courts, noirs et sans sucre
J’ai reçu de ma caisse primaire d’assurance maladie, plus communément appelée « sécu », une invitation à emmener ma fille chez le dentiste, gratuitement, pour ses 6 ans.
Bon, rien à redire sur le fond : la visite est utile et, donc, gratuite, c’est super, merci. Mais la forme…
« Bientôt, je vais m’attaquer à tes dents. Signé : CARIE. »
« Sur www.mtdents.info, découvre le jeu de la petite souris, retrouve des infos sur ton rendez-vous et la liste des dentistes près de chez toi. »
Ou encore : « N’attends pas d’avoir mal, l’Assurance Maladie t’invite à un rendez-vous de prévention M’T dents chez le dentiste. C’est offert ! »
Et enfin : « Si t’aimes tes dents tu prends les devants »…
Bon.
Déjà, à six ans, tous les enfants ne savent pas encore forcément lire. Déjà. Mais admettons. En revanche, je vous le demande, quel enfant, à six ans, se charge lui-même de son suivi médical et de sa prise en charge par la sécu ? Hein ? Franchement ? Aucun, nous sommes bien d’accord. Et je suis quasiment certaine qu’ils le savent bien, à la sécu, y a pas de raison… Alors quoi ? Sous prétexte qu’on entretient, ma CPAM et moi, une relation de longue date, elle se met d’un coup à me tutoyer alors même que, étant, donc, maman d’un enfant de six ans, j’ai justement atteint un âge où je suis en droit d’attendre de la part de mes interlocuteurs adultes un vouvoiement naturel ? A moins que l’idée qui se cache derrière cette sympathique familiarité soit que le parent fasse lecture du courrier de la sécu à son enfant ? Dans le but de… euh… oui, tiens, dans quel but ? Lui faire croire que le dentiste est un ami et la visite un cadeau d’anniversaire ? Lui donner le goût de la consultation dentaire détendue et souriante ?
Je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, pour ma part, je me suis contentée de dire à ma fille qu’il fallait surveiller ses dents et que non, ça ne lui ferait sans doute pas mal, en tout cas pas si elle les brossait bien toujours soigneusement. Et nous y sommes allées.
Tout s’est bien passé, jusqu’à ce que le dentiste se mette à parler orthodontie. Soit disant qu’il n’y aurait pas la place pour toutes ses dents dans la bouche de ma fille. Genre. Il a parlé par allusions et tours autour du pot, sans doute pour ne pas effrayer ma fille, mais du coup il m’a effrayée moi et je ne suis même pas sûre d’avoir bien compris ce qu’il disait. Il m’a semblé deviner qu’il envisageait la possibilité d’enlever des dents pour faire de la place. Des dents de lait. Comme si elles risquaient de ne pas tomber toute seules. Sans compter que ça, pour le coup, ça fait mal et, vu que ma fille se lave soigneusement les dents, c’est injuste qu’elle ait à se faire torturer par un dentiste. En plus j’aurais l’air de l’avoir baratinée et ça, non. Perdre la confiance de ma fille pour une histoire de chicots croches, alors que ça lui vient même pas de moi vu que moi j’ai jamais eu d’embrouilles avec les dentistes, c’est inacceptable.
Par-dessus le marché, la prochaine invitation de la sécu n’est prévue que pour les 9 ans de ma fille. Autant dire que si elles ne sont toujours pas tombées dans trois ans, ses dents de lait, c’est plus un dentiste, qu’il lui faudra, mais un exorciste. Et d’ici là, pour qui les frais dentaires douloureux ? Hein ?
Bingo.
Alors j’ai remercié le dentiste poliment, j’ai pas fait d’esclandre vu que j’étais pas trop sûre de ce qu’il m’avait raconté, mais à la maison, dans le doute, j’ai fait un croche-patte à ma fille dans l’escalier. Et puis je lui ai fait faire l’équilibre sur le rebord de la baignoire mouillée.
Elle a toute la place qu’il faut pour faire pousser toutes les dents qu’elle veut, maintenant.