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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 00:35

 

Pour des raisons aussi futiles que banales, je me suis inscrite à la salle de gym de mon boulot.

Dans une salle de gym, il faut le savoir, il y a un J.B.

J.B. peut être un J.C., un J.P. voire un F.X., mais il est, quoi qu'il en soit, aussi indispensable à la salle de gym que le tapis de course.

J.B. est beau, bien coiffé, très musclé et tatoué et son titre est "coach plateau", ce qui signifie qu'il dit bonjour quand tu arrives, te fait des clins d'œil quand il croise ton regard alors que tu ruisselles, rouge et à bout de souffle, sur l'engin qui finira bien par te faire perdre 100g et, enfin, ça veut dire qu'il montre, sans s’énerver, à la gourde qui ne comprend pas, que le bouton "+" veut dire "plus vite / fort / longtemps" et, inversement, que le bouton "-"... Bref : J.B. est un élément incontournable.

Autre constante des salles de gym, la prof qui fait cours à demi nue pour bien montrer aux grosses dames qui peinent à enchaîner trois abdos, alors qu'elle leur en demande quatre séries de seize, à quoi elles doivent aspirer et à quel point elles en sont loin.

Après, il y a les toutouyouteurs. Je ne sais pas comment on appelle les gens qui fréquentent les salles de gym, ce sera donc les toutouyouteurs.

Là, deux catégories.

D’abord, les gens qui manifestement essaient de perdre un peu (beaucoup) de poids, ou qui se donnent bonne conscience, ou encore qui se dépensent un peu en prévision du prochain repas qui ne manquera pas d'être trop riche.

La plupart des gens de cette catégorie passe en général par les trois étapes ci-dessus, dans un ordre ou un autre avec possibilité de les répéter plusieurs fois chacune. Ils s'occupent assez peu des autres, sinon pour de brefs échanges polis, et n’ont pas l’air d’être le meilleur ami de J.B.

L'autre catégorie se scinde en deux sous-groupes : les aspirants mister univers et les poufs. Hommes et femmes sont là dans le but unique de parfaire leur plastique, mais alors que les femmes regardent essentiellement les femmes de la première catégorie tout en faisant du gringue à J.B., les hommes, eux, se regardent entre eux histoire de voir, finalement, qui a la plus grosse. Et accessoirement, à leur manière, ils font aussi du gringue à J.B.

 

Depuis quelques jours que ma fille est en vacances et moi un peu aussi, donc, j'ai profité de ma semi-liberté pour aller à la salle de gym non plus en courant entre midi et deux, mais tranquillement en fin de journée.

Et là j'ai découvert les misters univers du soir.

Ils ressemblent beaucoup à ceux du midi, se jaugeant les uns les autres et soulevant des barres de fer en soufflant bruyamment pour bien souligner l'effort, mais leur grande particularité est qu'ils ne font plus les coqs au milieu d'une basse-cour acquise de toute façon à J.B., mais sont cette fois en mode rivalité virile mais conviviale, de cette convivialité d'où naissent ces délicieuses bourrades torse contre torse avec gouttelettes de sueur voletant telles une aura humide irradiant de ce beau moment de masculinité désinhibée.

Je me suis donc retrouvée là, seule femme dans ce grand débordement de testostérone, royalement ignorée puisque n'étant :

1) pas en lice pour le concours du plus gros biceps,

2) pas âgée de moins de 25 ans, avec la silhouette correspondante.

Mais cette ignorance était partagée puisque je n'étais pas moi-même en quête d'un mâle musculeux pour déménager mon frigo, du coup nous avons œuvré à nos tâches respectives dans une indifférence mutuelle – sauf avec J.B., parce que eh ! c’est J.B., quoi !

Néanmoins, toute indifférente que je fus, je n’en étais pas moins taraudée par cette sempiternelle question : où sont les femmes ? Sans doute mon cerveau était-il quelque peu ralenti par l’effort auquel je soumettais mon corps, car il m’a fallu un moment pour trouver l’évidente réponse : pendant que ces messieurs jouent les fiers-à-bras après le boulot, leurs femmes doivent s’occuper de leurs gosses et n’ont pas le temps, elles, d’essayer de perdre leurs derniers kilos de grossesse en s’essoufflant sur une machine à la salle de gym.

Et pourtant elles apprécieraient certainement au moins autant que leurs bonshommes les clins d’œil de J.B.

D’un coup, ça m’a énervée. J’ai arrêté de m’épuiser sur cette fichue machine, que t’as beau donner tout ce que t’as, elle n’avance pas d’un pouce, et je suis allée me changer en méditant sur l’injustice du monde. En sortant, je me suis approchée d’un genre de taureau qui semblait à tout prix vouloir prouver qu’il pouvait courir plus vite que son tapis et j’ai stoppé net sa machine.

Il s’est écroulé dans un mouvement délicieusement ridicule et a laissé deux dents plantées dans son tapis de course.

J’ai quitté la salle toujours dans l’indifférence générale, à part J.B. qui m’a fait mon clin d’œil d’au revoir.

Je l’aime bien, J.B.


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Published by poupoune - dans inspirationS
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commentaires

caro 22/07/2014 08:10

Ah, je me disais, la version féministe te va bien.

Walrus 17/07/2014 08:40

LOL,j'en suis sur le cul ! (ça m'évite de me casser les dents)

poupoune 20/07/2014 00:27



Ce qui vaut mieux qu'être sur les dents pour éviter de se casser le cul ;-)



Cacoune 17/07/2014 07:41

On va dans la même salle ou quoi ?!
Excellent de chez excellent. ça se marie bien avec mon café-croissant-pain au chocolat :)

poupoune 20/07/2014 00:24



Ah ben c'est un mariage classique, ça les croissants et pains au chocolat avec la salle de gym :)



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