courts, noirs et sans sucre
C’était un conteneur à vêtements, un de ces gros cubes gris, qui s’ouvrent un peu comme un vide-ordure, et dans lesquels on dépose les vêtements que l’on souhaite donner.
Quand j’ai vu monsieur crier sur madame qui tenait encore la poignée du conteneur dans la main, j’ai pensé qu’elle avait dû jeter sa chemise préférée ou son caleçon porte-bonheur. Mais quand ils ont commencé à cogner dans le conteneur, à l’ouvrir et le fermer frénétiquement en criant de plus en plus fort, je me suis dit qu’elle avait dû au moins laisser le portefeuille de monsieur dans la poche de la chemise avant de la jeter. Ce n’est qu’en m’approchant que je me suis aperçue que l’ouverture du conteneur était maculée de sang.
Je trouvais assez audacieuse l’idée de se débarrasser d’un corps en morceaux dans un conteneur dont l’ouverture permettait de le remplir, mais pas de le vider ou de voir à l’intérieur, mais en plein jour ? Et à quoi bon rester sur les lieux à s’engueuler et attirer l’attention ? Ils avaient peut-être laissé leur carte de visite sur le corps… Je ne voyais pas d’autre explication.
Ils criaient toujours, s’acharnant de plus belle sur l’ouverture du conteneur qui semblait désormais résister, mais à force de tirer ils ont fini par en venir à bout et c’est là qu’une troisième voix s’est mêlée à leurs cris. La petite voix de la petite fille qu’ils venaient de sortir du conteneur.
Son front n’était plus qu’une large plaie, une de ses mains était bleue et son bras était plié selon un angle incongru. A peine délivrée du conteneur, elle a levé un regard honteux vers ses parents avant de baisser les yeux.
Et elle a pris une baffe magistrale quand ils se sont aperçus qu’elle n’avait pas été foutue de sortir la moindre fringue de ce fichu conteneur.