courts, noirs et sans sucre
En primaire, j’étais amoureuse d’une petite frappe qui ne me bécotait en cachette au fond de la cour que pour pouvoir raconter à ses copains qu’il avait fait l’amour avec une fille. Avec plein de filles, pour être exacte, vu que je me suis rendu compte à la boum des dix ans de ma copine qu’il faisait ça avec toutes les autres filles qui craquaient pour ses yeux pâles.
A l’entrée au collège, je suis presque instantanément tombée amoureuse d’un joli garçon à gueule d’ange. Je le dévorais des yeux du matin au soir, j’écrivais son nom dans des cœurs sur tous mes cahiers et il n’y en avait que pour lui dans mon journal intime. Il n’a su mon nom que quelques années plus tard, quand il a commencé à sortir avec ma copine.
A ce moment-là je venais d’entrer au lycée et de tomber amoureuse d’un beau ténébreux dont je ne savais rien, mais dont le mystère me fascinait. J’avais failli m’évanouir le jour où il était venu me voir et m’avait appelée par mon prénom. J’ai vécu en orbite quelques mois, alors qu’il me faisait une cour un brin désuète, mais soutenue et charmante. J’ai voulu mourir quand j’ai su que sa copine suivait des cours par correspondance parce qu’elle était enceinte de son bébé.
On ne mesure pas toujours l’étendue de tout ce que l’école nous a permis de réaliser, mais moi je sais une chose : c’est sur les bancs de l’école que j’ai appris la déception et l’échec amoureux et je n’ai cessé de les mettre en pratique depuis. Quinze ans d’analyse plus tard, j’ai enfin clairement identifié les douleurs d’enfance qui ont fait mes névroses d’adulte. Je vais beaucoup mieux maintenant. A chaque nouvelle rencontre, je repense avec tendresse à ces premières amours calamiteuses et, après des années de folie meurtrière que je croyais gratuite, c’est une véritable libération de savoir enfin pourquoi j’émascule les hommes dès le premier rendez-vous.
Ecrit pour les Impromptus littéraires sur le thème « souvenir de potache ».