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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 23:41

 

Depuis le temps qu’on attendait une vraie occasion de se racheter aux yeux du patron et de pouvoir être à nouveau dans ses petits papiers, on n’avait pas l’intention de se louper, sur ce coup, avec Lucien. C’était pas trop compliqué a priori : le gus à dessouder était ficelé dans un entrepôt sous la surveillance d’une petite nouvelle qui ne « devait pas se salir les mains », pour reprendre les mots du patron. On n’appréciait qu’à moitié l’idée de finir le boulot d’un autre – a fortiori le boulot d’une autre – mais on n’était pas en position de faire les difficiles.

La poule donnait dans le trafic de faux-papiers et, pour ce qu’on en savait, le gus était une balance qu’elle avait réussi à piéger. Pourquoi c’est pas elle qui s’en débarrassait, ça, mystère ! Une poule mouillée, sans doute. Quand on est arrivés, la donzelle nous a fait un accueil musclé qu’on se serait cru dans un film. Elle nous a fouillés et c’est tout juste si elle nous a pas demandé nos papiers. Jusque là je m’étais demandé pourquoi une des grues au patron était dans les affaires et pas dans un claque, mais elle devait peser un quintal et ceci expliquait cela. Lucien en menait pas large. Moi non plus, mais c’est lui qu’était entré le premier et je me planquais un peu derrière.

Quand elle a fini par bien vouloir nous croire qu’on était les tueurs au patron, elle a eu un rire que j’aurais mal pris si j’avais été du genre à me vexer et elle est partie, mais pas sans avoir préalablement collé une mandale sonore au gus saucissonné sur sa chaise et nous avoir lancé :

-          Essayez d’pas foirer vot’ coup, hein, les buses !

Et elle a encore eu ce rire énervant. Gras et aussi féminin que Raymond quand il tousse depuis qu’il a son cancer.

Le gars ficelé sur sa chaise faisait des grands snurfl pour retenir le sang et la morve qui coulaient de son nez, que la camionneuse venait de lui broyer. Pour quelqu’un qui devait pas se salir les mains, elle l’avait eue plutôt lourde. La main. Lucien a tendu un mouchoir en papier au gars, mais vu qu’il était attaché…

-          Bon, c’est quoi qu’il a dit déjà le patron ?

-          Ben t’avais pas noté ?

-          Ah si… ‘tends, je cherche mon papier…

-          Une histoire de sphinx…

-          C’était pas un lynx ?

-          Je sais plus, Lucien, c’est pour ça que t’avais noté…

Evidemment, il avait paumé son papier, Lucien. Mais bon, le patron, tout c’qu’il demandait, c’est qu’à la fin le type soit clamsé, alors le truc du… sphinx, là, après tout…

-          C’était sûrement sphinx, non ? C’est pour ça qu’elle lui a pété l’nez, tu crois pas ?

-         

-         

-          Et il est mort comment, ton sphinx ?

-         

-          Ou alors c’était lynx, et faut y crever les yeux ?

Du coup il les a écarquillés drôlement, le gus ! Et nous, faut bien dire qu’on n’était pas chauds pour ce genre de trucs. En plus, tout c’qu’on avait sous la main pour le faire c’était le coupe-papier de Lucien que le patron avait bien voulu lui laisser, alors ça nous emballait encore moins. Ah oui… parce que depuis cette histoire où j’avais malencontreusement tué son fils, au patron, il voulait plus qu’on soit armés. C’est pour ça que ça nous aurait bien arrangé que Lucien le retrouve, son papier, parce que ça nous aurait donné une idée de comment fallait qu’on le tue, le gars.

-          C’était pas plutôt un truc genre Bouygues, qu’il a dit, le patron ?

-          Quel rapport avec ton sphinx ?

-          J’sais pas… mais c’était un truc de maison, j’crois, non ?

-          Tu sais où ça vit, un lynx ?

-         

-         

J’voyais bien qu’il s’rappelait pas du tout, Lucien. Si au moins il avait pas paumé ce papier.

-          Phénix !

On s’est retournés tous les deux comme un seul homme vers not’ macchab’ en devenir, qui faisait des blurp et des bulles avec son sang.

-          Hein ? qu’il a fait, Lucien.

-          Quoi ? j’ai ajouté.

