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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 22:34

 

Ça faisait un petit moment déjà que je me demandais si mon voisin de palier n’était pas mort.

Non pas qu’une quelconque odeur ait commencé à infester tout l’étage, non, rien d’aussi glauque, mais je ne le voyais plus. Ce n’est pas que j’avais l’habitude de le voir si régulièrement, mais c’est vrai que je le croisais quand même de loin en loin. Sa femme, très rarement et jamais seule. Mais depuis quelque temps, c’est elle que je croisais et lui, plus du tout. Et, bien sûr, ce sont des personnes âgées, sans quoi je ne me serais pas inquiétée de ne plus le voir, le vieux, s’il avait été jeune…

Bon, alors vous me direz, vu que ça n’empuantissait pas tout l’immeuble, ce n’était pas exactement mon problème, qu’il soit mort ou vif, le voisin, mais que voulez-vous ? Mon âme tendre se faisait du souci pour la vieille. Si elle ne sortait pas, laissant faire les courses à son mari, c’était peut-être bien parce qu’elle n’avait plus vingt ans et je me demandais s’il ne serait pas de bon ton de lui proposer mon aide, maintenant que son bonhomme avait clamsé. D’un autre côté, vu que je suis ce genre de voisine qui ne va même pas à la fête des voisins et qui n’a jamais vu les trois quarts des habitants de l’immeuble, la probabilité que le vieux ne soit pas mort, mais que je ne le voie simplement plus parce que je ne vois pas grand monde de toute façon était plutôt forte.

Aller voir ma pauvre vieille voisine avec les meilleures intentions du monde et lui annoncer son veuvage par anticipation pourrait être mal interprété. Sans compter que ce serait un peu ingrat, pour moi, de me voir claquer la porte au nez sur un malentendu.

J’ai essayé d’être plus attentive, de guetter leurs allées et venues, mais il y a deux catégories de vieux : ceux qui s’emmerdent et les autres. Ceux qui s’emmerdent, ils persistent à faire leurs courses le samedi, pour voir du monde. Ils prennent le bus aux heures de pointe, pour voir du monde. Ils vont chez le médecin après dix-huit heures, pour voir du monde. Ceux qui s’emmerdent, tu ne peux pas les louper. Mais les autres, à moins d’être en vacances à la maison, tu ne les croises jamais. Et mes petits vieux sont de cette catégorie-là. Autant dire que malgré toute l’attention que j’ai essayé de leur porter, je n’ai pas résolu mon mystère.

Elle, je l’ai encore croisée quelques fois, lui non, mais sans déceler de signe évident qu’il était bel et bien mort, comme par exemple un long voile noir que madame aurait pu arborer sur une mine défaite pour me donner une indication fiable de l’état de son mari. Alors j’ai fini par me décider à aller la voir, en me disant qu’après tout ça ne pourrait pas être complètement mal perçu qu’une gentille voisine se montre attentionnée à l’égard de sa vieille voisine. Même en cas de méprise sur le décès de monsieur.

J’ai sonné. Plein de fois, parce qu’une vieille endeuillée c’est forcément un peu sourd. La porte s’est ouverte sur le vieux.

Je crois qu’il a dit un truc du genre « ça va pas de sonner comme ça, y a un problème ? », mais je n’en jurerais pas, parce que j’ai été tellement surprise de le voir, de me retrouver en quelque sorte face à un fantôme, que j’ai poussé un cri strident avant de lui balancer mon sac dans la tête. Un réflexe idiot, je sais, mais il m’a fichu une de ces frousses !

Pauvre vieux. Sa tête a rebondi contre le mur et puis il s’est effondré là, à mes pieds, mort avant d’avoir touché le sol.

Du coup, j’ai pu présenter mes condoléances à la vieille sans craindre de faire un impair.

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 00:35

 

Pour des raisons aussi futiles que banales, je me suis inscrite à la salle de gym de mon boulot.

Dans une salle de gym, il faut le savoir, il y a un J.B.

J.B. peut être un J.C., un J.P. voire un F.X., mais il est, quoi qu'il en soit, aussi indispensable à la salle de gym que le tapis de course.

J.B. est beau, bien coiffé, très musclé et tatoué et son titre est "coach plateau", ce qui signifie qu'il dit bonjour quand tu arrives, te fait des clins d'œil quand il croise ton regard alors que tu ruisselles, rouge et à bout de souffle, sur l'engin qui finira bien par te faire perdre 100g et, enfin, ça veut dire qu'il montre, sans s’énerver, à la gourde qui ne comprend pas, que le bouton "+" veut dire "plus vite / fort / longtemps" et, inversement, que le bouton "-"... Bref : J.B. est un élément incontournable.

Autre constante des salles de gym, la prof qui fait cours à demi nue pour bien montrer aux grosses dames qui peinent à enchaîner trois abdos, alors qu'elle leur en demande quatre séries de seize, à quoi elles doivent aspirer et à quel point elles en sont loin.

Après, il y a les toutouyouteurs. Je ne sais pas comment on appelle les gens qui fréquentent les salles de gym, ce sera donc les toutouyouteurs.

Là, deux catégories.

D’abord, les gens qui manifestement essaient de perdre un peu (beaucoup) de poids, ou qui se donnent bonne conscience, ou encore qui se dépensent un peu en prévision du prochain repas qui ne manquera pas d'être trop riche.

La plupart des gens de cette catégorie passe en général par les trois étapes ci-dessus, dans un ordre ou un autre avec possibilité de les répéter plusieurs fois chacune. Ils s'occupent assez peu des autres, sinon pour de brefs échanges polis, et n’ont pas l’air d’être le meilleur ami de J.B.

