courts, noirs et sans sucre
Cher ami,
J’ai eu vent de la liaison que vous entretenez depuis quelques mois avec mon épouse et je vous sais gré de déployer une telle énergie et un zèle si remarquable pour satisfaire à ses envies les plus folles. J’ai observé avec bonheur qu’elle était de moins en moins exigeante à mon endroit et je crois que c’est à vous et vous seul que je dois cette quiétude enfin retrouvée en mon foyer. Toutefois, vous conviendrez que malgré l’appréciable service que vous me rendez, vous malmenez quelque peu mon honneur ainsi que, bien entendu, mon amour propre, aussi aurez-vous sans doute l’indulgence de ne point juger exagérée la requête que je me permets de vous adresser.
Il me semble avoir noté que l’humeur de mon épouse n’est jamais meilleure que le mercredi, aussi en ai-je déduit que vous la rencontriez très certainement avec une immuable régularité ce même jour. Or figurez-vous que, pour ma part, j’ai en général des journées assez calmes le mercredi tandis que le jeudi est la journée la plus éreintante de ma semaine : non seulement c’est le jour des conseils d’administration de la société que, vous le savez, je dirige, mais c’est également le jour de mon golf avec les Directeurs de filiales. Ainsi je ne suis que rarement d’humeur à honorer mon épouse, pas plus d’ailleurs que je n’ai l’énergie nécessaire pour le faire, le jeudi. Or vous connaissez bien vous-même ses insatiables appétits en matière de jeux érotiques et mes réticences, voire mes manquements du jeudi me valent immanquablement une scène hebdomadaire fracassante. Vous ne le savez peut-être pas encore mais elle déploie à peu près la même ténacité et la même inventivité pour les scènes de ménage qu’au lit, aussi vous admettrez qu’il serait charitable de m’épargner ces pénibles épisodes.
J’en viens donc à la demande que je souhaite vous soumettre : s’il vous était à l’avenir possible de rencontrer mon épouse le jeudi et non plus le mercredi, ce serait pour moi un grand soulagement et je vous en serais suffisamment reconnaissant pour vous laisser continuer d’entretenir avec elle cette liaison sans me sentir obligé de provoquer un esclandre.
Je vous saurai gré néanmoins de ne pas aviser mon épouse de cette requête : vous connaissez son tempérament fougueux et elle serait capable, comble de l’ironie, de me faire une scène pour ne vous avoir pas au moins provoqué en duel, alors épargnez-nous à tous deux, de grâce, ce désagrément.
Dans l’attente de vous lire, bien cordialement.
Henri-Paul Ducluzel d’Avricourt.
Ecrit pour Kaléïdoplumes : Ecrire la lettre d'un mari à l'amant de sa femme. La réponse devra être écrite la semaine suivante.