-          Phénix, qu’il a redit. C’est sûrement phénix.

J’ai regardé Lucien qui m’a regardé et j’avais pas l’impression qu’il se rappelait plus que moi. Le gars a lâché un long pffffff… avant de reprendre :

-          Phénix. Comme les maisons. Et ça ressemble un peu à sphinx, non ? C’est sûrement ça qu’il a dû vous dire.

-          Pourquoi ?

-          Ben ça paraît plus plausible que lynx ou Bouygues, non ?

-          Hm… développe.

-          Vous savez c’que c’est un phénix ?

-         

-         

Au début pas trop, mais là je commençais à avoir un peu envie de le tuer. Il avait le regard comme le patron quand il s’moquait qu’on avait foiré un coup. Puis y a Lucien qu’a retrouvé son bout de papier :

-          Ouais ! C’est ça ! « Faites pas encore le coup du phénix » qu’il a dit, le patron !

-          Ah… et ça veut dire quoi ?

-         

On s’est encore retournés vers le moribond, qui affichait cette fois carrément un sourire en coin. Comme ça il me donnait finalement bien envie d’y crever les yeux.

-          Un phénix, c’est un oiseau qui renaît de ses cendres, les ignares.

-          Hein ?

-          Ignares, ça veut dire…

J’ai pas vu partir le coup mais j’ai bien entendu le schlac dans sa tronche ! Lucien était plus irritable que moi.

-          Humpf…

-          Allez, explique, maintenant. C’est quoi ton phénix, là ?

-          Et ben rien de plus ! C’est un oiseau qui meure pas ! Il brûle et après hop ! il renaît de ses cendres.

-          Ben pourquoi le patron il a…

-          Vous m’avez l’air de deux sacrées flèches, les gars ! P’t’êt’ qu’il a dit ça pour vous faire comprendre qu’il fallait pas m’rater, hm ?

-          Je sais !

Lucien avait gueulé ça si fort qu’il m’avait fait sursauter. Et le frimeur aussi.

-          Tu sais quoi ?

-          Ben il veut qu’on le brûle !

Le mec faisait moins le fier d’un coup. Bien fait pour lui. J’étais pas sûr que c’était ça qu’il avait voulu dire, le patron, mais l’idée de cramer l’emmerdeur me plaisait assez.

-          Ouais, tu dois avoir raison. T’as du feu ?

-          Je dois avoir des allumettes, ouais.

-          Super. Comment on va faire prendre le feu ?

Y avait rien à faire flamber dans c’t’entrepôt désaffecté. Le mec a repris son air narquois.

-          Y a p’t’êt’ du papier-cul aux chiottes ?

-          Y a pas d’chiottes, Lucien. T’as pas un livre, ou un truc comme ça ?... Ouais, non, t’as pas. Des mouchoirs en papier ?

-          J’en avais qu’un et maintenant il est tout imbibé d’son sang, là.

-          Merde. Ah ben le papier où t’as noté le sphinx !

-          Ah ouais !

On n’a jamais réussi à faire partir le feu. Le gars a trouvé moyen de pisser sur les allumettes. J’vous jure, y en a qui reculent devant rien, hein… Alors pour finir on l’a laissé là et on a refermé la porte en partant. Il finirait bien par mourir de faim.

-          Dis, Lucien, tu sais à quoi ça ressemble, un phénix ?

-          Ben… c’est comme un genre de bergeronnette, mais plus gros. Enfin je crois.

 

 


 

Ecrit pour le Défi du samedi sur le thème « Papier », avec pour contrainte d’inclure 5 noms d’oiseaux et 4 onomatopées.



 

 

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 08:51

 

Sûr que l’patron avait toutes les raisons d’être un peu fâché. C’est vrai qu’la moutarde lui était drôlement montée au nez après c’t’histoire où j’avais malencontreusement dessoudé son rejeton , mais j’trouvais qu’il exagérait quand même un peu. Déjà, j’le soupçonnais sérieusement de pas être mécontent que quelqu’un l’ait débarrassé d’ce boulet et puis bon, la sanction était un peu sévère. D’une c’était un boulot d’débutant, de deux la planque était pourrie et mal équipée… et par-dessus l’marché Lucien me tenait évidemment pour responsable, ce qui achevait de rendre l’attente carrément pénible.

