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courts, noirs et sans sucre

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manque de pot, nine

 

Quand j’étais petite, je voulais devenir Éponine.

Oui, l’Éponine de Victor Hugo.

Bon, je précise tout de suite pour ceux qui me prendraient malencontreusement pour une intellectuelle précoce que non : je n’avais pas lu « Les Misérables » à l’âge de 8 ans, non. En revanche j’avais le disque… Pardon : j’avais LE disque. Et donc, petite, je voulais faire Éponine-dans-la-comédie-musicale quand je serais grande.

Bien sûr, il y avait ses chansons, que je trouvais trop belles et tout, mais aussi (surtout ?) elle incarnait « l’anti-Candy » (ou « l’anti-Princesse Sarah » pour les plus jeunes) : bien que pas exactement gâtée par la vie(1), elle ne se laissait pas emmerder par la première pétasse venue et elle avait ce côté canaille et déluré, doublé d’un romantisme en titane, qui en faisait à mes yeux un personnage à la fois trop cool et quand même trop beau. Le fait qu’elle aille se faire tuer pour les beaux yeux d’un bellâtre qui ne l’avait jamais regardée, lui préférant l’autre nunuche de Cosette, ne m’apparaissait pas, à l’époque, comme le summum de la bêtise… Je me souviens très bien, gamine déjà, avoir toujours regretté qu’elle s’amourache de ce minet de Marius plutôt que du bel Enjolras(2), mais ce détail mis à part son sacrifice amoureux immérité revêtait la dimension tragique indispensable pour remporter définitivement et haut la main tous les suffrages de mon âme de midinette. Ça avait quand même plus de gueule de mourir sur une barricade, fut-ce par amour pour un étudiant mignonnet, que de se découvrir la fille du gros richard de voisin et se barrer sans même coller une beigne à la pouf qui n’avait jamais raté une occasion d’être méchante.

Bref. Je voulais donc devenir Éponine-dans-la-comédie-musicale. Ce n’est que plus tard que… oui, non : ce n’est que BEAUCOUP plus tard que j’ai lu le livre. Le vrai. Pas la version « bibliothèque verte » qu’on m’avait offerte, du temps de mon engouement pré-pubère, avec l’espoir illusoire que ma passion manifeste pour les personnages me porterait à lire enfin un livre, après les échecs retentissants de « Oui-Oui décroche la lune » et autres « Fantômette »… non : le vrai livre. Texte intégral. Trois tomes.

J’ai tout lu. Même les pages chiantes sur Waterloo. J’ai découvert que Javert n’était pas l’enculé de sa race que j’avais toujours cru. Du moins qu’il avait des circonstances atténuantes. J’ai compris en revanche que les Thénardier n’en avaient guère. Et j’ai été parfaitement confortée dans mon sentiment à l’égard d’Éponine. Aussi bien par le roman que par la comédie musicale, d’ailleurs, que j’ai fini par aller voir, avec un de mes premiers salaires (et avec ma sœur), à Londres. Et que j’ai revue (la comédie musicale, pas ma sœur) avec un de mes derniers salaires (et avec ma sœur, si, en fait, et mon frère aussi, que voulez-vous, c’est sûrement dans les gènes) à Paris.

Bref : mon idole de jeunesse est toujours mon idole et si je dois avoir un regret dans la vie, c’est sans doute de n’avoir jamais vraiment essayé de devenir Éponine-dans-la-comédie-musicale, mais sans doute mon manque d’acharnement dans l’accomplissement de cette vocation tient-il au moins en partie à mes piètres qualités de chanteuse.

 

Tout ça pour dire qu’avec pareille idole dans mon enfance, mes chances de réussite amoureuse étaient quand même sérieusement entamées dès le départ, mourir d’amour garantissant beaucoup plus sûrement la mort que l’amour.

 

(Pour l’anecdote : j’ai récemment découvert qu’il existait une autre Éponine, une vraie, épouse d’un chef gaulois, qui a préféré partager le sort de son mari, mis à mort par les romains pour cause de résistance, plutôt que de lui survivre. Un prénom chargé, en somme.)

