Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 19:32

 

Je suis une fervente partisane du pipi avant de partir. A l’excès, peut-être, parfois, mais il n’y a rien que je déteste plus qu’être gênée au cours d’une quelconque balade ou activité par une envie de faire pipi. A part peut-être devoir trouver des toilettes pour permettre à quelqu’un d’autre que moi, comme par exemple ma fille, de soulager sa vessie.

Donc, quel que soit le type de sortie prévu, dès lors que l’on s’absente plus d’une heure, on fait pipi avant de partir. Et c’est non négociable. Alors en vacances, quand on part le matin pour se balader toute la journée et ne rentrer que le soir, on fait évidemment pipi avant de partir, mais aussi à chaque occasion qui se présente. Autant dire qu’en matière de toilettes publiques, je pourrais écrire un guide international assez complet. Des plus rudimentaires aux plus nauséabondes, en passant par celles qui brillent jour et nuit et dont émane un parfum de bonbon qui restera à jamais un mystère pour moi, je croyais avoir tout vu. J’avais tort.

La Chine – du moins pour l’infime partie que j’en ai vue – regorge d’une quantité étonnante de toilettes publiques ce qui, quand on souffre comme moi de l’angoisse du pipi impromptu, est la meilleure nouvelle des vacances. Alors évidemment, la quantité ne permet pas toujours de garantir la qualité, mais ne mégotons pas… et, à Pékin notamment, nous avons, ma fille et moi-même, vécu des expériences étonnantes.

Pékin est une grande ville. Une très grande ville. Une ville immense, n’ayons pas peur des mots, dans laquelle le moindre déplacement peut prendre des allures de randonnée. Dans mon guide, j’avais des plans par quartier très bien fichus, mais, à cause de leur petite taille peut-être, ou bien parce que malgré l’indication de l’échelle je n’arrivais pas à me faire une idée précise des distances, il ne m’est pas arrivé une seule fois d’appréhender correctement le temps qu’il nous faudrait pour aller d’un point à un autre, si bien que nous avons passé énormément de temps dehors et, par conséquent, en prévision (aléatoire) du temps qu’il nous faudrait encore (ou pas, ou un peu plus…) y passer, nous avons beaucoup utilisé les toilettes publiques pékinoises.

Dans les parcs, les temples et autres lieux publics, leur propreté était, sans surprise, variable. Comme partout.

Dans les hutongs, ces étonnants quartiers de ruelles étroites, bordées de maisons basses en briques grises, où il faut absolument aller se perdre avec enthousiasme, tant l’ambiance et l’atmosphère qui y règnent semblent authentiques et réjouissantes, dans les hutongs, donc, les toilettes publiques dépassent totalement les limites de ce que l’on pourrait imaginer comme échelle standard allant de « très propre » à « très sale ». Bien que ce qu’il convient d’appeler lieu d’aisance ait été accessible en quantité encore plus étonnante qu’ailleurs dans ces incroyables quartiers, ce n’est pas là que nous en avons abusé le plus. Je pense – je n’ai pas vérifié l’information, mais j’ai de fortes présomptions – que les habitations dans les hutongs ne disposent probablement pas – ou pas toutes en tout cas – de toilettes et que, de fait, les toilettes publiques y sont abondamment utilisées. Je pense également que les concepts de pudeur et d’intimité diffèrent assez largement d’une culture à l’autre et tout particulièrement de ma culture à moi à celle d’un pékinois.

Ainsi, dans les hutongs, les toilettes publiques consistent en un alignement de trous dans le sol, les uns à côté des autres, sans murs, sans portes, sans cloisons, sans paravents, rideaux, ou que sais-je encore qui permettrait de se sentir un tantinet isolé de la dame du trou d’à côté qui fait popo. Mais comme je l’ai dit, il s’agit toutefois bel et bien de toilettes publiques : on ne fait pas ses besoins sur le trottoir foufoune au vent, il y a des murs et un toit, si bien que l’odeur y reste bien enfermée, au point d’avoir réussi à me faire renoncer, moi, la professionnelle des toilettes publiques.

 

Et puis il y a eu la cité interdite.

Qui, soit dit en passant, n'est plus interdite du tout.

Haut lieu du tourisme pékinois et, plus largement, chinois, elle grouille désormais d'une foule compacte qui, je dois l'avouer, gâche un tout petit peu le plaisir. Le palais est merveilleusement beau, vaste, porteur de tout un imaginaire un peu mystérieux véhiculé par les films pour petits et grands et le peu que l'on a retenu de quelque lointaine leçon d'histoire, mais le groupe de touristes chinois serait, je pense, tout à fait à la hauteur pour décourager le plus motivé des touristes allemands. Ou japonais. Et pourtant le chinois est courtois, mais le touriste chinois, en groupe, est la négation même de la courtoisie et du savoir-vivre. Comme si d'avoir tant de choses à découvrir à travers le vaste monde autorisait toutes les inconvenances. Mais là n’est pas le propos.

A l’entrée de la cité il y a des toilettes publiques.

Dans ces toilettes publiques il y a, bien évidemment, beaucoup de monde. Et pas de verrou aux portes parce que, nous l’avons vu, certaines notions comme l’intimité ou la pudeur n’impliquent pas les mêmes comportements ici ou là… Après avoir observé la façon dont certaines femmes, apparemment pressées, n’hésitaient pas à entrer dans des toilettes occupées pour en déloger les pisseuses trop lentes à leur goût, nous avions commencé à établir une stratégie pour protéger cette intimité à laquelle nous tenions, malgré tout, l’une comme l’autre, quand ma fille s’est soudain interrompue, avant de porter sur moi un regard empreint tout à la fois d’horreur et d’incrédulité.

J’ai jeté un œil du côté de ce qu’elle semblait avoir vu de tellement déconcertant, pour immédiatement lui retourner un regard probablement semblable au sien, avec une petite pointe de dégoût en supplément.

Le long des murs, alignés à moins d’un mètre les uns des autres, des seaux. Et au-dessus de ces seaux, des culs dénudés de femmes accroupies en train de se soulager joyeusement en rang d’oignons, comme une haie d’honneur de circonstance pour les pisseuses préférant faire la queue.

Je crois qu’aucune des merveilles que j’ai pu voir pendant mon périple ne suffira jamais à effacer cette image-là.



Repost 0
Published by poupoune - dans carnet de voyage
commenter cet article
3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 15:12

 

Hier soir j’ai regardé, comme beaucoup de monde et la plupart d’entre vous j’en suis sûre, le fameux débat de l’entre-deux-tours.

Alors oui, j’aurais des choses à en dire et non, je n’en écrirai rien ici, sinon que bien entendu il faut voter Hollande, mais là n’est pas le propos.

