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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 13:17

 

Il n’y a pas de sots métiers. C’est vrai. Mais il y a tout de même des métiers qui sont parfois pratiqués par des sots. J’ai bien conscience de manquer cruellement, en disant cela, de la gentillesse indulgente et de la bien-pensance qui me caractérisent habituellement, mais jugez plutôt.

 

Je marchais tout à l’heure dans la rue, sous la même pluie battante que celle qui s’abattait sur la ville depuis quelques jours. C’est un détail sans rapport direct avec l’anecdote que je m’apprête à vous raconter, mais qui a son importance dans la crédibilité du récit car, en effet, qui irait imaginer des jours de pluie battante comme contexte météorologique pour une fiction estivale, hein ? Non, ne répondez pas, cette question n’est que rhétorique.

Bref. Je marchais donc gnin gnin gnin, tout entière absorbée par des pensées dont la profondeur n’avait d’égale que l’intelligence, quand j’en fus soudain tirée par un bruit incongru.

Bon, pour dire le vrai, mes pensées n’étaient peut-être si brillantes et, pour être parfaitement honnête, il y était en fait question de ce fil d’ananas coincé entre mes dents et dont je ne parvenais pas à me débarrasser, mais, même s’il s’agit bien là de ce genre de détails croquignolets qui renforcent la crédibilité d’un récit, il arrive parfois que l’authenticité ne soit pas à ce point préférable à quelques petits arrangements, aussi anodins qu’innocents. Ne me demandez pas pourquoi, vous ne comprendriez pas, c’est un truc d’auteur. Sans compter qu’à ce stade du récit, le seul point réellement important est que je fus, donc, tirée de mes pensées, quelles qu’elles fussent, par un bruit dont j’identifiai rapidement la source : un balayeur donnait des coups de balais violents dans une grille. Une petite grille basse bordant un accès de parking. En m’approchant, j’ai compris que son balai était coincé entre deux barreaux et qu’il tirait dessus de toutes ses forces pour l’en dégager. Et à chaque fois qu’il tirait, la brosse cognait contre les barreaux, sans autre résultat que ce bruit. Il avait beau y mettre de plus en plus de cœur et d’énergie, les barreaux (métalliques) ne cédaient pas sous ses coups répétés et ne s’écartaient pas non plus comme par enchantement. Au comble de son énervement, le balayeur a tiré plus brutalement encore et en a lâché son balai. Qui est tombé, glissant là où son poids le portait, du côté de la brosse. En fin de chute, le bout du manche s’est trouvé à ras de la grille.

Le balayeur a alors judicieusement eu l’idée de saisir le manche de son balai de l’autre côté de la grille, le dégageant ainsi naturellement des barreaux. Il s’est ensuite éloigné, en bougonnant, son balai sous le bras et là, je vous le demande sans méchanceté, qui, du balai ou du balayeur, était le plus manche, hein ?

 

 

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 18:50

 

Ça faisait déjà un moment qu’ils s’entre-léchouillaient, les joues baignées d’un mélange peu ragoûtant de bave, de larmes et de morve, tout à leur désespoir de devoir se dire au revoir, quand tout ce qui peut sonner, siffler, ou retentir sur un quai de gare s’est mis à respectivement sonner, siffler et retentir, leur signifiant qu’il était vraiment temps d’y aller.

A reculons et à regret, elle s’est hissée sur le marchepied, son visage toujours collé par tous les fluides précédemment cités à celui de son amoureux, et j’ai bien cru que l’un finirait par avaler l’autre si le train ne partait pas très vite. Nouvelle sonnerie, ultime coup de sifflet, et ils ont enfin décollé leurs bouches, les yeux emplis de tout le malheur du monde.

La porte a commencé à lentement se refermer, mais l’amoureuse inconsolable n’a pu se résoudre à rendre à l’amoureux tout aussi éploré sa main, qu’elle serrait contre sa poitrine menue et secouée de sanglots déchirants. La porte a fini de se fermer, arrachant à l’amoureux un cri qui fit sangloter de plus belle l’amoureuse. Elle serra un peu plus fort la main aimée contre son cœur et le train démarra.

