courts, noirs et sans sucre
La journée avait été rude. Pas que la journée, d’ailleurs. C’était une année de merde. Je commençais à voir le bout mais plus j’en approchais, pires étaient les embrouilles à démêler et chaque nouvel obstacle mettait en péril un peu plus dangereusement le but que je cherchais désespérément à atteindre. Je pouvais pas abandonner maintenant, je voulais pas, mais les jours comme aujourd’hui fallait sacrément lutter pour pas lâcher l’affaire, m’asseoir sur un bout de trottoir et attendre que la mort vienne. J’étais à bout.
La nuit risquait d’être longue et je craignais de pas trouver le sommeil cette fois encore, alors je suis sorti acheter des clopes pour tenir au moins jusqu’au matin. Je m’étais remis à fumer trop ces derniers temps, mais c’est un problème auquel je m’attaquerais plus tard. Une chose à la fois.
J’étais en train d’allumer une cigarette en sortant du tabac quand les gamins m’ont demandé de leur en filer une. Vu le prix des clopes et l’état de mes finances, y a belle lurette que je peux plus me permettre ce genre de générosité. Je leur ai dit non. Plutôt je leur ai dit que je galérais sans doute autant qu’eux et qu’ils devraient trouver quelqu’un d’autre à taper.
Je suis parti et je me suis aperçu un peu plus loin qu’ils me suivaient. Y avait plus grand monde par ici. Je me suis tourné vers eux et je leur ai dit de me lâcher la grappe, mais j’ai à peine pu finir ma phrase qu’ils me sont tombés dessus. Je sais pas si c’est la surprise ou la fatigue, mais j’ai rien été foutu de faire. J’étais trop crevé de toute façon pour vraiment réagir comme il aurait fallu. J’avais plus d’énergie à revendre, même plus l’envie de lutter, y compris pour sauver ma peau.
Ils m’ont cogné méthodiquement, avec acharnement, indifférents apparemment au peu de résistance que je leur opposais. Ils ne cherchaient pas la bagarre, mais un défouloir. Ils ont fini par me laisser là, la gueule en sang et les côtes brisées, dans le caniveau.
Ils m’ont même pas pris mes clopes.