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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 10:43

 

A peine entré dans la pénombre de l’appartement, au tout petit matin de ce 21 février 2005, j’ai pressenti l’affaire glauque. Varsovie était encore ensommeillée et le froid était mordant. Sans avoir vu le corps, j’aurais parié sur un suicide. Les murs étaient littéralement tapissés de croûtes toutes plus glauques les unes que les autres et je n’imaginais pas pareille déco dans l’appartement d’un doux rêveur débordant de joie de vivre.

Les autres sont entrés et ont allumé. Ce que j’avais pris pour des croûtes d’amateur dépressif s’adonnant aux joies de la peinture pseudo-abstraite s’est avéré être une formidable collection de toiles fascinantes et déroutantes. Je suis flic, pas critique d’art, alors je n’avais pas la moindre idée de ce que j’avais sous les yeux, mais j’étais foutrement impressionné. Des silhouettes, des corps décharnés, des carcasses diverses, humaines ou non, animales parfois, fantomatiques toujours. Magnifique et terrifiant. J’en avais presque oublié pourquoi j’étais là quand y a eu du barouf dans la pièce d’à coté.

Je suis allé voir - partout encore ces toiles incroyables - et j’ai trouvé les collègues, flingues braqués sur la nuque d’un type couché face contre terre et, derrière, mon suicidé. A vue de nez, une bonne quinzaine de coups de couteau. Au temps pour le suicide. C’était un vieux monsieur, salement amoché. Les gars ont relevé l’autre. Un gamin, 20 ans à tout casser. Plein de sang. Ils lui ont pris le couteau qu’il tenait encore et l’ont mis dans un sachet. Je l’ai regardé étonné :

-          C’est toi qu’as fait ça ?

-          Légitime défense !

-          Ah ? Il a quoi… 70, 75 ans ? Et toi ?

-          Et alors ?

-          Qu’est-ce qu’il aurait pu te faire ?

-          Ruiner ma carrière et ma vie !

-          Rien que ça… et comment ?

-          Regardez !

Le môme m’a montré un dessin. Aussi gai que les tableaux aux murs. Je les lui ai montrés en demandant :

-          C’est toi qu’as fait tout ça ?

-          Vous êtes con ou quoi ?

-          Je suis flic.

-          C’est lui !

Ah. Le vieux était donc l’artiste… Il avait plutôt une bonne tête, pour autant qu’on puisse en juger dans l’état où il était maintenant. Pas celle d’un vieux dépressif en tout cas. J’ai montré le dessin que tenait le gamin :

-          Et ça aussi c’est lui ? Tu voulais… quoi ? Lui piquer ?

-          Mais non ! C’est moi, ça, enfin !

-          Ah ouais, j’me disais aussi… ça ressemble sans ressembler, hein ?

-         

-          Bon : tu voulais son avis et t’as pas aimé ce qu’il t’a dit ?

-          Mais vous comprenez vraiment rien ?!

-          Faut dire que t’expliques peu…

-          Ben c’est pourtant évident : mon travail, le sien… il a fait exactement ce que j’aspirais à faire !

-          Et alors ?

-          Et alors ? Et alors ? Mais enfin ! Le projet, l’œuvre, l’ambition de toute une vie anéantis par un vieil ermite frapadingue… Qu’est-ce que vous vouliez qu’je fasse ? J’avais plus qu’à me pendre ou changer de vocation, moi !

-          Et finalement au lieu de te pendre tu l’as tué ?

-          Ben… oui.

-          Et ta vocation ?

-          Hein ?

-          Ta vocation, tu vas changer ?

-          Ah… mwof… j’me demande si je vais pas essayer d’écrire des polars.

 

 

 

Inspiré par Jérôme Fansten (il sait pourquoi) et Zdzisław Beksiński (lui ne sait pas et pour cause : il est effectivement mort - je n’y suis pour rien et Jérôme non plus - assassiné pour des motifs bêtement crapuleux et aucunement artistiques). Je vous encourage vivement à découvrir son œuvre.

 

 

 

 

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 23:58

 

Ah ! quelle femme n’a pas rêvé de cette flamme qui m’a consumée… ?

