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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 20:02

 

A une époque, j’avais eu dans l’idée d’écrire une suite à mon roman, Hyckz, et j’avais même commencé à m’y atteler. J’ai finalement abandonné l’idée, depuis assez longtemps maintenant pour être sûre que je n’y reviendrai pas, mais voici les quelques pages que j’avais écrites…

 

 

 


En quittant la police quelques mois plus tôt, sur ce que d’aucun appellerait un coup de tête, j’étais convaincue de prendre non pas la bonne, mais la seule décision intelligente à prendre à ce moment précis.

J’avais cru – naïvement ? – qu’en œuvrant avec les gentils, du bon côté de la loi, contre le crime, j’en serais naturellement et efficacement protégée, mais j’avais constaté avec un mélange de désillusion sincère et de dégoût profond que non seulement je nous y avais dangereusement exposées, ma fille et moi, mais qu’en plus je m’y étais fourvoyée gravement et sans la moindre hésitation. Je ne m’étais jamais prise pour une sainte ou une espèce de justicière incorruptible, mais j’avais quand même toujours été d’une indécrottable honnêteté et la façon dont ce métier m’avait changée m’horrifiait. Plus encore, l’idée que le métier n’y était peut-être pas pour grand-chose me filait des cauchemars épouvantables, dont je me réveillais persuadée que le mal était ma nature profonde et que le métier de flic n’avait fait que me fournir l’occasion de basculer un peu plus vite du côté obscur de la force.

Après la douche et le café, j’arrivais à me raisonner en me disant que si l’image la plus parlante qui me venait à l’esprit pour décrire ma déchéance sortait tout droit d’une fresque cinématographique des années soixante-dix, c’est que ce n’était peut-être pas si sérieux que ça en avait l’air, mais le malaise avec lequel je repensais aux événements qui m’avaient conduite à démissionner était néanmoins bien réel.

En sortant du commissariat après avoir remis mon arme et ma carte, je n’avais pas la moindre idée de ce que je pourrais bien faire après, j’avais un seul et unique objectif, à très court terme : mettre le plus de distance possible entre ce boulot et ma fille et moi. On s’est offert des vacances merveilleuses, mais au retour il a bien fallu réfléchir à la façon dont je pourrais gagner ma vie désormais.

Ma première idée avait été de me lancer comme enquêtrice privée, mais le métier m’attirait essentiellement pour l’image sexy et totalement cinématographique que j’en avais et comme c’était déjà des motivations romantiques de cet ordre, à la limite du fantasme adolescent, qui m’avaient fait entrer dans la police, j’avais jugé plus raisonnable de ne pas me précipiter et de réfléchir un peu avant de me lancer. Et en moins de trois jours j’avais commencé à paniquer : je ne savais rien faire d’autre que flic. Contre toute attente, c’est Jeanne, ma sœur de cœur, ma copine ex-toxico et plus ou moins ex-prostituée, qui m’a dégoté un job en un clin d’œil.

- Tu sais, j’ai peut-être un bon plan boulot pour toi, Marie.

- Oh la ! Merci, mais je ferais une piètre vendeuse de sex-shop !

- Ah çà ! Je sais, oui… Non, mais je te parle d’un truc vraiment bien pour toi, là.

- Dealer ? Mère maquerelle ?

- Bon ben si ça t’intéresse pas…

- Mais si ! Je te charrie ! C’est quoi ton plan ?

- C’est par un client à moi…

- Du sex-shop ?

- Du trottoir.

Je n’étais pas certaine d’avoir complètement envie de creuser la question. Les offres de travail qu’un miché pouvait faire à une pute pour sa copine entre deux galipettes ne me disaient rien qui vaille. Mais Jeanne paraissait tellement convaincue que je n’ai pas voulu la vexer et je l’ai invitée à m’en dire plus.

- Il est patron d’une grosse boîte de je-sais-pas-quoi.

- Ah oui, ça semble intéressant…

- Non, mais on s’en fout de ce que fait sa boîte ! Tout ce qui compte, c’est que c’est sa boîte. Il a quelque chose comme… je sais pas combien d’employés, plein, et une équipe chargée de la sécurité.

- La sécurité de quoi ?

- Je sais pas trop… je suppose qu’il y a un coffre fort, des trucs ou des gens importants à surveiller … j’en sais rien, moi ! Quoi qu’il en soit, il m’a dit l’autre jour que son chef de la sécurité était mort.

- Ça la fout mal sur son CV.

Elle m’a regardée avec un air de maîtresse d’école agacée par un élève dissipé.

- Bon, t’arrêtes ?

- Excuse… mais dis donc, t’en vois encore beaucoup, des clients ?