L’amoureux a commencé par trottiner maladroitement sur le quai, puis il s’est mis à agiter frénétiquement sa main libre quand le train a accéléré et l’amoureuse lui a adressé en retour un signe de la main. Il galopait désormais, rouge, hirsute, le visage déformé par l’effort et la peur, mais personne ne peut suivre longtemps un TGV et il a brutalement disparu, comme happé, englouti, dans une grande gerbe de sang.

L’amoureuse a regardé la main, désormais désolidarisée du bras au bout duquel se trouvait l’amoureux, et ses grands yeux rougis par les larmes ont semblé comme attendris par la vue de ce souvenir qu’elle emportait. Elle a glissé la main dans son sac du même nom et a rejoint sa place, où elle a commencé à dessiner des cœurs dans la buée de sa vitre, avec le doigt de son amoureux.

 

 

 

Ecrit pour les Impromtus littéraires sur le thème "Roman de gare".

 

 

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 19:49

 

J’ai tué une araignée ce matin.

Sans cruauté excessive et sans satisfaction particulière, sinon celle d’avoir débarrassé mon plafond d’un intrus et de son imposante toile, mais je me dis finalement que j’aurais peut-être mieux fait de l’attraper et de la mettre dehors… Au lieu de ça, comme elle avait élu domicile dans ma salle de bain, juste au-dessus de la baignoire, j’ai détruit la toile sur laquelle elle était avec le manche d’une brosse, avant de tout faire disparaître, toile et bestiole, avec l’eau du bain. Ce qui est juste une façon de parler, vu que je ne prends jamais de bain. Non seulement je n’ai pas le temps, mais en plus les rares fois où j’en ai pris, je m’y suis soit ennuyée, soit endormie, ce qui tue plus sûrement encore que l’ennui, dans le bain… Bref. Ces considérations ne changent rien au sort que j’ai réservé à cette araignée que j’ai, donc, évacuée presque sans y penser sous l’eau du robinet.

Et bizarrement, maintenant, j’ai du mal à chasser de mon esprit l’image de ses longues pattes battant frénétiquement l’air quand, paniquée, elle a senti que quelque chose clochait au moment où j’ai saccagé sa toile. Et j’ai du mal à penser à autre chose qu’à l’angoisse que cette pauvre bête a dû ressentir quand, emportée par le courant dans la bonde, elle a pris conscience de sa mort imminente. Ou pas, ce qui est peut-être pire… Quand on sait qu’on va mourir, au moins, on sait sur quoi focaliser son angoisse, mais quand on ne comprend pas ce qui arrive…

Quoique.

Moi qui sais, je ne me sens guère plus sereine que la première araignée venue. Et à bien y réfléchir, je ne comprends pas bien non plus ce qui arrive. Les murs ont tremblé, le sol s’est dérobé sous mes pieds et le courant s’est mis à m’emporter, allez savoir où. Je n’en jurerais pas, mais je suis presque sûre d’avoir vu huit longues pattes maigres me faire quatre bras d’honneur juste avant de tirer ce qui semblait être une chasse d’eau géante.   

 

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 16:00

 

A ma fille, pendant la préparation de sa valise pour son départ en colo :

 

-          Je te mets une enveloppe, si jamais tu veux m’écrire ?

 

A sa tête, je me suis souvenue de la dernière colo, au terme de laquelle elle m’avait rapporté l’enveloppe en question, intacte (« J’étais pas obligée de t’écrire… si ? »). Alors plutôt que de la laisser s’embourber dans des excuses vaseuses… ou être désagréable, j’ai pris les devants :

 

-          Tu sais ma chérie, c’est seulement si tu as envie, hein ? Si tu m’écris, ça me fera plaisir, mais sinon ça n’a pas d’importance.

