courts, noirs et sans sucre
J’ai tué une araignée ce matin.
Sans cruauté excessive et sans satisfaction particulière, sinon celle d’avoir débarrassé mon plafond d’un intrus et de son imposante toile, mais je me dis finalement que j’aurais peut-être mieux fait de l’attraper et de la mettre dehors… Au lieu de ça, comme elle avait élu domicile dans ma salle de bain, juste au-dessus de la baignoire, j’ai détruit la toile sur laquelle elle était avec le manche d’une brosse, avant de tout faire disparaître, toile et bestiole, avec l’eau du bain. Ce qui est juste une façon de parler, vu que je ne prends jamais de bain. Non seulement je n’ai pas le temps, mais en plus les rares fois où j’en ai pris, je m’y suis soit ennuyée, soit endormie, ce qui tue plus sûrement encore que l’ennui, dans le bain… Bref. Ces considérations ne changent rien au sort que j’ai réservé à cette araignée que j’ai, donc, évacuée presque sans y penser sous l’eau du robinet.
Et bizarrement, maintenant, j’ai du mal à chasser de mon esprit l’image de ses longues pattes battant frénétiquement l’air quand, paniquée, elle a senti que quelque chose clochait au moment où j’ai saccagé sa toile. Et j’ai du mal à penser à autre chose qu’à l’angoisse que cette pauvre bête a dû ressentir quand, emportée par le courant dans la bonde, elle a pris conscience de sa mort imminente. Ou pas, ce qui est peut-être pire… Quand on sait qu’on va mourir, au moins, on sait sur quoi focaliser son angoisse, mais quand on ne comprend pas ce qui arrive…
Quoique.
Moi qui sais, je ne me sens guère plus sereine que la première araignée venue. Et à bien y réfléchir, je ne comprends pas bien non plus ce qui arrive. Les murs ont tremblé, le sol s’est dérobé sous mes pieds et le courant s’est mis à m’emporter, allez savoir où. Je n’en jurerais pas, mais je suis presque sûre d’avoir vu huit longues pattes maigres me faire quatre bras d’honneur juste avant de tirer ce qui semblait être une chasse d’eau géante.