Au cours du débat, de la même façon qu’il pouvait nous arriver de le faire à l’occasion de certaines émissions culturelles de haut niveau, comme La Nouvelle Star par exemple, ma sœur et moi (Comment j’balance ! Ha ha ! Je ne tomberai pas seule !) avons échangé quelques impressions à chaud par SMS.

Entre autres, lorsque le président sortant a traduit « droit de vote aux étrangers » par « nos femmes devront nager voilées à des heures réservées » et « immigration » par « islam », j’ai évoqué le caractère nauséabond du propos dans un message certes laconique, mais limpide, y compris pour quiconque n’ayant ni l’historique des échanges, ni la télé allumée sur une des chaînes diffusant la joute.

Et il se trouve que par mégarde, je ne comprends d’ailleurs toujours pas comment j’ai pu faire ça, j’ai envoyé mon SMS « à plusieurs ».

Le temps que je m’en aperçoive et que j’appuie frénétiquement sur « annuler », le message était parti.

Bon : je n’ai pas pour habitude de cacher mes opinions politiques, que j’assume pleinement, mais je n’ai pas non plus pour habitude de les balancer à la face du monde – mon petit monde à moi – sans raison particulière. Et surtout, vous, je sais pas, mais moi, dans mon répertoire téléphonique, je n’ai pas que des amis de gauche. Même si la plupart de mes amis se trouvent être effectivement de sensibilité politique proche de la mienne, mon répertoire ne compte pas que des amis et, de gauche ou de droite, je trouve au mieux déplacé, au pire carrément inconvenant d’adresser, par exemple, à l’école de ma fille (qui ne peut-être que de gauche, une école publique, pensez donc !) ou à ma gynéco, à ma chef, à la baby-sitter, à ma gardienne ou encore à la belle-mère de ma sœur ce genre de message. Outre le fait que je ne sais pas forcément de quel côté bat leur cœur d’électeur, je ne partage pas avec ces membres éminents de mon répertoire téléphonique une intimité suffisante pour m’autoriser de  telles familiarités.

Ce message aurait donc tout à fait légitimement pu être interprété comme une agression gratuite, injustifiée et plutôt stupide. D’où ma gêne et, disons-le clairement, une légère angoisse quant aux réactions et conséquences que pourrait entraîner ma bourde. Surtout que je n’arrivais pas à savoir à qui exactement ce message avait bien pu être envoyé.

Une fois passé l’instant de panique (« Nooooon ! on va me prendre pour une gauchiste belliqueuse alors que je suis une gauchiste courtoise ! »), j’ai appuyé sur quelques touches de l’engin par qui le drame arriva (j’ai jamais aimé les téléphones portables, c’est peut-être pour ça qu’ils ne m’aiment pas non plus) et j’ai fini par trouver la liste des gens qui avaient reçu mon message.

Pour une raison qui reste pour moi un mystère, seules quelques copines à affinités politiques semblables – du moins très proches des miennes – en ont été destinataires.

Du coup, je suis perplexe.

Mon téléphone aurait-il développé une certaine forme d’intelligence à mon insu ?

 

 

 

Repost 0
Published by poupoune - dans poupouf
commenter cet article
1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 10:17

 

Cet endroit est à l’abandon depuis trop longtemps à mon goût… mais comme je suis cruellement en manque d’inspiration, je vais vous raconter mes vacances en Chine.

Il faut savoir que je ne suis pas une très bonne touriste. Par exemple, je n’ai pas appris trois mots de chinois. J’en ai appris deux. « Bonjour » et « merci ». Et on notera donc que la faiblesse de l’effort est compensée par le choix des mots : courtoisie et politesse, le secret d’une intégration réussie.

Je n’ai pas non plus appris à manger avec des baguettes, pour la même raison que je ne me mets jamais de mascara : je serais capable de me crever un œil avec les premières aussi sûrement qu’avec le second. Et puis allons, sérieusement ? Coincer des trucs entre deux bouts de bois et les porter à sa bouche le plus vite possible avant de tout se faire tomber sur les genoux, est-ce bien raisonnable ? Mais comme je suis, nous l’avons déjà établi, une personne bien élevée, j’ai néanmoins fait un effort et usé d’une ruse infaillible à base d’élastique et bout de papier pour simuler un maniement de baguettes alerte et sûr. On m’a en une ou deux occasions félicitée pour cette trouvaille ingénieuse. J’aurais volontiers avoué que l’idée n’était pas de moi et que j’avais vu ça dans un épisode des « Experts », mais, d’une part, avec « bonjour » et « merci », je manquais de mots pour expliquer et, d’autre part, cet aveu aurait impliqué de faire savoir au monde – oui, n’ayons pas peur des mots : au monde ! vous savez combien ils sont, les chinois ? – de faire savoir, donc, qu’il m’était arrivé en une occasion certes lointaine et malencontreuse, mais une occasion quand même, de me trouver en présence d’un téléviseur allumé sur la une, pendant la diffusion d’une série américaine médiocre. Or, j’ai ma fierté. J’ai donc assumé avec une modestie non feinte la paternité de l’idée.

Je n’ai pas non plus essayé de faire virevolter un cerf-volant sur la place Tian’anmen. Outre le fait que faire virevolter un cerf-volant me paraît aussi palpitant qu’aller à la pêche ou promener un chien mort, la place Tian’anmen est probablement le lieu le plus déprimant du monde. En tout cas, le lieu le plus déprimant que je connaisse.

Je ne me suis pas non plus gavée de canard laqué. Je n’aime pas le gras. Ni la peau. Ni manger de la viande sans pouvoir en enlever préalablement le gras et la peau à l’aide d’un COUTEAU et d’une FOURCHETTE.

Je ne me suis pas régalée de tofu sous toutes ses formes. Au mieux, le tofu n’a aucun goût, mais ça c’est pour les chanceux. La plupart du temps, cette chose immonde empeste et son goût n’est qu’à peine moins insultant pour les papilles que son odeur est agressive pour les narines.

Je n’ai pas goûté tous les thés de Chine parce que je n’aime pas le thé.

Je n’ai pas fait écrire mon prénom en sinogrammes sur un grain de riz.

Je n’ai pas fait de Tai-chi dans un parc avec des vieilles plus souples que moi.

Je n’ai pas arboré de drapeau tibétain au revers de ma veste.

Je ne me suis pas acheté de belle robe chinoise traditionnelle. Indépendamment du fait que je n’imagine pas une seule occasion de porter ce genre de vêtement une fois quittée la boutique à touristes du vieux quartier de Shanghai, savez-vous quel est le format moyen des femmes chinoises ? Voilà. Non. Il n’y avait pas ma taille.

Enfin, je n’ai pas arpenté les rues de Pékin à vélo. Déjà, j’ai un problème avec le vélo : je ne sais pas tourner la tête sans tourner les épaules et, donc, le guidon. En rase campagne, ça passe. A Pékin ? Où traverser la rue au passage piéton quand le petit bonhomme est vert et en regardant bien des deux côtés est un défi un peu fou et toujours dangereux ? Ha ha. Non.

