courts, noirs et sans sucre
Quand j’ai reconnu ton écriture, amour, mon cœur s’est emballé. Mes mains en tremblaient d’émotion en serrant le papier contre ma poitrine. Tout ce temps sans nouvelle et enfin m’arrivait un peu de toi ! J’ai bien failli déchirer ta lettre en même temps que l’enveloppe dans ma hâte de te lire. Mes doigts, fébriles, n’arrivaient pas à déplier les feuilles et j’ai bien cru perdre la raison en même temps que mon combat contre ces pages ! Je me suis efforcée de contrôler mon excitation pour pouvoir enfin me délecter de tes mots.
J’avais si peur depuis tout ce temps que tes sentiments se soient taris, que tu aies effacé de ton esprit cette folie que semblait être notre histoire, que tu aies chassé de ton âme cette passion qui nous portait l’un vers l’autre. J’étais tellement terrifiée à l’idée de ne lire que quelques mots froids et définitifs, un adieu à peine poli, une excuse impersonnelle.
Mais quel bonheur ce fut ! Cette façon qui n’appartient qu’à toi de me dire ton amour et de compter sur le mien pour tenir, ces phrases courtes et chantantes qui sont à mon âme comme autant de vers fabuleux… Ah ! Bonheur que de t’aimer et d’être aimée de toi ! J’ai relu ces lignes jusqu’à les connaître par cœur et t’entendre presque me les dire toi-même. Si je ferme les yeux je peux te voir me les chanter, me les danser, me les montrer avec tes yeux, avec tes mains, avec ta peau contre la mienne et nos cœurs à l’unisson.
Cette lettre, amour, je ne l’ai jamais reçue. Tu ne l’as jamais écrite. Je ne sais pas ce qu’elle aurait contenu. Mais je suis sûre qu’elle aurait été plus belle encore que tout ce que j’ai déjà cent fois imaginé. Je suis sûre qu’elle m’aurait donné mille fois raison de t’aimer encore et plus fort toujours et aveuglément sans doute. Je suis sûre qu’elle m’aurait fait le cœur léger et l’âme en fête. Je suis sûre.
Je suis sûre.
Re-variation autour du thème de la semaine des Impromptus littéraires : « Vous avez reçu une lettre… ».