Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 00:04

 

 

La première partie est ici.

 


 

On avait réussi à se dégoter un joli petit appartement assez lumineux pour ses cultures, avec une belle petite chambre qu’elle avait préparée toute seule pour l’arrivée du bébé. Mais le bébé est jamais arrivé et la chambre s’est transformée en jardin. Je savais que c’était forcément moi qui savais pas fabriquer la vie vu ce que je faisais des plantes, mais Gisèle m’a jamais rien reproché et elle a jamais rien dit qui me fasse culpabiliser. Bien avant d’être un ange pour de vrai c’était déjà un ange sur terre, ma Gisèle. Cent fois, mille fois j’ai voulu partir pour la laisser rencontrer un homme qu’aurait su apporter de la vie dans la sienne, mais je suis pas fait du même bois qu’elle, moi, j’étais pas capable de ce sacrifice-là.

Alors j’ai continué à faire crever ses plantes, que je suis sûr qu’elles crevaient rien que parce que j’étais là, à empêcher ma Gisèle de fleurir et à traîner dans mon sillage la mort sous toutes ses formes, vu que je passais mes journées et parfois même mes nuits en plein dedans. Et pourtant, elle virevoltait comme un pinson dans sa verdure, ma Gisèle. Toujours riante, toujours radieuse, toujours douce et attentionnée. Elle arrivait même à dire des fois qu’elle ne méritait pas tant d’attentions, quand je lui rapportais des plantes exubérantes pour la chambre du petit. Chaque fois qu’elle disait un truc comme ça je culpabilisais encore plus et je me mettais en quête d’une plante encore plus incroyable. On n’imagine pas tout ce qu’on peut trouver comme plantes exotiques et rares chez les fleuristes parisiens. Au bout de dix ans à la crim’, j’avais deux spécialités : l’analyse de scène de crime et les plantes exotiques. Pour ce qui était de les dégoter du moins, parce que les exotiques comme les autres je les faisais crever plus sûrement que la syphilis tue les morpions.

 

Mais à force d’en rapporter encore et encore, des plantes, il a fini par arriver ce qui devait arriver : vu que ma Gisèle avait ce don pour les faire s’épanouir, même malgré ma présence mortifère, la verdure a fini par déborder de la chambre. On n’allait pas tarder à être à l’étroit et je voyais bien qu’elle commençait à délaisser un peu ses plantations pour pas nous envahir tout l’espace. Mais elle se fanait encore plus vite que ses fleurs et la voir dépérir comme ça me crevait le cœur. Ah, ça, elle était toujours légère et tourbillonnante, elle donnait le change, mais je voyais bien qu’en dedans elle était encore plus à l’étroit que ses plantes dans la chambrette. Et puis il y a eu ce jour où elle a décidé d’abandonner le barreau pour devenir fleuriste. Elle m’a annoncé ça avec son visage rayonnant, encadré de fleurs bariolées qui grimpaient tout autour de la porte, et son annonce m’a fait l’effet de ces évidences qu’on n’avait pas réussi à identifier, mais qu’on ne peut plus ignorer dès lors qu’elles se sont révélées : ma fleur à moi, ma Gisèle, avait besoin de ses fleurs pour survivre malgré moi et moi, j’avais besoin d’elle bien plus que je n’avais jamais eu besoin de mon petit bureau au 3ème étage, escalier A du 36, quai des Orfèvres.

Au bout de quinze années de bons et loyaux services à la brigade criminelle de la direction régionale de la police judiciaire de Paris, j’ai démissionné sans un regret et ma Gisèle et moi sommes venus nous installer ici. Mes retrouvailles avec la campagne ont été beaucoup plus faciles que j’aurais cru et Gisèle s’est épanouie formidablement dans l’immense jardin que nous avions pu nous offrir pour une bouchée de pain. Il faut dire qu’en contrepartie, la maison était toute petite, mais quand on vit amoureusement serré contre un être cher, l’espace intérieur est inutile. Elle a rapidement transformé la maison en curiosité locale. Les gens venaient de loin admirer son jardin, le seul qu’était fleuri toute l’année et qui comptait autant de plantes extraordinaires et inconnues. Ma petite contribution à son développement personnel autant que professionnel.

Nous avions loué un local au village voisin que nous nous partagions. Côté soleil, sa jolie boutique où les gens venaient essentiellement lui passer des commandes pharaoniques pour des mariages, réceptions diverses ou simples bouquets d’occasions plus ordinaires, mais non moins importantes. Côté ombre, j’avais ouvert mon agence d’enquêteur privé.

On croit qu’à la campagne il ne se passe rien et que c’est le genre de carrière vouée d’office à l’échec, mais c’est des croyances de citadins. Il se joue par ici des intrigues bien plus complexes et obscures que bon nombre d’affaires de la ville.

Evidemment, je n’étais plus du tout confronté à la même criminalité. Par ici, ce qu’on avait qui ressemblait le plus à une prostituée s’appelait une marie-couche-toi-là et ne se faisait même pas vraiment payer ; autant dire que c’était pas une cliente pour finir égorgée dans un cloaque ou lestée au fond d’un canal. Quant à la drogue, nos plus gros trafiquants locaux étaient les fils de paysans qui se faisaient passer pour des caïds en récupérant le pavot qui poussait à foison dans les champs de leurs pères. Et puis avec une faible densité de population, on avait forcément aussi une plus faible densité de criminels.

En revanche, ce qu’on avait à revendre, par ici, c’était l’ennui. Et l’ennui ça te crée du vice bien plus sûrement qu’un pet foireux t’annonce une merde molle.

 

 

 

A suivre

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by poupoune - dans nouvelles
commenter cet article

commentaires

Chris de Neyr 20/04/2010 14:05


C'est bien, on ne sait pas du tout où on va...


poupoune 20/04/2010 18:10



pour être honnête je ne savais pas non plus ;o)



Walrus 08/04/2010 22:48


Oh oui, la campagne... ça me rappelle les enquêtes de l'inspecteur Barnaby. Lui aussi trouve le milieu campagnard criminogène et souvent en série !
Ca promet !


poupoune 08/04/2010 22:56



Aïe... je vais essayer de trouver un ou deux épisodes pour pomper quelques idées pour la suite, alors...



stipe 08/04/2010 16:17


bon alors vivement la suite !
(de l'histoire, hein, pas du pet foireux !! )


poupoune 08/04/2010 18:24



pffff... bon, ben je re-rechange d'idée, alors.



Mrs D 08/04/2010 10:49


Elle pourrait pas passer par chez moi (ah non, mince, elle n'est plus...)
Elle aurait pas écrit un livre de botanique par hasard, parce que moi et les plantes...


poupoune 08/04/2010 11:37



non, mais je crois que quand ça veut pas, ça veut pas, hein... moi, j'ai accepté cet état de fait : je fais crever les plantes, c'est comme ça. Alors j'en ai plus, du coup ça me fait de place et
je peux avoir un chien. Ou une mini-poune.



C'est Qui ?

  • poupoune
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.

En version longue

   couv3-copie-1

Recherche

J'y Passe Du (Bon) Temps