Bref. Je suis une touriste médiocre.

J’ai payé la robe chinoise de ma fille deux fois plus cher que celle que je lui avais dégotée chez H&M l’année dernière.

J’ai mangé au KFC à Kunming.

J’ai fait pipi dans les pissotières les plus cradingues du monde.

J’ai mangé au Burger King derrière le temple Jing’an.

J’ai payé cinq euros une bouteille d’Evian et j’ai même pas fait exprès.

J’ai fait manger à ma fille une fondue chinoise en croyant lui avoir commandé un plat de jambon-nouilles.

J’ai bousculé une vieille sans ménagement et sans m’excuser dans la cité interdite et je le referais sans hésiter dans les mêmes circonstances.

J’ai fait manger ma fille dans des restaurants dont les cuisines étaient encore plus cradingues que les pissotières citées précédemment.

J’ai mangé au Mac Do au bout de la place Tian’anmen.

J’ai fait plein d’autres choses encore, parce que la Chine, c’est grand, et j’ai pas chômé. Mais vous trouverez tout ce que vous pourrez avoir envie de savoir sur la Chine sur internet ou dans un bon guide.

 

Sinon, si le cœur vous en dit, les centaines d’images que j’en ai rapportées – petit échantillon des milliers d’images dont j’ai ébloui mes yeux – sont  et  et encore .

 

 

 

 

Repost 0
Published by poupoune - dans carnet de voyage
commenter cet article
22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 01:11

 

J’ai toujours eu le chic pour m’enticher des mauvaises personnes.

Aussi bien celles avec qui une histoire était éventuellement possible – quoique vouée à l’échec – que celles de la catégorie « n’y pense même pas ». Comme, par exemple – et toute ressemblance avec des faits ou des personnes ayant existé serait bien évidemment fortuite – comme, donc, un prof. Alors que j’aurais été son élève. Et largement mineure par-dessus le marché. Ou comme… je ne sais pas, disons… un homme marié. Et amoureux. De sa femme. Et fidèle, en plus. Sans compter que j’aurais toujours été mineure. Vous voyez l’idée ?

Quand j’avais quinze, je ne me disais pas « c’est normal, j’ai quinze ans », mais je me le dis maintenant. Pas que j’ai quinze ans, mais que c’était normal. C’est l’âge où toutes les filles ont envie de vivre le grand frisson et la passion dévorante et quoi de mieux, pour y parvenir, qu’un amour impossible ? On ne frissonne pas pour deux sous et on alimente soi-même son propre drame passionnel, souvent sans que l’objet de cet amour dévastateur en ait seulement conscience, même vaguement, mais qu’importe : on aime comme jamais personne n’a aimé. On est comme ça, quand on a quinze ans. Moi, j’étais comme ça. Normal : j’avais quinze ans… et quelque part, sans que j’arrive à savoir si c’est plutôt une bonne ou une mauvaise chose, j’ai toujours quinze ans.

Pas plus tard que tout à l’heure, alors que je guignais discrètement cet homme de la catégorie « n’y pense même pas », pour être sûre de passer au bon moment, dans le bon sens, au bon endroit pour qu’on se croise et qu’il ne puisse pas ne pas me voir, je me suis revue très exactement dans la même situation – autre époque, autre lieu, autre béguin, mais même ruse de midinette énamourée – je me suis revue, donc, à quinze ans, attendant le passage de la voiture du prof de sport remplaçant dans la rue que, si je me débrouillais bien, je traverserais juste sous ses yeux, l’obligeant ainsi à me remarquer (ou à m’écraser en cas de mauvais calcul, mais j’ai toujours eu un genre de radar infaillible pour cet exercice inutile autant qu’excitant qui consiste à se trouver, donc, au bon endroit, au bon moment, dans la bonne ligne de mire).

Tout ça pour quoi ? A quinze ans déjà, alors que j’avais encore toute la fraîcheur, la pétulance et cette fausse ingénuité provocante que veut l’âge, c’était pour rien, sinon de longues et inconsolables souffrances que vous ne pouviez pas comprendre, vous adultes impuissants face à la douleur qui obscurcissait mon regard et assombrissait mon humeur, puisque vous n’aviez jamais aimé… puisque personne avant moi n’avait jamais aimé… Ah ! Elle a bon dos, la crise d’adolescence ! Mais je me mourais d’amour, moi !

Bref : ça ne servait donc déjà à rien quand j’étais jeune et jolie – et prête à toutes les folies – alors à quoi est-ce que ça pourrait bien servir maintenant que je suis vieille, moche et raisonnable ? Bon, OK, peut-être pas hyper raisonnable, c’est vrai, mais… disons plus inhibée, alors, peut-être ? Vous dites ? Coincée du cul ? Va pour coincée du cul.

Il n’empêche que je fais bien en sorte, comme à quinze ans, de ne pas être prise en flagrant délit de geste malencontreux (se sortir la culotte des fesses, les doigts du nez…) quand je sais que mon nouveau « n’y pense même pas » peut me voir. Comme à quinze ans, quand je sais qu’on va se croiser par hasard, je fais super gaffe à super bien faire semblant de ne le remarquer qu’au dernier moment. En revanche, j’ai abandonné l’attitude « vas-y, j’m’en fous » pour quelque chose de plus femme, tu vois, de type hochement de tête poli voire, s’il est à portée d’oreille, un « bonjour » sobre mais courtois. J’ai muri. Quand même.

Mais alors quand je me suis arrêtée tout à l’heure devant une vitrine de je ne sais même pas quoi, après avoir fait semblant de chercher mon chemin (à deux pas de chez moi !) pour lui laisser le temps de sortir et d’arriver pile à l’endroit où j’allais pouvoir croiser sa route par hasard, j’ai rajeuni plus vite qu’avec toutes les crèmes et liftings du monde ! D’un coup, sans même y penser (évidemment sans y penser : quand tu penses, à mon âge, tu ne fais pas semblant de te perdre pour gagner les quelques secondes nécessaires pour pouvoir croiser, le temps d’un regard, un « n’y pense même pas » dont tu sais très bien qu’en effet, lui, il n’y pense absolument pas) d’un coup, donc, j’ai fait un formidable bond en arrière d’une… bon, OK : d’au moins deux décennies.

Alors sur ma lancée, je me suis payé le luxe de ma meilleure attitude « rien à foutre » et j’ai avancé dans sa direction en faisant super bien la fille qu’avait carrément d’autres trucs à penser que ce mec – comment c’est son nom déjà ? – et j’étais à fond dans mon rôle. J’avais quinze ans. Evidemment, je savais très bien qu’il était là, je savais précisément où et je me dirigeais très exactement au bon endroit pour qu’il ne puisse pas me louper, mais je faisais super bien l’air de rien, au point de commencer à me demander si je ne risquais pas de me faire engueuler par ma mère si j’arrivais en retard pour le dîner.