En quittant la police, j’avais aussi quitté mes inspecteurs et mes espoirs inavoués (et farfelus) de finir mes jours avec Dubuze. Il avait été à la fois mon confident, mon pilier, mon ange gardien et occasionnellement mon plus fervent contradicteur pendant les quelques années où on avait travaillé ensemble, mais je m’étais finalement résolue à le présenter à Jeanne, convaincue qu’ils pourraient former un couple… pertinent. Et de fait, ils filaient depuis le parfait amour. Du moins me semblaient-ils parfaitement amoureux l’un de l’autre. J’étais donc toujours un peu étonnée de savoir que Jeanne continuait à tapiner.

- C’est totalement hors sujet, Marie, mais oui : j’ai encore des clients, oui : Franck le sait et non : ce n’est pas un sujet de discorde entre nous. Tu le veux, mon boulot, oui ou merde ?

- Mais oui mais… quel boulot, en fait ?

- Ben chef de la sécurité à la place du mort !

- Ah… je sais pas… ça a l’air dangereux, non ?

- Dangereux ?

- Il est mort, quand même…

Cette fois, elle s’est marrée un peu avant de poursuivre :

- Remarque, il paraît qu’il est mort sur son lieu de travail…

- Non ?

- Si si… mais rien à voir : je crois qu’il a fait une mauvaise chute. Ou un truc comme ça. Bref : j’ai dit à mon client que tu cherchais du boulot et si tu veux, il t’embauche.

- Comme ça ?

- Comme ça quoi ?

- Sans me connaître, sans me rencontrer, rien ?

- Il m’a demandé ce que t’avais comme expérience… J’ai dit que dalle en chef de sécurité, mais un paquet d’années comme commissaire de police et tu sais ce qu’il a dit ? « Quoi qu’elle gagne, je l’augmente de vingt pourcents. »

- Vingt pourcents ?

- Je suis sûre que tu pourrais même négocier plus !

Je n’étais pas spécialement une flèche en calcul mental, mais vingt pourcents d’un salaire déjà confortable, c’était forcément beaucoup. Et le salaire ne fait pas tout, mais quand tu n’as strictement aucune idée de ce que tu pourrais faire pour gagner ta vie, c’est un critère qui peut suffire. Jeanne a senti qu’elle avait toute mon attention :

- Et bonjour les conditions de travail : horaires à peu près fixes et complètement cools, treizième mois, RTT, un bon CE, intéressement et participation aux bénéfices…

- Vous avez parlé de tout ça sur sa banquette arrière au fond d’une impasse obscure ?

- Marie… Je fais plus ces plans glauques ! Je n’ai gardé que les clients chics.

- Oh tu parles si c’est chic de payer pour tromper sa femme !

- C’est pas tromper quand tu paies. Et c’est pas le propos.

Je n’avais effectivement pas l’intention de débattre de quelque question que ce soit se rapportant de près ou de loin à la sexualité, qu’il s’agisse de la mienne, celle de Jeanne, ou celle de ses clients. On avait elle et moi des conceptions radicalement différentes de ce qu’était une vie sexuelle épanouie et j’avais depuis belle lurette abandonné l’espoir qu’on se comprenne un jour. Je me demandais tout de même si ça ne risquait pas d’être un peu bizarre de travailler pour un patron dont je saurais qu’il payait pour coucher avec ma sœur, qui se trouvait être également la compagne de mon ex-collègue et ex-amour impossible. Mais Jeanne a agrémenté son argumentaire de quelques données chiffrées et j’ai décidé que bizarre ou non, je ferais avec. En moins d’une semaine, j’avais un contrat en or et les clefs du royaume.

 

  

*

 

 Le royaume, c’était une société d’assurances. Sans le dire à Jeanne qui se serait vexée et pour qu’il ne soit pas dit que je m’engageais à la légère, j’avais quand même demandé à Jobert de fouiner un peu pour me dire si mon nouveau patron et sa boîte étaient respectables. Il était en fin de carrière et avait vu défiler un paquet de commissaires, alors j’avais été surprise de le voir fâché et apparemment triste à l’annonce de ma démission, mais il ne m’en voulait pas au point de ne pas me rendre ce genre de petits services. C’était, malgré son âge, un vrai crack en informatique et s’il y avait eu quelque chose à dénicher, ça ne lui aurait pas échappé.

- RAS commissaire.

- Arrêtez de m’appeler commissaire, Jobert.

- Quand vous arrêterez de vous comporter comme telle !

- Comment ça ?

- Votre premier réflexe avant de prendre un boulot c’est de faire faire une enquête sur l’employeur par un de vos inspecteurs !

Je ne pouvais pas lui donner complètement tort…

- Vous n’êtes plus mon inspecteur, Jobert. Je voyais plutôt ça comme un service entre amis…

- A d’autres ! Mais peu importe : vous pouvez allez gagner grassement votre vie dans votre joli bureau à moquette épaisse chez votre nouveau patron, il est clean.

- Vous n’avez rien trouvé ?

- Des tonnes de choses, mais rien que ni la loi, ni la morale ne réprouve. La seule petite tâche sur le CV de votre boss, ce sont ses frasques hebdomadaires avec une prostituée de luxe.

