courts, noirs et sans sucre
Hier soir j’ai regardé, comme beaucoup de monde et la plupart d’entre vous j’en suis sûre, le fameux débat de l’entre-deux-tours.
Alors oui, j’aurais des choses à en dire et non, je n’en écrirai rien ici, sinon que bien entendu il faut voter Hollande, mais là n’est pas le propos.
Au cours du débat, de la même façon qu’il pouvait nous arriver de le faire à l’occasion de certaines émissions culturelles de haut niveau, comme La Nouvelle Star par exemple, ma sœur et moi (Comment j’balance ! Ha ha ! Je ne tomberai pas seule !) avons échangé quelques impressions à chaud par SMS.
Entre autres, lorsque le président sortant a traduit « droit de vote aux étrangers » par « nos femmes devront nager voilées à des heures réservées » et « immigration » par « islam », j’ai évoqué le caractère nauséabond du propos dans un message certes laconique, mais limpide, y compris pour quiconque n’ayant ni l’historique des échanges, ni la télé allumée sur une des chaînes diffusant la joute.
Et il se trouve que par mégarde, je ne comprends d’ailleurs toujours pas comment j’ai pu faire ça, j’ai envoyé mon SMS « à plusieurs ».
Le temps que je m’en aperçoive et que j’appuie frénétiquement sur « annuler », le message était parti.
Bon : je n’ai pas pour habitude de cacher mes opinions politiques, que j’assume pleinement, mais je n’ai pas non plus pour habitude de les balancer à la face du monde – mon petit monde à moi – sans raison particulière. Et surtout, vous, je sais pas, mais moi, dans mon répertoire téléphonique, je n’ai pas que des amis de gauche. Même si la plupart de mes amis se trouvent être effectivement de sensibilité politique proche de la mienne, mon répertoire ne compte pas que des amis et, de gauche ou de droite, je trouve au mieux déplacé, au pire carrément inconvenant d’adresser, par exemple, à l’école de ma fille (qui ne peut-être que de gauche, une école publique, pensez donc !) ou à ma gynéco, à ma chef, à la baby-sitter, à ma gardienne ou encore à la belle-mère de ma sœur ce genre de message. Outre le fait que je ne sais pas forcément de quel côté bat leur cœur d’électeur, je ne partage pas avec ces membres éminents de mon répertoire téléphonique une intimité suffisante pour m’autoriser de telles familiarités.
Ce message aurait donc tout à fait légitimement pu être interprété comme une agression gratuite, injustifiée et plutôt stupide. D’où ma gêne et, disons-le clairement, une légère angoisse quant aux réactions et conséquences que pourrait entraîner ma bourde. Surtout que je n’arrivais pas à savoir à qui exactement ce message avait bien pu être envoyé.
Une fois passé l’instant de panique (« Nooooon ! on va me prendre pour une gauchiste belliqueuse alors que je suis une gauchiste courtoise ! »), j’ai appuyé sur quelques touches de l’engin par qui le drame arriva (j’ai jamais aimé les téléphones portables, c’est peut-être pour ça qu’ils ne m’aiment pas non plus) et j’ai fini par trouver la liste des gens qui avaient reçu mon message.
Pour une raison qui reste pour moi un mystère, seules quelques copines à affinités politiques semblables – du moins très proches des miennes – en ont été destinataires.
Du coup, je suis perplexe.
Mon téléphone aurait-il développé une certaine forme d’intelligence à mon insu ?