Moi je faisais d’mon mieux pour qu’ce soit pas trop désagréable, mais les deux autres, là… Lucien, c’est bien simple, à part compter les heures il faisait tout avec la pire des mauvaises volontés. Evidemment, coincés là tous les trois dans cette bicoque crasseuse, avec la môme qui boudait carrément alors que j’étais aux p’tits oignons avec elle, c’était pas une sinécure… mais avec un tout p’tit effort de leur part ça aurait très bien pu être vivable. Ou quasi.

Pas marrante, la p’tite… Avec ses cheveux tout courts et sa tunique safran, elle ressemblait à un bonze, mais il suffisait qu’elle ouvre la bouche pour que l’impression de zen disparaisse. Si y avait pas potentiellement un max d’oseille au bout, j’la foutrais dehors vite fait. Ça calmerait aussi Lucien parce qu’avec tout ça il avait l’air en souci. J’me faisais p’t’êt’ des idées, mais j’jurerais qu’ses cheveux avaient viré poivre et sel sur ces trois derniers jours.

N’empêche que c’boulot, c’était l’sésame pour retrouver les bonnes grâces du patron alors j’avais pas l’intention d’le foirer. L’était bien loin, l’temps où on pouvait s’reposer sur nos lauriers. Là, on était attendus au tournant. Et pour corser l’affaire, pimenter un peu plus la situation, il avait paumé l’adresse, Lucien. Fallait quand même pas avoir grand-chose dans l’citron ! Et vu comme il était vissé, au lieu d’faire amande honorable en remuant ciel et terre pour la r’trouver il restait là à suçoter ses bâtons d’réglisse en ronchonnant dans un coin. Et c’est moi qui me colletais la gamine en essayant d’la faire causer. Le problème c’est qu’le patron nous avait piqué nos flingues pour pas qu’on la tue par mégarde, alors pour lui faire peur, j’ai dû m’débrouiller avec c’qui traînait là… mais à part un presse-ail et un balai achiote, y avait rien qui soit susceptible de l’effrayer, la môme. Autant attendre épicé dans un violon.

Du coup, je sentais qu’ça allait durer une éternité, parce qu’on n’avait même pas encore envoyé la demande de rançon.

 

 

 

Ecrit pour le Défi du samedi sur le thème de « l’attente » avec pour contrainte d’utiliser des noms d’épices peu communes… ce en quoi on notera que je n’ai guère excellé, mais croyez-moi, les expressions comprenant « cubèbe », « ajowan » ou « zédoaire » sont rares.

 

 

 

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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 10:26

 

-  T’as déjà fait ça, toi ?

-  Euh… une fois, ouais, mais bon…

-  Bon quoi ?

-  Mwof… ça s’était pas super bien passé.

-  Ah ? Pourquoi ?

-  Ben, si tu veux, c’est comme les couleurs, trop froid, ça lave pas ; trop chaud ça déteint.

-  Je vois pas l’rapport.

-  Ben si, quoi…

-  Ben non. On n’a pas un problème de lessive, là.

-  Ouais, mais c’est une image.

-  Où ça ?

-  Mais non… une métaphore, quoi.

-  Que je mette ma quoi ?

-  …

-  Hm ?

-  OK. Tu te fous de moi, là, hein ?

-  Bah pourquoi ?

-  Bon, laisse tomber.

-  J’le laisse tomber ?

-  Mais non ! C’est une expression… ‘tain, t’es lourd !

-  Bof… pas tant que ça, je pèse mêm…

-  Non, ça aussi c’est une expression ! Eh ! Oh ! Tu sors d’où pour être autant à la ramasse ?

-  Ben de chez le dentiste mais il m’a…

-  Oh putain !

-  Quoi ?

-  Non rien, laisse.

-  …

-  …

-  Bon, et ton histoire de pull alors ?

-  Quel pull ?

-  Ben çui qu’tu voulais laver à froid. Ou à chaud, j’sais plus.

-  …

-  …

-  Bon. Pose ça là et je vais m’en occuper.

-  Ah non ! Le patron il a dit que tu devais me montrer et m’initier et tout !

-  Tu parles de ton père, là ?

-  Euh… oui.

-  Il t’a dit ça ?

-  Ben oui.