L'autre catégorie se scinde en deux sous-groupes : les aspirants mister univers et les poufs. Hommes et femmes sont là dans le but unique de parfaire leur plastique, mais alors que les femmes regardent essentiellement les femmes de la première catégorie tout en faisant du gringue à J.B., les hommes, eux, se regardent entre eux histoire de voir, finalement, qui a la plus grosse. Et accessoirement, à leur manière, ils font aussi du gringue à J.B.

 

Depuis quelques jours que ma fille est en vacances et moi un peu aussi, donc, j'ai profité de ma semi-liberté pour aller à la salle de gym non plus en courant entre midi et deux, mais tranquillement en fin de journée.

Et là j'ai découvert les misters univers du soir.

Ils ressemblent beaucoup à ceux du midi, se jaugeant les uns les autres et soulevant des barres de fer en soufflant bruyamment pour bien souligner l'effort, mais leur grande particularité est qu'ils ne font plus les coqs au milieu d'une basse-cour acquise de toute façon à J.B., mais sont cette fois en mode rivalité virile mais conviviale, de cette convivialité d'où naissent ces délicieuses bourrades torse contre torse avec gouttelettes de sueur voletant telles une aura humide irradiant de ce beau moment de masculinité désinhibée.

Je me suis donc retrouvée là, seule femme dans ce grand débordement de testostérone, royalement ignorée puisque n'étant :

1) pas en lice pour le concours du plus gros biceps,

2) pas âgée de moins de 25 ans, avec la silhouette correspondante.

Mais cette ignorance était partagée puisque je n'étais pas moi-même en quête d'un mâle musculeux pour déménager mon frigo, du coup nous avons œuvré à nos tâches respectives dans une indifférence mutuelle – sauf avec J.B., parce que eh ! c’est J.B., quoi !

Néanmoins, toute indifférente que je fus, je n’en étais pas moins taraudée par cette sempiternelle question : où sont les femmes ? Sans doute mon cerveau était-il quelque peu ralenti par l’effort auquel je soumettais mon corps, car il m’a fallu un moment pour trouver l’évidente réponse : pendant que ces messieurs jouent les fiers-à-bras après le boulot, leurs femmes doivent s’occuper de leurs gosses et n’ont pas le temps, elles, d’essayer de perdre leurs derniers kilos de grossesse en s’essoufflant sur une machine à la salle de gym.

Et pourtant elles apprécieraient certainement au moins autant que leurs bonshommes les clins d’œil de J.B.

D’un coup, ça m’a énervée. J’ai arrêté de m’épuiser sur cette fichue machine, que t’as beau donner tout ce que t’as, elle n’avance pas d’un pouce, et je suis allée me changer en méditant sur l’injustice du monde. En sortant, je me suis approchée d’un genre de taureau qui semblait à tout prix vouloir prouver qu’il pouvait courir plus vite que son tapis et j’ai stoppé net sa machine.

Il s’est écroulé dans un mouvement délicieusement ridicule et a laissé deux dents plantées dans son tapis de course.

J’ai quitté la salle toujours dans l’indifférence générale, à part J.B. qui m’a fait mon clin d’œil d’au revoir.

Je l’aime bien, J.B.


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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 23:42

 

Quand tu marches la nuit en ville, entre les lampadaires, les enseignes et autres éclairages, il arrive que tu te retrouves avec plusieurs ombres, toutes à toi. Ce qui en soi ne présente strictement aucun intérêt, sauf que quand tu es une femme seule dans une rue plus ou moins déserte, ça peut éventuellement t’amener, si tu n’arrives pas instantanément à identifier toutes les sources lumineuses qui t’entourent et à en analyser les effets, à avoir peur de ton ombre. D’une de tes ombres, plus exactement.

Il a pu ainsi m’arriver par le passé de sursauter ou de me retourner avec angoisse en voyant apparaître une ombre surnuméraire, avant de m’apercevoir, non sans une certaine gêne (« ha ha, mais que je suis sotte ! ») qu’aucun pervers sanguinaire ne me suivait ni ne s’apprêtait à fondre sur moi pour m’éventrer, me violer ou les deux (pas forcément dans cet ordre).

Mais ça, c’était avant que je décide de devenir une dure à cuire.

Maintenant, à chaque fois qu’une ombre apparaît alors que j’en avais déjà une clairement identifiée comme mienne, je souris en me disant à moi-même « Ha ! On m’la fait pas à moi ! J’t’ai reconnue ! » et c’est exactement ce que j’étais en train de me dire, quand j’ai remarqué que cette ombre nouvelle non seulement ne semblait pas prendre naissance à mes pieds, mais en plus portait une hache alors que moi, non.

  

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 00:48
  
Il y a un truc que j’adore, c’est la blague, bonne ou moins bonne, qui te fait pleurer de rire à chaque fois que tu l’entends, qui fait marrer aussi tes proches, qui te fait rire à chaque fois qu’un de tes proches te la sert ou que tu la sers toi-même dans ton cercle d’initiés, mais que tu vas sortir un jour hors du cercle en question et qui va marcher quand même… La découverte hasardeuse d’une référence commune avec quelqu’un dont t’aurais pas forcément parié qu’il pouvait être aussi con et/ou aussi bon public que toi rend toujours la blague encore plus drôle, ce qui t’amène immanquablement à des niveaux de poilade de compétition et, comme chacun le sait, c’est bon de rire parfois(*), alors j’adore ça.

