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courts, noirs et sans sucre

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oscar [1]

 

Bien sûr qu’il était temps que j’arrête ces conneries et que je goûte une retraite paisible et méritée… J’entends ma Gisèle comme si elle était là, tout contre mon oreille, me le dire sur tous les tons… Comme elle faisait tous les matins en me voyant partir et tous les soirs en me voyant rentrer, les soirs où je rentrais. Je l’entends vraiment, je veux dire. C’est pas une figure de style. Je sais pas si c’est parce que j’ai jamais arrêté de lui causer qu’elle me parle aussi ou si c’est un truc normal que font les épouses à leurs veufs, n’empêche que je l’entends. Comme si elle était là.

J’aimerais autant qu’elle soit là, d’ailleurs. Ou des fois, au lieu de l’entendre, j’aimerais bien pouvoir la voir, la regarder me faire ce sourire qu’elle faisait quand je promettais de raccrocher et qu’elle savait bien que je raccrocherais pas, mais je peux que l’entendre. C’est déjà pas mal. Ce matin c’est moi qui l’ai dit avant elle : « Bon dieu il serait temps que j’arrête ces conneries ! » Mais maintenant je sais que j’arrêterai jamais. C’est plus possible. Des années à promettre à Gisèle les doigts croisés dans le dos, ce serait injuste d’arrêter maintenant qu’elle est plus là.

Et puis de toute façon, je ferais quoi, moi, tout seul comme le vieux con que je deviendrais forcément, sans elle et sans rien de mieux à foutre que faire chier les jeunes en allant faire la queue à la poste en même temps qu’eux ? Les gens ils disent que je ferais bien mieux de m’occuper de ses fleurs, à ma Gisèle, au lieu d’y laisser tout crever qu’on croirait plus un jardin vu que c’est devenu une vraie jungle, mais qu’est-ce qu’ils y connaissent, à la jungle, les gens ? Notez bien que j’y connais rien non plus, hein, mais moi je compare pas sans savoir.

De toute façon, les fleurs et moi, c’est une histoire qu’avait jamais marché. Quand j’habitais dans ma chambre d’étudiant, ma mère avait dit en la voyant « Même un cancrelat il voudrait pas vivre ici et toi, couillon que t’es, tu paies ! » et elle avait absolument tenu à y « mettre de la vie, dans ce cagibi ». Du coup elle me donnait régulièrement plantes et fleurs pour « égayer un peu mon quotidien ». En guise de gaité, j’avais comme un grand mouroir à verdure qui empêchait la lumière de pénétrer, vu que la petite mansarde était complètement obstruée par toute cette végétation moribonde. J’ai jamais su garder une plante en vie. Même ma Gisèle je l’ai fait crever. Alors non, les fleurs, c’était son affaire à elle.

 

On s’était rencontrés sur les bancs de l’université, à un cours de droit. Elle savait pas encore bien si elle voulait faire avocate ou fleuriste, à l’époque. Moi je voulais déjà faire flic. J’ai jamais rien voulu faire d’autre. Tout môme c’était déjà même pas la peine de vouloir me faire faire le voleur : j’étais le gendarme ou je jouais pas. A l’époque, ma mère disait que c’était de mon âge et que ça me passerait, et quand elle a vu que ça passait pas elle s’est mise à faire des grandes scènes très théâtrales où elle m’enjoignait de lui arracher plutôt le cœur tout de suite. J’ai jamais compris d’où lui venaient ses dispositions de tragédienne. Pas plus que son aversion pour la police, d’ailleurs. C’était une femme de la campagne, élevée au grand air comme on élevait les femmes à l’époque : ni bien ni mal. Elle savait se comporter comme il faut en société, avait eu la chance d’apprendre à lire grâce à la famille chez qui elle avait été placée comme bonne et s’était mariée dès que possible. Avec un homme qu’elle avait même eu l’air d’aimer. Faut dire que c’était plutôt le bon gars, mon père. Il avait toujours un sourire doux accroché au visage. Ma mère y disait d’arrêter de sourire aux anges qu’on aurait dit un benêt, mais il souriait quand même. Et je sais bien que c’est aussi pour ce sourire qu’elle l’avait aimé, quoi qu’elle ait pu en dire…

