courts, noirs et sans sucre
Le coin était plutôt mignon et j’avais du temps à tuer, alors j’avais bien envie de me balader un peu et quand j’ai vu ce type, qui avait l’air de savoir où il allait, s’engager dans un passage que je n’avais même pas remarqué entre deux maisons, je l’ai suivi.
C’était ravissant, ce tout petit bout de chemin vaguement pavé, qui grimpait dans l’ombre des murs auxquels s’accrochait un peu de lierre. J’avais l’impression que c’était un cul de sac, mais mon guide improvisé a bifurqué et je l’ai imité, pour me retrouver dans une espèce de forêt que les maisons masquaient à ma vue un instant plus tôt. Le gars continuait son chemin sur un sentier un peu sablonneux et je devinais devant nous, là où la forêt s’éclaircissait, la mer. Il marchait d’un bon pas et ne semblait pas m’avoir remarquée, alors j’ai continué à le suivre. La balade me plaisait.
On est arrivés aux abords d’une plage déserte. Ou presque. Il y avait là un type tout seul qui fumait en nous tournant le dos. Apparemment le but de la promenade : mon guide de hasard l’a interpellé, avec une certaine agressivité dans la voix. L’autre s’est retourné et a eu en le voyant une espèce de sourire mauvais.
Je n’ai pas compris tout de suite ce qui se passait. J’ai vu l’expression de l’autre changer et cette… tâche sombre apparaître sur son front avant qu’il ne s’écroule mollement au sol. Je ne saurais pas dire exactement ce qui est arrivé ensuite, mais à un moment c’est mon guide qui s’est mis à me suivre quand j’ai détalé à toutes jambes.
Je n’ose plus bouger. J’ai mal aux bras de serrer si fort mes mains sur mon visage. Je crois qu’il fait nuit mais j’ai fermé les yeux depuis trop longtemps pour en être sûre. J’ai froid. Je voudrais me boucher les oreilles et ne plus entendre tous ces bruits autour de moi, mais je ne peux me résoudre à faire le moindre geste. J’ignore si je mourrai de froid, de faim ou de peur. A moins qu’il ne me retrouve avant.