J’étais même quasiment sur le point de m’allumer négligemment une clope – attitude « ouais, j’suis une femme, je fume et j’t’emmerde » – alors que j’ai arrêté de fumer depuis plus longtemps que j’avais vécu au moment où j’ai commencé. Mais quand je suis arrivée à sa hauteur… je ne sais pas ce qui s’est passé. Un vieux réflexe – un réflexe de vieux ? : j’ai levé les yeux vers lui, je lui ai souri et je n’ai même pas pu retenir un « Oh, bonsoir »… Bon : j’ai réussi un très crédible « oh » de surprise – légère, mais sincère – que je n’avais même pas prévu et encore moins répété, mais à part ça, quel fiasco ! Il m’a répondu en souriant poliment et, au lieu de rentrer chez moi, de claquer la porte de ma chambre au nez de ma mère pour téléphoner à ma meilleure copine et lui raconter ce truc de ouf qui venait de m’arriver, je suis rentrée sans claquer aucune porte et j’ai téléphoné à ma mère qui m’a parlé de ses copines.

 

Je n’ai plus quinze ans.

 

Mais au cas où, demain, comme je risque de croiser encore par hasard mon « n’y pense même pas » (si j’arrive à l’heure et que je me mets devant la porte, mais légèrement sur la gauche, pour qu’il me voie même s’il reste derrière la grille), je mettrai ma nouvelle veste, qui marque bien ma taille sans me faire un gros cul.

Et je ferai semblant de téléphoner.

 

Au cas où.

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by poupoune - dans poupouf
commenter cet article
18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 01:43
 
Sans me vanter, je fais des madeleines qui sont une vraie tuerie. Non, vraiment, je pourrais tuer pour en manger. Croyez-moi. Je n’en ai jamais goûté d’aussi bonnes et pour dire les choses comme elles sont : aucune des nombreuses aïeules que j’ai eu la chance de connaître assez longtemps pour apprécier, entre autre, leur cuisine, n’a jamais fait de madeleines. Ou alors elles devaient être carrément médiocres, avec tout le respect que je dois à mes aînées, parce que je n’en garde aucun souvenir.
Autant dire que ma madeleine de Proust à moi n’est donc pas une madeleine. Je me mets assez souvent aux fourneaux pour que mes fameuses madeleines à tuer père et mère et le chien puissent devenir proustiennes pour ma fille (même si la concurrence de mes meilleurs cookies du monde – en toute modestie – est rude), mais pour moi, c’est clair et net, aucun souvenir d’enfance n’a le goût délicatement citronné de la madeleine.
 
Bien qu’issue d’une longue lignée de cordons plus ou moins bleus, je n’ai pas grandi avec une mamie gâteau qui me préparait des bons biscuits maison pour égayer mes goûter du mercredi. Ni avec une maman disposée à se coller deux heures par jour en cuisine pour remplacer mes boudoirs de quatre heures par une douceur dont elle aurait été seule gardienne du secret, légué sur son lit de mort par la mère de la mère de son père ou qui sais-je…
J’ai un million de souvenirs gustatifs absolument divins – disons quelques milliers – mais voilà tout le drame d’une ascendance trop douée en cuisine : point de traditionnel gigot du dimanche. Pas non plus de non moins traditionnelle dinde de Noël (à part ma sœur, mais ça compte pas, c’est juste pour faire la blague). Et pas de fameux dessert incontournable de mère-grand, dont tout le monde fait semblant de croire qu’elle fait toujours le même pour nous faire plaisir parce qu’on l’aime, alors que tout le monde sait très bien que c’est le seul qu’elle sait faire.
Non. Rien de tout ça chez moi. Point de repère gustatif récurrent, aucune chance d’associer quelque saveur que ce soit à une personne ou une habitude du passé, pas de quoi faire pleurer Marcel ou Madeleine, et encore moins moi.
 
Il y avait bien les quenelles de Mémé, les fameuses, dont je pouvais me faire éclater la panse et qu’elle faisait toujours en accompagnement de quoi que ce soit qu’elle pouvait bien faire à côté – je ne me souviens que des quenelles et, oui, elles ont bien un petit quelque chose qui nous vient du côté de chez Proust – mais hélas trois fois hélas : les quenelles ont disparu avec Mémé… à ce jour je n’en ai pas remangé qui tiennent la comparaison et soient susceptible de m’émouvoir. Et je ne suis pourtant pas difficile à émouvoir par les papilles : je peux pleurer rien que pour un plat de pâtes, pour peu qu’on m’ait fait manger des légumes aux trois repas précédents.
Il y avait aussi le biscuit roulé de Mamy. Mamy – elle ne m’en voudrait pas de le dire ici, on est entre nous – n’était pas exactement la plus fine, la plus créative ou la plus motivée des cuisinières de la lignée. Mais son biscuit roulé… ça a l’air con comme ça, mais moi, mon biscuit roulé – et quand je dis « mon », c’est bien mon seul et unique biscuit roulé, l’expérience n’ayant pas été suffisamment concluante pour être renouvelée – le mien donc, était tout plat ramollo. Le sien… hmmmm… Mais encore hélas, trois fois de plus, il a également disparu avec elle – même si sur ce coup-là, ma mère est en bonne voie pour assurer une digne relève et me titiller au niveau du palais ET de l’affect…
Et puisqu’on parle de ma mère… comment un seul de ses incroyables mets aurait-il pu, à lui tout seul, canaliser toute l’émotion que des papilles exigeantes peuvent receler ? Comment fixer sur une seule de ses merveilleuses expériences culinaires l’ensemble des souvenirs émus que tant de repas de famille n’ont pas manqué de générer à profusion ?
Des madeleines de Proust, j’en ai finalement trop, gâtée comme je l’ai été depuis ma plus tendre enfance par toutes les cuisinières généreuses, talentueuses et surtout aimantes de la famille.
 
