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courts, noirs et sans sucre

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panache

 

La vie, c’est des hauts et des bas, ça va ça vient, mais il y a des fois où on sent que c’est le moment de laisser tomber. Plus exactement, il y a une fois où on sait que là, c’est bon, on peut lâcher l’affaire, ça ne sert plus à rien. Le jour où j’ai compris ça, j’avais déjà une corde au cou, prête à accrocher mon dernier souffle de vie à la branche d’un arbre, quand j’ai réalisé que le geste manquait cruellement d’élégance. Disons en tout cas de panache. Alors je me suis accordé un sursis pour réfléchir à la façon d’améliorer ma sortie et j’ai fini par décider que je voulais partir en faisant un truc fou. Un truc complètement barje du genre que tu fais que si t’es sûr de ne pas avoir à l’assumer. Je ne vous fais pas la liste de tout ce qui m’est passé par la tête… d’abord ce serait trop long, et puis comme j’ai dit, je ne tenais pas spécialement à assumer.

L’idée m’est finalement venue un matin en arrivant au bureau, quand j’ai croisé des convoyeurs de fonds et leur fourgon. J’ai tout d’abord eu la même réaction que d’habitude : j’ai hésité un instant avant de passer entre le fourgon et le convoyeur avec ses sacs. Une vieille réticence probablement induite par le cinéma ou la littérature. J’ai toujours trouvé terrifiante l’idée de l’attaque de fourgon blindé. Une forme de barbarie tout droit héritée des attaques de diligence, la force de frappe en plus. On se laisse volontiers séduire par l’idée du casseur de banque charmant et sympathique. Le cambriolage de n’importe quoi, de la bijouterie au casino, donne facilement lieu à des histoires rocambolesques, drôles et parfois romantiques. Mais l’attaque de fourgon blindé, jamais. C’est toujours ultra-violent et sanglant. On imagine d’ailleurs mal que ça puisse être autrement. Alors la proximité d’un fourgon blindé exerce toujours sur moi cette espèce de répulsion mêlée, il est vrai, d’un brin de fascination.

C’est comme ça que j’ai eu l’idée du truc fou que je voulais faire pour quitter cette vie avec panache. J’allais attaquer un fourgon blindé. J’ai embarqué deux alcoolos et un drogué qui zonaient dans le quartier et je leur ai expliqué mon idée. Mon absence d’idée, plutôt, mais comme ils étaient défoncés et que moi j’ai une bonne tête de fille sérieuse et raisonnable, ils ont dû penser que les subtilités de mon plan leur avaient échappé, mais que j’avais bien tout prévu. Pour tout dire, j’avais juste attendu un matin que le fourgon reparte, pour regarder où il tournait et décréter que ce serait dans cette rue qu’il faudrait attaquer. J’ai envoyé mon « gang » voler deux voitures, mais y a un des poivrots qui s’est fait prendre, du coup ça nous a fait perdre un temps fou pour régler ça et voler une autre voiture. En attendant, j’ai acheté les armes. Un pistolet et un fusil chacun, plus un genre de bazooka pour moi parce que je trouvais ça classe et qu’il fallait bien faire exploser le fourgon. Du moins en donner l’impression. J’ai trouvé les flingues dans un magasin de jouets. Ils étaient super bien faits, moi j’étais bluffée. Mes « complices » ont bien fait une drôle de tête quand j’ai fait la distribution, mais ils n’ont rien dit. Ils ne devaient pas s’y connaître mieux que moi en flingues.

On a failli en venir aux mains à cause du bazooka, parce que tout le monde le voulait, alors j’ai dit que si je l’avais pas je quittais l’équipe et du coup ils n’ont plus rien dit. On a répété un peu dans le parking du Carrefour, moi je faisais le fourgon avec un caddie pour voir s’ils avaient bien compris comment le coincer devant et derrière avec les voitures, et puis on a fini par être prêts. On a voulu faire notre coup tout de suite dans la foulée, mais on a attendu un bon moment pour rien et c’est quand on a entendu les cloches qu’un des poivrots a dit qu’ils allaient rater la sortie de la messe et c’est là qu’on s’est dit qu’on était dimanche et que le fourgon passerait sûrement pas.

Alors on a remis ça ce matin. Et cette fois le fourgon est bien passé. La voiture de devant l’a bloqué nickel comme prévu. Celle de derrière a calé, alors ça a pris un peu de temps et ils ont renversé un piéton sans faire exprès, mais au final ils ont bien empêché le fourgon de reculer. On est tous sortis avec nos flingues et on s’est mis à canarder partout ! J’avais enregistré des bruits de fusillade dans un film et on passait le son à fond sur les autoradios pour faire plus vrai. Ça avait une sacrée gueule ! C’était exactement comme j’imaginais. Ça s’est mis à mitrailler dans tous les sens, les gens hurlaient, j’ai vu des passants tomber de tous les côtés… mes alcoolos et mon drogué sont tombés aussi tous les trois, la gueule en sang. J’en vois deux qu’ont l’air bien bien morts, mais le troisième, je sais pas trop. Je sais pas si c’est son sang ou le mien. C’est un peu confus. Les coups de feu sont déjà finis, mais les gens crient encore et j’ai du mal à bien voir ce qui se passe. Je pense que c’est mon sang. J’ai un peu froid, mais sinon je me sens bien. C’était super.

Mais j’espère que je vais mourir, quand même. Sinon… tout ça pour ça…

 

 

 

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T
<br /> Y'a une contrepèterie, là ?...<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> non... une boutade helvète :<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> "galopin, n, m : (suisse) verre de bière de 20 centilitres"<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> Une mort avec panache à vil pinte : tu te fourgon l'doigt dans l'oeil.<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> Allons... ce n'était qu'une bravade de galopin !<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Ha Ha Ha! ....N'empêche, que de pressions dans les bars hein...<br /> <br /> Et sinon alors, ça va vous ?<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> Ha Ha Ha ! C'est le côté "piquons", ça... Ha Ha Ha !<br /> <br /> <br /> Ben sinon, oui, hein, ça va pas mal... le truc du fourgon a bien marché, j'envisage une fusillade gratuite et sanglante pour mon prochain suicide... la routine, quoi, mais ça a du bon aussi. Et<br /> vous, ça va comme vous voulez?<br /> <br /> <br /> <br />
W
<br /> Tout ce sang qui poisse, pourvu que ça ne la lui foute pas, la poisse...<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> manquerait plus qu'elle finisse handicapée à vie en prison...<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> Panache panache...c'est carrément du sérieux là! (Ha Ha Ha!)Avec mise en bière et tout hein!<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> et en grandes pompes, pour peu que l'histoire se passe à monaco... (Ha Ha Ha !)<br /> <br /> <br /> <br />