Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 23:07

 

Le début par ici .

 


 

Sa vie. Ben voyons. J’étais prêt à parier qu’elle disait ça avec la lèvre tremblante et néanmoins sensuelle rien que pour m’apitoyer et essayer d’avoir une ristourne, mais je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir. D’autant que je n’étais pas exactement détective privé. Pas du tout, même, pour ainsi dire. Le détective, c’était en face. Il m’avait expliqué un jour qu’il avait enlevé sa plaque pour éliminer les clients trop cons qui sauraient pas trouver la porte de droite alors que sur sa carte et dans le hall il était clairement écrit « porte de droite ». Je sais pas trop si ça marchait, parce que quand les cons frappaient chez moi je leur disais que c’était en face.

Le détective, il avait une allure de comptable. Une grosse tête avec un grand front comme à travers le judas, mais sans judas, des petites lunettes ovales cerclées de métal d’un autre âge, des pantalons qu’il montait jusque sous ses bras et qui lui tombaient à peine à mi-mollets et, bien entendu, un début de calvitie qui accentuait la disproportion de son front. Faut pas juger au physique et l’habit ne fait pas le moine, mais j’ai connu des moines disgracieux qui paraissaient plus crédibles en détective privé. Du moins je suis sûr qu’il en existe.

Moi, en revanche, avec mes jeans usés, mon look savamment négligé, mes cheveux en bataille, ma barbe de trois jours tous les jours, mon irascibilité et mon alcoolisme latent, j’avais toutes les qualités requises pour un bon détective. A tel point qu’un jour y a même un des cons que j’avais envoyé en face qu’est revenu en me disant que j’avais bien failli l’avoir. Quel con. N’empêche que j’étais pas détective privé pour autant. J’étais ce qu’on pourrait appeler un branleur. Papa dit « parasite » mais je crois qu’il exagère exprès pour me faire réagir. C’est lui qui m’a payé l’appartement en face du privé, mais pour le reste il m’a coupé les vivres et je suis obligé de bosser un peu de temps en temps pour compléter mon RMI. Du coup, la bombasse égarée, j’avais pas trop envie de lui faire traverser le palier. D’une part parce qu’une jeune-femme effrayée qui cherche du réconfort le trouve plus facilement dans les bras d’un beau gosse que dans ceux d’un comptable, d’autre part parce que j’entrevoyais la possibilité de me faire peut-être un peu de blé sans trop d’effort. Malgré un cul à damner un saint, elle avait plutôt l’air d’une fille à papa des beaux quartiers et je me disais qu’elle avait dû faire le mur pour sortir en boîte et qu’elle voulait que je l’aide à échapper aux représailles de son père, ou quelque chose de cet acabit. Je l’imaginais lascive en train de se trémousser sur un bar avec sa robe collée à ses longues jambes par la sueur quand elle m’a interrompue :

-          Vous… vous voulez qu’on aille à votre bureau ?

-          Hm ?... Ah ! euh… Non, allons ! On n’est pas dans une série B ! Venez au salon.

-          Ah.

-          Installez-vous et dites-moi tout.

Elle a posé une fesse sur le bord du canapé et m’a raconté une histoire totalement abracadabrante en se tortillant les doigts nerveusement et en jetant des coups d’œil par-dessus son épaule, comme si une foule d’assassins se pressaient dans son dos au milieu de mon salon. J’ai essayé de suivre au début, mais j’ai vite décroché. C’était hyper compliqué. Il était question de putes, de gros bras, de flics véreux, de mère maquerelle et de copine morte et quand elle s’est mise à parler d’un dealer de crack je suis allé me rechercher une bière et je me suis laissé aller à l’agréable flottement de l’ivresse, bercé par la voix délicieuse de la donzelle. Je ne savais toujours pas bien d’où elle sortait et ce qu’elle voulait, mais elle avait une imagination fertile et, quand elle s’est tue, le silence soudain m’a tiré de ma torpeur.

-          Et… ?

-          Et quoi ? C’est déjà pas mal, non ?

-          Hm…

-          Qu’est-ce que vous allez faire ?

-          Hm… déjà on va aller manger un morceau, ça m’a creusé toutes vos histoires ! Pas vous ?

-          M… Mais… enfin… mais vous n’y pensez pas ?

-          Ah si, j’y pense ! on devrait pouvoir au moins trouver encore des pizzas, à cette heure.

Je me suis levé et j’ai pris ma veste en l’invitant à me suivre. J’avais envie de la sauter, mais trop d’alcool et l’estomac vide me rendaient généralement impuissant et je préférais qu’elle aussi reprenne des forces. Je n’aurais sans doute pas deux occasions pareilles et je ne voulais gâcher ma chance.

-          Mais vous êtes sûr ?

-          Mais oui, allez, venez ! On n’arrive à rien le ventre vide, hein !?

-          Et vous ne prenez pas votre arme ?

-          Ha ha ! Faut pas croire tout ce qu’on voit dans les séries, hein ? Allez, on s’occupera des affreux après dîner.

 

 

 

A suivre…

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by poupoune - dans nouvelles
commenter cet article

commentaires

Mrs D 08/09/2010 09:08


ça sent le coup foireux!


poupoune 08/09/2010 11:33



tu m'étonnes...



boubou 07/09/2010 13:43


moi j'aime bien ce faux détective ET sa barbe de 3 jours perpétuelle (mais non j'suis pas fayotte)


poupoune 07/09/2010 13:53



c'est parce que t'aime bien le petit côté bad boy, hein ? (si, un peu, mais ça va, j'aime bien).



Walrus 07/09/2010 13:05


À part la barbe de trois jours perpétuelle que j'ai toujours autant de mal à encadrer, il me plaît le détective amateur. Surtout qu'il pratique avec conscience le mot d'ordre des dilettantes :
"Toujours remettre au prochain épisode ce qu'on pourrait faire aujourd'hui".


poupoune 07/09/2010 13:31



La procrastination requiert un talent et une application qu'on n'imagine pas...



Tom 07/09/2010 09:52


M'enfin, l'érection comptable a ses atouts et il ne faut pas se couper d'une partie de ses lecteurs comme ça.


poupoune 07/09/2010 13:28



Gageons que les plus comptables de mes lecteurs sont très probablement dotés d'un solide sens de l'autodérision.



C'est Qui ?

  • poupoune
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.
  • Je suis au-dessus de tout soupçon.

En version longue

   couv3-copie-1

Recherche

J'y Passe Du (Bon) Temps