courts, noirs et sans sucre
Ça recommençait ! ma main tremblait...
Ça ne s’arrêterait donc jamais. On croit qu’on peut redevenir maître de sa vie, c’est tout le propos de ces putains de réunions, mais c’est du flan. On peut jamais redevenir comme avant. D’ailleurs pour la plupart on sait même plus comment c’était avant. Et puis avant, c’était jamais que le cheminement pour en arriver là et c’est pour ça qu’on a fini par vouloir oublier.
C’est une sacrée belle bande d’hypocrites tous ces beaux parleurs avec leur putain de programme en douze étapes. Des années que j’ai même plus senti l’odeur d’une goutte d’alcool et j’en suis toujours au même point. Ça s’arrêtera jamais.
Je me suis sortie de tout le reste, pour y arriver. Le trottoir, mon mac, les flics véreux qui te foutaient une branlée si tu leur refusais une passe à l’œil, les autres filles et toute la misère qu’elles traînaient… tout. J’ai tout lâché. Evidemment, y a un prix à payer. Et le prix, c’est ce boulot pour Valons.
Il est ni pire ni meilleur qu’un autre, mais il m’a sortie du caniveau et sa protection vaut toutes les assurances du monde pour une fille comme moi. Alors son boulot, je vais le faire. Je peux pas me permettre de le foirer. Mais faut que ma putain de main s’arrête de trembler comme ça.
Evidemment, si je buvais un verre, ça passerait illico… mais Valons a été clair là-dessus : ni drogués ni alcooliques dans mes rangs. S’il me voit en crise ou si je replonge, c’est retour à zone-la-ville et je me donne pas deux jours avant qu’on me retrouve en morceaux dans une poubelle pour l’exemple. Alors faut que cette putain de main arrête de trembler, que mon gogo sorte de là, que j’en finisse avec ce boulot et que je fonce me planquer dans ma turne le temps que cette foutue crise passe. Demain j’irai à une réunion.
Allez. C’est pas méchant ce soir. Repérer le gus, l’accoster, l’aguicher et l’attirer derrière le bâtiment de briques rouges où Valons et ses gars seront là pour le cueillir. J’ai fait ça des milliers de fois. Toujours bourrée, mais dans le fond ça change pas grand-chose. On est ce qu’on est, l’alcool ça sert juste à supporter.
Ma main a l’air de s’être calmée. Je devrais faire quelques pas histoire de voir si je tiens encore bien sur mes quilles, mais je peux pas risquer de me faire repérer. J’ai la bouche sèche et je commence à avoir mal au crâne. A quoi ça sert d’arrêter si c’est pour sentir encore plus mal après…
Faut qu’il se magne, mon pigeon.
Faut qu’il se magne.
Y a kékunkimadi… tu veux une idée ? ok, alors : « Ça recommençait ! ma main tremblait… ». Et voilà.