courts, noirs et sans sucre
Quand j’ai aperçu la foule compacte et sombre un peu après le carrefour, je me suis demandé ce que c’était et j’ai finalement reconnu, au camouflage ici totalement inefficace des uniformes, une véritable armée. Pas de quoi envahir la Pologne, mais largement de quoi retenir mon attention.
En m’approchant, je me suis aperçue qu’en dehors de quelques marins et pompiers, il s’agissait d’au moins une centaine de militaires noirs – légionnaires ? – et que la raison de leur regroupement était probablement sans rapport avec la sureté de l’état : ils attendaient en se photographiant devant le Paradis Latin… Je ne sais pas vous, mais moi je ne peux pas voir autant de militaires d’un coup sans penser immédiatement mise à sac, pillage, massacre et viol collectif.
Au Paradis Latin.
Je ne suis pas particulièrement sensible à cette idée de barbarie potentielle, pas plus que l’uniforme ne m’excite – à part éventuellement celui du pompier, mais que voulez-vous, je suis une femme – pour autant, sur une centaine d’hommes jeunes, serrés de près par leur uniforme, en bonne condition physique et noirs de surcroît, la probabilité de se rincer l’œil sur de beaux spécimens est forcément loin d’être négligeable. Les chippendales et le calendrier des dieux du stade, en comparaison, c’est du fantasme de fillette. Et encore.
Je me suis donc retrouvée là, devant le Paradis Latin, à mater une délégation de tirailleurs sénégalais ou qu’importe ce qu’ils pouvaient bien être, en regrettant quand même, pendant un instant, de n’être pas ce genre de femme infiniment plus dévergondée que je ne l’ai jamais été et qui aurait, sans hésitation, su en profiter pour s’envoyer copieusement en l’air.