courts, noirs et sans sucre
Alors qu’elle allait enfin pouvoir jeter un œil à la surface des océans, la petite sirène entendit des cris en provenance du ventre de la baleine… c’est ainsi qu’elle fit la connaissance de Pinocchio et rata de peu le prince bégueule, qui mourut dans la tempête sans laisser le temps à la petite sirène d’envisager les pires sacrifices pour ses beaux yeux, n’essuyant en retour que son indifférence et son mépris.
A la place, elle sympathisa donc avec le gentil garçon de bois qui, au lieu d’aller s’encanailler au pays des jouets, préféra demander l’aide de la fée bleue pour que le bois dont il était fait ne pourrisse pas malgré l’humidité quand il irait voir sa nouvelle amie. Un peu débordée, la fée bleue l’adressa à sa copine Carabosse qui, tout heureuse qu’on la sollicite, ne prit nullement ombrage de n’être point conviée au baptême de la princesse locale.
Celle-ci, que l’on surnomma plus tard la belle au bois, n’eut pas à subir de mauvais sort et put vivre sa parfaite petite vie de parfaite petite princesse sans avoir à dormir 100 ans avant de rencontrer l’élu de son cœur. Elle échappa ainsi à la belle-mère acariâtre et anthropophage qui lui était promise, laquelle, trop heureuse de ne pas avoir à partager son fils chéri avec la première tête couronnée venue, ne développa d’ailleurs pas ce penchant pittoresque pour la chair humaine et vécut une vie tranquille et somme toute normale. Elle mourut en laissant un fils, certes pas très dégourdi, mais nullement traumatisé, et une fille belle comme le jour.
Ayant pu jouir à loisir des hommes de sa famille sans qu’une importune bru ne vienne lui en disputer un, elle n’eut aucune exigence particulière quant à l’éventuel remariage de son époux après sa mort. Celui-ci, de fait, ne chercha pas à se taper sa propre fille, mais s’enticha, étonnamment, d’une femme un peu bizarre, qui habitait une maison dans la forêt. Pâtissière douée, mais souffrant d’un cruel manque de reconnaissance, elle nourrissait le dessein macabre de piéger des enfants pour les cuisiner en desserts succulents, qu’elle ferait déguster à leurs propres parents. Par chance, la gourmandise du roi nouvellement veuf rencontra ses talents culinaires et elle abandonna son projet ainsi que la maison en sucrerie qu’elle avait presque achevée pour attirer les enfants.
Elle ne cuisina plus qu’au château pour sa nouvelle famille. La fille du roi, aussi gourmande que son père, devint grosse et grasse et ne put jamais entrer son pied épais dans une quelconque pantoufle de vair. Le prince qui s’amouracha d’elle n’eut ainsi pas à perdre de temps pour la demander en mariage et les noces furent célébrées en toute quiétude, sans qu’il soit besoin qu’aucune jeune-fille se mutile et sans avoir à se demander si la belle était bien la bonne et non une quelconque usurpatrice à petits petons.
Pendant que l’on festoyait au château, les pauvres étaient toujours pauvres et abandonnaient toujours leurs enfants dans les bois. C’est ainsi que Hansel et Gretel découvrirent la fabuleuse maison en sucrerie abandonnée. Il y avait là de quoi les nourrir suffisamment longtemps pour qu’ils n’aient plus à s’inquiéter de l’avenir. Ils s’installèrent donc dans la forêt et, au hasard d’une promenade digestive, rencontrèrent le petit Poucet et sa grande fratrie. Ils les accueillirent bien volontiers dans leur nouvelle maison, sauvant ainsi sans le savoir la vie de sept jeunes-filles que leur ogre de père ne dévorerait pas par erreur, et tous vécurent très heureux. On raconte même qu’il y eut de beaux mariages entre des filles de l’ogre et des frères du petit Poucet. Quand les vivres vinrent à manquer, ils se firent embaucher à la mine par les sept nains, qui n’avaient pas besoin de toutes les pierres précieuses qu’ils extrayaient et pouvaient bien partager un peu.
Ils en profitèrent quant à eux pour lever le pied et purent ainsi passer plus de temps à surveiller cette gourde de Blanche-Neige et lui éviter de s’étrangler avec un bout de pomme. Elle n’eut pas à épouser le premier petit malin venu qui lui fit croire qu’il lui avait sauvé la vie. Au lieu de ça, elle fit la rencontre d’un bucheron, alors qu’il s’apprêtait à remplir le ventre d’un loup de pierres, le promettant à une morte certaine et douloureuse.
Elle raisonna le rustre, mais vigoureux bucheron en lui expliquant que le loup n’est pas méchant, il a seulement faim, et le bucheron, la vieille et le petit Chaperon rouge convinrent qu’il ne méritait peut-être pas une telle punition. Au réveil de la bête, la vieille donna au loup de la galette et du beurre et celui-ci fut prié, avant de partir, de dire merci et de promettre de ne plus manger de gens. Il promit et dès lors ficha une paix royale à Pierre et ses amis, si bien que le canard put devenir un beau cygne et Pierre profiter du temps qu’il ne perdit pas à attraper le loup pour se faire des amis.
Il fit ainsi la connaissance de Pinocchio, qui lui raconta qu’il cherchait un moyen de voir tranquillement sa nouvelle amie la petite sirène et trouva formidable l’idée de Pierre de demander de l’aide à la fée bleue…
… Et c’est grâce à cette belle histoire que tous les enfants du monde s’endorment chaque soir sans avoir peur du noir, aiment leurs parents en pleine confiance, abordent le monde et les autres en toute quiétude, vivent leurs histoires d’amour avec légèreté et bonheur et deviennent à leur tour des parents équilibrés, aimants, rassurants et fiables.
Ecrit pour les Impromptus littéraires avec pour consigne d’imaginer un conte qui rassemble plusieurs personnages connus.