Dans cette catégorie de blagues, il y a celles que tout le monde connait (le fameux « ça dépend ça dépasse », par exemple) dont l'effet sur-poilade lié à la surprise de la référence commune se trouve quelque peu altéré par la trop grande popularité du gag. En revanche, les blagues qui se situent à un degré d’universalité inférieur peuvent atteindre des niveaux insensés de drôlerie quand elles rencontrent un public insoupçonné… Dans cette catégorie, on trouvera par exemple le (fameux ?) « c’est qui Riri ? » et, dans une catégorie sans doute intermédiaire, la blague qui a illuminé mon déjeuner :


 
Elle arrivait à point nommé dans la conversation avec ma copine et a permis, on n’en doutera pas, d’élever notre débat du jour et les grandes théories qu’il nous a inspirées sur le pourquoi du comment de la difficulté à sortir d’un désert sexuel et/ou sentimental – les deux étant ou n’étant pas liés, ça dépend ça dépasse – alors qu’il est si facile d’y entrer.
Une fois écartées les vraies bonnes excuses (« entre le boulot, l’école, les courses, etc., où veux-tu que je trouve le temps de me faire sauter ? » et « de toute façon je suis grosse et moche alors c’est normal »), nous avons trouvé des tas d’explications plus ou moins foireuses, le but de ce genre de conversations n’étant évidemment pas d’apporter des réponses au grand mystère de la vie sexuelle (ou non) des participantes au débat, mais surtout de leur permettre de se dire : 1) « ça me rassure je suis pas toute seule » ou : 2) « nan mais de toute façon moi c’est pas pareil elle peut pas comprendre ».
Ça ne sert donc à rien, mais pour peu que les causeuses partagent ne serait-ce qu’un peu de leur sens de l’humour (voir plus haut), y a moyen de se marrer un bon coup, à défaut d’en tirer un.
Mais là n’est pas le propos – même si nous avons bien ri.

Au cours de cette conversation avec ma copine au sujet, donc, de ma vie sexuelle dont l’avenir dépend en grande partie de ma capacité à percer le mystère précédemment évoqué, elle est arrivée (ma copine) à une conclusion peu glorieuse, mais assez juste, à mon sujet.
[Pour respecter le secret de la conversation de filles ainsi que sa vie privée, je tairai ici les conclusions la concernant, mais c’est carrément encore pire que moi ! Sans déconner.]
[Non, c’est même pas vrai, mais ça me fait plaisir]
Ainsi donc, elle a conclu avec le constat suivant : « Tu as des critères drastiques à l’égard des hommes, au point qu’il ne te reste qu’un choix réduit à peau de chagrin et, pour autant, tu ne ramènes que des tordus parfaitement incompatibles avec toi. »
[On notera qu’elle n’a pas dit : « T’es trop difficile » - le truc qu’on dit aux moches pour les consoler]
Elle a par ailleurs ajouté qu’en me montrant un peu plus ouverte (au figuré) je tomberais probablement sur des hommes bien plus normaux – qui sont finalement (à ce qu’elle semblait croire) plus nombreux que mes timbrés habituels…
Et je me suis dit qu’après tout, elle avait sans doute raison ! Alors ni une ni deux, comme il se trouvait qu’exceptionnellement j’étais plutôt bien habillée, en talons, épilée et, cerise sur le gâteau, sans enfant pour la soirée, j’ai décidé de tenter ma chance (et le diable) en allant boire un verre dans un bar en sortant du bureau et, un peu d’alcool aidant, en me montrant « ouverte ».
Et ça a très bien marché.
Enfin… quand je dis très bien… j’ai quand même eu le temps de siroter quatre verres de blanc avant qu’un type d’apparence très normale vienne enfin m’aborder, et mon premier réflexe a été de le snober, avant de me souvenir que j’avais décidé d’être ouverte. Il devait être au moins aussi désespéré que moi, parce qu’il ne s’est pas fait prier quand je me suis radoucie, et ce manque d’amour propre aurait dû, plus encore que sa normalité, me faire fuir, mais j’ai résisté. Il m’a assommée avec sa conversation normale (ajoutée à mon alcoolémie grimpante), mais il n’était pas à proprement parler vilain, alors je me suis dit que je pouvais quand même essayer de sortir du désert sexuel, à défaut du désert sentimental… J’ai envoyé des signaux un peu plus clairs quant à mes intentions, qui rejoignaient manifestement les siennes parce qu’il a été assez prompt à me proposer le fameux dernier verre chez lui. Qu’on n’a jamais bu. Et je me demande d’ailleurs si on est vraiment chez lui.
Dans l’obscurité, je n’avais pas remarqué, mais il fait jour maintenant et ce que je vois ne ressemble pas du tout à un lieu habité. Le matelas sur lequel je suis couchée est nu – moi aussi d’ailleurs – le placard ouvert en face de moi est vide, il n’y a pas la moindre décoration, rien qui traîne à part mes vêtement éparpillés et il n’y a pas de rideaux aux fenêtres. D’ailleurs, dans ma position, je ne me rends pas compte, mais il n’est pas impossible que les gens de l’immeuble d’en face me voient. Je ne peux pas vérifier, parce que mes poignets sont attachés dans mon dos à mes chevilles et j’ai tellement mal partout que je ne vois même pas quel genre de mouvement je pourrais tenter de faire, mais ce serait vraiment gênant, que les voisins me voient.
D’un autre côté, s’ils ne me voient pas, je me demande qui pensera à venir me chercher ici.
Mais si je finis par me sortir de ce merdier, je demanderai quand même à ma copine de me préciser ce qu’elle entendait exactement par « des hommes normaux ».
 