Et pourtant.
Pourtant, je dois bien l’avouer, ce qui éveille en moi encore aujourd’hui les émotions les plus intenses et les souvenirs les plus vivaces, ce n’est pas le gratin de macaroni qui nous attendait au four les jours d’arrivée chez Mamy pour les vacances. C’est-à-dire les jours d’arrivée qui ne coïncidaient pas avec les jours de cueillette des haricots mutants de Papy (« Tant que ça pousse, faut laisser pousser. » « Mais Papy, tes haricots, on dirait des courgettes et ils ont des grains comme des pois chiches ! » « Tant que ça pousse… » - soit dit en passant, vous imaginez la taille des courgettes ? Ouais, ça fait rêver…), parce que si ça coïncidait, donc, c’était haricots verts, au lieu de gratin de macaroni, et là, c’était moins la fête. D’autant que tu pouvais nourrir une famille entière avec un seul de ses haricots, à Papy, du coup le jour où il finissait par les cueillir, tu savais que t’en boufferais pendant les trois semaines suivantes et que ton gratin de macaroni, t’avais plus qu’à y penser bien fort en attendant les prochaines vacances.
Ce ne sont bizarrement pas non plus les orgies de spaghettis bolognaises de ma mère, qui font pleurer les italiens et qui ne se savourent jamais mieux que trop vite, avec trop de fromage et quand on en mange toujours un peu trop pour ne pas en garder le souvenir sur le bide au moins deux jours. Alors imagine combien de temps dans la tête ?!!
Ce n’est pas non plus le succulent magret miel / citron, pas plus que les divines langoustines à la mangue ou l’inénarrable pastilla aux amandes – et je suis obligée de m’arrêter là, sans quoi c’est une véritable encyclopédie de la cuisine de ma mère et de la mère de ma mère et de la mère de mon père et de la mère de… bref : ce serait trop long de vous parler de tout ce qui a accompagné tous les bons moments de ma vie, même s’il m’est arrivé en une ou deux occasions de passer de bons moments ailleurs qu’à table.
Ce n’est même pas le lacquemant, alors que la seule évocation de ce délice – que je n’ai pourtant pas dû savourer souvent – me donne des palpitations. Bon sang : mon royaume pour un lacquemant !
 
Mais, comme je le disais, rien de tout cela ne me titille plus les sens et l’âme qu’un putain de brocoli.
Ma madeleine de Proust est verte, elle pue et elle fout la gerbe.
Avoir fréquenté la meilleure table du monde toute ma vie, et avoir la mémoire gustative définitivement polluée par un seul et unique putain de brocoli.
 
Je revois très clairement la scène : moi, seule, à table, avec sous mon nez cette assiette de brocolis froids depuis longtemps et pas d’échappatoire : qui serait venu m’en débarrasser, hein ? Qui serait capable de pareil sacrifice ? Pas de chien à la maison, un grand frère trop content de s’en être bien tiré en gobant tout sans respirer avant de faire couler avec un grand verre d’eau, une petite sœur encore trop petite et des parents d’une cruauté sans nom… Je me souviens très bien que je rentrais de vacances que j’avais passées seule – colo, séjour linguistique… cette partie là du souvenir m’a moins marquée – et qu’au lieu d’être accueillie comme il se doit par un plat de fête genre coquillettes au beurre, ma mère avait fait du brocoli. J’avais cru pendant un moment que ça, c’était pour les autres, ceux qui ne rentraient pas tout juste de vacances, et que moi j’allais avoir des nouilles – ou même une patate à l’eau ou… un bout de pain, n’importe quoi – mais non : c’était brocoli pour tout le monde.
J’avais cru ensuite que je pourrais bénéficier, à défaut d’un plat de substitution, d’une dispense, mais non plus. Rien à faire. Je finirais mon assiette, peu importe le temps que ça me prendrait. Mes larmes, mon chantage affectif, mes cris, mes menaces n’y changèrent rien.
Dans mon souvenir, je suis restée environ trois jours – et surtout trois nuits – à souffrir devant cette affreuse assiette verte et froide et puante. Il est probable que le calvaire durât moins longtemps en vérité, mais depuis, je ne peux plus voir un brocoli ou quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à un chou, sans redouter d’avoir à en subir la vue, l’odeur, voire le goût des heures durant.
 
Le plus étonnant, c’est qu’il ne m’est à ce jour jamais venu la moindre idée de vengeance, alors que je suis quasiment certaine qu’il est tout à fait possible de tuer quelqu’un au brocoli. Cru, s’entend. Bien lancé…
 
Bref, comme dirait l’autre, moi, ma madeleine, on peut dire que « ça fait Proust ! et ça fait Proust ! ça fait du bien ! »*
 

* à 3’40 pour l’élégante référence culturelle, si d’aventure elle vous avait échappé
 
 
 
Ecrit pour le Défi du samedi : « Quelle est votre madeleine de Proust à vous ? ».
 
 
 
Repost 0
Published by poupoune - dans Défi du samedi
commenter cet article
17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 01:11
 
Je ne sais pas quelle est la position de la science à ce sujet. En revanche, une précision importante et irréfutable que nous apporte la famille Higelin, c’est que s’il existe, ce n’est pas un gène récessif.
 
J’ai découvert, pour immédiatement en tomber totalement amoureuse, le père sur scène il y a presque exactement vingt-trois ans. Je n’ai jamais cessé de l’aimer depuis, parce que je suis comme ça, d’une fidélité à toute épreuve tant que tu ne me déçois pas.
Il y a bien eu des périodes de passion moins fervente, mais pas un album que j’aie boudé et pas une tournée que j’aie laissée passer sans assister à au moins un concert. De l’amour, je vous dis. Mais de ce genre d’amour qui ne nécessite pas d’aimer l’entourage ou d’adopter les enfants de l’être aimé, pour des raisons évidentes que je ne développerai pas ici.
Alors quand la fifille a débarqué dans les bacs du haut de ses dix-neuf ans, non seulement je ne me sentais aucune obligation de faire l’effort de découvrir, mais en plus je mettais un point d’honneur à ne pas m’y intéresser, au prétexte que les « filles et fils de », merci bien, très peu pour moi. Je dirais même que le fait que j’aimais tant le père me poussait d’autant plus à ne pas aimer la fille, même s’il n’est pas indispensable de chercher à comprendre.
Mais par bonheur, quoique un peu trop tard pour ne pas rater sa précédente tournée, j’ai tout de même été ramenée à la raison et j’ai fini par écouter. Et là, je me suis maudite moi-même et toute ma famille sur vingt-deux générations d’avoir ainsi snobé ce qu’il convient d’appeler une révélation. Pour moi, pour le rock, pour tout ce qui touche de près ou de loin à la musique.
Il m’aura fallu attendre encore plus d’un an pour enfin la voir sur scène et, ce soir, c’est chose faite, je peux donc l’affirmer sans réserve : cette fille est une putain de bête de scène.
Elle arrive, du haut de ses maintenant presque vingt-deux ans (ce qui fait que, si vous comptez bien, j’aime son père depuis plus longtemps qu’elle, et ça, il est vrai que ça pourrait me coller un méchant de coup de vieux) elle arrive, donc, affublée d’une espèce de long et large et gros manteau mi-voile, mi-fourrure, qui donnerait à la plupart des femmes qui s’y risqueraient, au pire, l’air d’une vieille peau vulgaire, au mieux, l’air de rien, mais elle, en deux attitudes et trois notes, tu comprends que son manteau, c’est l’accessoire d’une star. Elle a cette exubérance que seules peuvent se permettre les grandes, alors que putain ! elle n’a qu’à peine plus de la moitié de mon âge, merde !
Ah la la… mais quel pied de me dire que je pourrai donc la voir et la revoir jusqu’à ce que je ne sois plus assez vaillante pour traîner ma vieille carcasse dans les salles de concert !
De son père, elle a cette espèce de folie et cette liberté qui font de ses concerts des moments qui vont bien au-delà de la seule musique. Elle a un humour et un aplomb totalement déroutants. Elle te remet en place les fâcheux comme si c’était ça son vrai métier. Elle déborde d’une énergie jubilatoire, qui semble néanmoins être totalement maîtrisée… Parce que c’est qu’elle sait chanter, la demoiselle. Ça part dans tous les sens, elle danse comme une belle diablesse déchaînée, elle est sensuelle et superbe, mais pendant dans ce temps-là, elle ne fait pas semblant, elle envoie, sans dérailler, sans s’essouffler, sans se louper, de cette voix incroyable…
Alors oui, il y a de Papa de cette étonnante – que dis-je : renversante artiste, mais pas que. Du tout. Et on est musicalement très loin, il n’est pas question de relève ou que sais-je, on est complètement ailleurs, mais qu’est-ce qu’on y est bien !
 