- Ha ha ! « Prostituée de luxe » ? Jeanne ?

Dans mon esprit, la prostituée de luxe ressemblait à une star hollywoodienne capable de bien se tenir à la table des plus grands restaurants, et ça ne collait pas du tout avec la Jeanne que je connaissais depuis la naissance, qui vivait en jeans élimés et qui pliait sa pizza en deux pour la manger comme un sandwich. J’allais opposer ces arguments à Jobert, mais il m’a devancée :

- Vous avez une idée de ce qu’elle gagne pour une seule partie de jambes en l’air avec votre nouveau patron, commissaire ?

- Euh… non, en fait.

- Et ben je préfère éviter de vous le dire. Vu qu’apparemment vos nouvelles aspirations professionnelles sont essentiellement motivées par l’argent, vous risqueriez d’opter pour le trottoir plutôt que le poste chez le client de votre copine.

Il n’avait toujours pas tout à fait pardonné ma démission. Ce qui me chagrinait, mais dans l’immédiat c’était plus le train de vie de Jeanne qui m’intriguait :

- Je le saurais, quand même, si elle gagnait si bien sa vie !

- Faut croire que non… Mais vous savez bien qu’une pute avec une bonne protection policière…

- Ah non, pas vous Jobert ! J’ai été blanchie avant même qu’une enquête soit vraiment ouverte, tellement y avait pas d’éléments pour étayer l’accusation !

- Vous et moi on le sait, oui. Mais personne n’a apporté de démenti officiel dans la rue ! Et vu qu’elle est tout le temps fourrée avec vous, votre copine, y a pas un proxo qui tente le coup avec elle… sans compter qu’en plus elle fricote avec un inspecteur, maintenant.

- Ah, vous êtes au courant…

- Même Tellier est au courant !

Tellier… mon troisième inspecteur. Le candide, l’éternel débutant, tête à claque mais brillant à ses heures… même lui me manquait. Il serait toujours temps de revenir sur ce secret si mal gardé de la relation entre Jeanne et Dubuze, mais pour l’heure je restais bloquée sur le prix supposé d’une passe avec Jeanne.

- N’empêche qu’elle ne doit pas gagner tant que ça. Je la connais, elle n’est pas du genre à mettre de côté pour sa retraite : ça se verrait forcément si elle avait tant d’argent !

- Elle est amoureuse.

- Je ne vois pas le rapport.

- Le rapport, c’est qu’elle a réduit ses activités. Votre nouveau patron, c’est le seul et unique client qu’elle a gardé.

- Et comment vous savez tout ça alors que moi j’ignore tout ?

- Vous m’avez demandé d’enquêter, non ?

- Pas sur elle !

- Je n’aurais pas bien fait mon boulot si je n’avais pas fouillé aussi du côté des relations connues de votre gars. Et Jeanne est sa relation la moins fréquentable.

- Hé ! Vous parlez de ma sœur !

- Pardon. Jeanne est sa seule relation avec un casier, un passé récent de toxico et un métier pas tout à fait légal.

En résumé, mon nouvel employeur n’avait rien à cacher – ou si peu – et je n’avais aucune raison de ne pas prendre ce poste si bien payé qu’il m’offrait sur un plateau pour les beaux yeux de Jeanne. Et parce que j’avais été commissaire de police.

 

 

 

A suivre…   Ici  

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 22:56

 

- J’ai un problème d’arythmie. Non, ce n’est pas exactement ça. J’ai plutôt… disons… un problème avec l’arythmie. J’ai besoin… d’un bon rythme. Pour tout. Tout le temps. Comment vous expliquer… ? Dans la rue, par exemple, pour peu que des talons claquent à proximité, il faut je cale mon pas sur le pas de la personne qui les porte. Même quand je n’ai nulle part où aller, c’est plus fort que moi. Le clac-clac sur l’asphalte est comme un appel auquel mes pieds ne peuvent pas résister… Si un robinet goutte dans la cuisine pendant mon repas, ma mastication se fait exactement au rythme du ploc-ploc dans l’évier. Selon l’importance de la fuite, mon repas peut durer affreusement longtemps… mais je vous jure que je ne peux pas faire autrement… Dans le train, même si le bon vieux tatac-tatoum n’est plus vraiment ce qu’il était, l’oreille attentive peut toujours percevoir l’incroyable régularité avec laquelle le bruit des roues sur les rails se fait entendre et je tourne toujours les pages de mon livre en rythme. D’ailleurs, j’ai fini par troquer les romans contre des revues parce que je n’arrivais pas à lire assez vite… A la maison, pour pouvoir essayer de vivre normalement, j’ai mis des métronomes partout pour reprendre un peu la main sur mon rythme de vie, mais c’est presque impossible de tout contrôler… Et tout ça est déjà bien compliqué, docteur, mais en plus, comme je vous disais, j’ai un vrai problème avec l’arythmie. Si le rythme sur lequel j’ai calé mon activité faiblit, s’accélère ou se brise pour une quelconque raison, je suis complètement perturbée. Je perds mes moyens.