 
(*) Tout le monde le dit :  

 
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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 00:27

 

Quand je me suis aperçue que la fenêtre de mon nouveau bureau donnait directement sur une incroyable quantité des fenêtres de l’hôtel en face, je me suis dit que ça pourrait sans doute donner lieu à quelques scènes cocasses.

J’ai un peu déchanté quand j’ai compris qu’en journée, dans les chambres d’hôtel, c’était surtout les femmes de ménage qui s’affairaient. A faire le ménage, s’entend. Il y a bien de temps à autre une vague silhouette, un mouvement fugace derrière les rideaux tirés, mais globalement c’est très décevant. Alors quand j’ai vu cette jeune femme s’installer devant la fenêtre pile face à la mienne, rideaux grand ouverts, j’ai tout de suite été très attentive.

Aux poses qu’elle prenait et aux moues qu’elle faisait, son téléphone à la main, j’ai vite compris qu’elle se prenait en photo. J’ai d’abord pensé à une mise à jour de son profil sur Facebook, mais ses postures sont devenues de plus en plus suggestives et j’ai supposé qu’elle visait plutôt Fesse-book. Et puis j’ai deviné la silhouette d’un homme derrière elle et j’ai pensé qu’il était plutôt question d’une vidéo amateur pour Youporn. Il va sans dire que j’avais autre chose à faire que mater de loin un couple s’adonner à des jeux érotiques quasiment en public, mais j’ai regardé quand même. Evidemment.

La fille continuait de prendre des poses lascives, la bouche entrouverte et probablement brillante d’humidité (mais j’étais un peu trop loin pour pouvoir être tout à fait sûre de ce détail), apparemment indifférente au type derrière elle qui, lui, s’approchait lentement, sortant petit à petit de l’ombre. J’ai essayé de deviner ce qui allait suivre…

Elle ne l’a pas entendu entrer, il la surprend et 1) elle se jette à son cou en prenant conscience de sa présence et ils s’envoient en l’air pour fêter ça, ou 2) il déteste qu’elle poste ses photos de salope sur internet et lui colle une baffe avant d’aller se saouler au bar et de revenir, ivre et repentant, pour s’envoyer en l’air et se pardonner l’un l’autre.

Ou alors, elle sait très bien qu’il est là et il sait qu’elle sait… Elle fait exprès de faire ces photos sexy – que dis-je : ces photos de grosse chaudasse pour l’exciter (bon sang, même moi elle allait finir par m’exciter, là !) et une fois à point, elle le cueille pour une partie débridée de jambes en l’air faussement improvisée.

Ou alors… Non, plus le temps d’essayer de deviner : il était maintenant si près d’elle qu’il la toucherait au moindre mouvement de sa part. J’allais enfin savoir ce qu’ils avaient prévu.

En prenant conscience de sa présence, la fille a sursauté en jouant si bien la surprise que j’ai pensé qu’elle ignorait vraiment qu’il était là. Il l’a attrapée rudement par un poignet et a plaqué une main sur sa bouche pour étouffer ses cris. Un jeu érotique légèrement sadomaso ? L’inconnu qui violente la pauvre fille sans défense ? Un fantasme comme un autre… En tout cas, la fille jouait suffisamment bien la terreur pour me mettre franchement mal à l’aise. Je commençais presque à regretter mes fenêtres avec vue sur rien du tout.

Le type avait maintenant retourné la fille qui me faisait face à nouveau, son partenaire collé derrière elle. Son regard a croisé le mien et cette fois j’ai eu la certitude que sa panique était bien réelle. Juste un peu trop tard pour pouvoir intervenir d’une quelconque manière : je voyais déjà briller dans la main de l’agresseur une longue lame, avec laquelle il a tranché la gorge de sa victime, maculant  la fenêtre de son sang et disparaissant ainsi à ma vue.

C’est alors seulement que j’ai crié et que je me suis précipitée à l’hôtel. J’ai foncé à l’étage qui me semblait être le bon et j’ai arpenté le couloir, attentive au moindre bruit et au moindre mouvement, en attendant la police que j’avais appelée en chemin. A défaut d’avoir pu venir en aide à la victime, je ferais un bon témoin pour l’enquête.

Quand les flics sont arrivés, assez rapidement, j’étais encore dans tous mes états. Je leur ai expliqué ce qui s’était passé du mieux que j’ai pu et ils ont été très réactifs : ils ont fait ouvrir toutes les chambres de l’étage par le personnel pour y trouver le cadavre – et pourquoi pas aussi le meurtrier qui n’avait peut-être pas eu le temps de fuir avant mon arrivée – mais rien. Pas de corps, pas de tueur fou, pas même une petite flaque de sang.

J’ai dû retourner à ma fenêtre pour vérifier si je ne m’étais pas trompée d’étage et, de retour à l’hôtel dans la chambre dont j’étais certaine cette fois que c’était la bonne, rien. Rien de rien. C’était plus propre encore qu’après le passage des femmes de ménage. Plus trace du sang qui avait copieusement giclé sur la vitre, pas de fille agonisante, pas non plus de fille en bonne santé, d’ailleurs. Rien. Personne. Juste quelques flics agacés, un directeur d’hôtel qui se demandait s’il allait devoir refaire nettoyer la chambre après notre passage et moi, qui ne savais plus si je venais d’assister à un meurtre fou ou si c’était seulement moi qui devenais folle. Dans le doute, je me suis excusée auprès de tous ces messieurs-dames pour le dérangement, prétextant une confusion possible avec une scène de sexe (ce qui n’a pas manqué de me faire passer pour une vieille fille mal baisée) et une fois que tout le monde est parti, j’ai regagné mon bureau.

