Ça m’a fait tellement plaisir de te voir hier, mon chéri !
Oui, je t’appelle « mon chéri », parce qu’après tout, je suis tombée amoureuse de toi il y a environ vingt-cinq ans – c’était à Tours, sous un chapiteau, j’avais quinze ans et je m’en souviens comme si c’était hier, même si mes quinze ans, eux, datent d’au moins avant-hier – je suis tombée amoureuse, donc, il y a bien longtemps, bien plus longtemps que je n’ai jamais aimé un autre homme, et – la soirée d’hier me permet de le confirmer sans la moindre hésitation – je t’aime toujours exactement comme au premier jour, alors ça m’autorise bien quelques familiarités, non ?
Familière ou pas, quel bonheur de te voir aussi éclatant, aussi beau, aussi… toi, en fait. Pourquoi aurais-tu été différent ? Apparemment, l’âge n’a pas vraiment prise sur toi… Mais même jeune et virevoltant, il est possible de faire un mauvais concert, alors que là… les mots me manqueraient presque, dis donc !
Pour n’en citer que quelques-uns, ton « irradié » était magistral, ton « mort » (qui dit mieux ?) m’a réjouie et ton « Nascimo » était un final parfait ! Quant au final du final, la cerise sur un gâteau déjà étonnamment gros, riche et savoureux, à la fin de la fin, donc, je ne saurais même pas te dire l’effet que m’a fait ton « aviateur dans un ascenseur »… Je revois encore le mur de ma chambre d’adolescente, où étaient punaisées ces paroles au-dessus de mon lit… Point de nostalgie, mais qu’est-ce que je l’aimée, cette chanson, hier comme il y a vingt ans !
Je ne sais pas combien de fois je t’ai vu sur scène et combien de fois j’en ai été émerveillée, je ne sais pas non plus si ce concert était le meilleur ou seulement l’un des meilleurs, ce qui est certain en tout cas c’est que ça a été presque quatre heures (quatre heures, putain !!) de pure joie, comme toi seul sais si bien en donner.
Depuis l’époque lointaine où j’étais groupie (ou quasi), j’ai bien grandi, toi aussi, mais nous deux, ce n’est pas fini pour autant. Tu as été une fois encore totalement incroyable hier, moi je me suis sentie comme à vingt ans – beaucoup mieux, même – alors je te le dis une bonne fois pour toutes, parce que certaines choses se doivent d’être dites : Jacques, je t’aime.
(Et si des fois tu te demandes : j’étais au fond à droite, je portais mes lunettes bleues – oui, j’ai vieilli, maintenant j’ai des lunettes – et à un moment t’as fait une blague et j’ai ri un peu fort avant tout le monde. Tu m’as forcément remarquée.)