courts, noirs et sans sucre
« C’est les jeunes qui devraient bosser aujourd’hui ! Ils veulent de l’argent, ben qu’ils travaillent ! Mais ça, non… c’est que ça veut le beurre et l’argent du beurre, les jeunes, maintenant ! Ils veulent l’argent, mais ils veulent aussi les jours fériés… Résultat, c’est encore nous qu’on oblige à venir bosser ! J’ai pas besoin de cet argent-là, moi… J’en ai pas besoin. C’est de repos, que j’ai besoin, à mon âge… Vous croyez que c’est une vie, franchement ? Six jours sur sept et encore en plus faut que je vienne le 14 juillet ! Moi, de toute façon, encore trois ou quatre ans et je pourrai arrêter de travailler… Ah ça je vais pas traîner, hein ! Et le jour où j’arrête, je vais me prendre un abonnement au Forrest machin, là, ou je sais pas quoi, là où y a la grande piscine, et j’apprends à nager et je fais plus que ça : m’occuper de moi et nager ! »
Il lui a fallu travailler non pas encore trois ou quatre ans, mais huit pour pouvoir prétendre à une retraite presque décente. Et autant de 14 juillet. Elle n’a évidemment pas eu les moyens de s’offrir l’abonnement au Forrest truc et n’a pas pu apprendre à nager. Elle s’est noyée un jour férié, sous les yeux mal lunés d’un maître-nageur trop vieux et fatigué pour qu’on le fasse encore chier à venir bosser un 14 juillet.