Les portes de l’ascenseur se refermaient quand une main s’est glissée au milieu pour les rouvrir. J’ai instantanément reconnu le type qui venait d’égorger cette pauvre fille. J’ai pensé que ça prouvait bien que je n’étais pas folle. Ça m’a soulagée. Un bref instant. Après, j’ai à peine eu le temps de me demander s’il nettoierait aussi bien l’ascenseur que la chambre, quand il en aurait fini avec moi.

 

 

 

 

 

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:59

 

Le monsieur derrière moi dans la file d’attente au cinéma se posait une question à laquelle je savais répondre, alors j’ai engagé la conversation assez naturellement. Il allait voir un film avec ses enfants, moi un autre film avec ma fille, nous avons échangé quelques mots aimablement et nous sommes souhaité une bonne séance avant de nous séparer.

A la fin du film, j’ai emmené ma fille déjeuner au Mac Do et, alors que nous cherchions une table où nous installer, mon plateau a rencontré celui du même monsieur que dans la file d’attente, au moment où nous les posions ensemble sur la même table. Compte tenu de la foule et du temps que nous avions déjà tous perdu à chercher cette table, nous avons rapidement convenu que nous pouvions la partager.

Et tout aussi rapidement, nous avons repris la conversation précédemment entamée.

Nous avons passé un excellent moment. Les enfants ont eu l’air de bien s’entendre, le papa et moi-même aussi, tout le monde semble s’être amusé et nous avons passé ensemble beaucoup plus de temps qu’il n’en faut pour manger un Big Mac.

Au bout d’un moment, nous avons tout de même quitté les lieux et, très naturellement, nous avons fait une sympathique balade dans le parc voisin. C’était comme dans un de ces films que les femmes qui n’ont plus vingt aiment bien parce qu’elles se disent que ça pourrait leur arriver. Simple, évident, agréable.

Ce n’était pas Robert Downey Jr ou Georges Clooney, mais je me dois en toute honnêteté d’avouer que je ne suis pas non plus Julian Moore ou Catherine Zeta-Jones. C’était un homme exactement comme on ne rêve pas d’en rencontrer, mais dont on sait quand on le rencontre que c’est bien lui et pas un quelconque bellâtre hollywoodien qu’on devait rencontrer. Ce genre d’homme qui vous fait dire instantanément : c’est possible.

Et oui : au cours de ces quelques heures, avec nos enfants qui s’égayaient pendant que le papa et moi nous découvrions de plus en plus d’affinités, je me suis dit que c’était possible. Je me le disais encore bien après que nous nous sommes séparés en nous donnant rendez-vous le dimanche suivant. Oui, c’était possible.

Ce n’est qu’une fois arrivée à la maison, dans l’ascenseur, que j’ai aperçu un affreux, épouvantable et répugnant morceau de salade coincé bien visible entre mes deux dents de devant.

Aller bouffer au Mac Do et risquer quand même de se retrouver avec un bout de verdure dans les dents, c’est un comble. Même au cinéma, il n’y a guère qu’une Cameron Diaz pour se tirer d’une situation pareille et… non, je ne suis pas non plus Cameron Diaz.

Autant dire que je n’ai jamais remis les pieds ni dans ce cinéma, ni dans ce Mac Do, et que je contourne désormais soigneusement le parc quand il m’arrive de passer dans le quartier.

Ce n’est pas parce que je ne suis pas une bombe hollywoodienne que je n’ai pas ma fierté.



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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 10:28

 

Il y a des tas de beaufs différents. Ils sont plus ou moins bruyants, plus ou moins dérangeants, plus ou moins nuisibles… Là, c’était la catégorie des inacceptables. Selon mes critères personnels.

Déjà, ils étaient nombreux. J’ai compté au moins une grand-mère, deux parents, un tonton sans doute et trois ou quatre gamins. Dans un château médiéval de dimensions modestes (pour un château) dont les pièces aménagées pour la visite étaient, elles, franchement petites (pour un château toujours) la beaufitude de masse était d’autant plus gênante.

Et bien sûr, la petite famille Grobeauf faisait du bruit. Les gens bruyants m’énervent, quand ils sont bruyants au mépris de la tranquillité du reste du monde. Me trouver presque obligée de crier pour expliquer à ma fille que dans ce joli château se sont mariés en secret la toute jeune Anne de Bretagne et l’à peine moins jeune roi Charles VIII (chose que j’ignorais bien entendu avant de visiter ce château et que j’oublierai d’ici 5, 4, 3… N’allez pas imaginer que j’aie ce genre de culture !), être obligée, donc, de hausser le ton pour me faire entendre malgré la tribu Grobeauf, ça a commencé à m’agacer dès le début de la visite.

Voir ensuite les gosses, avec leur petit carnet de jeu, en train de griffonner leurs réponses confortablement installés sur la table de banquet du XVème siècle, ça n’a pas favorisé mon apaisement.

Mais alors quand maman Grobeauf a carrément couché son bébé baveux et crotté sur le lit de la reine parce que « Ha ha ha c’est trop mignon ! », là, j’étais à deux doigts de m’énerver pour de bon. Mais j’ai pris sur moi. Une colère saine est une colère maîtrisée.