-  OK…

 

Le patron, toujours partant pour se foutre de ma gueule ou me rappeler de temps en temps mes quelques cafouillages passés, m’avait collé son benêt de bâtard dans les pattes parce qu’il savait plus quoi en foutre… Je m’retrouvais chaperon d’un attardé.

 

-  Bon, alors tu regardes, mais tu touches à rien.

-  D’accord.

-  Pose-le là.

-  Où ça ?

-  Ben dans la cuve, tiens !

-  D’accord. Pourquoi ?

-  Parce que j’te l’dis.

-  Ouais ben je vais pas apprendre grand-chose si tu m’expliques pas aussi…

-  OK. Je t’ai pas dit de le poser ?

-  Si.

-  Alors pourquoi tu l’tiens toujours ?

-  Euh…

-  Oui ?

-  J’sais plus où t’as dit d’le mettre.

-  Voilà pourquoi je t’explique pas.

-  Pourquoi ?

-  …

-  …

-  Pour rien. Allez, donne-le moi.

 
Commençait à sérieusement me courir sur les nerfs, l’idiot du village. Y avait bien une raison si j’en avais pas eu, moi, des gosses… je suis pas un patient, dans mon genre.

 

-  Bon. Maintenant, faut faire le bon mélange.

-  Blanc et couleurs ?

-  Hein ?

-  On lave plus tes fringues ?

-  Oh putain c’que t’es con !

-  Mais euh ! Pourquoi tu dis ça ?

-  Parce que.

-  C’est pas une rép…

-  Ta gueule !

-  Eh ! Comment tu m’parles ?!

-  Ecoute gamin, te surveiller, j’veux bien, te laisser regarder, OK, mais je suis pas payé pour te faire la conversation, d’accord ?

-  T’es payé ?

-  Ben oui.

-  Et pourquoi pas moi ?

-  Parce que tu sers à rien.

-  N’importe quoi !

-  OK. Tu sers à quoi, là, par exemple ?

-  Euh… Ben… Si ! Je l’ai porté quand même !

-  Parce que tu m’as fait tout un cirque en braillant comme un gosse capricieux que j’le portais mal !

-  Ouais ben n’empêche c’est vrai qu’tu l’portais mal… j’suis sûr qu’tu l’aurais réveillé.

-  …

-  …

-  …

-  Ben quoi ? Pourquoi tu m’regardes comme ça ?

-  Tu m’fais une blague, là, hein ?

-  Euh… ben… non. Pourquoi ?

-  Pourquoi tu crois qu’on va l’dissoudre à l’acide ?

-  Eh ! Mais c’est dégueu ! T’es dingue ! Ça va lui faire hyper mal !

-  Putain mais IL EST MORT !!!

-  Hein ? Quoi ? NOOOOON !!! Qui qui l’a tué ? Qui ? Oh la la !! Ma ventoline ! Il t’a donné ma ventoline papa ?

-  Calme, gamin, calme…

-  Calme ? CALME ? AAAAAAAAAAAH !!! Mais le gars est mort, enfin ! Il va dire quoi papa ??!!!

-  Mais enfin, c’est lui qui…

-  AAAAAH !!! J’appelle papa ! Ou la police ? Oui, la police, toi t’appelles papa !

-  Non, fais pas ça.

-  Mais SIIIII !!!!

-  Mais non, allez, cal… Pose ce téléphone ! Donne-le ! Arrête ! M’oblige pas à…

 

Du coup je me suis retrouvé avec deux macchabées à dissoudre. J’étais pas bien sûr que le patron allait être ravi, sur ce coup-là.

 

 

 

Y a kékunkimadi… Allez, encore une ? ok… alors : « C’est comme les couleurs, trop froid, ça lave pas ; trop chaud ça déteint. » Et voilà.

 

 

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 00:01
 

Au début, avec Lucien, on n'était pas complètement mécontent quand le patron nous a comme qui dirait mis sur la touche. Pas qu'on n'aime pas le boulot, faut pas croire, mais c'est vrai que ces derniers temps on n'avait pas bien le vent en poupe et quand y nous a demandé comme ça si ça nous ferait rien de nous faire oublier un peu, on s'est dit que des vacances nous feraient pas de mal.

