courts, noirs et sans sucre
L’enfant hurlait.
Depuis ce qui me paraissait un temps infini. Comme chaque soir.
Et chaque soir je montais le son de la télé, de la musique, de n’importe quoi pour essayer de couvrir les cris. Ceux de l’enfant principalement, ceux de la mère aussi parfois… Ses interventions étaient toujours soudaines et assourdissantes. S’ensuivait à chaque fois un court moment de répit. Un silence pesant, quoiqu’appréciable. Et invariablement les cris de l’enfant reprenaient, plus intenses, jusqu’à l’épuisement j’imagine.
Je ne savais pas qui de l’enfant ou de la mère était le plus à plaindre.
Un enfant qui hurle autant ne peut pas être un enfant heureux et qui, sinon un parent, est supposé être garant du bonheur de l’enfant ?
Néanmoins il faut admettre que les cris stridents et permanents d’une chère tête blonde, fut-elle angélique, a de quoi rendre fous les plus sages parmi les sages, alors cette jeune-femme seule et débordée… Pourtant, vu de l’extérieur, l’enfant aux joues roses et rondes paraissait en pleine forme et enthousiaste et la mère n’avait rien d’une paumée dépassée par les événements. Mais chaque soir, ou presque, l’enfer recommençait. Et chaque soir, ou presque, j’hésitais à intervenir. Et chaque soir, je m’en abstenais.
Et il y a eu ce jour où, comme tous les jours ou presque, les hurlements de la mère ont interrompu ceux de l’enfant. Mais ce jour-là, l’enfant est resté silencieux. Le jour suivant aussi. Et le jour d’après encore. Et… et ce jusqu’au jour où c’est le hurlement de la gardienne que j’ai entendu.
Police, pompiers, curieux… je n’ai pour ma part pas cherché à savoir. J’ignore toujours aujourd’hui si c’est la mère qui a tué l’enfant ou si c’est l’enfant qui en est venu à bout en la poussant au suicide. Ou les deux.