courts, noirs et sans sucre
J’habite ma ville autant que ma ville m’habite et ce sont mille lieux fantastiques que je voudrais vous en faire découvrir… La Seine et ses algériens noyés, le Louvre et ses protestants massacrés, l’ancienne place de grève et ses guillotinés, la rue Montmartre et son leader socialiste assassiné, le Père Lachaise et ses communards fusillés, le pont de l’Alma et sa princesse encastrée, le métro Charonne et ses manifestants étouffés ou encore, dans un registre un peu différent, mais irrésistible pour les âmes romantiques comme la mienne, les catacombes, ossuaire magnifique autant que mystérieux…
Ces richesses du passé me font entrevoir toutes les promesses du présent et je ne peux admirer Notre-Dame sans imaginer un bedeau pendu, la nuque brisée, à la corde du Bourdon. Je ne peux traverser la place de la Bastille sans penser à une horde de concertistes mettant à sac l’opéra à coups de violoncelle et de tuba. La tour Saint-Jacques me fait rêver d’un grand suicide collectif et d’un amas humain à un compost tel. Le palais de l’Elysée me donne des envies de lancer de nains. A Pigalle, je devine l’itinéraire sanglant d’un tueur nostalgique. Place de la Concorde, l’obélisque est une invitation au supplice du pal géant. Je vous laisse imaginer ce que m’inspire la grande roue du jardin des Tuileries et à Filles du calvaire, tout est dit.
J’habite la plus belle ville du monde et je m’en réjouis chaque jour… Néanmoins, parmi toutes les merveilles qu’elle recèle, le lieu que je préfère reste encore ma cave.
Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème : « Faites-nous découvrir un lieu réel ou imaginaire que vous aimez particulièrement, si possible dans la région où vous vivez ».