-  A…

- C’est même pire que ça…

- Arr…

- A franchement parler, docteur…

- Arrêtez…

- Je crois qu’on peut même aller jusqu’à dire…

- Arrêtez de serrer…

- Oui : on peut dire que ça me rend dingue.

- Arrêtez…

- Par exemple, votre façon de faire cliqueter votre stylo, là…

- Arrêtez de serrer mon cou…

- C’était tellement anarchique !

- Au rythme de l’horloge…

- Non, vraiment, ça me rend folle !

- S’il vous pl…





Ecrit pour le Défi du samedi

 

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 00:03

 

La musique adoucit les meurtres. C’est pourquoi mon mode opératoire est réglé comme du papier à musique.

Je choisis chaque proie avec soin pour qu’elle ne détonne pas dans mon harmonieuse victimologie. Je l’approche en silence et commence par une clé de bras pour l’immobiliser. D’un croche-pied, je la cloue au sol et je laisse la tension s’installer crescendo, avant de clore le mouvement à l’arme blanche.

Et pour parfaire mon œuvre, je procède à la partition du corps à la scie musicale.

 

 

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus littéraires.

 

 

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 23:16

 

Moi, le meurtre, c’est mon credo.

A chaque crime perpétré,

Je me délecte et je frémis !

Un corps inerte sur le sofa,

De l’hémoglobine sur le sol,

Quelques membres de-ci de-là…

A la tronçonneuse, à la scie

A coups de couteau dans le dos,

Ça émoustille ma libido,

Une bonne tuerie bien réussie

Sans chichi et sans tralala.

J’aime les veuves que l’on console

Et les orphelins je les fa-

-brique sans trembler c’est promis :

Mon geste est ferme et assuré

Moi, le meurtre, c’est mon crédo.

 

 



D'après un thème des impromptus littéraires...




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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 23:42

 

Quand tu marches la nuit en ville, entre les lampadaires, les enseignes et autres éclairages, il arrive que tu te retrouves avec plusieurs ombres, toutes à toi. Ce qui en soi ne présente strictement aucun intérêt, sauf que quand tu es une femme seule dans une rue plus ou moins déserte, ça peut éventuellement t’amener, si tu n’arrives pas instantanément à identifier toutes les sources lumineuses qui t’entourent et à en analyser les effets, à avoir peur de ton ombre. D’une de tes ombres, plus exactement.

Il a pu ainsi m’arriver par le passé de sursauter ou de me retourner avec angoisse en voyant apparaître une ombre surnuméraire, avant de m’apercevoir, non sans une certaine gêne (« ha ha, mais que je suis sotte ! ») qu’aucun pervers sanguinaire ne me suivait ni ne s’apprêtait à fondre sur moi pour m’éventrer, me violer ou les deux (pas forcément dans cet ordre).

Mais ça, c’était avant que je décide de devenir une dure à cuire.

Maintenant, à chaque fois qu’une ombre apparaît alors que j’en avais déjà une clairement identifiée comme mienne, je souris en me disant à moi-même « Ha ! On m’la fait pas à moi ! J’t’ai reconnue ! » et c’est exactement ce que j’étais en train de me dire, quand j’ai remarqué que cette ombre nouvelle non seulement ne semblait pas prendre naissance à mes pieds, mais en plus portait une hache alors que moi, non.

  

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 00:37

 

Je déteste cet endroit. Je ne comprends toujours pas ce qui m’a pris de venir m’enterrer dans ce trou.

« Tu devrais faire une pause. »

« Tu es si fatiguée ! »

« Mets-toi au vert un moment… »

Mais depuis quand j’écoute ce qu’on me dit ?!

A peine franchi le seuil de cette bicoque, j’ai chopé le bourdon.

J’ai allumé toutes les lumières et la télévision, histoire de rendre l’ambiance un peu moins sinistre, et puis il faisait affreusement froid alors j’ai mis en marche tous les radiateurs et, au moment, où j’ai voulu allumer le chauffe-eau dans l’espoir d’une douche tiède avant minuit, tout a sauté.

Je me suis retrouvée seule, dans le noir et le froid, à pester contre moi-même et la terre entière.

Quand j’en ai eu marre de pester toute seule, j’ai appelé ma mère (deux fois), ma sœur (une fois) et une copine (qui n’était pas là, alors je lui ai laissé un long message) et puis plus de batterie et là… Rien.

Rien, à un point que je ne savais pas possible.

Une obscurité comme il n’en existe que dans les coins vraiment paumés de la campagne profonde, et rien d’autre.

Chez moi, vous pouvez faire ce que vous voulez, c’est toujours bruyant, mais là… Pas de ronron continu des voitures dans la rue. Pas de voisin du dessus qui écoute de la musique. Pas de voisins du dessous qui s’engueulent. Pas de bébé d’à côté qui pleure. Pas de porte d’ascenseur qui claque. Pas de portail qui couine. Pas de poivrot qui interpelle les passants. Pas de passants, de toute façon. Rien.

