courts, noirs et sans sucre
Il y a des jours, parfois, dans la vie, où on ne sait pas trop pourquoi, mais on se met à faire des trucs complètement fous. Ça nous prend, comme ça, sans qu’on sache d’où ça vient et hop ! On fait une de ces folies du quotidien, tellement anodine et pourtant totalement salutaire, quand on se sent oppressé par la grisaille et la routine d’une existence monotone…
Ces derniers jours, je ne sais pas ce qui m’a pris, mais j’ai enchaîné folie sur folie. Une déferlante de folies. Du grand délire condensé en quelques jours seulement.
Déjà, j’ai fait le ménage.
Bon : ça n’a pas l’air fou fou fou comme ça, sauf que comme je ne le fais pas avec une rigueur et une application très très poussées, le jour où je m’y mets l’exercice prend des allures de grand défi. Je me prends à rêver de pièces rangées, de vitres propres, de baignoire récurée et je suis comme emportée dans une spirale ménagère sans fin.
Bon : je m’arrête généralement bien avant de mettre tout le monde mal à l’aise de trop de propreté et de passer pour une fée du logis d’une maniaquerie insoutenable… mais j’ai quand même le temps d’apprendre des trucs. Comme par exemple que ma fille préfère couvrir la distance du canapé à la télé plutôt que du canapé au vide-ordure, pourtant équivalente, pour jeter ses papiers – derrière la télé, donc. Ou encore que les araignées ne tissent leurs toiles que dans les coins du plafond sous lesquels se trouve un meuble suffisamment encombrant pour que l’accès à la toile soit rendu compliqué, voire impossible, même avec un balai.
Bref : tout ça pour dire que ma cascade de folies a commencé à grands coups de chiffon à poussière. Elle s’est poursuivie par l’achat totalement incongru d’une paire de chaussures à talons. Les plus perspicaces auront compris que la folie n’est pas dans le fait qu’une femme achète des chaussures. C’est donc bien des talons qu’il est vraiment question dans cette affaire. Je ne suis pas femme à me faire violence et à accepter de souffrir pour être belle. Pas plus que pour autre chose, d’ailleurs. Et j’ai surtout bien conscience que les talons n’y changeraient pas grand-chose, qu’il ne s’agirait là que d’un premier pas vers des souffrances encore plus nombreuses pour se donner l’aspect d’une femme, mais franchement… Franchement ! La beauté serait-elle affaire d’artifices et d’accessoires ? Allons… Quand t’es moche, t’es moche. Avec des chaussures à talons, t’es toujours moche, mais de plus haut. Alors pourquoi ces chaussures ? Un rapport avec l’accessibilité difficile des toiles d’araignée ? Je ne sais pas. Toujours est-il que ça n’a pas loupé : à peine enfilées mes chaussures neuves, que je porte toujours au moins une fois pour qu’il ne soit pas dit que j’ai fait une dépense inutile et irréfléchie – et d’ailleurs je vous emmerde, c’est mon fric, non ? – à peine chaussées, donc mes folies à talons, il m’a pris des velléités de féminisation de ma garde-robe et, conséquemment, de mon look.
C’est ainsi que dans une frénésie de shoping comme il ne m’en était plus arrivé depuis 1995, je me suis acheté une jupe et deux robes à fleurs, donc une rose.
Là, je laisse les gens qui me connaissent se gondoler cinq minutes.
…
Voilà. J’espère que le vent de folie qui a bouleversé quelques jours de mon existence va souffler un peu moins fort désormais, parce que je crains de me retrouver avec un rendez-vous pour une manucure, un caniche nain, une permanente et un gode en or et là je dis non : trop, c’est trop.
Ah, oui, sinon :
Vends cause folie passagère très belle paire de chaussures très peu servi, état neuf, jupe et robes à fleurs, dont une rose, jamais portées. Accepterais échange contre heures de ménage.