Le romantisme, ça ! j’en ai eu plus que ma part, vous pouvez me croire !

 

Des poèmes à rougir de plaisir, des vers à frémir de désir, des chansons qu’à mourir j’admire. Ce furent mille bonheurs savourés, une sinécure pour mon cœur énamouré, une brûlure à mon âme passionnée.

 

Mais une fois, rien qu’une fois, que ne m’a-t-il offert une fleur ?

 

Oh ! pas une brassée d’orchidées, non. Pas un collier de vahiné. Et quoi ? Un bouquet de mariée ? Allons… non.

 

Rien qu’une fleur, point de gageure.

 

Une pensée ravie sur un balconnet fleuri. Cueillie au hasard, une tulipe dans un square. Ou tiens : en forêt, un brin de muguet. Fluette dans un champ, une pâquerette au printemps offerte entre ses dents !

 

Mais des dents je n’ai eu que le grincement.

 


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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 12:00

 

-          Ah ! John-Mac, tu tombes bien.

-          John.

-          Hein ?

-          C’est John. Ou Jean-Marc, si tu veux. Pas John-Mac.

-          Ah bon ? T’as encore changé ?

Je les aimais bien, les soûlards de chez Gégé, mais y a des trucs sur lesquels ils étaient indécrottables.

-          Bon, laisse, c’est pas grave. Pourquoi je tombe bien ?

-          Hein ?

-          T’as dit que je tombais bien.

-          Ah ?

-         

-          Ah ouais ! C’est vrai. Gégé, pourquoi qu’y tombe bien, déjà, John-Mac ?

Gégé a enlevé le torchon de son épaule et l’a posé pour faire comme si on l’avait interrompu dans un truc et il a dit :

-          L’hippopotame.

-          Quel hippopotame ?

-          Ben chais pas, Norbert, c’est toi qu’a causé d’un hippopotame, hein.

-          Sans déconner ? Quand ?

-          Juste avant d’dire qu’tu d’mand’rais à John si y v’nait.

-          Ah ! Ouais ! Ah ça m’revient ! Le rhinocéros !

Je me perdais déjà dans la ménagerie alors je suis intervenu histoire de commencer sur de bonnes bases :

-          C’est changé ? L’hippopotame est devenu rhinocéros ?

-          Ben toi t’es bien dev’nu John-Mac ! qu’y m’a fait, le Norbert… J’ai laissé pisser.

-          Ouais, bon. Alors c’est quoi l’histoire ?

-          Quelle histoire ?

Là c’est Gégé qu’est intervenu, parce que le Norbert c’est pas le mauvais gars, mais il pochtronne sévère et ça l’rend pénible juste c’qu’il faut pour avoir envie d’l’encastrer dans l’bar assez rapidement. Alors c’est Gégé qu’a expliqué à sa place :

-          Avec Riton y z’ont vu un hippopotame.

-          Quel Riton ?

-          Le marinier, çui qui dit qu’c’est pas l’alcool, mais l’roulis qui l’fait tanguer.

-          Ah ! Ce Riton… ah ben ça nous fait une fine équipe…

-          … c’pas ? Et donc y disent qu’y z’ont vu un hippopotame.

-          Pas un rhinocéros ?

-          Les deux, j’crois. Norbert ? Y avait deux bestioles, c’est ça ?

Norbert a levé le nez d’son verre, l’air de pas trop savoir si c’était bien lui, Norbert. Il a fait :

-          Hein ?

-          Des bestioles, là, avec le Riton… Z’en avez vu deux, c’est ça ?

-          Ah ! Ben faudrait d’mander au Riton, hein… mais j’dirais entre deux et quatre. Pass’que comme j’te cache pas qu’on avait p’t’êt’ un peu bu, c’est pas ess’clu qu’on ait un peu vu double, tu vois.

J’étais pas bien sûr qu’il fallait vraiment attendre la suite, mais j’ai pas eu l’temps de finir mon verre et d’me tailler en douce qu’le Norbert me r’prenait à partie :

-          Ah ! John-Mac, tu tombes bien.

