courts, noirs et sans sucre
- « Aujourd’hui maman est morte »...
- …
- …
- Et… ?
- Comment ça « et » ?
- Euh… c’est tout ?
- Si c’est tout ?
- Ben… euh… oui.
- Mais qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?
- Ben… euh… je ne sais pas. Au téléphone ça avait l’air grave.
- Et ça, ce n’est pas assez grave, d’après vous ?
- Si. Si, bien sûr, c’est… grave, si on veut, mais bon…
- Si on veut ? On vous croyait morte, Madame, on ne savait pas quoi lui dire ! Et voilà qu’en fait vous n’êtes même pas morte !
- Ah… oui. Bien sûr. Mais c’est plutôt une bonne nouvelle, non ? C’était peut-être pas indispensable de me faire quitter le travail en catastrophe… Si ?
- Ecoutez Madame, si ça ne vous tracasse pas que votre fille raconte que vous êtes morte, tant mieux, mais nous on se fait du souci.
- Oui, enfin… c’est une sottise… à son âge… Non ? Vous lui avez demandé pourquoi elle avait écrit ça ?
- Madame, à son âge, comme vous dites, c’est avec les parents qu’on parle de ce genre de choses !
- Ah. Oui. Bien… je suppose que vous savez ce que vous faites… Oh mais que je suis bête !
- Quoi ?
- Je sais d’où ça vient !
- Ah ?
- Oui ! C’est « L’étranger » !
- Je ne vois pas le rapport.
- Mais si ! « L’étranger » : « Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier… » vous savez…
- Euh…
- Le livre. « L’étranger ». D’Albert Camus. Elle a commencé à le lire...
- A neuf ans ?!
- Euh… Ben… Oui. C’est grave ?
Ecrit pour les Impromptus littéraires sur la consigne : démarrer par l’incipit de « L’étranger » d’Albert Camus : « Aujourd’hui Maman est morte. »