courts, noirs et sans sucre
- C’est ça la scène de crime ?
- Ben ouais…
- Et vous avez pas posé les scellés ?
- Les quoi ?
- …
- …
- Bon. On en reparlera… Je croyais que le gars avait été salement amoché ?
- Ah ça ! Méconnaissable !
- Et il a pas saigné ?
- Ah ben si ! Plutôt deux fois qu’une ! Ce serait même pour ça qu’il est mort, d’après les premières constatations du légiste… Il se serait vidé de son sang.
- Et il est où le sang ?
- Ah ben y a la bonne qu’a serpillé.
- Vous vous foutez d’ma gueule ?
- Ben non pourquoi ?
- Vous avez laissé la bonne nettoyer la scène de crime avant l’arrivée des enquêteurs et de la scientifique ?
- Ah ben non ! C’était tout propre quand elle nous a appelés !
- C’est elle qui a appelé ?
- Oui. Elle a trouvé le corps, elle a tout nettoyé et elle nous a appelés.
- …
- …
- Et elle avait nettoyé le corps aussi ?
- Un peu, oui… elle l’avait posé là-bas, sur un banc, pour pouvoir serpiller.
- …
- …
- Costaud, la bonne, hm ?
- Ah ça ! Vous l’auriez vue ! Une sacrée bonne femme !
- Et elle est où ?
- Ah ben je sais pas !
- Comment ça vous savez pas ?
- Ben non… j’ai pas voulu l’embêter plus que nécessaire, vous comprenez…
- Non. Je comprends pas, non. La bonne du curé vous appelle parce qu’elle a trouvé son cureton clamsé dans le confessionnal, elle nous laisse un scène de crime propre comme un sou neuf et vous, vous la laissez filer ?
- …
- Hm ?
- Oui, c’est sûr, vu comme ça…
- Oui, hein…
- Pardon, chef.
- …
- Bon… et le corps, elle l’avait juste déplacé ?
- Euh…
- Oui ?
- Ben alors en fait… comment dire…
- Bon allez, crachez, on a assez perdu d’temps !
- Oui, alors voilà. Elle a dit qu’elle l’avait trouvé nu, avec un cierge…
- Un cierge ?
- Un cierge…
- Il tenait un cierge ?
- Pas exactement…
- Bon, faut que j’devine ou vous comptez expliquer ?
- Hum… alors disons qu’il aurait eu, d’après elle, un cierge allumé dans le… euh… fondement.
- Il avait un cierge dans l’cul ?
- Voilà. Oui. Pour ainsi dire…
- Et elle y a touché ?
- Ben en fait… oui. Elle l’a enlevé et elle a rhabillé l’curé. Pour sa dignité, voyez…
- Sa dignité.
- Oui. Voilà. C’est ce qu’elle a dit.
- Et vous avez soigneusement rangé le cierge pour le relevé d’empreintes, n’est-ce pas ?
- …
- Hm ?
- Ben c’est qu’ça a pas été possible, non…
- Et pour quelle raison ?
- Ben… elle a voulu le faire brûler sur l’autel, là-bas, avec une prière et tout pour laver le sacrilège et tout ça, sauver l’âme du curé, des trucs de bonne sœur, quoi.
- Elle est pas bonne sœur, elle est bonne, bon sang !
- Ben… « bonne du curé » c’est pas « bonne sœur » ?
- Putain… Bref : vous l’avez laissée faire sans broncher ?
- Ben j’y connais trop rien aux religions, moi !
- Et au métier de flic, vous y connaissez quelque chose ?
- Pardon, chef… mais c’est mon premier curé mort, aussi…
- Ouais, ben pour c’qui est d’votre avancement, j’crois qu’des curées c’est pas votre dernière en tout cas…
- Hein ?
Ecrit pour Kaléïdoplumes : « écriture sur image ».