-          Oui, hein, c’est une colo « poney », pas une colo « écriture »…

-          Voilà, oui. Mais si jamais tu voulais m’écrire, ce serait dommage de ne pas avoir d’enveloppe…

-          Je déteste ça, l’écriture…

 

Je n’ai pas insisté. Jusqu’à ce que je me rende compte que je n’avais pas de timbre, pour la fameuse enveloppe dont elle ne voulait pas. Je ne sais pas pourquoi je lui ai dit… Sans doute pour tester son aptitude à l’hypocrisie polie.

 

Elle est nulle.

 

Le lendemain matin, jour du départ, nous étions bien évidemment très en avance, alors j’en ai profité, en passant devant un tabac :

 

-          Tiens, attends, je vais acheter des timbres.

 

Regard mi-moqueur, mi-compatissant :

 

-          Toi, tu tiens vraiment à ce que je t’écrive, hein ?

-          Non, mais peut-être que moi, j’aurai envie de t’écrire.

 

Sale gosse, va. L’an prochain je la colle chez les scouts.

 

 

 

Ajout de dernière minute : j’ai bien fait de lui filer l’enveloppe… elle me l’a renvoyée, et même pas vide :

lettre colo-1

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 16:00
 
Je me sens soudain affreusement mal. Sensation de fatigue insurmontable et le sommeil qui pourtant se refuse à mon être… Il me semble avoir compté quelques milliers de moutons, j’en ai même reconnus qui sont passés plusieurs fois, j’ai fait environ deux-cents fois mes exercices de relaxation, j’ai respiré par le ventre à m’en faire péter le diaphragme, j’ai pris deux somnifères et un lexomil, à moins que ce ne soit le contraire, mais rien n’y fait. Je sens mon corps tout entier appeler le sommeil et souffrir de cette fatigue épouvantable que rien ne soulage. Et puis vient l’angoisse, une angoisse comme seule la nuit peut en générer, quand l’obscurité et le silence semblent vous souffler à l’oreille que c’est sans espoir, que rien n’ira jamais mieux, qu’il vaut mieux céder au malheur et à la désolation, que la lutte est vaine… mais tout ça est trop pour moi, j’étouffe, je suffoque, dans un dernier sursaut je crie et me redresse et… Pfiou. Ce n’était qu’un rêve.
 
Je me rallonge et me rendors aussi sec de ce sommeil de plomb dont je n’ai jamais manqué.
 
 
 
 
 
Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème de l’insomnie.
 
 
 
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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 15:48

 

En entrant dans la rame presque vide, j’ai tout de suite vu les jambes du type allongé sur les sièges à gauche. Je suis donc allée m’asseoir à droite. Un type allongé dans le métro est soit un clochard qui dort, soit un fêtard qui cuve, les deux pouvant être un voisinage odorant, surtout si le second a vomi sous son siège avant de s’y endormir.

J’ai dit à ma fille de me suivre, mais elle n’a pas dû m’entendre et est allée vers le siège occupé avant de  revenir, toute pâle, vers moi. Aucune odeur n’empuantissait gravement la rame et le peu que je voyais du bonhomme était une paire de baskets de marque propre sous un pantalon propre lui aussi, j’ai donc supposé, compte tenu de l’heure matinale, qu’il s’agissait d’un jeune qui avait mal mesuré ses aptitudes alcooliques.

 

-         Tu n’as pas entendu quand je t’ai dit de ne pas aller là-bas ?

-         Non… Il m’a fait peur le monsieur.

-         T’avais pas vu qu’il était là ?

-         Non… il m’a fait peur avec le sang…

-         Quel sang ?

 

Elle a tracé une ligne du coin de ses lèvres à son oreille d’un doigt tremblant. En regardant du côté du type toujours couché, j’ai vu qu’un autre gars était assis juste en face de lui et ne paraissait pas paniqué, j’ai donc supposé qu’il ne baignait pas dans une mare de sang et j’ai rassuré ma fille à coups de « tu as dû mal voir », « c’était sûrement du jus ou de la confiture » et autres « de toute façon il ne dormirait pas si bien s’il avait un bobo ». Avant de quitter la rame, je suis tout de même allée jeter un coup d’œil, histoire de pouvoir rassurer ma descendance plus catégoriquement.

