île déserte.

- Ah bon ?

- Oui : on aurait plus de place et on pourrait trouver à manger.

 

Ma fille…

Elle s’est relevée et a commencé à tourner en rond. J’étais un peu à court d’idées pour la distraire. Sans compter qu’on ne pouvait pas tourner en rond à deux et que je ne tenais plus trop en place non plus. J’ai rappelé Franck, dont les politesses m’ont carrément mise en rogne cette fois. Le coup du technicien qui arrive ne vous en faites s’il y a quoi que ce soit rappelez-moi, au bout d’un moment, t’as plus envie de l’entendre, tu veux juste que le gentil Franck ramène son cul et te sorte de sa putain de cabine d’ascenseur !

J’étais à deux doigts de me laisser abattre. Franchement, si j’avais été seule, je pense que je me serais mise à pleurer. Mais il y avait ma fille et il fallait faire bonne figure. Elle a dû remarquer que je commençais à flancher, parce qu’elle est venue se blottir contre moi en disant, aussi affirmative qu’interrogative :

 

- Ça va aller, maman…

 

Je l’ai serrée dans mes bras, heureuse d’avoir une petite fille aussi merveilleuse, et ce qui devait arriver arriva. Ce fut d’abord le bruit, discret, mais reconnaissable entre mille, puis elle a levé son joli visage d’ange vers le mien, un petit sourire malicieux aux lèvres :

 

- Oup’s ! Pardon !

 

L’odeur ne m’a assaillie que quelques courtes secondes plus tard, agressive et insoutenable. Et c’est à ce moment-là que j’ai pleuré.


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