 

   

 

 

(1) « C’était une créature hâve, chétive, décharnée ; rien qu’une chemise et une jupe sur une nudité frissonnante et glacée. Pour ceinture une ficelle, pour coiffure une ficelle, des épaules pointues sortant de la chemise, une pâleur blonde et lymphatique, des clavicules terreuses, des mains rouges, la bouche entr’ouverte et dégradée, des dents de moins, l’œil terne, hardi et bas, les formes d’une jeune fille avortée et le regard d’une vieille femme corrompue ; cinquante ans mêlés à quinze ans ; un de ces êtres qui sont tout ensemble faibles et horribles et qui font frémir ceux qu’ils ne font pas pleurer. »

« Et elle fredonnait, comme si elle eût été seule, des bribes de vaudeville, des refrains folâtres que sa voix gutturale et rauque faisait lugubres. Sous cette hardiesse perçait je ne sais quoi de contraint, d’inquiet et d’humilié. L’effronterie est une honte.

Rien n’était plus morne que de la voir s’ébattre et pour ainsi dire voleter dans la chambre avec des mouvements d’oiseau que le jour effare, ou qui a l’aile cassée. On sentait qu’avec d’autres conditions d’éducation et de destinée, l’allure gaie et libre de cette jeune fille eût pu être quelque chose de doux et de charmant. Jamais parmi les animaux la créature née pour être une colombe ne se change en une orfraie. Cela ne se voit que parmi les hommes. » (Victor Hugo - Les Misérables, 3ème partie : Marius, livre 8ème : Le mauvais pauvre, IV. Une rose dans la misère)

 

(2) « Enjolras était un jeune-homme charmant, capable d’être terrible. Il était angéliquement beau. C’était Antinoüs, farouche. On eût dit, à voir la réverbération pensive de son regard, qu’il avait déjà, dans quelque existence précédente, traversé l’apocalypse révolutionnaire. » (Victor Hugo - Les Misérables, 3ème partie : Marius, livre 4ème : Les amis de l’A B C, I. Un groupe qui a failli devenir historique)

 

 

 

 

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W
<br /> Bof, maintenant avec les micros, les amplis et le play-back, tous les espoirs sont permis Epoupounine !<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> non non non... pas pour Eponine, non... la technologie peut beaucoup, mais les miracles ça reste un truc inaccessible.<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> Moi qui n'ai lu que la version "bibliothèque verte" du roman, mais qui ai vu la comédie musicale 2 fois, quand même, voilà qui me donne envie de le relire en version intégrale, avec Waterloo et<br /> tout et tout... Et quand même, Eponine, quel prénom! Merci, merci pour ce vibrant hommage à Victor (ça aussi, c'est un prénom qui en a!)<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> Hmmm... c'est-à-dire que tu as lu MA version bibliothèque verte, quoi... ;o)<br /> <br /> <br /> Il FAUT que tu lises le vrai, m'ame "académie des lecteurs", non mais ! C'est le monde à l'envers... non seulement c'est à mon humble avis le plus beau roman du monde ET de tous les temps (au<br /> moins sur les 3 que j'ai lus) et en plus c'est trooooop le genre de trucs que t'aimes!<br /> <br /> <br /> Un bémol toutefois... au risque de dévoiler un peu l'intrigue, je préfère t'avertir qu'à un moment, Eponine décède.<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> "quand j'imite l'Eponine, ça m'agite" Pour ceux qui connaissent Mini-Poune, c'est le jeu de mot du mois, je pense.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> Bon alors là je lis avec intérêt et émotion votre article, la découverte de la passion, l'engouement de de votre jeunesse pour le romantisme brûlant, vos premières sorties (l'idée que vous ayez une<br /> famille avec qui vous sortez est une vraie révélation, halala, moi qui tristement vous pensais exclue de toute communauté pour violences compulsives récurrentes...) ...Eponine que je me dis, si<br /> c'est pas une perche tendue au jeu de mot ça...Je cherche je cherche, et là paf! Rien, impossible de trouver un truc à placer avec éponyme. Alors tant pis, c'était pas le jour je me dis. Je me dis<br /> aussi que je ferais mieux de ne pas publier un commentaire aussi insipide. Et croyez le ou non, c'est ce que j'ai fait. C'est mieux comme ça non ?<br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> Ben oui, bien sûr, je comprends, cela dit vous conviendrez que bon : aller s'imaginer qu'il serait aisé de faire des jeux de mots à partir du nom d'une héroîne hugolienne, c'était un peu<br /> présomptueux, non ? C'était pas le 1er Beigbeder ou la première Pancol venue, non plus hein, on peut imaginer qu'il était pas mauvais non plus en choix de prénoms pas cons et peu propices aux<br /> jeux de mots pour ses personnages, hm ?<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> Qu'on gratte les chiens, my dear !<br /> <br /> <br />
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