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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 00:07

 

Bon, voilà, je suis en vacances.

Une semaine à la campagne.

Les plus fidèles d’entre vous se souviennent peut-être de l’effet qu’a sur moi la campagne  et se demandent sans doute quelles peuvent être les raisons qui me poussent à aller m’y enterrer de mon plein gré pendant toute une semaine. Elles sont bonnes et nombreuses, mais je suis presque sûre que ce n’est pas l’espoir de me voir un jour raconter mes souvenirs sirupeux d’enfance heureuse dans une famille aimante qui vous pousse à venir me lire. Je ne vais donc pas m’appesantir sur cet épisode doré qu’est ma vie de famille.

 

La campagne de mes vacances est une campagne un peu particulière. Elle souffre – ou bénéficie, c’est une question de point de vue – de la proximité de ce beau pays qu’est la Suisse, avec ses vaches, son chocolat, ses largesses bancaires et son étroitesse d’esprit. Si bien que beaucoup des culs-terreux du coin sont en fait des fonctionnaires internationaux, ce qui donne une touche presque exotique au terroir. Mais la campagne reste la campagne. Remplacez les cours de ferme par des terrasses avec piscines, les paysans par des cols blancs et les 4L par des 4 x 4, il restera toujours la verdure, le calme et le fait que qui que vous soyez, où que vous soyez et quoi que vous fassiez, les gens le savent.

 

Et ce sont donc les gens qui nous avaient prévenus : les travaux de la maison voisine, dans ce qui jadis avait été le pré où les vaches du fermier d’en face s’ébattaient, même si, de mémoire de citadine, on n’a jamais vu s’ébattre une vache, mais l’expression fait champêtre alors je la laisse, les travaux, donc, avaient commencé. Et dans la région, quand on construit une maison, on ne fait pas semblant. Plus maintenant, en tout cas. Le terrain seul coûte environ la moitié du prix d’un appartement parisien. Donc, les travaux de construction ressemblent au chantier de ground zero, en exagérant, peut-être, un tout petit peu. Et là, ce n’est que le début. Il y a donc au ras de notre jardin, qui fait figure de jardinet comparé à la vaste prairie que sera le jardin de nos futurs voisins, un trou, que dis-je : un gouffre au fond duquel commencent à pousser les fondations de béton de la future demeure. Il y a également deux grues et deux bétonneuses. Ou bétonnières. Ou qu’importe comment se nomment ces engins ronds qui tournent bruyamment et recrachent du ciment. Et bien sûr, il y a les ouvriers. Passés les premiers jours où l’étonnement le dispute au désespoir de voir les vacances démarrer sous le signe du bruit et de la poussière et une fois qu’on s’est bien rincé l’œil sur les torses luisant de sueur des ouvriers qui ne ménagent pas leur peine sous les assauts du soleil, il ne reste vite plus que l’agacement lié au désagrément permanent du bruit. Et s’agissant du bon déroulement de ses vacances, l’agacement peut, dans le cas de ma mère, prendre des proportions déroutantes.

 

Il faut dire aussi à sa décharge que tout concourt à rendre la proximité du chantier désagréable : non seulement c’est moche et bruyant, mais en plus l’activité semble très irrégulière et pouvoir se déclencher à tout moment. Je crois que c’est quand le bruit l’a tirée du lit un samedi matin avant 8 heures que les choses ont commencé à changer. 

 

Comme je l’ai dit plus haut, peu importent la taille des maisons et la profondeur des fosses à purin – et que ces dernières soient des piscines n’y change rien : la campagne, c’est la campagne. Sans qu’il soit utile de demander, nous avons donc appris qu’un des ouvriers du chantier ne s’était pas présenté au travail deux jours d’affilé, sans avoir prévenu. Il a été bien entendu évoqué la possibilité qu’il soit parti avec la femme de la maison rose, vu que c’était apparemment une femme de mœurs légères, mais cette hypothèse a été abandonnée quand on a découvert qu’en fait d’escapade amoureuse la femme en question était partie enterrer son père trois jours plus tôt. Une nouvelle hypothèse était en cours d’élaboration quand un deuxième ouvrier a déserté le chantier. Il avait sans doute cambriolé une maison du voisinage avant de disparaître, mais malgré leurs efforts les villageois n’ont pu déplorer la disparition d’aucun de leurs biens.

Le chef de chantier, qui avait fait savoir qu’il remplacerait les deux ouvriers défaillants sans délai, disparut à son tour mystérieusement, tant et si bien qu’au bout du compte, les futurs voisins ont fini par s’en inquiéter et par alerter la police. Les travaux ont été suspendus et tous les efforts ont été déployés pour découvrir quel forfait cette clique d’ouvriers, que tout le monde avait tout de suite trouvés un peu louches, avait bien pu perpétrer avant de disparaître. Le bruit qui court est toujours beaucoup moins agaçant que le bruit de la bétonneuse et nous pouvons profiter maintenant du calme reposant de la campagne.

 

Personne ne s’est intéressé aux trois monticules de terre fraîchement retournée qui sont apparus sur le chantier. Quant à moi, je ne regarde plus tout à fait ma mère de la même façon.

 

 

 

 

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Published by poupoune - dans inspirationS
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commentaires

Cacoune 21/08/2010 22:58


Ouh mais quelle famille ! :)


poupoune 22/08/2010 01:20



ben tiens, je me suis pas faite toute seule, hein !



stipe 17/08/2010 09:58


vivement que tu retournes à Paris retrouver le calme !


poupoune 20/08/2010 21:53



ayé... ça va mieux. Mais je repars et ça risque d'être encore pire (le bruit de la mer... je sens que je vais trucider de la poiscaille à tour de bras!)


 



mony 16/08/2010 18:06


Le roman noir et le haiku sont des classiques indémodables et irrésistibles!
...et un petit haiku pour Poune:
Mamie a pété les plombs
Les 3 Suisses n'ont pas fait long feu
-70% fin de collection printemps été


poupoune 20/08/2010 21:52



excellent !! Merci ;o)



boubou 16/08/2010 13:52


Ah c'était ça, les monticules de terre?! Merde, j'aurais pas du laisser la gamine jouer avec, alors...?


poupoune 20/08/2010 21:52



nan, ça craint rien : c'est plein de protéines, au début...



Marcus K7 16/08/2010 11:46


Hu Hu...Merci maman (ou bien).


poupoune 20/08/2010 21:51



si c'est pas un bel héritage, ça.



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