Une fois dans la salle des chevaliers, j’ai choppé l’aîné des gamins et je lui ai collé dans les mains l’épée qui allait avec l’armure exposée.

Rien que ses parents ne lui auraient pas autorisé, en somme.

Le gamin suivant, je lui ai collé le casque sur la tête et je leur ai dit de s’amuser un peu, que ça ne risquait rien.

Evidemment, ce qui devait arriver arriva.

C’est que ça rigolait pas en ce temps-là : les épées, c’était pas que pour le décor, hein !

 

J’ose espérer que la famille Grobeauf en aura tiré une leçon et aura appris à respecter et faire respecter le patrimoine historique.

 

 


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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 17:02

 

C’était un conteneur à vêtements, un de ces gros cubes gris, qui s’ouvrent un peu comme un vide-ordure, et dans lesquels on dépose les vêtements que l’on souhaite donner.

Quand j’ai vu monsieur crier sur madame qui tenait encore la poignée du conteneur dans la main, j’ai pensé qu’elle avait dû jeter sa chemise préférée ou son caleçon porte-bonheur. Mais quand ils ont commencé à cogner dans le conteneur, à l’ouvrir et le fermer frénétiquement en criant de plus en plus fort, je me suis dit qu’elle avait dû au moins laisser le portefeuille de monsieur dans la poche de la chemise avant de la jeter. Ce n’est qu’en m’approchant que je me suis aperçue que l’ouverture du conteneur était maculée de sang.

Je trouvais assez audacieuse l’idée de se débarrasser d’un corps en morceaux dans un conteneur dont l’ouverture permettait de le remplir, mais pas de le vider ou de voir à l’intérieur, mais en plein jour ? Et à quoi bon rester sur les lieux à s’engueuler et attirer l’attention ? Ils avaient peut-être laissé leur carte de visite sur le corps… Je ne voyais pas d’autre explication.

Ils criaient toujours, s’acharnant de plus belle sur l’ouverture du conteneur qui semblait désormais résister, mais à force de tirer ils ont fini par en venir à bout et c’est là qu’une troisième voix s’est mêlée à leurs cris. La petite voix de la petite fille qu’ils venaient de sortir du conteneur.

Son front n’était plus qu’une large plaie, une de ses mains était bleue et son bras était plié selon un angle incongru. A peine délivrée du conteneur, elle a levé un regard honteux vers ses parents avant de baisser les yeux.

Et elle a pris une baffe magistrale quand ils se sont aperçus qu’elle n’avait pas été foutue de sortir la moindre fringue de ce fichu conteneur.

 

 

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 00:33

 

Bien qu’étant une mère exemplaire, totalement dévouée à ma progéniture et prête à me saigner aux quatre veines pour faire de la chair de ma chair une personne incroyablement merveilleuse, je n’en reste pas moins humaine et surtout, surtout, ma délicieuse descendance ne peut pas (encore) prétendre tout à fait au même degré de perfection que sa divine maman et malgré tous mes efforts et son patrimoine génétique prometteur et avantageux, elle n’a pas été foutue de m’éviter la convocation par la maîtresse à l’école.

Bon.

On ne peut jamais totalement exclure qu’une maîtresse prenne le temps de convoquer les parents des enfants les plus formidables pour leur dire toute son admiration, mais dans l’hypothèse probable où ce ne serait pas le cas, je m’étais plutôt préparée à m’entendre reprocher quelques manquements de ma fille aux attentes certainement exagérées de sa maîtresse. Je m’étais également entraînée à ne pas me départir de mon sourire quoi qu’elle dise, comme si rien de ce qu’elle pourrait m’annoncer n’était susceptible de m’atteindre.

Mais bien sûr, que je peux tout entendre. C’est pas comme si j’étais prête à mourir pour cette enfant, hein ? C’est pas comme si j’avais placé tous mes espoirs, mes rêves, mes ambitions les plus folles et toute la force de mon amour insensé dans ce petit corps sorti du mien et nourri à mon sein, hein ? Oui, bon, d’accord, je l’ai nourrie au biberon, mais est-ce que ça change vraiment, fondamentalement quoi que ce soit, hein ? Est-ce qu’avec tout le mal qu’on se donne on n’a pas droit à un peu de considération de la part de la maîtresse qui, quand on y pense, n’a pas lourd de légitimité pour asséner ses bonnes paroles et ses reproches, parce que franchement, si les maîtresses étaient vraiment bonnes à autre chose qu’à faire garderie, elles seraient mieux payées, non ? Non… je sais, je m’égare, ça va, c’est bon… allez : je m’excuse, pardon. J’ai beaucoup de respect pour le travail des maîtresses en générale et celle de ma fille en particulier. Promis. Mais ça fait quand même mal au cul que la première pétasse venue vienne t’apprendre comment élever tes gosses, bordel !... Pardon. Je m’emporte, mais vous me comprenez, non ? Si vous n’êtes pas vous-même un bon parent, peut-être pas, mais les autres… non ?

Bref. Là n’est pas vraiment le propos.

Le propos, c’est que la maîtresse qui convoque un parent le reçoit dans sa salle de classe. Pourquoi pas. Sauf que dans les petites classes – qui doivent leur nom à la taille des enfants qu’elles accueillent et non au fait qu’elles sont de dimensions réduites elles-mêmes – dans les petites classes, donc, le mobilier est lui aussi petit – petites chaises, petites tables – à l’exception de la chaise et du bureau de la maîtresse. Mais pour une raison qui m’échappe (budgétaire ?) les salles de classe ne sont pas pourvues d’une deuxième chaise de taille normale, si bien que la maîtresse qui, donc, reçoit un parent non nain (le problème prend une dimension toute différente avec un nain) (ha ha) la maîtresse, donc, propose invariablement de s’installer à la place des enfants.

