courts, noirs et sans sucre
Cet endroit est à l’abandon depuis trop longtemps à mon goût… mais comme je suis cruellement en manque d’inspiration, je vais vous raconter mes vacances en Chine.
Il faut savoir que je ne suis pas une très bonne touriste. Par exemple, je n’ai pas appris trois mots de chinois. J’en ai appris deux. « Bonjour » et « merci ». Et on notera donc que la faiblesse de l’effort est compensée par le choix des mots : courtoisie et politesse, le secret d’une intégration réussie.
Je n’ai pas non plus appris à manger avec des baguettes, pour la même raison que je ne me mets jamais de mascara : je serais capable de me crever un œil avec les premières aussi sûrement qu’avec le second. Et puis allons, sérieusement ? Coincer des trucs entre deux bouts de bois et les porter à sa bouche le plus vite possible avant de tout se faire tomber sur les genoux, est-ce bien raisonnable ? Mais comme je suis, nous l’avons déjà établi, une personne bien élevée, j’ai néanmoins fait un effort et usé d’une ruse infaillible à base d’élastique et bout de papier pour simuler un maniement de baguettes alerte et sûr. On m’a en une ou deux occasions félicitée pour cette trouvaille ingénieuse. J’aurais volontiers avoué que l’idée n’était pas de moi et que j’avais vu ça dans un épisode des « Experts », mais, d’une part, avec « bonjour » et « merci », je manquais de mots pour expliquer et, d’autre part, cet aveu aurait impliqué de faire savoir au monde – oui, n’ayons pas peur des mots : au monde ! vous savez combien ils sont, les chinois ? – de faire savoir, donc, qu’il m’était arrivé en une occasion certes lointaine et malencontreuse, mais une occasion quand même, de me trouver en présence d’un téléviseur allumé sur la une, pendant la diffusion d’une série américaine médiocre. Or, j’ai ma fierté. J’ai donc assumé avec une modestie non feinte la paternité de l’idée.
Je n’ai pas non plus essayé de faire virevolter un cerf-volant sur la place Tian’anmen. Outre le fait que faire virevolter un cerf-volant me paraît aussi palpitant qu’aller à la pêche ou promener un chien mort, la place Tian’anmen est probablement le lieu le plus déprimant du monde. En tout cas, le lieu le plus déprimant que je connaisse.
Je ne me suis pas non plus gavée de canard laqué. Je n’aime pas le gras. Ni la peau. Ni manger de la viande sans pouvoir en enlever préalablement le gras et la peau à l’aide d’un COUTEAU et d’une FOURCHETTE.
Je ne me suis pas régalée de tofu sous toutes ses formes. Au mieux, le tofu n’a aucun goût, mais ça c’est pour les chanceux. La plupart du temps, cette chose immonde empeste et son goût n’est qu’à peine moins insultant pour les papilles que son odeur est agressive pour les narines.
Je n’ai pas goûté tous les thés de Chine parce que je n’aime pas le thé.
Je n’ai pas fait écrire mon prénom en sinogrammes sur un grain de riz.
Je n’ai pas fait de Tai-chi dans un parc avec des vieilles plus souples que moi.
Je n’ai pas arboré de drapeau tibétain au revers de ma veste.
Je ne me suis pas acheté de belle robe chinoise traditionnelle. Indépendamment du fait que je n’imagine pas une seule occasion de porter ce genre de vêtement une fois quittée la boutique à touristes du vieux quartier de Shanghai, savez-vous quel est le format moyen des femmes chinoises ? Voilà. Non. Il n’y avait pas ma taille.
Enfin, je n’ai pas arpenté les rues de Pékin à vélo. Déjà, j’ai un problème avec le vélo : je ne sais pas tourner la tête sans tourner les épaules et, donc, le guidon. En rase campagne, ça passe. A Pékin ? Où traverser la rue au passage piéton quand le petit bonhomme est vert et en regardant bien des deux côtés est un défi un peu fou et toujours dangereux ? Ha ha. Non.
Bref. Je suis une touriste médiocre.
J’ai payé la robe chinoise de ma fille deux fois plus cher que celle que je lui avais dégotée chez H&M l’année dernière.
J’ai mangé au KFC à Kunming.
J’ai fait pipi dans les pissotières les plus cradingues du monde.
J’ai mangé au Burger King derrière le temple Jing’an.
J’ai payé cinq euros une bouteille d’Evian et j’ai même pas fait exprès.
J’ai fait manger à ma fille une fondue chinoise en croyant lui avoir commandé un plat de jambon-nouilles.
J’ai bousculé une vieille sans ménagement et sans m’excuser dans la cité interdite et je le referais sans hésiter dans les mêmes circonstances.
J’ai fait manger ma fille dans des restaurants dont les cuisines étaient encore plus cradingues que les pissotières citées précédemment.
J’ai mangé au Mac Do au bout de la place Tian’anmen.
J’ai fait plein d’autres choses encore, parce que la Chine, c’est grand, et j’ai pas chômé. Mais vous trouverez tout ce que vous pourrez avoir envie de savoir sur la Chine sur internet ou dans un bon guide.
Sinon, si le cœur vous en dit, les centaines d’images que j’en ai rapportées – petit échantillon des milliers d’images dont j’ai ébloui mes yeux – sont là et là et encore là.