courts, noirs et sans sucre
Je n'aime pas les étapes fastidieuses de sélection, d'abattage et de découpage. Le découpage, surtout, qui même effectué avec grand soin pour ne pas abîmer le morceau, reste toujours délicat et salissant. Mais, une fois de retour dans mon antre avec la marchandise, commence la préparation méticuleuse et le vrai travail d'artiste...
D'abord, pratiquer les entailles pour évider soigneusement sans pour autant saccager le morceau. Ensuite, coudre les orifices et mettre à tremper dans une décoction de baies préalablement portée à ébullition. Ne pas laisser tremper plus de deux heures et surveiller : le morceau doit réduire des deux tiers environ, la couleur s'assombrir et la texture devenir caoutchouteuse. Egoutter.
Retourner afin de gratter les chairs résiduelles à l'intérieur. Remettre à l'endroit et remplir de pierres chauffées, puis de sable. Coudre les incisions. Frotter au charbon puis accrocher au-dessus du feu pour étanchéifier et solidifier le tout.
Les fins gourmets dont je suis se délecteront de la cervelle. Ma petite astuce pour lui donner une saveur tout à fait unique est de la faire dégorger et cuire dans la décoction préalablement utilisée, à laquelle il suffit d'ajouter un peu de vinaigre.
Le temps de savourer la préparation et de laver la marmite, une adorable nouvelle tête réduite est prête à accrocher au manteau de la cheminée.
Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème « A vos fourneaux ».