Et c’est quand j’ai eu fini de lister tous les bruits que je n’entendais pas que j’ai vraiment commencé à flipper. J’ai désespérément tendu l’oreille pour essayer d’entendre quelque chose, n’importe quoi – un tracteur, un avion, un essaim d’abeilles, un troupeau de vaches, quelque chose qui pourrait détourner mon attention de ce vide effrayant – mais rien. J’en étais presque à espérer un orage ou une tempête, mais non. Toujours rien.

A force de me concentrer pour capter un quelconque son susceptible de me rassurer, j’ai fini par percevoir un grincement dans la pièce voisine. Ou en tout cas quelque chose qui ressemblait à un grincement. Et qui venait plus ou moins de la pièce d’à côté. Je crois. J’ai cessé de respirer en attendant qu’un nouveau grincement vienne confirmer le premier, mais rien. Encore.

Jusqu’à ce que je reprenne mon souffle et là, je suis presque certaine qu’un coup a été frappé à la fenêtre du salon. A moins que le vent ait fait taper un volet. Ou qu’une pomme soit tombée dans le jardin. En tout cas il commençait à se passer des choses pas très nettes dans cette maudite maison et je commençais à sentir poindre comme une légère panique.

J’ai essayé de me raisonner et de ne pas céder à une stupide paranoïa, mais plus je me disais « calme-toi, c’est la campagne, respire et profite ! », plus j’étais sûre que Leatherface rôdait dans les parages. Ou Jason le mort-vivant. Ou Norman Bates. Ou…

Je me suis précipitée à la cuisine, en me cognant dans chaque mur et dans chaque porte – bon sang, mais qu’est-ce qu’il fait noir à la campagne ! – et j’ai farfouillé à tâtons dans tous les tiroirs jusqu’à trouver un couteau auquel je me suis agrippée comme si ma vie en dépendait. A ce moment précis, d’ailleurs, j’étais convaincue que ma vie en dépendait.

Pendant quelques instants, ma respiration haletante et les battements de mon cœur m’ont empêchée d’entendre quoi que ce soit d’autre, ce qui a paradoxalement réussi à me calmer. Et c’est exactement quand j’ai cessé de m’entendre que j’ai recommencé à guetter les bruits suspects. Un bruit de pas – ou le vent dans les feuilles ? – d’un côté. Un souffle – ou une pluie légère ? – de l’autre. C’était intenable. On ne dit jamais assez à quel point l’absence d’un bon gros bruit de fond peut être anxiogène.

Mon couteau à la main, j’ai voulu aller m’enfermer dans ma chambre et enfouir ma tête sous tout ce que je pourrais trouver comme oreillers et couvertures en attendant que la lumière du jour revienne, mais en passant devant la porte vitrée, j’ai clairement distinguée une silhouette, là, à quelques pas de moi. Grande, sombre, menaçante, quelque chose de louche dans une main et l’autre en visière pour regarder… vers moi.

C’est là que j’ai complètement perdu le contrôle.

Je me suis précipitée en hurlant vers l’intrus, la lame de mon couteau pointée fermement devant moi et, sans être capable de penser à ce que je faisais, j’ai ensuite couru jusqu’à m’effondrer, à bout de forces.

Ce n’est que tard le lendemain que j’ai appris que j’avais égorgé monsieur Michon. Le voisin. Qui était venu m’apporter des bougies, parce qu’il se doutait bien qu’elle en aurait sûrement pas, la parisienne.

 

 

 

 

 

Ecrit pour les Impromptus Littéraires.

 

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 00:48
  
Il y a un truc que j’adore, c’est la blague, bonne ou moins bonne, qui te fait pleurer de rire à chaque fois que tu l’entends, qui fait marrer aussi tes proches, qui te fait rire à chaque fois qu’un de tes proches te la sert ou que tu la sers toi-même dans ton cercle d’initiés, mais que tu vas sortir un jour hors du cercle en question et qui va marcher quand même… La découverte hasardeuse d’une référence commune avec quelqu’un dont t’aurais pas forcément parié qu’il pouvait être aussi con et/ou aussi bon public que toi rend toujours la blague encore plus drôle, ce qui t’amène immanquablement à des niveaux de poilade de compétition et, comme chacun le sait, c’est bon de rire parfois(*), alors j’adore ça.