 

Le supposé fêtard, non seulement avait bien un filet de sang qui lui barrait la joue, mais il était aussi d’une pâleur terrifiante et ses yeux clos était anormalement cernés d’un rouge qui n’avait rien de naturel.

 

Je ne sais pas ce qui m’a le plus choquée, entre la présence de ce cadavre potentiel et l’indifférence du connard assis presque sur ses genoux.

 

J’ai fait signe à ma fille de rester près de la porte, j’ai sorti mon stylo et, avant de sortir, j’ai crevé les yeux du connard.

 

Dans l’indifférence générale. 

 

Je ne supporte pas que ma fille soit confrontée à des horreurs dont elle ne devrait même pas pouvoir imaginer qu’elles existent.

 

 

 

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 00:13

 

Je suis une fille et, en tant que telle, je me défends avec ferveur de me fondre dans la masse des clichés éculés, sexistes et méprisants qui colle à ma condition comme une merde molle à un croquenot.

Je ne pousse pas de longs cris hystériques en tapant des pieds chaque fois que j’entends le mot « soldes ». Mon coiffeur n’est pas mon meilleur ami. Je ne tuerais probablement pas pour une paire de chaussures. Je ne me mets pas au régime tous les lundis matins. Je n’ai pas envie de coucher avec Johnny Depp. Je me contrefous que la lunette des toilettes soit relevée et j’ai du mal à tenir plus de dix minutes une conversation sur des fringues ou des cosmétiques.

Mais je dois confesser mon adhésion totale à cette idée reçue qui veut que le pompier alimente les fantasmes les plus ardents de toute femme sexuellement active.

Alors oui, voilà, c’est dit : le pompier m’excite. Le pompier en action, cela va sans dire… Le bal des pompiers a été pour moi une déception sans nom. Hors contexte, le pompier qui festoie ressemble à s’y méprendre à un footballeur. Ou un agent immobilier. Ou un banquier. Ou… un homme, quoi. Le combattant du feu, en revanche, dans son harnachement ignifugé avec son casque ou mieux : son masque à gaz… ça, c’est du héros masqué dans toute sa splendeur ! Et quand on sait que c’est le même héros masqué qui viendra sauver ma vie à moi, sans hésiter, si nécessaire, on obtient de quoi nourrir deux décennies de fantasmes. Au moins.

 

Quand je suis sortie du métro, l’odeur m’a tout de suite titillée. Cette odeur indéfinissable des trucs non identifiés qui ont brûlé alors qu’ils n’auraient pas dû. Et quand ma fille est sortie de l’école dès qu’elle m’a vue en criant « Maman ! Y a eu un incendie ! » j’ai commencé à sentir mes hormones s’affoler. Son récit a été un peu confus, mais j’ai saisi l’essentiel, confirmé dès qu’on a passé le coin de la rue : les derniers camions de pompiers quittaient les lieux de ce qui avait dû être un incendie terrible. L’école avait été évacuée à cause de la fumée, deux immeubles entiers avaient été vidés également et quels immeubles ? MON immeuble. Mon immeuble et celui d’à côté. Des centaines de pompiers, les feux de l’enfer qui réduisaient à néant des appartements voisins du mien, et tout ça avait démarré quelques minutes après mon départ de la maison, pour s’achever juste avant mon retour. Même plus un stagiaire pour essayer de fourguer des calendriers ou des billets de tombola. Plus que les badauds et un ou deux agents de la circulation. Difficile d’exprimer ce que j’ai ressenti exactement à ce moment-là.

