courts, noirs et sans sucre
Je sais bien que tu t’en bats l’œil, mais as-tu seulement idée à quel point tu m’as fait mal, chaque fois que je te voyais faire le beau ici ou là pour des gens dont tu ne sais rien, tout en m’ignorant, moi, alors que tu savais bien que j’en crevais de ne pas avoir de nouvelles ?
As-tu la moindre idée de ce qu’ont été mes nuits, perdues à m’angoisser pour toi, pour nous, pendant qu’ailleurs tu batifolais fièrement sans un mot, un geste, un regard pour moi ?
Peux-tu imaginer combien d’heures j’ai passé à manger mes ongles et me ronger les sangs, guettant jusqu’au moindre signe de vie que tu adresserais quelque part ou ailleurs, pour pouvoir enfin trouver le sommeil qui me fait si tristement défaut depuis que tu n’es plus là ?
Alors ce sang d’encre que je me suis fait, amour, sais-tu comment tu vas me le payer ?
Tsss tsss tsss… ne bouge pas, ce serait pire ! En encre, mon ange… Tu vas payer en encre. De sang, bien sûr. Ton sang, oui. Je sens que je vais en écrire, des poèmes !… Mais ne t’en fais pas, je ne vais pas te saigner d’un coup… je me servirai goutte à goutte. Et puis attaché là, au moins, je n’aurai plus de souci à me faire, je saurai toujours où tu es et comment tu vas.
On va pouvoir être heureux maintenant.