courts, noirs et sans sucre
J’ai rêvé d’une rencontre amoureuse.
Plus exactement, j’ai rêvé de ces instants délicieux où les regards se trouvent et où les corps se cherchent, quand les lèvres commencent à s’effleurer et que les souffles, pleins de douceurs et de promesses, se mêlent timidement et prolongent jusqu’à n’y plus tenir cette exquise sensation d’être au bord d’un gouffre dans lequel on sait qu’il sera divin de se laisser sombrer. Et c’est là toute la magie du rêve : je ne sombrais justement pas, me délectant sans fin de ces premiers émois amoureux qu’il est impossible de reproduire dès lors que l’on cède aux inévitables tentations qui leur succèdent. Je baignais sans fin dans la perfection suave de ces premiers instants.
Et puis un bruit m’a réveillée en sursaut, brisant d’un coup le rêve et sa magie. Le voisin. Je suis rarement montée aussi vite à l’étage au-dessus. Il a ouvert, perceuse à la main. J’ai avisé l’objet et dit, aussi aimablement que possible :
- C’est ça qui fait tout ce bruit ?
- Ah ben z’avez vu l’heure ? J’ai le droit, hein !
Pour ne pas choquer les âmes sensibles et autres culs serrés, je ne vous dirai pas où je lui ai carré sa putain de perceuse.