Et pour la petite histoire… cette demoiselle que j’ai presque vue naître, que j’ai vue danser aux concerts de son père alors qu’elle ne devait pas avoir cinq ans, jouait ce soir à deux pas de là où, justement, je l’avais vue dans le public de son père à ma grande époque groupie. Oui, parce que je suis peut-être amoureuse depuis vingt-trois ans, mais je n’ai été groupie qu’à une époque, il y a une quinzaine d’années, alors que j’étais jeune et fofolle, mais ça va beaucoup mieux maintenant. J’en veux pour preuve que j’ai résisté, ce soir, à la tentation d’aller voir mon amoureux à la fin du concert de sa fille, pour lui faire part de mon émotion à l’évocation de toute cette belle histoire de quand j’avais quinze ans et que je suis tombée amoureuse et qu’après je n’ai jamais cessé de l’aimer et que voir sur scène sa fille que j’avais pour ainsi dire vue naître…
 
Mais même si l’âge et la sagesse (et le fait que j’avais la baby-sitter à payer, aussi, un peu) ont transformé la groupie que je fus en fan raisonnable, deux choses pour conclure : 1) j’aime Jacques Higelin, 2) que vous l’aimiez ou non (même si c’est quand même mieux de l’aimer) écoutez et surtout allez voir Izïa.



Repost 0
Published by poupoune - dans poupouf
commenter cet article
29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 00:50

  

Il m’est arrivé un truc terrible.

Je suis allée chez le médecin. Un généraliste, bêtement, pour pas grand-chose, mais je ne suis pas allée chez mon médecin habituel, pour une sombre histoire d’incompatibilité d’emploi du temps sans intérêt, mais chez un médecin au hasard pas trop loin du boulot.

Jusqu’à présent, les rares médecins que je suis allée voir sont : 1) ceux que j’allais voir avec Môman quand j’étais petite, 2) ceux que j’ai élus en quittant Môman alors que j’étais encore étudiante. Si bien qu’à ce jour, il ne m’est jamais arrivé de tomber sur un médecin qui ne soit pas vieux. Par rapport à moi, du moins.

Alors quand je suis entrée dans le cabinet de ce nouveau médecin pour découvrir un homme non seulement jeune, mais aussi franchement beau et au charme désarmant, j’ai d’abord cru que c’était le patient précédent qui n’était pas encore sorti. Quand j’ai réalisé qu’il s’agissait en fait bel et bien du docteur, un docteur digne d’un casting de série hospitalière américaine, j’ai totalement manqué de présence d’esprit – un truc qui arrive souvent aux jeunes femmes en présence de jolis messieurs, mais je n’ai plus l’âge de ces bêtises, alors je ne comprends pas du tout ce qui s’est passé – et au lieu de m’inventer un mal bénin à l’oreille ou à la gorge, j’ai donné la vraie raison de ma visite, si bien que ce qui ne devait surtout pas arriver arriva : « Déshabillez-vous s’il vous plaît ».

 

Avant d’aller plus loin, une ou deux petites précisions s’imposent : j’ai tout à fait conscience de ce que je peux et ne peux pas me permettre de porter à mon âge et compte tenu de mon physique, mais je sais aussi qu’il ne m’arrive jamais d’avoir à me montrer en petite tenue à un homme jeune, beau et sexy sans que cela soit suffisamment prémédité pour que je ne fasse pas d’erreur rédhibitoire. Je rappelle donc que ce rendez-vous et surtout ce putain de beau toubib étaient, l’un comme l’autre, totalement imprévus.

 

Et me voilà donc coincée, devant le beau gosse de l’année, incapable de trouver une raison valable à invoquer pour ne pas me déshabiller, alors qu’en plus de quelques kilos en trop, d’un manque évident d’activité sportive depuis deux ou douze ans et d’une épilation très approximative, je porte un string Hello Kitty.

Vous me direz, déjà, au moins, j’en portais un, certes… Mais vous ne pouvez pas ne pas comprendre le degré d’humiliation atteint, à l’instant précis où le joli docteur, aimable et bien élevé en plus d’avoir les plus beaux yeux du monde, a commencé à me palper le gras du bide en faisant semblant de ne pas avoir remarqué le string.

Et le pire, c’était de me dire qu’il ne faisait peut-être même pas semblant. En basculant du côté des patients plus âgés que leur médecin, j’avais peut-être également basculé du côté des femmes que les jeunes gens ne regardent plus vraiment comme des femmes, mais comme des amies de leurs mères.

Je n’ai aucun problème avec mon âge. Pas plus qu’avec mes strings, d’ailleurs. Je ne les porte ni l’un ni l’autre pour séduire, mais simplement parce que je m’y sens bien. Pour autant, me coller comme ça la honte gratuitement, juste par plaisir parce qu’on a une gueule à faire mouiller les femmes sur trois générations rien qu’en les regardant, c’est petit.

Il palpait toujours, en remontant vers ma poitrine. Je n’avais pas le soutien-gorge assorti au string et je me demandais si ça arrangeait ou aggravait mon cas, quand j’ai réalisé que ça aussi, manifestement, il s’en foutait.

Alors je me suis redressée, j’ai coincé sa jolie main de joli médecin entre mon vilain soutien-gorge et mon string ridicule et, prisonnier de mes seins et de mes bourrelets, il a assisté impuissant au broyage de ses os.

 

Du coup, il n’a pas pu me rédiger d’ordonnance, mais finalement je n’avais rien, alors ça va.