Le Lucien il a sa vieille Maman qu'a plus sa tête ni ses dents, mais qu'a toujours une jolie bicoque à la campagne, alors on y est allé se mettre au vert un moment. Quand on y a dit au patron où c'est qu'il pourrait nous trouver, il nous a répondu comme ça qu'il espérait que le temps, lui, au moins, on réussirait à le tuer. Les gars se sont marrés comme des baleines, mais avec Lucien on n'en menait pas large parce que sous ses airs de rigolard, le patron il peut se montrer intraitable avec son personnel et faut bien dire ce qui est, nos derniers coups, avec Lucien, on les avait foirés.

Alors on est donc parti chez la mère à Lucien pour se ressourcer, comme qui dirait.

J'ai vite senti que ça allait pas être tout à fait comme on avait prévu. Déjà, toute folle et édentée qu'elle était, la mère à Lucien, elle en était pas moins fermement décidée à nous rendre chaque instant passé dans sa turne parfaitement insupportable. Elle parlait en permanence. Jour et nuit. Comme elle savait pas trop bien qui on était, on lui a fait croire qu'on était des infirmiers de la maison de retraite et qu'on serait obligé de l'emmener si elle se taisait pas, mais ça a pas marché.

Les choses se sont encore corsées quand la nièce à Lucien s'est pointée avec son gnard haut comme trois pommes, mais bruyant comme un car de hooligans après une défaite. On a eu beau lui montrer plein de farces amusantes à faire à la vieille, il préférait nous faire des farces à nous.


Quand on s'est retrouvé nez à nez à la cave, Lucien sur le point de découper le moutard à la scie à métaux et moi en train d'étrangler la vieille avec ses bas de contention, on s'est dit qu'on était prêt à reprendre le boulot. Une semaine déjà que le patron nous avait donné personne à dessouder. On tenait plus. Fallait qu'on rentre.





Ce texte clôture (enfin!) ma semaine sans cadavre (quoi, qui a triché ?), mais peut-être pas les aventures de Lucien et son comparse qui avaient eu une première vie ici ici et une deuxième .



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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 15:51

  

Sur ce coup-là, on a joué de malchance.

« Tout doit disparaître » qu’il avait dit, le patron… On s’est pas trop posé de questions, au départ, mais pour finir ça nous a donné bien du souci.

Déjà, il a fallu qu’on ramène le paquet. Lucien et moi on est du genre parigots pur jus, voyez, on n’est pas motorisé, comme y disent. Et c’est pas le genre de colis que tu trimbales en taxi ou en bus. Alors l’a fallu qu’on le charrie à pinces et vu le morceau… ben on a fait des lots. Rien que ça, découpage, empaquetage et trajet, ça nous a pris deux jours et ça nous a vidés. On s’est tout crotté, Lucien il a bousillé un costard tout neuf et moi j’y ai laissé une paire de pompes italiennes qui m’avait coûté une fortune.

On saura pour la prochaine fois.

Après, s’est posé le problème du stockage. Lucien, avec le dragon qui lui sert de bonne femme, il a tout de suite dit que chez lui c’était pas possible. Alors on a tout monté dans mon salon. Cinq étages sans ascenseur. Et l’a fallu embrouiller le gardien, qui croyait qu’on trafiquait du pas net. Avec ça, on a salopé mon tapis de laine qu’était du vrai gazon sous le pied.

Ensuite, on a dû décider comment faire disparaître le bazar. Vu que c’était en morceaux, on a pensé à une solution de type dissémination discrète, mais pour peu que quelqu’un tombe sur un bout et que ça revienne aux oreilles du patron, c’était des coups à en prendre encore pour notre grade. Et puis vu qu’on s’était bien embêté à tout ramener sans penser à semer en route, ça nous chagrinait un peu, finalement, d’y éparpiller n’importe où.

Lucien il a pensé à tout brûler, mais comme on avait déjà niqué mon tapis, j’ai refusé tout net le feu de joie dans mon salon. J’ai demandé à mon neveu à lunettes de faire des recherches sur le ’ternet et y nous a trouvé plein de tuyaux pour dissoudre notre marchandise dans l’acide.