 

L’a fallu un moment pour qu’on finisse par allez r’joindre le Riton sur sa péniche. Les deux soiffards prétendaient donc avoir vu entre deux et quatre bêtes, qui pouvaient être des rhinocéros, des hippopotames, des caméléons géants ou encore un sanglier à longue queue accompagné d’un dromadaire à corne. Ils voulaient que j’les aide à percer le mystère.

-          Et ben ouais, hein, John-Mac, comme t’es flic et comme qui dirait des nôtres…

-          John. Et je suis détective.

-          Hein ?

-          Rien. Bon, elles sont où vos bestioles ?

-          Quelles bestioles ?

-          Putain, Riton, tu vas pas t’y mettre aussi !

J’avais largement picolé ma part, à c’moment-là, mais le Norbert et le Riton, y z’avaient l’éthylomètre tellement en panique du matin au soir et du soir au matin que c’est quand même moi qui leur ai re-raconté leur histoire d’éléphant de mer et de méduse à dents. Finalement, y z’ont décidé d’me montrer, même si z’avaient pas l’air trop sûrs d’savoir c’qu’y voulaient m’montrer exactement. Moi j’ai eu vite fait d’vomir mes chips et mes olives par-d’sus bord, du coup j’ai pu me r’servir un verre. Avec le Riton à la barre qu’était dos à la où c’qu’on allait et le Norbert qu’essayait d’pisser dans l’eau, on d’vait faire un étrange équipage. A un moment, j’voyais plus si c’était l’Riton qui tournait la barre ou la barre qui tournait l’Riton, pis y a l’Norbert qui s’est affalé dans un tas de cordes et qu’a fini par s’pisser d’sus. Et c’est là que j’l’ai vue. Une bête à deux têtes gigantesque. Une tête de licorne à écailles et une tête de griffon à trompe. Ou l’contraire. J’vous cache pas qu’j’ai un tout p’tit peu paniqué, mais j’ai quand même eu l’réflexe de leur balancer les chisp et les olives – les vertes avec le qui-pique en d’dans – et ça t’les a calmées ni une ni deux. ’fin si, les deux, là, les têtes du turc… truc. J’étais un peu interlop… intréloq… intercol… sur l’cul, alors j’ai gueulé :

-          Eh ! Eh ! Les gars ! Eh ! Z’avez vu ça ? Eh ! Les gars ! Eh !

Nan. Z’avaient rien vu. Pis y verraient pu rin avant un moment, rapport au jaja qu’y s’étaient descendu. Alors j’ai fait comme les aut’ et j’ai piqué un roupillon.

 

Le lendemain, en arrivant chez Gégé, le Norbert m’a interpelé dès que je suis entré :

-          Ah ! John-Mac, tu tombes bien.

-          John. Pourquoi j’tombe bien, Gégé ?

-          Y a l’Riton qu’a paumé sa péniche.

-          Ah ?

C’est le Norbert qu’a repris :

-          Ouaip’. Et y s’disait des fois comme ça qu’tu l’aid’rais p’t’êt’ à la r’trouver, vu qu’t’es flic et comme qui dirait des nôtres.

-          Détective. Et il est où l’Riton ?

-          Ben sur sa péniche, où c’est qu’tu voudrais qu’y soye ?

 

 

 

 © crédit photo : L'Arpenteur d'étoiles



Ecrit pour les Impromptus littéraires, écriture sur image : « un étrange équipage ».

 

 

Et pour ceux qui se demandent quand est-ce que John MacDermott et Norbert se sont déjà croisés autour d’une sale affaire, c’est là.

 

 

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 09:14

 

L’endroit était comme sur les photos : une belle maison ancienne à flanc de coteau, un grand jardin ni trop sauvage ni trop propret, à l’écart de la route et assez loin de tout pour se croire seul au monde… Exactement ce qu’il me fallait pour ces vacances. Le vieux proprio n’en finissait plus de me donner des consignes et, quand il m’a enfin remis les clés, il a dit :

      "Une dernière chose. N’ouvrez pas cette porte. Jamais. En aucune circonstance."