Je suis rentrée chez moi. J’avais laissé une fenêtre ouverte. L’odeur avait envahi tout mon appartement et de la suie maculait les murs autour de la fenêtre. Et pendant que j’aurais dû être là, à jouer les femmes affolées, à me pâmer, peut-être aussi, attendant qu’enfin mon pompier vienne m’arracher à une mort certaine, j’étais au boulot. J’avais presque envie de me jeter par la fenêtre, juste pour faire revenir les pompiers, quitte à ce qu’ils me ramassent en plusieurs morceaux. Au lieu de ça, je suis allée me consoler en feuilletant mon album.

Pour chaque incendie que j’avais allumé, j’avais consigné les articles de journaux, les photos que j’avais prises de l’intervention des pompiers, les nécrologies des victimes, tout. Pas une fois je n’avais réussi à me mettre suffisamment en danger pour gagner mon sauvetage. Et pour une fois que le feu était venu à moi sans que j’y sois pour rien, pour une fois que j’aurais été aux premières loges et facilement susceptible de m’attirer les attentions d’au moins un pompier, pour une fois que tout se passait exactement comme dans mes fantasmes les plus débridés, j’étais absente.

La vie est définitivement trop injuste.

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 00:04

 

Souvent, je me prends pour quelqu’un d’autre. Sans jamais savoir à l’avance qui ce sera. D’ailleurs, je ne décide jamais vraiment à l’avance de me prendre pour quelqu’un. Comme je dis souvent, ce n’est pas moi qui me prends pour l’autre, c’est l’autre qui me prend. Ça m’arrive sans y penser. Parfois, un regard suffit. D’autre fois, c’est le son d’une voix, quelques mots échangés à la caisse du supermarché, un simple geste observé dans le bus… La plupart du temps, je ne peux pas me l’expliquer. Je ne pense pas que leur vie soit meilleure que la mienne, simplement quand ça me prend, je veux que leur vie soit la mienne. Ni meilleure, ni pire, simplement la mienne.

Alors je la prends. Selon les indices que je trouve, je me rends à leur travail, à leur domicile, à leur club de sport… Un jour je suis mère de famille, un autre jeune retraité, adolescente boutonneuse, quadra dynamique… C’est ainsi qu’une fois j’ai passé une épreuve du bac. J’ai aussi tenu un stand à une kermesse d’école. J’ai reçu trois patients en consultation avant l’arrivée de l’assistante médicale. J’ai sauté à l’élastique. J’ai pris un nombre incalculable de trains et d’avions. J’ai failli entrer au conservatoire. J’ai eu des tas de rendez-vous chez des tas de coiffeurs. J’ai pointé dans des dizaines d’entreprises, goûté des milliers de cafés, ouvert des millions de portes donnant sur l’inconnu… Rien de vraiment exceptionnel, rien que je n’aurais pu faire en étant moi-même, mais en me prenant pour un autre, je vais de surprise en surprise… Un jour j’ai même commencé à faire l’amour à une femme inconnue dans un petit appartement obscur, mais quand elle s’est rendu compte que je n’étais pas son époux ça a failli mal tourner. C’est dommage, elle était douce et son mari m’avait fait très bonne impression, j’aurais aimé garder sa vie un peu plus longtemps… Du coup, eux, j’ai gardé leurs alliances. Avec leurs doigts. C’est un de mes plus jolis souvenirs.

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires : « Souvent, je me prends pour… »

 

 

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 00:24

 

