courts, noirs et sans sucre
Ne prend pas Racine qui veut. Même par derrière.
J’ai découvert il y a peu que je n’étais pas naturellement douée pour la tragédie en alexandrins. Pour la jouer, je veux dire.
Rien de très étonnant à cela me direz-vous, certes, nous sommes très nombreux dans le même cas, sans doute beaucoup plus nombreux d’ailleurs que dans le cas contraire, mais… je ne sais pas. J’avais cru que mon goût des belles choses et notamment de la belle langue et de sa musique serait la botte secrète qui m’aiderait à déclamer avec passion et talent, alors que pas du tout. Je ne vous cache pas que j’en ai nourri une certaine déception.
J’ai même songé un instant mettre un terme tragique à ma douloureuse existence et prouver ainsi à la face du monde qu’on peut ne pas savoir jouer, mais être toutefois parfaitement capable de vivre une tragédie, cependant j’ai craint que l’ironie de la chose n’échappe au commun des mortels, sans compter qu’il m’a semblé plus raisonnable de vivre en étant une piètre tragédienne que de mourir pour faire croire le contraire.
C’est ainsi que luttant pour ne pas sombrer dans une tragique dépression, j’ai tapé « Andromaque » dans mon moteur de recherche, histoire d’essayer de m’imprégner un peu de l’ambiance « îles grecques » d’avant le Club Med, des fois que ça me donnerait la divine inspiration pour mieux appréhender le personnage, ses fêlures et ses luttes intérieures… Au pire, je me disais qu’un petit supplément de culture ne nuit pas et que je trouverais toujours bien l’occasion de me la raconter un peu dans un dîner en citant Racine.
Et on peut dire qu’en matière de culture, j’ai été servie, mais pour briller dans un autre genre de dîners.
Bon : je suis peut-être la seule fille coincée du cul de toute la blogosphère, n’empêche que pour moi, Andromaque, c’était Racine. Et seulement Racine.
Et bien pas du tout.
Andromaque, c’est aussi (surtout ?) une position du Kamasoutra.
J’étais là, prête à me taper toute la mythologie et tout Racine si nécessaire pour m’imprégner de cette intensité dramatique qui donnerait un peu d’épaisseur à mon jeu, et voilà qu’au lieu de ça on me suggérait plutôt de me taper à peu près n’importe qui, sauf Racine.
Etait-ce un signe ? Au lieu de mettre le feu aux planches de la comédie française, me fallait-il plutôt avoir le feu au cul dans un peep-show ? Le trouble m’a submergée et plongée dans un dilemme cruel et je suis certaine qu’en cet instant, en proie au doute et à l’angoisse de ce destin qui se jouait de moi, j’étais non plus celle qui aimerait faire Hermione, j’étais Hermione. Mais aussi Phèdre, Andromaque et toutes leurs copines à la fois. J’étais la tragédie personnifiée. C’était fort. Et beau. J’ai failli pleurer.
Après ce court, mais intense grand moment de ma vie de comédienne, je suis sortie lever un mec pour essayer l’autre Andromaque.
Quand même.