Je ne l’avais même pas remarquée : vieille, envahie de végétation, dans un coin du jardin que je n’aurais sans doute pas eu l’idée d’explorer. Je ne sais pas pourquoi il a fallu qu’il m’en parle. Pour m’interdire d’y aller en plus.

Sur le coup je n’y ai guère prêté attention, mais en me couchant je me suis aperçue que je ne pensais qu’à ça. Que pouvait-il bien y avoir derrière cette fichue porte ?

Evidemment, je me suis imaginé un tas de choses : une chambre de tortures, la planque diurne d’un vampire, un équipement complet de sex toys, une collection de cadavres, une geôle puante où le vieux aurait séquestré des jeunes-femmes, … les trucs classiques, quoi.

J’ai super mal dormi.

Le lendemain, j’ai collé mon oreille à la porte. Rien. Pas de hurlements de loup-garou ou d’enfants violentés, pas de grognements de chien à trois têtes, pas de pleurs de femme violée, aucun bruit louche, en somme. Pas d’odeur pestilentielle non plus trahissant l’éventuelle présence d’un ou plusieurs corps en putréfaction.

Ça m’agaçait. Pire : ça m’obsédait déjà. J’ai essayé de me convaincre que ce n’était qu’une cave à vin et que le vieux avait juste peur que je lui descende ses meilleures bouteilles, mais rien n’y faisait. J’avais besoin de savoir.

Le jour suivant, je suis allée frapper à la porte. Après tout, hein… Un vieil ermite oublié, un bâtard difforme caché… mais non. Non plus. Ou alors sourds. Ou asociaux. J’ai frappé assez fort et assez longtemps pour réveiller un mort et personne n’a ouvert.

Oh ! et puis après tout, qu’est-ce que ça pouvait bien foutre si je l’ouvrais, cette satanée porte ? C’est vrai, quoi, merde…

J’ai fouillé toute la maison en quête d’une clé, sans succès. Evidemment.

Le jour suivant je suis retournée devant la porte. J’ai essayé de l’ouvrir. Elle n’était pas verrouillée… Oui. J’aurais pu essayer ça avant de retourner la baraque. Bien sûr. Et la porte, LA porte, cette putain de saloperie de porte de mes deux qui m’avait déjà gâché mes premiers jours de vacances était donc ouverte. Des jours à me demander ce qu’il pouvait bien y avoir derrière et là… je n’osais pas entrer. Le vieux était peut-être un sorcier maléfique qui me jetterait un sort affreux si jamais je désobéissais ? J’ai jeté un œil alentour pour vérifier qu’il n’y avait personne. Personne. Alors comment le saurait-il, le vieux, si j’entrais ? Parce qu’il était sorcier. Oui. Bon…

Quelque chose – la mauvaise conscience ? – m’empêchait d’entrer malgré tout. J’ai dû rester pas loin d’une éternité devant cette porte entrouverte et d’un coup, je sais pas… j’ai flippé. Toutes les conneries que j’avais imaginées, là… alors je me suis précipitée dans la maison et j’ai sorti les clés de ma poche pour m’enfermer à l’intérieur. C’est là que je l’ai vue. Bêtement sur le trousseau que m’avait filé le vieux. Une belle grosse clé bien rouillée, exactement comme celle que j’espérais trouver. Alors j’ai pris mon courage à deux mains et je suis retournée devant la porte. J’ai essayé la clé et c’était bien la bonne. J’ai fermé cette foutue porte à double tour sur son putain de mystère et je suis retournée quant à moi m’enfermer dans la maison. A compter de ce jour je me suis mise à entendre des bruits étranges en provenance de la porte… Je n’y ai pas tenu : foutues pour foutues, j’ai passé la fin de mes vacances chez moi à me gaver d’antidépresseurs. Cette histoire m’avait rendue dingue.

A la fin de l’été, je suis juste retournée rendre ses clés au vieux, mais j’ai même pas voulu approcher de la maison. Quand il m’a demandé, avec un sourire en coin et un clin d’œil complice, si j’avais mis longtemps à l’ouvrir, la porte, j’ai juste fait « hin hin » et je me suis barrée loin de lui, de son trou et de cette histoire à la con qui n’en était même pas une.