Dans cette catégorie de blagues, il y a celles que tout le monde connait (le fameux « ça dépend ça dépasse », par exemple) dont l'effet sur-poilade lié à la surprise de la référence commune se trouve quelque peu altéré par la trop grande popularité du gag. En revanche, les blagues qui se situent à un degré d’universalité inférieur peuvent atteindre des niveaux insensés de drôlerie quand elles rencontrent un public insoupçonné… Dans cette catégorie, on trouvera par exemple le (fameux ?) « c’est qui Riri ? » et, dans une catégorie sans doute intermédiaire, la blague qui a illuminé mon déjeuner :


 
Elle arrivait à point nommé dans la conversation avec ma copine et a permis, on n’en doutera pas, d’élever notre débat du jour et les grandes théories qu’il nous a inspirées sur le pourquoi du comment de la difficulté à sortir d’un désert sexuel et/ou sentimental – les deux étant ou n’étant pas liés, ça dépend ça dépasse – alors qu’il est si facile d’y entrer.
Une fois écartées les vraies bonnes excuses (« entre le boulot, l’école, les courses, etc., où veux-tu que je trouve le temps de me faire sauter ? » et « de toute façon je suis grosse et moche alors c’est normal »), nous avons trouvé des tas d’explications plus ou moins foireuses, le but de ce genre de conversations n’étant évidemment pas d’apporter des réponses au grand mystère de la vie sexuelle (ou non) des participantes au débat, mais surtout de leur permettre de se dire : 1) « ça me rassure je suis pas toute seule » ou : 2) « nan mais de toute façon moi c’est pas pareil elle peut pas comprendre ».
Ça ne sert donc à rien, mais pour peu que les causeuses partagent ne serait-ce qu’un peu de leur sens de l’humour (voir plus haut), y a moyen de se marrer un bon coup, à défaut d’en tirer un.
Mais là n’est pas le propos – même si nous avons bien ri.

Au cours de cette conversation avec ma copine au sujet, donc, de ma vie sexuelle dont l’avenir dépend en grande partie de ma capacité à percer le mystère précédemment évoqué, elle est arrivée (ma copine) à une conclusion peu glorieuse, mais assez juste, à mon sujet.
[Pour respecter le secret de la conversation de filles ainsi que sa vie privée, je tairai ici les conclusions la concernant, mais c’est carrément encore pire que moi ! Sans déconner.]
[Non, c’est même pas vrai, mais ça me fait plaisir]
Ainsi donc, elle a conclu avec le constat suivant : « Tu as des critères drastiques à l’égard des hommes, au point qu’il ne te reste qu’un choix réduit à peau de chagrin et, pour autant, tu ne ramènes que des tordus parfaitement incompatibles avec toi. »
[On notera qu’elle n’a pas dit : « T’es trop difficile » - le truc qu’on dit aux moches pour les consoler]
Elle a par ailleurs ajouté qu’en me montrant un peu plus ouverte (au figuré) je tomberais probablement sur des hommes bien plus normaux – qui sont finalement (à ce qu’elle semblait croire) plus nombreux que mes timbrés habituels…
Et je me suis dit qu’après tout, elle avait sans doute raison ! Alors ni une ni deux, comme il se trouvait qu’exceptionnellement j’étais plutôt bien habillée, en talons, épilée et, cerise sur le gâteau, sans enfant pour la soirée, j’ai décidé de tenter ma chance (et le diable) en allant boire un verre dans un bar en sortant du bureau et, un peu d’alcool aidant, en me montrant « ouverte ».
Et ça a très bien marché.
Enfin… quand je dis très bien… j’ai quand même eu le temps de siroter quatre verres de blanc avant qu’un type d’apparence très normale vienne enfin m’aborder, et mon premier réflexe a été de le snober, avant de me souvenir que j’avais décidé d’être ouverte. Il devait être au moins aussi désespéré que moi, parce qu’il ne s’est pas fait prier quand je me suis radoucie, et ce manque d’amour propre aurait dû, plus encore que sa normalité, me faire fuir, mais j’ai résisté. Il m’a assommée avec sa conversation normale (ajoutée à mon alcoolémie grimpante), mais il n’était pas à proprement parler vilain, alors je me suis dit que je pouvais quand même essayer de sortir du désert sexuel, à défaut du désert sentimental… J’ai envoyé des signaux un peu plus clairs quant à mes intentions, qui rejoignaient manifestement les siennes parce qu’il a été assez prompt à me proposer le fameux dernier verre chez lui. Qu’on n’a jamais bu. Et je me demande d’ailleurs si on est vraiment chez lui.
Dans l’obscurité, je n’avais pas remarqué, mais il fait jour maintenant et ce que je vois ne ressemble pas du tout à un lieu habité. Le matelas sur lequel je suis couchée est nu – moi aussi d’ailleurs – le placard ouvert en face de moi est vide, il n’y a pas la moindre décoration, rien qui traîne à part mes vêtement éparpillés et il n’y a pas de rideaux aux fenêtres. D’ailleurs, dans ma position, je ne me rends pas compte, mais il n’est pas impossible que les gens de l’immeuble d’en face me voient. Je ne peux pas vérifier, parce que mes poignets sont attachés dans mon dos à mes chevilles et j’ai tellement mal partout que je ne vois même pas quel genre de mouvement je pourrais tenter de faire, mais ce serait vraiment gênant, que les voisins me voient.
D’un autre côté, s’ils ne me voient pas, je me demande qui pensera à venir me chercher ici.
Mais si je finis par me sortir de ce merdier, je demanderai quand même à ma copine de me préciser ce qu’elle entendait exactement par « des hommes normaux ».
 
