Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 20:02

 

A une époque, j’avais eu dans l’idée d’écrire une suite à mon roman, Hyckz, et j’avais même commencé à m’y atteler. J’ai finalement abandonné l’idée, depuis assez longtemps maintenant pour être sûre que je n’y reviendrai pas, mais voici les quelques pages que j’avais écrites…

 

 

 


En quittant la police quelques mois plus tôt, sur ce que d’aucun appellerait un coup de tête, j’étais convaincue de prendre non pas la bonne, mais la seule décision intelligente à prendre à ce moment précis.

J’avais cru – naïvement ? – qu’en œuvrant avec les gentils, du bon côté de la loi, contre le crime, j’en serais naturellement et efficacement protégée, mais j’avais constaté avec un mélange de désillusion sincère et de dégoût profond que non seulement je nous y avais dangereusement exposées, ma fille et moi, mais qu’en plus je m’y étais fourvoyée gravement et sans la moindre hésitation. Je ne m’étais jamais prise pour une sainte ou une espèce de justicière incorruptible, mais j’avais quand même toujours été d’une indécrottable honnêteté et la façon dont ce métier m’avait changée m’horrifiait. Plus encore, l’idée que le métier n’y était peut-être pas pour grand-chose me filait des cauchemars épouvantables, dont je me réveillais persuadée que le mal était ma nature profonde et que le métier de flic n’avait fait que me fournir l’occasion de basculer un peu plus vite du côté obscur de la force.

Après la douche et le café, j’arrivais à me raisonner en me disant que si l’image la plus parlante qui me venait à l’esprit pour décrire ma déchéance sortait tout droit d’une fresque cinématographique des années soixante-dix, c’est que ce n’était peut-être pas si sérieux que ça en avait l’air, mais le malaise avec lequel je repensais aux événements qui m’avaient conduite à démissionner était néanmoins bien réel.

En sortant du commissariat après avoir remis mon arme et ma carte, je n’avais pas la moindre idée de ce que je pourrais bien faire après, j’avais un seul et unique objectif, à très court terme : mettre le plus de distance possible entre ce boulot et ma fille et moi. On s’est offert des vacances merveilleuses, mais au retour il a bien fallu réfléchir à la façon dont je pourrais gagner ma vie désormais.

Ma première idée avait été de me lancer comme enquêtrice privée, mais le métier m’attirait essentiellement pour l’image sexy et totalement cinématographique que j’en avais et comme c’était déjà des motivations romantiques de cet ordre, à la limite du fantasme adolescent, qui m’avaient fait entrer dans la police, j’avais jugé plus raisonnable de ne pas me précipiter et de réfléchir un peu avant de me lancer. Et en moins de trois jours j’avais commencé à paniquer : je ne savais rien faire d’autre que flic. Contre toute attente, c’est Jeanne, ma sœur de cœur, ma copine ex-toxico et plus ou moins ex-prostituée, qui m’a dégoté un job en un clin d’œil.

- Tu sais, j’ai peut-être un bon plan boulot pour toi, Marie.

- Oh la ! Merci, mais je ferais une piètre vendeuse de sex-shop !

- Ah çà ! Je sais, oui… Non, mais je te parle d’un truc vraiment bien pour toi, là.

- Dealer ? Mère maquerelle ?

- Bon ben si ça t’intéresse pas…

- Mais si ! Je te charrie ! C’est quoi ton plan ?

- C’est par un client à moi…

- Du sex-shop ?

- Du trottoir.

Je n’étais pas certaine d’avoir complètement envie de creuser la question. Les offres de travail qu’un miché pouvait faire à une pute pour sa copine entre deux galipettes ne me disaient rien qui vaille. Mais Jeanne paraissait tellement convaincue que je n’ai pas voulu la vexer et je l’ai invitée à m’en dire plus.

- Il est patron d’une grosse boîte de je-sais-pas-quoi.

- Ah oui, ça semble intéressant…

- Non, mais on s’en fout de ce que fait sa boîte ! Tout ce qui compte, c’est que c’est sa boîte. Il a quelque chose comme… je sais pas combien d’employés, plein, et une équipe chargée de la sécurité.

- La sécurité de quoi ?

- Je sais pas trop… je suppose qu’il y a un coffre fort, des trucs ou des gens importants à surveiller … j’en sais rien, moi ! Quoi qu’il en soit, il m’a dit l’autre jour que son chef de la sécurité était mort.

- Ça la fout mal sur son CV.

Elle m’a regardée avec un air de maîtresse d’école agacée par un élève dissipé.

- Bon, t’arrêtes ?

- Excuse… mais dis donc, t’en vois encore beaucoup, des clients ?

