courts, noirs et sans sucre
« ça vous excite de bousiller une famille? »
Je n'y avais pas accordé tellement d'attention. Numéro inconnu, message nébuleux...
Une erreur.
Le deuxième message avait été un peu plus agressif et au troisième, ponctué d'un « SALOPE! » (majuscules, point d'exclamation), j'avais commencé à m'agacer. Alors pour couper court j'avais répondu d'un laconique « erreur de numéro ». Ni majuscule, ni point d'exclamation. La surenchère était inutile, je n'étais pas concernée.
Je fus donc pour le moins surprise de recevoir en retour un « Pas d'erreur sale garce! » accompagné de mes nom et adresse et d'une photo, certes un peu sombre et un peu floue, mais indéniablement de moi. Assez à mon avantage, au demeurant, mais là n'est pas le propos.
Elle s'adressait donc bien à moi, cette épouse manifestement en colère. Mais j'avais beau chercher, je ne voyais pas quel mari j'avais bien pu séduire et détourner de sa moitié, même par inadvertance. Je ne pensais pas donner suite, mais elle a continué, encore et encore. Ses messages se sont faits de plus en plus fréquents et menaçants, ça devenait invivable. Quand elle s'est mise à m'envoyer des photos qu'elle semblait prendre de moi quasiment tous les jours partout où j'allais, j'ai vraiment flippé. J'ai assez facilement trouvé son nom à partir de son numéro et j'ai contacté son mari, que je ne connaissais définitivement pas. On s'est rencontré, je lui ai raconté le harcèlement que me faisait subir sa femme et le pauvre a eu l'air vraiment secoué. Il m'a dit qu'il la savait jalouse et plus encore depuis qu'il s'était mis au squash avec ses collègues, mais qu'il n'avait jusqu'alors pas mesuré à quel point. Il ne semblait pas comprendre mieux que moi pourquoi elle avait jeté son dévolu sur moi. Il en était à se confondre en excuses et à me promettre de régler le problème le soir même quand elle a surgi, un flingue à la main.
Je ne comprends pas bien d'où m'est venu ce réflexe idiot, mais je me suis interposée entre elle et lui et la balle qu'elle lui destinait m'a tuée sur le coup.
D'où je suis maintenant et sachant ce que je sais, quand je les vois se pavaner, lui et sa maîtresse, en toute tranquillité depuis qu'il a facilement réussi à faire enfermer sa femme et manifestement sans le moindre remord de m'avoir sacrifiée pour satisfaire sa libido avec cette poule, je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi il m'a choisie, moi.