 

 

Repost 0
Published by poupoune - dans inspirationS
commenter cet article
25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 15:10

  

Quand je marche dans la rue, je regarde toujours les églises au cas où il y aurait une jolie mariée devant… Pour dire le vrai, je dois avouer que ce sont plutôt les mariées moches que je guigne, histoire de me moquer un peu en bonne vieille fille aigrie, mais là n’est pas le propos.

Ce jour là, point de mariée, laide ou non. Il faut dire qu’on était mardi et au premier coup d’œil, j’ai cru que l’église était fermée, avant de me rendre compte que la voiture qui stationnait devant était de toute évidence un corbillard. Les enterrements, c’est généralement moins drôle que les mariages – quoique certaines belles-mères tirent infiniment plus la gueule aux seconds qu’aux premiers – mais ça réunit la plupart du temps devant les églises des assemblées comparables, du moins en nombre. Alors ce corbillard esseulé devant cette église déserte, ça m’a fichu le bourdon et dans un grand élan de compassion, je suis entrée dans l’église pour tenir compagnie au pauvre bougre qu’on enterrait dans l’indifférence générale. Presque générale. Il y avait là, assise non loin du cercueil, une femme sans âge à l’expression indéfinissable. Je suis allée m’asseoir près d’elle en silence, pendant que le curé, qui semblait gravement se faire chier, marmonnait je ne sais quoi d’à peu près inaudible, probablement en rapport avec le défunt ou dieu. Ou les deux.

A peine avais-je posé mes fesses à côté des siennes que la vieille – parce qu’à la réflexion, oui, c’était une vieille – se retournait vers moi avec un regard assassin.

 

Qu’est-ce que vous faites là ?

Euh… je… euh… suis venue témoigner un peu de sympathie.

Pour ce vieux porc ?

Oui. Non ! Je… euh… oui, aussi, et… pour vous.

On se connait ?

 

D’un coup j’ai senti que mon élan empathique n’était finalement peut-être pas une si bonne idée. J’ai fait mine de me lever pour partir, mais la vieille m’a retenue avec force par le bras et m’a obligée à me rasseoir.

 

Vous êtes qui ? Vous êtes venue vous assurer qu’il était bien mort, c’est ça ?

Non, pas du tout, non… je vous ai dit, c’était pour être…

-  Vous êtes sa pute ! C’est ça ? C’est vous !

 

En cherchant du soutien, je me suis tournée vers le curé qui se signait en levant les yeux au ciel, sans que je sache si c’était à cause des jurons de la vieille ou si ça faisait partie de son rituel, ou peu importe comment on appelle les trucs que font les curés aux enterrements. Quoiqu’il en soit, je me sentais bien seule face à cette furie qui, toutefois, semblait un peu calmée quand elle a repris :

 

-  Vous vous rendez compte ? Il ne m’a jamais touchée, le vieux salopard… Monsieur préférait les jeunettes… Je ne peux même pas dire combien je lui en ai ramené, des gamines… J’ai été institutrice pendant quarante ans, alors avec un vivier pareil, je vous laisse imaginer, hein !

 

Je n’étais pas sûre de comprendre – pas sûre de vouloir comprendre – mais j’étais certaine de ne pas vouloir imaginer.

 

-  C’était pas un si mauvais mari… il me laissait souvent regarder, vous savez ? Mais du jour où j’ai été à la retraite… il n’a même plus voulu toucher les gosses que j’arrivais à lui ramener du parc ! Terminé ! Il s’est entiché d’une jeune institutrice et y en avait plus que pour elle et ses marmots à elle ! J’avais même plus le droit de regarder, rien ! Le vieux cochon… C’est vous, hein ? C’est ça ? C’est vous qui jouiez les rabatteuses, n’est-ce pas ? Et il vous laissait regarder, vous ? Hein, petite salope, vous regardiez ?

 

J’étais horrifiée. Autant par ce que je venais d’entendre que par le regard menaçant de la vieille folle. J’ai attrapé un prie-dieu et je lui ai fracassé le crâne avec.

En réalisant ce que je venais de faire, j’ai eu un regard affolé vers le curé, qui avait cessé de marmonner et tenait le cercueil ouvert, en m’indiquant du regard successivement le corps de la vieille et l’intérieur du cercueil. J’ai attrapé la vieille et je l’ai portée jusque dans le cercueil. Le curé l’a refermé et a appelé les types des pompes funèbres pour qu’ils aillent enterrer tout ça.

 

La prochaine fois, au lieu de m’incruster à un enterrement, je me contenterai d’aller jeter des cailloux à une mariée moche, c’est plus drôle et moins risqué.

 

 

Repost 0
Published by poupoune - dans inspirationS
commenter cet article
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 16:22

 

 

Je n’aime pas les mariages.

Qu’ils soient fastueux, chiches, beaufs, princiers, en petit comité ou en grandes pompes, il y a une constante incontournable à tous les mariages : les invités dont on ne sait pas quoi faire.

Je ne parle pas du problème qu’ils posent à belle-maman ou à je ne sais qui qui se casse la tête sur le plan de table : je ne me suis jamais trouvée de ce côté-là du problème. Non, je parle de ce que c’est qu’être un invité incasable.

 

Qui sont-ils, ces empêcheurs de faire des plans de tables rondes ? Les célibataires. Ceux qui ne font partie d’aucune bande, qui ne sont plus assez jeunes pour qu’on les mette à la table des enfants et pas assez proches pour la table des mariés. Vous me direz : pourquoi sont-ils invités ? Mais la question ne se pose-t-elle pas, en règle générale, pour la moitié des invités ?

Elle se posait pour moi en tout cas au mariage de cette cousine, tellement éloignée que je ne savais même pas si je l’avais déjà rencontrée un jour. Pour la même obscure raison qui avait dû la pousser à m’inviter, je n’avais pas osé décliner, mais les convenances et les politesses n’ont pas toujours que du bon.

Je n’ai pas eu de mal à la reconnaître, mais je n’ai que peu de mérite : c’était la seule déguisée en meringue. Elle, en revanche, n’a pas su cacher qu’elle ne me remettait pas du tout ce qui, je l’avoue, m’a bien fait rire. Je me suis amusée un moment de son malaise en sur-jouant l’émotion de ces si belles retrouvailles dans de si belles circonstances et bon sang ! que j’étais heureuse pour elle ! elle était plus belle que jamais ! mais je n’avais pas mesuré encore à ce moment là que ce qui ne serait pour elle qu’un bref moment de gêne allait être pour moi une longue torture.

 

D’abord, le défilé des vieux. Les vieux qui savent très bien qui tu es – la petite-nièce du beau-frère de la mère de je ne sais qui – mais ils pourraient bien inventer n’importe quoi, tu n’irais pas contredire ou vexer un vieux, même si tu ignores totalement qui c’est.