 
(*) Tout le monde le dit :  

 
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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 20:23

  

Un théâtre sans public, c’est un peu comme du champagne sans bulles, une messe sans vin, un repas sans pâtes… mais en bien pire, alors venez nous voir, on compte sur vous !

 

L’entrée est libre, la sortie aussi, mais en général les gens ne veulent plus repartir et en redemandent à la fin…

« Tu étais si gentil »


Jeudi 20 juin au Théâtre de la Plaine


A 20h00, 1ère partie : « Le tribunal »

puis « Tu étais si gentil » (sans entracte)

 

Théâtre de la Plaine

13 rue du Général Guillaumat

7015 Paris


Tram 3 : Georges Brassens
Bus 89 : Général Guillaumat - Théâtre de la Plaine
Métro 13 : Porte de Vanves
Métro 12 : Porte de Versailles



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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 00:13
 
Ça m’a fait tellement plaisir de te voir hier, mon chéri !
Oui, je t’appelle « mon chéri », parce qu’après tout, je suis tombée amoureuse de toi il y a environ vingt-cinq ans – c’était à Tours, sous un chapiteau, j’avais quinze ans et je m’en souviens comme si c’était hier, même si mes quinze ans, eux, datent d’au moins avant-hier – je suis tombée amoureuse, donc, il y a bien longtemps, bien plus longtemps que je n’ai jamais aimé un autre homme, et – la soirée d’hier me permet de le confirmer sans la moindre hésitation – je t’aime toujours exactement comme au premier jour, alors ça m’autorise bien quelques familiarités, non ?
Familière ou pas, quel bonheur de te voir aussi éclatant, aussi beau, aussi… toi, en fait. Pourquoi aurais-tu été différent ? Apparemment, l’âge n’a pas vraiment prise sur toi… Mais même jeune et virevoltant, il est possible de faire un mauvais concert, alors que là… les mots me manqueraient presque, dis donc !
Pour n’en citer que quelques-uns, ton « irradié » était magistral, ton « mort » (qui dit mieux ?) m’a réjouie et ton « Nascimo » était un final parfait ! Quant au final du final, la cerise sur un gâteau déjà étonnamment gros, riche et savoureux, à la fin de la fin, donc, je ne saurais même pas te dire l’effet que m’a fait ton « aviateur dans un ascenseur »… Je revois encore le mur de ma chambre d’adolescente, où étaient punaisées ces paroles au-dessus de mon lit… Point de nostalgie, mais qu’est-ce que je l’aimée, cette chanson, hier comme il y a vingt ans !
Je ne sais pas combien de fois je t’ai vu sur scène et combien de fois j’en ai été émerveillée, je ne sais pas non plus si ce concert était le meilleur ou seulement l’un des meilleurs, ce qui est certain en tout cas c’est que ça a été presque quatre heures (quatre heures, putain !!) de pure joie, comme toi seul sais si bien en donner.
 
Depuis l’époque lointaine où j’étais groupie (ou quasi), j’ai bien grandi, toi aussi, mais nous deux, ce n’est pas fini pour autant. Tu as été une fois encore totalement incroyable hier, moi je me suis sentie comme à vingt ans – beaucoup mieux, même – alors je te le dis une bonne fois pour toutes, parce que certaines choses se doivent d’être dites : Jacques, je t’aime.
 
(Et si des fois tu te demandes : j’étais au fond à droite, je portais mes lunettes bleues – oui, j’ai vieilli, maintenant j’ai des lunettes – et à un moment t’as fait une blague et j’ai ri un peu fort avant tout le monde. Tu m’as forcément remarquée.)
 
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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 00:27

 

Quand je me suis aperçue que la fenêtre de mon nouveau bureau donnait directement sur une incroyable quantité des fenêtres de l’hôtel en face, je me suis dit que ça pourrait sans doute donner lieu à quelques scènes cocasses.

J’ai un peu déchanté quand j’ai compris qu’en journée, dans les chambres d’hôtel, c’était surtout les femmes de ménage qui s’affairaient. A faire le ménage, s’entend. Il y a bien de temps à autre une vague silhouette, un mouvement fugace derrière les rideaux tirés, mais globalement c’est très décevant. Alors quand j’ai vu cette jeune femme s’installer devant la fenêtre pile face à la mienne, rideaux grand ouverts, j’ai tout de suite été très attentive.

Aux poses qu’elle prenait et aux moues qu’elle faisait, son téléphone à la main, j’ai vite compris qu’elle se prenait en photo. J’ai d’abord pensé à une mise à jour de son profil sur Facebook, mais ses postures sont devenues de plus en plus suggestives et j’ai supposé qu’elle visait plutôt Fesse-book. Et puis j’ai deviné la silhouette d’un homme derrière elle et j’ai pensé qu’il était plutôt question d’une vidéo amateur pour Youporn. Il va sans dire que j’avais autre chose à faire que mater de loin un couple s’adonner à des jeux érotiques quasiment en public, mais j’ai regardé quand même. Evidemment.