L’incompétence n’a jamais été un rempart à l’ascension professionnelle. Paradoxalement, elle en est même parfois un étonnant accélérateur. Et dans la foule des petits chefs indument promus, les pires sont ceux qui savent bien qu’ils ne méritent pas leur place. La trouille d’être démasqués comme les misérables opportunistes qu’ils sont les rend mauvais. Quand on ne peut se distinguer par ses aptitudes, le seul moyen de s’élever, c’est d’enfoncer les autres. Alors le chefaillon conscient de ses limites qui s’accroche désespérément à son petit pouvoir comme une tique à un bâtard devient méchant. Ajoutez à cela une dose substantielle de crétinerie infantile et vous obtenez ma chef. Mon ancienne chef. Non pas qu’elle ait enfin été virée à coups de pompes dans son vilain petit cul plat, mais une de ses nombreuses manigances lui a permis de m’écarter de son chemin. Sans toutefois m’éloigner suffisamment pour que je puisse les ignorer, elle, sa sale gueule et ses malveillances. J’ai donc assisté, aussi impuissante qu’atterrée, à sa surenchère de bassesses et vilénies, dont l’unique objectif est resté la préservation de ses petits privilèges et de son salaire immérité. Ça ne me concerne plus directement, mais bon sang ce que ça peut me mettre en colère ! Jour après jour il me vient des envies et des pulsions de plus en plus brutales à son égard. Quand l’adversaire atteint des sommets de bêtise et de méchanceté, on finit fatalement par envisager une réponse adaptée. Au début je voulais juste entrer dans son bureau et la traiter de grosse conne. Et puis de sale pute. Après, j’ai commencé à avoir envie de la baffer. Puis de lui péter son petit nez de fouine à coups de poings. Jusqu’à ce que je finisse par rêver de lui écraser la tronche dans les murs avant de l’achever à coup de pieds. Alors j’ai décidé d’agir.

J’ai imprimé une photo d’elle, sur laquelle je lui ai dessiné un museau de rat, des dents noires, des cornes et des moustaches, et je l’ai affichée dans tous les couloirs et à la cantine.

C’est fou le bien que ça m’a fait.

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 23:18

 

 

Ecrit pour le Défi du samedi, sur un thème floral, avec pour contrainte d’utiliser en les détournant de leur sens premier les mots : tombolo, tuc, barkhane, kopje, monadnock, podzol, valat.

 


 

J’avais gagné ce ficus au tombolo de l’école. A l’époque, j’y effectuais un TUC scandaleusement sous-payé, alors pour me venger, à la kermesse, j’avais piqué plein de tickets pour participer à tous les jeux à l’œil et rafler un max de lots. J’avais été carrément minable au tir à sa barkhane, guère meilleure au chamboule-tout et le petit Kevin venait de bousiller la canne pile quand c’était enfin mon tour à la pêche à la ligne, alors il s’en était fallu de peu que je rentre carrément bredouille. Avec le recul, je me dis que ça n’aurait pas forcément été plus mal, mais au lieu de ça, j’ai ramené mon ficus et je l’ai installé au milieu du salon dans un podzol, que je préfère aux pots de plafond, même si au sol on risque plus de se niquer les doigts de pied en cognant dedans…

 

J’ai jamais été douée avec la verdure, mais vu que j’avais comme qui dirait volé cette plante à un gosse, je me suis sentie un peu obligée d’essayer d’en prendre soin. Alors je l’ai arrosée. Et arrosée encore. Et encore. Ce qui ne l’empêchait pas de mourir à petit feu. Alors je l’arrosais de plus belle. Mais le seul vrai résultat de cet arrosage intensif fut une bonne grosse inondation chez la voisine du dessous, Mona Machin-Truc, une belge au nom imprononçable que tout le monde surnommait Monadnock-le-Zout, même si en vrai je crois qu’elle était d’Ostende.

 

Elle a commencé par s’agacer un peu en découvrant ce qui avait causé la perte de son canapé en cuir et de son tapis persan, mais elle s’est radoucie quand je lui ai expliqué gentiment :

 

-        Voyez vous-même, M’ame Mona ! Je fais kopje peux, vraiment, mais valat le résultat : la seule belle plante que j’arrose, finalement, c’est vous !

 

Je ne sais pas si c’est de moi ou de la plante qu’elle a eu le plus pitié, toujours est-il qu’elle a adopté mon ficus et s’est découvert une passion pour la botanique alors, avec l’argent de l’assurance pour le dégât des eaux, elle s’est offert un jardin ouvrier dans lequel elle fait pousser des ficus et des chicons. Quant à moi, je tiens désormais chaque année un stand moules-frites à la kermesse de l’école.

 

 

 

 

 

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