 

Quand, quelques mois plus tard, on a retrouvé derrière cette porte les restes de mes amis et du buffet qu’ils avaient préparé pour me faire une surprise pour mon anniversaire, je me suis sentie con.

 

 

 

Ecrit pour le défi du samedi : « Un secret bien gardé se cache derrière cette porte ».

 

 

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 15:00

-  Qu'est-ce qu'on mange ?
-  Devine !



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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 02:09

inspiré par le coup de crayon d'Oncle Dan, d'après Peter de Sève



la dame du square

avec son sac en croco

n’en a jamais marre

de faire fuir les p’tits oiseaux

les rats, les clochards

les vieilles peaux et les minots

 

la folle du jardin

comme l’appellent les culs-serrés

n’aime ni les chiens

ni les gens ni les curés

mais elle aime au moins

son vieux sac tout abîmé

 

la vielle sur son banc

et son triste compagnon

sont bien seuls pourtant

dans cette étrange prison

ils n’ont que le vent

pour souffler leur déraison


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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 14:02

 

Quand elle a annoncé qu’elle offrirait son cœur, son corps et son âme à celui qui lui offrirait la lune, elle s’est dit que ce serait sans doute assez prétentieux pour rebuter ses derniers prétendants. Et pourtant…

 

A défaut de la décrocher, beaucoup semblaient mettre un point d’honneur à se montrer con comme la lune. Celui-là s’était mis en tête de fabriquer l’échelle la plus haute du monde. Cet autre avait décidé de s’entraîner sans relâche au trampoline. Celui-ci essayait de la pêcher quand elle se reflétait dans l’étang. Et lui, là, faisait un barouf d’enfer à coups de marteau et de scie à métaux pour fabriquer une fusée.

 

Non, vraiment, elle ne comprendrait jamais les hommes.

 

Et puis un jour est arrivé ce garçon, aussi lunaire que lunatique.

Elle n’a pu s’empêcher de remarquer son pas dansant, comme en apesanteur.

Ses yeux aussi noirs que la face cachée de la lune.

Et bien sûr, ronde et ferme, appelant les caresses, quelle lune !

 

Par une nuit claire et étoilée, il est enfin venu à elle :

 

-          Que vois-tu dans mes yeux ?

-          La lune !

-          Pardon ?

-          Deux lunes…

-          Alors ?

-          Je t’aime.

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème « Décrocher la lune ».  

 

 

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 22:58

 

 

tes bateaux en papier

n’ont jamais navigué

ils se sont abîmés

dans des mers agitées

 

le premier s’est noyé

dans ton bain savonné

 

le deuxième sans tanguer

vers l’égout a vogué

 

le troisième a flotté

et puis s’est déchiré

 

le dernier envolé

par le vent emporté

 

tes bateaux en papier

n’ont jamais navigué

mais ils ont voyagé

par tes rêves portés

 





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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 00:17

 

L’épisode précédent, c’est là . La première partie, c’est ici.

 


 

 

Les albums contenaient des coupures de presses et les cahiers des pages entières noircies de l’écriture fine et minuscule du Tonton. J’ai commencé par feuilleter les albums. Ils contenaient des centaines d’articles de journaux relatifs à des disparitions. Je ne comprenais pas ce que ça signifiait quand je suis tombée sur la photo de quelqu’un qu’il me semblait reconnaître. La lecture de l’article ne m’a pas été d’un grand secours pour m’aider à me souvenir. J’ai mis de coté cet album et j’en ai pris un autre, plus ancien. Quand en première page je suis tombée sur un article au sujet des Soldats de la Waffen SS jamais rentrés chez eux, j’ai fait le lien. J’ai repris l’autre album et j’ai foncé dans le musée. L’article datait de 1979. J’ai suivi le sens de la visite jusqu’à tomber sur la vitrine que je cherchais : « Institutrice, 14/03/1979 ». Malgré l’aspect étrange du mannequin, aucun doute possible, c’était la même personne que sur la photo. Et l’article confirmait qu’il s’agissait d’une institutrice disparue le 14 mars 1979. Dingue. Je suis passée à la vitrine suivante et j’ai tourné une page de l’album. Bingo. « Retraité, 31/10/1979 ». Ça collait. J’en ai vérifié une douzaine comme ça et l’album les répertoriait bien tous. Il allait falloir que je comprenne ce que mon oncle avait en tête en faisant ces mannequins à l’image de personnes disparues… Est-ce que ses visiteurs privés étaient les proches de ces gens qu’il reproduisait ? Non, trop bizarre.