On voulait pas trop le mettre au parfum, des fois qu’après l’aurait fallu l’empêcher de parler, alors on s’est débrouillé avec c’qu’y nous a donné et on a fait un mélange. On a tout mis dans la baignoire avec les paquets… Je saurais pas trop dire qui de Lucien avec son clope ou moi avec mon digeo a le plus déconné, mais y a eu un moment où ça a fait une fumée verte, qui nous a fait des démangeaisons partout et nous a attaqué sévère les muqueuses.

Avec ça, la baignoire et le carrelage ont eu l’air de se dissoudre aussi et la salle de bain entière est tombée dans celle de la voisine du dessous.

Ça va que je louais sous un nom d’emprunt… avec Lucien, on s’est carapaté fissa et on fait profil bas depuis. Le patron a pas été trop chien, il a pas mis de contrat sur nos têtes parce qu’il a dit comme ça qu’on lui sert p’t’être à rien, mais qu’au moins on le fait toujours bien marrer.

L’ironie de l’histoire c’est qu’avec tout ça notre macchabée, lui, y s’est pas dissous.



Ecrit pour le Défi du samedi sur le thème "Acidité".



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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 11:45

Je ne sais plus par quel miracle il s’en était tiré la première fois… Bon, pour être honnête, c’était pas si miraculeux que ça, c’est vrai qu’on avait un peu salopé le travail… Lucien l’avait poussé et moi j’avais mis ma jambe pour le faire trébucher juste devant le bus qui arrivait. On s’était carapaté un peu vite. Du travail d’amateurs. On n’avait été qu’à moitié surpris quand le gusse avait reparu. Alors la deuxième fois on avait soigné un peu plus : on l’avait balancé du pont de l’autoroute et on avait attendu assez longtemps pour voir passer un paquet de voitures, trois camions et deux cars de touristes. Et ben il s’en était encore tiré le cave… à n’y rien comprendre. Du coup les copains s’en sont donnés à cœur joie pour se foutre de nous… ils nous ont même filé des tickets de métro en nous disant que si les suicidaires amateurs y arrivaient, on devrait pouvoir y arriver aussi… Sévère, mais pour le coup on pouvait pas vraiment leur donner tort.

 

Et là, on a joué de malchance. On a bien essayé, le métro. Après tout c’est pas plus mal qu’autre chose, mais on est tombé sur un jour de grève. L’avait encore gagné un sursis notre bonhomme. Y a des types qui t’ont une de ces veines, quand on y pense… Le coup d’après on l’a saucissonné sur une voie ferrée. On avait bien vérifié les horaires des trains avant alors quand il s’est ramené le lendemain à peine égratigné on a pensé que les copains nous faisaient une sale blague mais on s’est pas laissé démonter pour autant…

 

On lui a offert un Paris-Nice sur ligne régulière ligoté au train d’atterrissage de l’avion. Croyez-le ou non, le gonze a fait l’aller-retour et on se l’est récupéré le soir même toujours vivant. Avec Lucien on en était presque à se dire qu’il méritait qu’on l’épargne, à force, mais on a sa fierté, quand même… Alors pour se marrer un coup on lui a collé des fusées de feu d’artifice dans l’arrière-train. L’a pas décollé bien haut, l’a pas approché la lune (même si nous on a vu la sienne) et on se doutait bien qu’il n’y laisserait guère plus qu’un peu d’amour propre mais qu’est-ce qu’on s’est marré quand il s’est mis à courir dans tous les sens avec les fesses qui te pétaradaient du 14 juillet de toutes les couleurs… C’qui s’appelle avoir le feu au cul. Une sacré rigolade. Mais il commençait à nous embarrasser un peu, quand même. On perdait notre crédibilité.

 

Du coup on s’est décidé à employer les grands moyens. On a voulu l’emmener en bateau pour le larguer en pleine mer mais avant il nous a demandé s’il pouvait pas avoir une dernière volonté… Comme on n’est pas cruel, avec Lucien, on a dit oui, et il a voulu qu’on lui offre une fille de joie. On lui en a choisie une bien réputée qu’on connaissait et on lui a donné une heure.

 

Le con a fait une crise cardiaque dans les bras de la dame. Si on avait su qu’il crèverait si facilement d’un transport amoureux…

 

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires : « écrire un texte commençant par « Je ne sais plus par quel miracle... » et y inclure un ou plusieurs moyens de transport.

 


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