La fille continuait de prendre des poses lascives, la bouche entrouverte et probablement brillante d’humidité (mais j’étais un peu trop loin pour pouvoir être tout à fait sûre de ce détail), apparemment indifférente au type derrière elle qui, lui, s’approchait lentement, sortant petit à petit de l’ombre. J’ai essayé de deviner ce qui allait suivre…

Elle ne l’a pas entendu entrer, il la surprend et 1) elle se jette à son cou en prenant conscience de sa présence et ils s’envoient en l’air pour fêter ça, ou 2) il déteste qu’elle poste ses photos de salope sur internet et lui colle une baffe avant d’aller se saouler au bar et de revenir, ivre et repentant, pour s’envoyer en l’air et se pardonner l’un l’autre.

Ou alors, elle sait très bien qu’il est là et il sait qu’elle sait… Elle fait exprès de faire ces photos sexy – que dis-je : ces photos de grosse chaudasse pour l’exciter (bon sang, même moi elle allait finir par m’exciter, là !) et une fois à point, elle le cueille pour une partie débridée de jambes en l’air faussement improvisée.

Ou alors… Non, plus le temps d’essayer de deviner : il était maintenant si près d’elle qu’il la toucherait au moindre mouvement de sa part. J’allais enfin savoir ce qu’ils avaient prévu.

En prenant conscience de sa présence, la fille a sursauté en jouant si bien la surprise que j’ai pensé qu’elle ignorait vraiment qu’il était là. Il l’a attrapée rudement par un poignet et a plaqué une main sur sa bouche pour étouffer ses cris. Un jeu érotique légèrement sadomaso ? L’inconnu qui violente la pauvre fille sans défense ? Un fantasme comme un autre… En tout cas, la fille jouait suffisamment bien la terreur pour me mettre franchement mal à l’aise. Je commençais presque à regretter mes fenêtres avec vue sur rien du tout.

Le type avait maintenant retourné la fille qui me faisait face à nouveau, son partenaire collé derrière elle. Son regard a croisé le mien et cette fois j’ai eu la certitude que sa panique était bien réelle. Juste un peu trop tard pour pouvoir intervenir d’une quelconque manière : je voyais déjà briller dans la main de l’agresseur une longue lame, avec laquelle il a tranché la gorge de sa victime, maculant  la fenêtre de son sang et disparaissant ainsi à ma vue.

C’est alors seulement que j’ai crié et que je me suis précipitée à l’hôtel. J’ai foncé à l’étage qui me semblait être le bon et j’ai arpenté le couloir, attentive au moindre bruit et au moindre mouvement, en attendant la police que j’avais appelée en chemin. A défaut d’avoir pu venir en aide à la victime, je ferais un bon témoin pour l’enquête.

Quand les flics sont arrivés, assez rapidement, j’étais encore dans tous mes états. Je leur ai expliqué ce qui s’était passé du mieux que j’ai pu et ils ont été très réactifs : ils ont fait ouvrir toutes les chambres de l’étage par le personnel pour y trouver le cadavre – et pourquoi pas aussi le meurtrier qui n’avait peut-être pas eu le temps de fuir avant mon arrivée – mais rien. Pas de corps, pas de tueur fou, pas même une petite flaque de sang.

J’ai dû retourner à ma fenêtre pour vérifier si je ne m’étais pas trompée d’étage et, de retour à l’hôtel dans la chambre dont j’étais certaine cette fois que c’était la bonne, rien. Rien de rien. C’était plus propre encore qu’après le passage des femmes de ménage. Plus trace du sang qui avait copieusement giclé sur la vitre, pas de fille agonisante, pas non plus de fille en bonne santé, d’ailleurs. Rien. Personne. Juste quelques flics agacés, un directeur d’hôtel qui se demandait s’il allait devoir refaire nettoyer la chambre après notre passage et moi, qui ne savais plus si je venais d’assister à un meurtre fou ou si c’était seulement moi qui devenais folle. Dans le doute, je me suis excusée auprès de tous ces messieurs-dames pour le dérangement, prétextant une confusion possible avec une scène de sexe (ce qui n’a pas manqué de me faire passer pour une vieille fille mal baisée) et une fois que tout le monde est parti, j’ai regagné mon bureau.

Les portes de l’ascenseur se refermaient quand une main s’est glissée au milieu pour les rouvrir. J’ai instantanément reconnu le type qui venait d’égorger cette pauvre fille. J’ai pensé que ça prouvait bien que je n’étais pas folle. Ça m’a soulagée. Un bref instant. Après, j’ai à peine eu le temps de me demander s’il nettoierait aussi bien l’ascenseur que la chambre, quand il en aurait fini avec moi.

 

 

 

 

 

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