En quittant la police, j’avais aussi quitté mes inspecteurs et mes espoirs inavoués (et farfelus) de finir mes jours avec Dubuze. Il avait été à la fois mon confident, mon pilier, mon ange gardien et occasionnellement mon plus fervent contradicteur pendant les quelques années où on avait travaillé ensemble, mais je m’étais finalement résolue à le présenter à Jeanne, convaincue qu’ils pourraient former un couple… pertinent. Et de fait, ils filaient depuis le parfait amour. Du moins me semblaient-ils parfaitement amoureux l’un de l’autre. J’étais donc toujours un peu étonnée de savoir que Jeanne continuait à tapiner.

- C’est totalement hors sujet, Marie, mais oui : j’ai encore des clients, oui : Franck le sait et non : ce n’est pas un sujet de discorde entre nous. Tu le veux, mon boulot, oui ou merde ?

- Mais oui mais… quel boulot, en fait ?

- Ben chef de la sécurité à la place du mort !

- Ah… je sais pas… ça a l’air dangereux, non ?

- Dangereux ?

- Il est mort, quand même…

Cette fois, elle s’est marrée un peu avant de poursuivre :

- Remarque, il paraît qu’il est mort sur son lieu de travail…

- Non ?

- Si si… mais rien à voir : je crois qu’il a fait une mauvaise chute. Ou un truc comme ça. Bref : j’ai dit à mon client que tu cherchais du boulot et si tu veux, il t’embauche.

- Comme ça ?

- Comme ça quoi ?

- Sans me connaître, sans me rencontrer, rien ?

- Il m’a demandé ce que t’avais comme expérience… J’ai dit que dalle en chef de sécurité, mais un paquet d’années comme commissaire de police et tu sais ce qu’il a dit ? « Quoi qu’elle gagne, je l’augmente de vingt pourcents. »

- Vingt pourcents ?

- Je suis sûre que tu pourrais même négocier plus !

Je n’étais pas spécialement une flèche en calcul mental, mais vingt pourcents d’un salaire déjà confortable, c’était forcément beaucoup. Et le salaire ne fait pas tout, mais quand tu n’as strictement aucune idée de ce que tu pourrais faire pour gagner ta vie, c’est un critère qui peut suffire. Jeanne a senti qu’elle avait toute mon attention :

- Et bonjour les conditions de travail : horaires à peu près fixes et complètement cools, treizième mois, RTT, un bon CE, intéressement et participation aux bénéfices…

- Vous avez parlé de tout ça sur sa banquette arrière au fond d’une impasse obscure ?

- Marie… Je fais plus ces plans glauques ! Je n’ai gardé que les clients chics.

- Oh tu parles si c’est chic de payer pour tromper sa femme !

- C’est pas tromper quand tu paies. Et c’est pas le propos.

Je n’avais effectivement pas l’intention de débattre de quelque question que ce soit se rapportant de près ou de loin à la sexualité, qu’il s’agisse de la mienne, celle de Jeanne, ou celle de ses clients. On avait elle et moi des conceptions radicalement différentes de ce qu’était une vie sexuelle épanouie et j’avais depuis belle lurette abandonné l’espoir qu’on se comprenne un jour. Je me demandais tout de même si ça ne risquait pas d’être un peu bizarre de travailler pour un patron dont je saurais qu’il payait pour coucher avec ma sœur, qui se trouvait être également la compagne de mon ex-collègue et ex-amour impossible. Mais Jeanne a agrémenté son argumentaire de quelques données chiffrées et j’ai décidé que bizarre ou non, je ferais avec. En moins d’une semaine, j’avais un contrat en or et les clefs du royaume.

 

  

*

 

 Le royaume, c’était une société d’assurances. Sans le dire à Jeanne qui se serait vexée et pour qu’il ne soit pas dit que je m’engageais à la légère, j’avais quand même demandé à Jobert de fouiner un peu pour me dire si mon nouveau patron et sa boîte étaient respectables. Il était en fin de carrière et avait vu défiler un paquet de commissaires, alors j’avais été surprise de le voir fâché et apparemment triste à l’annonce de ma démission, mais il ne m’en voulait pas au point de ne pas me rendre ce genre de petits services. C’était, malgré son âge, un vrai crack en informatique et s’il y avait eu quelque chose à dénicher, ça ne lui aurait pas échappé.

- RAS commissaire.

- Arrêtez de m’appeler commissaire, Jobert.

- Quand vous arrêterez de vous comporter comme telle !

- Comment ça ?

- Votre premier réflexe avant de prendre un boulot c’est de faire faire une enquête sur l’employeur par un de vos inspecteurs !

Je ne pouvais pas lui donner complètement tort…

- Vous n’êtes plus mon inspecteur, Jobert. Je voyais plutôt ça comme un service entre amis…

- A d’autres ! Mais peu importe : vous pouvez allez gagner grassement votre vie dans votre joli bureau à moquette épaisse chez votre nouveau patron, il est clean.