- C’est la place de votre fille, tiens, on va se mettre là…

Ben oui, tiens, quelle bonne idée.

La place de ma fille est, comme toutes les autres places de tous les autres élèves et comme on l’imagine, coincée entre un bureau (le sien) devant, un autre derrière et des chaises de part et d’autre. L’étape 1 de la convocation par la maîtresse consiste donc à se glisser entre le bureau de derrière et celui de devant, sans qu’un pan du manteau, le sac à main ou un coup de genou malencontreux ne foute par terre la trousse du petit voisin de derrière ou le cahier de la petite voisine d’à côté. Si ce miracle se réalise, il faut alors réussir le double exploit de plier suffisamment les genoux et de garder le buste suffisamment droit, afin de pouvoir atteindre l’assise de la toute petite chaise sans que les fesses ne heurtent préalablement le bureau de derrière et sans qu’un sein ne vienne buter sur celui de devant. Et à l’instant précis où la fesse (oui : je n’en ai qu’une qui tient, moi, sur une chaise d’enfant) à l’instant, donc, où la fesse atteint enfin la chaise, il faut surmonter encore l’immanquable bouffée d’angoisse à l’idée qu’une si petite chaise sous un si gros cul pourrait très bien rendre l’âme et ajouter à l’humiliation d’être le parent dont l’enfant nécessite une attention particulière, celle de se retrouver le cul par terre coincée entre deux tout petits bureaux d’écolier.

Autant dire que quand, au terme de nombreuses contorsions et d’aussi nombreuses sueurs froides, je me suis finalement retrouvée assez stable sur ma fesse, bien calée sur la chaise de ma fille, sans avoir cassé ni fait tomber quoi que ce soit, j’étais tellement soulagée que j’étais presque prête à entendre que ma fille était une délinquante juvénile. Sauf que la maîtresse, qui affiche bien dix ans de moins que moi et autant… disons le double de kilos en moins n’était, elle, pas encore assise. Elle s’est faufilée entre les bureaux et les chaises comme s’il n’y avait ni bureau ni chaise et elle a voulu en tirer une, de chaise, pour s’y asseoir, mais je la bloquais avec mon pied. La chaise. Bien involontairement, cela va sans dire, n’empêche que mon pied empêchait la maîtresse de poser son délicat petit fessier léger sur la chaise. Et c’est pas que je voulais pas bouger mon pied et libérer la chaise, hein, attention, faut pas croire ! Je ne demandais que ça, moi… mais coincée comme je l’étais déjà avec ma fesse sur la chaise, un genou dans le casier du bureau et l’autre dans le nez, je ne pouvais pas.

- Oh, excusez-moi, je suis sotte ! On ne peut pas tenir là toutes les deux, bien sûr : vous êtes grosse ! Où avais-je la tête ? Restez là, vous, puisque vous êtes encastrée, moi je vais me mettre plus loin.

Bon, elle n’a pas vraiment dit ça, mais c’est exactement ce que j’ai entendu. Ce que j’ai vu dans son petit sourire supérieur en tout cas. Et dans ses yeux narquois. Finalement, je n’étais plus du tout disposée à l’entendre me dire quoi que ce soit sur ma fille, mais j’étais coincée. Au sens propre, je veux dire. Alors j’ai souri exactement comme j’avais prévu de le faire, en opinant de temps à autres et, surtout, en réfléchissant au moyen de m’extraire de ce piège sans embarquer avec moi la moitié du mobilier de la classe quand elle aurait fini. J’ai opté pour une stratégie à base de stylo prétendument tombé par terre, ce qui m’a permis de relever les fesses avant tout le reste en m’assurant un appui discret, mais solide, d’une main au sol tandis que, de l’autre, j’anticipais le second mouvement, relever le buste, en m’appuyant cette fois sur le bureau. Franchement, je m’en suis super bien sortie. Ma fesse n’est pas restée coincée dans la chaise, je n’ai pas fait basculer le bureau, je n’ai rien cassé… Non, vraiment, j’ai fait une belle sortie.

Je ne sais pas trop bien ce qu’elle me voulait, finalement, miss monde, avec sa silhouette de brindille, mais en tout cas ça s’est plutôt bien passé. Je suis contente.

 

 

 

 

 

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 23:55

 

J’ai emmené ma fille et sa copine à la piscine. Dimanche, comme tout le monde, si bien que le bassin grouillait de mômes déchaînés, de parents fatigués et de vieilles qui ne trouvent rien de mieux à faire que de venir simuler leurs exercices d’aquagym en même temps que la horde des mômes et parents précédemment évoqués, ce qui leur permet peut-être d’avoir l’impression d’appartenir toujours au monde des vivants mais leur assure, surtout, la possibilité de pester contre cette marmaille qui ne respecte plus rien je vous jure tout fout le camp.

Mais les gamins s’en foutent : ils barbotent joyeusement et ne semblent gênés ni par la foule, ni par le bruit, ni par quoi que ce soit d’ailleurs qui rend pourtant leurs parents dingues et prêts à butter un gosse au prochain coup de pied ou à la prochaine éclaboussure. Privilège du jeune âge. Ils riront moins dans quelques années quand ils emmèneront leurs propres gosses faire trempette le dimanche.

