courts, noirs et sans sucre
Vacances scolaires : mini-poune fait du poney en Bourgogne. Alors pour me consoler de l’indicible et incommensurable chagrin d’être séparée de ma chair et de mon sang (au figuré, n’est-ce pas ? Je ne tente aucune expérience de ce type sur moi-même) et bien je sors. Et comme j’aspire à me faire passer pour une intellectuelle et/ou une artiste torturée plutôt que pour une femme moderne et libérée qui vit avec son temps, je ne vais pas m’enivrer et draguer dans les bars, dans l’espoir de ramener un mâle aviné et peu regardant dans mon lit, mais je préfère me distraire et me cultiver au cinéma et au théâtre. Ça ne coûte pas forcément plus cher, la gueule de bois est généralement moins sévère et ça fait moins mal au cul (ha ha ha, c’est classe, ça).
Passons.
Comme par ailleurs les plus fidèles de mes lecteurs n’auront pas manqué de noter que ces derniers temps, je ne fais pas particulièrement preuve d’une inspiration débordante pour alimenter ce blog, j’ai décidé de vous faire le récit de mes réjouissances culturelles. D’une seule, pour exacte, en fait. Parce que bon, il faut bien dire ce qui est : au cinéma, j’ai vu deux films que la critique encense et que le public plébiscite, alors je ne tire aucune fierté intellectuelle à vous en faire l’éloge. Quant au théâtre, je ne vois pas l’intérêt de vous parler de « Roméo et Juliette », mise en scène par Olivier Py au théâtre de l’Odéon…
Franchement ?
Certes, je ne suis pas mécontente de pouvoir faire savoir que je suis allée de mon plein gré voir trois heures d’Olivier Py et que non seulement j’ai (à peu près) tout compris, mais qu’en plus j’ai aimé ça (merci sœurette), mais à quoi bon ? Ça ne joue bientôt plus et c’est quasi-complet… Alors si c’est juste pour dire du bien d’Olivier Py, vu ce que vaut mon avis de béotienne en la matière… Je ne sais même pas encore si ce type est un génie ou une imposture (mais c’est sûrement marqué dans Télérama), ce qui est sûr c’est que d’autres bien mieux que moi sauront vous vendre (ou pas) cette pièce.
Alors de quoi pourrais-je bien à ce point vouloir vous parler qui mérite de vous infliger ce pitoyable article sans effusion de sang ni squelettes sous les tapis ? D’un genre de cadavre, quand même, en quelque sorte… Celui ramené à la vie par le terrrrrrrible docteur dans l’irrésistible comédie musicale « Frankenstein Junior », au théâtre Dejazet. Vous en trouverez une très bonne critique ici , permettez-moi donc de ne pas me prêter à cet exercice que je ne sais pas faire et allez plutôt la lire. Et revenez après.
J’attends.
Voilà… alors en gros, je pense pareil et moi aussi, j’ai adoré. Je suis très bonne cliente en matière de comédie musicale (rapport à mes amours d’antan … ?), mais même en étant exigeant il y a là matière à se régaler : musique et chansons emballantes, chorégraphies superbes, comédiens/chanteurs épatants et en plus c’est de Mel Brooks, donc c’est drôle. Que demander de plus ? Et bien… que les gens y aillent. La salle était à moitié pleine (donc à moitié vide, rendez-vous compte !) alors qu’on est loin au-dessus de « Mamma mia » qui cartonne – et ce n’est qu’un exemple qui se veut percutant parce que bon, c’est pas mal, quand même, « Mamma mia »…
Bref. Sous ses airs anodins, cet article dénonce donc en fait une criante injustice… L’insuccès de cette excellente comédie musicale est injuste pour la troupe dans son ensemble qui mériterait gloire, amour et beauté, injuste pour le joli théâtre Dejazet qui mériterait de remplir ses caisses et, par exemple, de pouvoir changer la serrure des toilettes du fond (chez les femmes) parce qu’elle déconne et, enfin, injuste pour toi, public, qui, insuffisamment matraqué peut-être par une publicité tapageuse, passe hélas à côté d’un grand bon moment de spectacle, de musique, de rire et de bonheur pour toi et toute ta famille sur trois générations. Au moins.