Je suis retournée dans le bureau et je me suis attaquée aux cahiers, en espérant y trouver une explication. J’en ai pris un au hasard dans lequel, effectivement, il expliquait le pourquoi et le comment de ses mannequins. Je n’ai pas compris tout de suite. J’ai relu plusieurs fois. J’ai encore pas voulu comprendre. J’ai pris un autre cahier. Même chose. Les lieux et les époques changeaient, les méthodes évoluaient, mais au fond c’était pareil. Je n’en revenais pas. Il n’était pas excentrique, le Tonton, mais complètement malade. Je tournais les pages sans plus les lire vraiment, mécaniquement, le cœur au bord des lèvres. Une feuille est tombée d’un des cahiers. Il s’agissait d’une lettre qui m’était adressée, datée de quelques mois plus tôt.

 

« Si tu lis cette lettre c’est que tu as sans doute déjà découvert mon travail et ses secrets. Les méthodes sont sommairement décrites dans les cahiers, mais tu trouveras à la cave tout ce qu’il faut pour arriver à de bons résultats si tu souhaites poursuivre mon œuvre, témoignage inestimable de l’époque que j’ai traversée. Je sais que mon travail peut paraître de prime abord moralement discutable, mais sa qualité artistique, voire scientifique est incontestable et je suis sûre que tu sauras l’apprécier. Si mes dernières volontés ont été respectées, mon corps a dû être inhumé conformément à mes spécifications et sera en bon état pour avoir sa place dans le musée, moyennant quelques soins que tu sauras sans aucun doute lui administrer. Tu pourras ainsi te faire la main sur moi – c’est plus facile pour commencer d’utiliser un corps déjà mort. Dans un deuxième temps tu pourras t’attaquer aux vivants. Ils offrent de plus grandes possibilités, mais chaque chose en son temps. Pour l’heure il t’appartient de décider si tu souhaites poursuivre ou non mon projet.

Si oui, j’ai pris soin de me faire enterrer avec la clé de la cave et un papier sur lequel j’ai inscrit le mot de passe de l’ordinateur : tu y trouveras les contacts avec lesquels je travaille et qui m’envoient des visiteurs. Dans le cas contraire, c’est que je me serai trompé sur toi. Mais par chance, je ne suis plus là pour en prendre ombrage !

Affectueusement. »

 

Il y a des musées qu’il vaudrait peut-être mieux laisser dormir. J’essayais de compter le nombre de mannequins – de corps, merde ! – qu’il y avait dans ce… sanctuaire, mais je n’y arrivais pas. « Ecolière, 08/04/1965 », « Garagiste, 12/08/1973 », « Vendeuse, 16/11/1949 »… Incroyable. Epouvantable. Fascinant. J’étais…

-          Ohé ! L’artiss’ ! Z’êtes là ? Oooohé ! Eh ! C’est Jojo ! Z’êtes où donc ? J’vous ai apporté du gratin de cardons. Vous aimez ça, dites ? Ohé !

 

A cet instant, j’ai pensé « Casse-couilles, 27/02/2008 ».




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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 00:16

L’épisode précédent, c’est là . La première partie, c’est ici .

 


 

 


Il y avait de grandes vitrines poussiéreuses derrière lesquelles étaient exposées des statues. Ou des mannequins, peut-être. Le jour déclinait déjà un peu et les vitres étaient vraiment sales, je ne voyais pas très bien. J’ai parcouru à peu près toutes les pièces, partout les mêmes grandes vitrines et le même genre d’objets exposés. Une porte était verrouillée ; je n’ai pas eu envie de fouiller une nouvelle fois dans ma collection de clés, alors j’ai tout refermé et je suis retournée dans la « petite maison ». Tout ça me paraissait totalement surréaliste. L’héritage inattendu, le Tonton richissime conservateur de son musée privé, Jojo… Oui, bon, Jojo, c’était autre chose. Moi qui me rêvais depuis toujours artiste de renom dont on s’arracherait le travail dans les plus prestigieuses galeries du monde de New-York à Tokyo, voilà que d’un seul coup j’envisageais la possibilité de finir riche héritière dans une propriété luxueuse, à ouvrir la porte d’un musée à quelques visiteurs occasionnels.