Ensuite, il y a les moins vieux, qui se demandent bien quand même pourquoi toi, tu n’es pas encore mariée et si tu ne vas pas y songer bientôt, parce qu’il serait temps, non ? Bien sûr, c’est toujours tentant de leur répondre que ton truc à toi, c’est le broute-minou de camionneuse. Ou que tu sors d’une douloureuse histoire au terme de laquelle tu es tombée dans la drogue après trois tentatives de suicide. Ou mieux, qu’après t’être fait violer par Tonton toute ton enfance tu n’as plus trop goût aux hommes. Mais tu ne le fais pas, parce que tu ne voudrais pas gâcher une si belle fête.

Et tout ça n’est rien. Le pire vient toujours au moment de passer à table.

Quand tu as du bol et que le nombre d’incasables n’est pas trop élevé, tu peux parfois te retrouver à une table sympa où il restait une place. Mais je ne sais pas pourquoi, il y a un principe qui veut que t’as jamais de bol aux mariages et là, soit tu te retrouves, comme par hasard, coincée à côté de l’autre célibataire de ton âge – ce qui n’est jamais une aubaine, parce que tu comprends toujours avant même que les hors d’œuvre soient servis pourquoi il est célibataire – soit il y a carrément une table entière d’incasables. Et la cousine avait choisi cette option. Je me demandais de plus en plus pourquoi j’étais venue. Je me demandais également si on était vraiment cousines, à la réflexion, et si oui, par quel côté de la famille. Pas le bon, manifestement, sans quoi j’aurais pu espérer une place à une table de cousins un peu moins éloignés.

Au lieu de ça, donc, je me retrouvais à cette fichue table d’incasables, même pas suffisamment nombreux pour la remplir correctement, si bien qu’on était trop éloignés les uns des autres pour s’entendre parler. Ce qui, dans le fond, n’était pas si gênant que ça…

En vertu de quoi les penseurs de plan de table peuvent-ils bien croire que mettre des incasables ensemble pourrait être une bonne idée ? Les incasables ont généralement une bonne raison d’être incasés et ce n’est jamais la conséquence directe de leur jovialité et de leur sociabilité, alors pourquoi les rassembler pourrait bien en faire soudain une troupe de joyeux drilles prêts à enflammer la soirée ?

A part moi, il y avait un vieil ado qui avait dû échapper de justesse à la table des enfants, mais qui semblait le regretter amèrement et ne quittait pas des yeux l’écran de son i-phone. Un type entre deux âges, divorcé d’une invitée bien mieux placée que lui, qui n’avait pas dû oser venir avec sa jeune maîtresse et tuait le temps en lui envoyant un message probablement cochon toutes les cinq minutes. Une vieille fille encore plus caricaturale que moi. Un type à cheveux gras et culs de bouteille qui cherchait des amis mais savait très bien qu’il n’en trouverait pas. Une vieille peau vulgaire qui tentait désespérément de se faire remarquer par le divorcé.

Une chouette table, en somme.

La soirée semblait ne jamais devoir finir, le service était d’une lenteur terrifiante et je me demandais si le dessert arriverait avant l’aube, tout en imaginant les mille et une façons de me venger de la cousine, quand j’ai remarqué une certaine agitation en cuisine. Prétextant élégamment un bronze à couler, histoire de maintenir l’ambiance débridée qui présidait à ma joyeuse table, je suis allée jeter un œil et suis tombée sur une occasion plus belle que je n’aurais osé l’espérer de tenir ma revanche : un énorme gâteau supposé contenir une danseuse brésilienne, clin d’œil discret au voyage de noce financé par les dons des convives. L’occasion était inespérée.

 

Sans vouloir me faire passer pour pire que je ne suis et en toute objectivité, j’ai tout sauf un cul de danseuse brésilienne montrable en string. Alors j’ai négocié avec la jolie demoiselle, piqué ses plumes et ses paillettes et pris sa place entre la meringue et la crème pâtissière. Et au moment de la grande surprise, c’est moi qui ai surgi du gâteau et c’est mon fessier généreux et tremblotant que j’ai collé sous le nez du marié, pendant que s’agitait sous le regard effaré de la belle-mère mon opulente et blanche poitrine. D’une œillade indécente et salace j’ai fait rougir le beau-père, tandis que ma gestuelle plus que suggestive faisait hésiter le père de la mariée entre l’offuscation et la branlette.

Le reste de l’assemblée était mi-outré, mi-hilare (pour les plus éméchés). Quant à moi, j’ai profité de ce que j’avais séjourné dedans pour manger ma part de dessert, avant de m’en badigeonner le corps dans une danse obscène et de filer sans demander mon reste avant que quiconque ait vraiment le temps de réagir.

 

Finalement, c’était un mariage plutôt réussi.

 

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème « Au mariage de ma cousine ».

 

 

 

Repost 0
Published by poupoune - dans Les impromptus
commenter cet article
18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 23:18
 
Je suis allée voir un spectacle de percussionnistes japonais en slip, sauf qu’en fait de slips, c’était des strings et je dois dire, messieurs – ceux d’entre vous du moins qui s’épuisent sur des machines en salles de sport dans l’espoir de se sculpter un corps de rêve – que vous feriez mieux de vous mettre au tambour japonais.
 
Il y avait notamment ce gars, là, sorte de statue grecque vivante, dont la légèreté de la tenue permettait de se faire une idée très précise de l’anatomie et qui faisait bouger des muscles incroyables, dont j’ignorais jusqu’à l’existence… Un peu comme quand on s’essaie au squash pour la première fois et qu’on découvre, le lendemain, en faisant l’état des lieux de ses courbatures, des muscles totalement inconnus, sauf que là j’ai fait la même découverte, mais sans douleur. A part peut-être celle de me dire que jamais pareil Adonis ne finira, selon toute probabilité, dans mon lit, mais là n’est pas le propos. Quoique… il est bien question ici de la façon presque indécente dont j’ai reluqué de mâles fessiers toute la soirée, on n’est donc pas bien loin de ce qui peut (ou pas) se passer dans mon lit.
 
Sinon ? Les tambours ? Oui, super, mais je ne suis ni critique culturel ni spécialiste des percussions, alors vous trouverez sûrement ailleurs des choses plus intéressantes à lire sur le sujet que ce je pourrais moi-même vous en dire. En revanche, si vous souhaitez échanger sur les bienfaits du tambour japonais sur la musculature fessière (mais pas que) ou si, par hasard, vous avez un ami percussionniste japonais à me présenter, avec ou sans le string, je suis à votre entière disposition pour en parler.
 

 
 
 
Repost 0
Published by poupoune - dans poupouf
commenter cet article

C'est Qui ?

  • poupoune
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.

En version longue

   couv3-copie-1

Recherche

J'y Passe Du (Bon) Temps