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courts, noirs et sans sucre

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Votre vie compte, Madame la Marquise

 

Par une belle journée de l’an deux du troisième millénaire, quatre frères et sœurs nés de cinq parents différents devinrent six à la naissance de jolis jumeaux.

 

L’heureuse maman de cette nombreuse progéniture avait, après sept ans de réflexion largement mis à profit pour s’essayer à la vie de couple avec huit partenaires successifs, jeté finalement son dévolu sur un sémillant séminariste fraîchement revenu à une spiritualité moins divine, tout neuf dans la vie civile, la lie si vive et le lit si vil. Dix années de séminaire lui avaient appris qu’être bonze, c’est bien, mais être onze, c’est mieux, alors il se mit au football et, conséquemment, à la bière et aux copains, rendant notre héroïne à sa solitude d’antan.

 

Luttant contre l’ennui et le désespoir, celle-ci fit contre mauvaise fortune bon cœur et décida de profiter des soirs de match pour vivre pleinement sa joyeuse jeunesse.

 

Son aîné naquit ainsi des suites d’une partouze à douze, dont une bonne moitié d’hommes qui ne comprenaient pas plus la théologie qu’ils ne prenaient le thé au logis. Malgré l’évident manque de ressemblance entre l’enfant et le séminariste – notamment l’absence de cette tare congénitale, transmise de père en fils depuis des générations et qui affublait chaque nouveau-né de sa lignée de treize orteils – notre ex-adorateur de dieu converti au culte du ballon rond ne chercha pas midi à quatorze heures et convint qu’il s’agissait là d’une contrepartie acceptable pour son manque d’entrain et de participation à la vie du couple.

 

Après quinze années de cette vie quelque peu dissolue parsemée de grossesses naquit donc finalement une paire d’enfants, issue de la rencontre avec un inconnu lors de la projection d’un film interdit aux moins de seize ans. C’est pendant son séjour à la maternité que notre prolifique maman lut avec horreur, en page dix-sept de son magazine préféré, qu’à partir de l’âge dix-huit ans chaque année qui passe aggrave les effets d’une grossesse sur le corps de la femme… Elle eut un regard indulgent pour son ventre autrefois plat, sa peau autrefois ferme et ses seins autrefois arrogants et convint à regrets qu’il était temps en effet de penser à cesser d’enfanter… Ce jour là, à dix-neuf heures tapantes, elle se dit qu’elle n’avait plus vingt ans et décida de commencer une nouvelle vie.

 

Elle quitta son séminariste et sa mine à risque. Malgré les dix-neuf kilos qu’il avait pris il croyait avoir l’élégance et la distinction d’un dix-huit trous et apposa donc sans chipoter dix-sept fois sa signature sur les papiers du divorce, sûr de  pouvoir épouser une jeunette de seize ans sa cadette pour remplacer sa volubile ex-épouse.

 

Elle aménagea ensuite avec goût les quinze pièces d’un petit château Louis Quatorze qu’elle avait reçu en héritage d’un vague cousin au treizième degré du coté de son père et s’y installa avec sa demi-douzaine d’enfants. Le onze de chaque mois, elle les confiait aux bons soins d’une amie pour aller à son club de lecture des « dix petits nègres ». Au bout de neuf lectures, elle quitta le club et décida de faire toutes les choses qu’elle avait eu envie de faire un jour mais qu’elle n’avait jamais faites : c’est ainsi qu’elle fit son premier tour de grand huit, commit les sept péchés capitaux en moins d’une heure et visita la chapelle Sixtine. Dès que ses plus jeunes enfants devinrent adultes, elle voyagea pour découvrir les cinq continents et se fit ainsi des amis aux quatre coins du globe.

 

Quand finalement arriva le troisième âge, elle se dit qu’après avoir vécu pour ainsi dire deux vies bien remplies, elle méritait enfin une belle mort.  

 

 

Ecrit pour le Défi du samedi sur la consigne : "Comptez-nous une existence".

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T
téhun... 420 téhun et comme ça, on se refait une partie, nan ?<br /> <br /> tsré pas un peu couche-tarde ?
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T
un texte qu'en bon mathématicien, certain Boris (qui ne buvait pas que de l'eau en bouteille des) Vian eût apprécié à sa juste valeur.<br /> <br /> et vous m'en mettrez 13 à la douze.<br /> <br /> <br /> yapadkwa (
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P
<br /> Sa juste valeur, si j'compte bien, ça fait à peu près 420... ;o)<br /> <br /> <br />
S
Vraiment excellent, on en redemande !
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P
<br /> Je pourrais continuer avec des nombres négatifs, mais une fois que j'ai fait "il était moins une" et "le thermomètre indiquait moins deux" je vais vite ramer ;o)<br /> (Merci quand même !!)<br /> <br /> <br />
B
interressante vie et surtout prolifique.<br /> pour elle tout finit bien , elle réalise ses rêves.<br /> <br /> j'adore ce texte qui mélange sérieux et jeux de mots.
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P
<br /> Merci beaucoup !!<br /> <br /> <br />
P
Elle compte, en effet ! Vraiment génial ! Le décompte et les multiples jeux de mots et allitérations. Un vrai régal :o)
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P
<br /> Merci m'dame!<br /> <br /> <br />