Pour ma part je vis plutôt bien la sortie dominicale à la piscine : j’aime l’eau et les enfants – pas tous, mais dans l’ensemble et de prime abord disons que je leur accorde le bénéfice du doute – alors c’est une corvée que j’aborde plutôt sereinement.

Avec deux gamines à surveiller au lieu d’une, j’étais peut-être un tout petit peu moins zen, mais ça allait. Elles ont passé au moins tout le premier quart d’heure à arpenter le bassin en long, en large et en travers par le fond, à la recherche d’un précieux anneau : en plastique, un peu lestés, ces anneaux font la joie des gamins qui les lancent et plongent les rattraper vite avant que le requin les attrape, mais s’ils sont mis à disposition de tous – les anneaux, pas les gamins – ils le sont bien entendu selon le principe du premier arrivé, premier servi, et il va sans dire que je ne fais jamais partie des premiers arrivés le dimanche matin, que ce soit à la piscine ou ailleurs. Les filles ont donc dû faire preuve de vigilance et de persévérance, mais elles ont fini par en récupérer un. Joie. Fierté. Mais dès leur second lancé, elles se le sont fait piquer par une vieille. Pas un gosse : une vieille. Qui avait déjà un autre anneau pour faire plonger son gamin, mais apparemment il lui en fallait deux. J’ai cru que les filles allaient pleurer. Alors je suis allée voir la vieille :

 

- Excusez-moi, les petites jouaient avec cet anneau, si vous vouliez bien leur rendre…

- Y a leur nom dessus ?

- Pardon ?

- C’est à tout le monde que j’sache !

- Oui, mais là en l’occurrence…

- Viens Kevin, on va jouer plus loin.

 

Et la vieille m’a plantée là, emportant son gamin et ses deux anneaux à l’autre bout du bassin. J’ai hésité un instant à aller sournoisement baisser son maillot pour faire diversion et lui reprendre non pas un, mais les deux anneaux, mais les gamines qui avaient assisté à la scène paraissaient plutôt amusées et, finalement, pas si perturbées que ça par la perte – que dis-je : le vol ! – de leur précieux anneau, alors j’ai laissé tomber. Privées d’anneaux, les petites sont rapidement allées chahuter dans les bulles – l’autre truc trop génial à faire à la piscine quand t’as pas d’anneaux et moins de dix ans. Elles riaient comme des petites folles quand la vieille conne est venue poser son Kevin au milieu du bouillon, dégageant les gamines par la même occasion. Elles ont eu un instant de joie en se disant que c’était le moment de récupérer les anneaux, mais elles ont déchanté en s’apercevant que pendant que Kevin buvait la tasse dans leurs bulles, sa mère tenait bien fermement leur anneau dans sa grosse paluche, dans l’hypothèse où à un moment ou un autre de leur matinée ludique il reprendrait à son rejeton l’envie de jouer avec. Cette fois, j’ai bien senti dans le regard qu’elles m’ont adressé qu’il fallait que j’intervienne. Je me suis approchée lentement de la vieille, histoire de me donner le temps de réfléchir à la meilleure stratégie à adopter avec cette conne. Inutile de faire valoir le droit de tous les enfants à une part de bulles, j’entendais déjà le « Vous avez réservé peut-être ? » qu’éructerait la mégère, alors je cherchais quelque chose de plus fin pour venger mes petites protégées… et l’idée est venue d’elle-même, lumineuse. Je me suis postée près du gosse avec ma plus belle tête d’innocente et mon air de rien, j’ai attendu quelques secondes que les choses se fassent, et j’ai joué ma scène avec toute la force de conviction que seuls les gens de mauvaise foi savent déployer :

 

- Ah ! Mais c’est dégoûtant ! (regard accusateur à Kevin) C’est TOI qui a fait ÇA ?! (doigt pointé sur l’objet du délit : une jolie petite selle bien moulée, de taille suffisante pour être bien visible, sans être trop grosse pour rester crédible… j’aurais voulu le faire exprès que je n’aurais sans doute pas mieux fait).

 

Regard mortifié du gosse, cris et panique dans le bassin. Comme le petit n’était pas directement responsable de mon agacement et que je ne suis pas totalement favorable à l’humiliation gratuite d’un enfant, j’ai vite rectifié le tir :

 

- A qui est cet enfant ? Qui sont les parents ?

 

Visage cramoisi de la vieille que je sentais sur le point de renier sa progéniture, alors j’ai pris les devants avant qu’elle se carapate :

 

- C’est le vôtre, Madame ? Ah ben bravo ! A l’âge qu’il a, on voit le genre d’éducation qu’il a dû avoir, je vous félicite !

 

Le bassin était presque vide. J’avais lâché Kevin qui, lui, n’avait eu aucun remords à abandonner sa mère. Ne restaient plus que la vieille, au bord des larmes, incapable du moindre geste et de la moindre parole sous le regard réprobateur des parents et maître-nageur qui l’attendaient de pied ferme sur le bord du bassin, moi, et mes deux gamines pétées de rire.

Je les ai sorties de l’eau de mon plus bel air offusqué en fulminant :

 

- Venez les filles, à cause de la dame on est obligées de sortir ! Ah je vous jure ! Mes pauvres chéries…

 

Je ne me suis pas éternisée pour assister à la sortie honteuse de la vieille, j’étais déjà pleinement satisfaite de ma revanche et les filles aussi, toujours mortes de rire.

Celle-là au moins, sans mauvais jeu de mots, elle ne risquait pas de me refaire chier de sitôt.

 

Ah si, finalement, c’est un mauvais jeu de mots…

 

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