courts, noirs et sans sucre
Quand tu marches la nuit en ville, entre les lampadaires, les enseignes et autres éclairages, il arrive que tu te retrouves avec plusieurs ombres, toutes à toi. Ce qui en soi ne présente strictement aucun intérêt, sauf que quand tu es une femme seule dans une rue plus ou moins déserte, ça peut éventuellement t’amener, si tu n’arrives pas instantanément à identifier toutes les sources lumineuses qui t’entourent et à en analyser les effets, à avoir peur de ton ombre. D’une de tes ombres, plus exactement.
Il a pu ainsi m’arriver par le passé de sursauter ou de me retourner avec angoisse en voyant apparaître une ombre surnuméraire, avant de m’apercevoir, non sans une certaine gêne (« ha ha, mais que je suis sotte ! ») qu’aucun pervers sanguinaire ne me suivait ni ne s’apprêtait à fondre sur moi pour m’éventrer, me violer ou les deux (pas forcément dans cet ordre).
Mais ça, c’était avant que je décide de devenir une dure à cuire.
Maintenant, à chaque fois qu’une ombre apparaît alors que j’en avais déjà une clairement identifiée comme mienne, je souris en me disant à moi-même « Ha ! On m’la fait pas à moi ! J’t’ai reconnue ! » et c’est exactement ce que j’étais en train de me dire, quand j’ai remarqué que cette ombre nouvelle non seulement ne semblait pas prendre naissance à mes pieds, mais en plus portait une hache alors que moi, non.