C’est sur ces pensées que je me suis endormie et au petit matin Jojo m’a réveillée en tambourinant à la porte :

-          Ohé ! L’artiss’ ! C’est l’heure !

Je me suis levée en pestant et je suis allée lui ouvrir la porte :

-          L’heure de quoi ?

-          Ah ah ! Z’êtes pas du matin, hein ? Ça viendra !

-          Hm… ou pas.

-          Ah ah ! J’vous ai apporté du pain frais et des croissants pour bien commencer la journée.

-          Ah… c’est gentil ça.

J’étais pas sûre que ça pardonnait le réveil en fanfare, mais ça rattrapait au moins un peu.

Une fois le petit déjeuner englouti, je me suis douchée et je suis retournée au musée. J’avais bien envie de voir de quoi il retournait.

Dans la lumière franche du matin, la couche de poussière qui s’était déposée à peu près uniformément partout confirmait qu’en effet, un musée qui dort, ça n’a rien de bon. J’ai décidé de m’attaquer au grand nettoyage. Je n’avais rien à faire de toute façon et peu importe ce que je ferais de l’endroit par la suite, il aurait besoin tôt ou tard d’être lavé, alors autant m’y mettre tout de suite.

La première vitrine que j’ai astiquée protégeait un mannequin de femme vêtue dans le style des années cinquante. Je ne voyais pas en quoi elle était faite. Elle n’avait pas cet aspect lisse et brillant des mannequins de cire. J’ai poursuivi mon nettoyage et découvert ainsi des dizaines de mannequins : des tas de gens ordinaires, de tous âges, hommes ou femmes, habillés à la mode de différentes époques, mais aussi un soldat de la Waffen SS en uniforme, un juif au sortir d’un camp, une bonne sœur, un flic... Les légendes sur les vitrines étaient assez sommaires, elles indiquaient en général une fonction et une date. Il y avait ainsi : « clochard, 22/07/1997 », « Femme au foyer, 12/10/1976 », « Banquier, 25/02/1962 » ou encore « Prostituée, 04/05/1986 ». Les vitrines, si l’on suivait le sens indiqué pour la visite, étaient rangées suivant l’ordre chronologique de ces dates. J’étais un peu perplexe. Dans l’absolu je ne comprenais pas bien l’intérêt de cette drôle d’exposition, en revanche j’étais fascinée par ces mannequins.

Je n’arrivais pas à comprendre en quoi ils pouvaient être faits pour avoir cette texture un peu rugueuse et cette couleur grisâtre, tout en ayant par ailleurs l’air presque… vivant. Oui, c’est ça. Vivant. Ou mort-vivant, disons. C’était très étrange. Je trouverais probablement des explications en fouinant dans la paperasse du Tonton, mais pour l’heure j’avais juste besoin de manger et dormir.

Le lendemain, j’ai réussi à me lever avant l’arrivée de Jojo et j’ai filé tout droit au musée. Ces mannequins… J’en avais rêvé toute la nuit. Je me suis équipée de toutes les clés et j’ai essayé d’ouvrir la porte verrouillée. Ça m’a encore une fois pris du temps mais pour finir j’ai pu pénétrer exactement dans la pièce que j’espérais : un bureau. Plein de poussière aussi, mais cette fois je n’étais pas là pour ça. Il y avait un ordinateur et des tas d’albums et de cahiers. Une bibliothèque, gigantesque, débordait d’ouvrages divers : art, chimie, Egypte, médecine, civilisations… J’ai allumé l’ordinateur, mais il était protégé par un mot de passe alors je me suis attaquée au reste d’abord.

 

 

A suivre…

 

 

 

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