C’était un homme gentil. Et doux. Pas causant, ce qui agaçait toujours ma mère (« Mais vas-tu donc causer un peu, qu’on croirait que t’es pas là tellement qu’on t’entend pas ! »), mais dans le fond je crois qu’elle aimait tout autant ses silences que son sourire. Je garde de lui l’image d’un genre de roc bienveillant, dont la présence discrète malgré un physique d’armoire lorraine était tout à la fois apaisante et sécurisante. J’ai jamais su ce qu’il en pensait, lui, de ma vocation. Mais je me dis que ça doit être par opposition à son calme et à sa discrétion que ma mère avait très vite versé dans la dramaturgie outrancière. Quant à sa répugnance pour l’uniforme, ça lui venait peut-être de cette altercation avec un gendarme qui lui avait valu le surnom de « Julie la furie » dans tous les villages avoisinant, jusqu’à ce que le père Rompion la surpasse en foutant le feu à la gendarmerie. A moins que ce soit un genre de peur qu’elle se gardait bien d’avouer de me voir porter une arme.

 

De toute façon, elle m’aurait renié que j’aurais rien pu y faire : je serais flic parce que je pouvais qu’être flic. Un truc qui me dépassait moi aussi, je savais pas y expliquer, mais c’était comme ça. Ma Gisèle, qu’avait des idéaux encore plus beaux que les fleurs qu’elle faisait pousser comme par magie sur le toit de sa chambre de bonne, elle me moquait quand j’étais pas capable d’expliquer. Elle voulait que je parle justice, ordre, paix, sécurité, mais c’était des questions que je m’étais jamais vraiment posées. En tout cas pas en ces termes. Et c’est pas ce qui nous a rapprochés de toute façon.

Un jour qu’elle me racontait son jardin clandestin sur son toit, je lui avais parlé de mes plantes crevées et c’est comme ça qu’elle était entrée dans ma chambre et dans ma vie. C’était amusant que ce soit elle, la parisienne qui n’avait jamais dépassé les fortifs, qu’avait la main verte tandis que moi, le campagnard élevé au grain, je faisais crever tout ce qui était végétal. Elle avait réussi à faire renaître une véritable forêt sous ma mansarde, si bien que ça devenait difficile d’y cohabiter avec la nature, alors elle m’avait proposé le gîte le temps de trouver une solution pour son œuvre champêtre. Finalement on s’est contentés de partager sa chambre.

On a fini nos études ensemble. Elle a trouvé un boulot dans un grand cabinet d’avocats et moi j’ai réussi à intégrer la brigade criminelle. J’étais pas seulement devenu flic, j’avais intégré le saint des saints. Tous les jours, je me rendais au 36, quai des Orfèvres, escalier A, 3ème étage, fier comme un coq et heureux comme un prince. Même ma mère a cessé ses séances de lamentation quand je lui ai dit que je travaillais au même endroit que Maigret. J’ai épousé Gisèle au printemps et je crois pouvoir dire qu’à compter de ce jour il ne s’est pas passé une heure sans que je me rende compte de ma chance.

 

 

 

 

A suivre

 

 

 

 

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C
<br /> Hmm hmm...<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> hin hin...<br /> <br /> <br /> <br />
W
<br /> Espérons qu'il ne s'appelle pas Oscar Labavure !<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> ben non : "Laverdure", rapport à sa dame...<br /> <br /> <br /> (mais j'en sais rien je t'ai dit !!!)<br /> <br /> <br /> <br />
W
<br /> Active Poupoune, j'ai déjà plus d'ongles à ronger !<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> ah ben ménage-toi parce que je suis pas encore bien sûre de comment ça va se finir, mon affaire... ni quand, pour tout dire ;o))<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> ah oui, je connais, on va bien se marrer !!<br /> http://www.youtube.com/watch?v=aUaMKLXLHSc<br /> <br /> quoi que, ça commence pas pareil... Bon ben on va attendre la suite, alors.<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> Ah meeeeerde... on m'a piqué mon gag !<br /> <br /> <br /> Bon ben je vais changer alors... pfff...<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Ca commence bien!!!<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> une chance, parce que j'ai pas la moindre idée de comment ça va finir !!<br /> <br /> <br /> <br />