- Vous n’avez rien trouvé ?

- Des tonnes de choses, mais rien que ni la loi, ni la morale ne réprouve. La seule petite tâche sur le CV de votre boss, ce sont ses frasques hebdomadaires avec une prostituée de luxe.

- Ha ha ! « Prostituée de luxe » ? Jeanne ?

Dans mon esprit, la prostituée de luxe ressemblait à une star hollywoodienne capable de bien se tenir à la table des plus grands restaurants, et ça ne collait pas du tout avec la Jeanne que je connaissais depuis la naissance, qui vivait en jeans élimés et qui pliait sa pizza en deux pour la manger comme un sandwich. J’allais opposer ces arguments à Jobert, mais il m’a devancée :

- Vous avez une idée de ce qu’elle gagne pour une seule partie de jambes en l’air avec votre nouveau patron, commissaire ?

- Euh… non, en fait.

- Et ben je préfère éviter de vous le dire. Vu qu’apparemment vos nouvelles aspirations professionnelles sont essentiellement motivées par l’argent, vous risqueriez d’opter pour le trottoir plutôt que le poste chez le client de votre copine.

Il n’avait toujours pas tout à fait pardonné ma démission. Ce qui me chagrinait, mais dans l’immédiat c’était plus le train de vie de Jeanne qui m’intriguait :

- Je le saurais, quand même, si elle gagnait si bien sa vie !

- Faut croire que non… Mais vous savez bien qu’une pute avec une bonne protection policière…

- Ah non, pas vous Jobert ! J’ai été blanchie avant même qu’une enquête soit vraiment ouverte, tellement y avait pas d’éléments pour étayer l’accusation !

- Vous et moi on le sait, oui. Mais personne n’a apporté de démenti officiel dans la rue ! Et vu qu’elle est tout le temps fourrée avec vous, votre copine, y a pas un proxo qui tente le coup avec elle… sans compter qu’en plus elle fricote avec un inspecteur, maintenant.

- Ah, vous êtes au courant…

- Même Tellier est au courant !

Tellier… mon troisième inspecteur. Le candide, l’éternel débutant, tête à claque mais brillant à ses heures… même lui me manquait. Il serait toujours temps de revenir sur ce secret si mal gardé de la relation entre Jeanne et Dubuze, mais pour l’heure je restais bloquée sur le prix supposé d’une passe avec Jeanne.

- N’empêche qu’elle ne doit pas gagner tant que ça. Je la connais, elle n’est pas du genre à mettre de côté pour sa retraite : ça se verrait forcément si elle avait tant d’argent !

- Elle est amoureuse.

- Je ne vois pas le rapport.

- Le rapport, c’est qu’elle a réduit ses activités. Votre nouveau patron, c’est le seul et unique client qu’elle a gardé.

- Et comment vous savez tout ça alors que moi j’ignore tout ?

- Vous m’avez demandé d’enquêter, non ?

- Pas sur elle !

- Je n’aurais pas bien fait mon boulot si je n’avais pas fouillé aussi du côté des relations connues de votre gars. Et Jeanne est sa relation la moins fréquentable.

- Hé ! Vous parlez de ma sœur !

- Pardon. Jeanne est sa seule relation avec un casier, un passé récent de toxico et un métier pas tout à fait légal.

En résumé, mon nouvel employeur n’avait rien à cacher – ou si peu – et je n’avais aucune raison de ne pas prendre ce poste si bien payé qu’il m’offrait sur un plateau pour les beaux yeux de Jeanne. Et parce que j’avais été commissaire de police.

 

 

 

A suivre…   Ici  

Partager cet article

Repost 0
Published by poupoune - dans nouvelles
commenter cet article

commentaires

boubou 04/04/2014 09:26

Ah bah bravo! Maintenant on a faim et tu nous annonces qu'on va s'arrêter au hors d’œuvre! Tsss...

poupoune 04/04/2014 13:01



Certes... mais vaut mieux s'arrêter au hors-d'oeuvre, plutôt que risquer la déception sur un plat réchauffé...



Cacoune 03/04/2014 21:11

Bah ouais, c'est génial, ça coule, ça donne envie... mais là tu nous dis que tu as abandonné... et donc on n'aura pas la fin... ah oui mais non je proteste avant même d'en avoir une bonne raison.
Na !
(et sinon t'écris quoi, du coup ?)

poupoune 04/04/2014 12:59



Non, mais tu vas voir : les quelques pages à venir vont être de moins en moins bonnes et tu vas finir par te dire "ah ouais, elle a bien fait d'ahbandonner"


Sinon, je vais partir sur un peu pareil, mais débarrassée des contraintes qu'impose une suite !!



C'est Qui ?

  • poupoune
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.

En version longue

   couv3-copie-1

Recherche

J'y Passe Du (Bon) Temps